AFFECTIONS DIVERSES
purulents dans les viscères. Au total , si la maladie estpurement locale, avec destruction peu étendue des tissus, l’amputation n’est pas indispensable; et si une disposition interne l’entretient, l’amputation n’aura pas de succès.
§ VI. Les ulcères rongeants, les loups, les esthiomènes des jambes, qui formaient autrefois , une des principales indications de l’amputation, ne la réclament réellement, ne l’exigent du moins que dans un très petit nombre de cas , que si la peau est détruite, les muscles disséqués tout autour et dans la plus grande partie du membre ; encore faut-il alors que le malade la désire, et qu’il ait pu se convaincre de l’impossibilité où l’on est de le guérir autrement.
§ VII. Le tétanos pour lequel M.Larrey(l) , M .del Signore (2) et quelques autres ont eu le courage de la pratiquer , en retirerait-il quelques avantages? ne serait-il pas plutôt aggravé que guéri par l’ablation d’un membre? Je sais qu’un homme de la campagne fut ainsi sauvéparDubois,queLevesque-Lasource(3) a publié un fait semblable , et qu’on trouve çà et là dans les recueils périodiques d’autres exemples de succès obtenus de la même manière. Cependant deux des malades opérés par M. Larrey sont morts malgré l’amputation , et l’état du troisième laisse dans l’esprit plus d’un doute sur la nature réelle du mal dont il était atteint. Si , par elle-même , la blessure qui a fait naître le tétanos était assez grave pour justifier une ressource extrême , l’apparition de cet affreux accident se placerait sans aucun doute dans la balance comme motif déterminant. Mais, dans les autres cas , je serais d’autant moins disposé à suivre l’exemple de notre célèbre chirurgien militaire, que l’amputation est, comme on sait, déjà une cause puissante du mal dont on voudrait en faire le remède.
§ XII. La morsure d'animaux enragés est aussi, pour quelques personnes, un cas d’amputation. M. Cailoway (4) n’a pas reculé devant l’idée d’enlever ainsi le bras d’un individu qui avait été mordu à la main, et qui , par parenthèse, n’en
(1) Clin, chir., t. I, p. 27 à 131.
(2) Archiv. gin. de môd., t. II, p. 298.
(3) Bulletin de la Fac. de mèdec., 7e année, p. 100.
(4) Clinique des hôpitaux, t. I, p. IG.
est pas moins mort d’hydrophobie huit heures après. Mais que peut un semblable moyen contre une infection disséminée ? Il est tout au plus permis d’y songer, lorsqu’il s’agit d’un doigt, par exemple , à moins que les plaies soient assez étendues, assez compliquées ou assez profondes, pour qu’on n’en puisse pas cautériser ou emporter autrement tout le trajet; encore l’amputation devrait-elle alors être pratiquée sur-lechamp, comme chez une dame dont M. Champion m’a transmis l’observation ; car, une fois l’absorption du virus opérée , comment en admettre l’utilité?
APvTICLE IY. — Amputations de complaisance.
L’ankylose complète ou incomplète, des difformités de différentes sortes, des ulcères anciens, incurables, ou dont la guérison n’est jamais durable , un état gênant quelconque de certaines parties des membres, portent assez souvent les malades à demander qu’on les en débarrasse , à quelque prix que ce soit, quoique leur vie, leur santé générale, ne soient en aucune manière compromises.
Règle générale, un médecin prudent doit, en pareil cas, résister aux sollicitations des gens qui le consultent. Il est d’observation, en effet, que les opérations qu’on appelle de complaisance se terminent assez fréquemment d’une manière fâcheuse. En 1821, il vint à l’hôpital Saint-Louis un homme robuste, dans la force de l’âge, jouissant d’ailleurs de la plus florissante santé, avecla ferme résolution de se faire couper la cuisse pour une ankylosé du genou, qui l’obligeait de marcher à l’aide d’une béquille. Après lui avoir fait toutes les remontrances imaginables, lui avoir tracé le tableau le plus noir des dangers auxquels il s’exposait, M. Richerand finit par céder à ses instances ; l’amputation fut des plus simples; aucun accident local n’eut lieu ; mais une fièvre ataxique , qui se développa bientôt, n’en amena pas moins la mort le cinquième jour. Pelletan cite un fait semblable. J’en ai vu de tout aussi frappants à l’hôpital de Tours de 1815 à 1820 , et M. Gouraud, alors chirurgien en chef de cet établissement, en était arrivé, comme Dupuytren l’a fait depuis, à se refuser nettement aux prières des malades. En 1825, un homme de la campagne.