VERTÈBRES
moins en ce qui concerne leur corps et leurs apophyses transverses. Cependant on a déjà tenté plusieurs fois avec succès d’en exciser les apophyses épineuses. Opérant une femme à rHôtel-Dieu, d’une tumeur qu’elle portait à la nuque, l)upuytren dut enlever en même temps l’apophyse épineuse de la septième vertèbre. M. A. -G. Smith (1) a d’ailleurs enlevé les apophyses épineuses et les lames de plusieurs vertèbres dorsales chez un individu qui les avait enfoncées et qui était paraplégique par suite d’une fracture de cette région. L’opération eut un plein succès , dit l’auteur , car son malade recouvra la faculté de marcher.
Cette excision , conseillée par Vigaroux (2), par M. J. Cloquet , a d’ailleurs été pratiquée aussi deux fois par M. Tyrell, en 1822, 1827; parCline(3), en 1814 ; parM. Wickham, en 1817, et par un autre chirurgien anglais. Armé de son ostéotome, M. Heine (4) n’a pas craint d’y recourir non plus. M. Roux fut également obligé de la pratiquer en enlevant une énorme masse cancéreuse du dos chez un malade que j’ai vu, ej; M. Holscher en avait fait autant en 1828.
Sans admettre avec Bartholin (5) , qui , sur le témoignage du duc de Lunebourg , affirme que deux vertèbres dorsales enlevées par un boulet de canon ne firent point mourir le malade , j’avouerai cependant que l’excision ou la résection de toute la partie saillante des épines et des lames vertébrales ne me paraît avoir rien d’impraticable ni même d’irrationnel. Ayant donc découvert la racine de ces reliefs osseux , à l’aide d’incisions convenables , je conseillerais de les attaquer avec la simple tenaille incisive pour les apophyses épineuses , avec la scie en crête de coq ou les scies à molettes, soit de Heine, soit de M. Leguillou, soit deM. Martin, s’il fallait agir sur les lames des vertèbres. Comme la moelle est encore à quelques lignes au-devant, l’instrument ne la blesserait point si
le chirurgien avait la précaution de ne pas dépasser en avant
(1) Journal des progrès, t. XVII, p. 281. Journ. hebd., t. V.
(2) Hevin, Cours de pathol. , etc., t. II, p. 205.
(3) Olivier, Maladies de la moelle, etc., p. 222. Jæger, oper. cit.
(4) Gaz. mèd., 1834, p. 645.
(5) Bonet, Corps de méd ., t. IV, p. 555.
636 RÉSECTIONS.
le plan delà racine des apophyses transverses. Tant qu’il ne s’agit que de l’apophyse épineuse, l’opération ne peut être à proprement parler ni très grave ni réellement difficile. Si les lames vertébrales au contraire doivent être traversées, il y a dangervéritable, moins à cause des risques traumatiques que court la moelle que par suite de l’inflammation qui peut s’établir bientôt à l’intérieur de la cavité arachnoïdienne ou à la surface de sa membrane propre. Il faudrait donc se garder de rapprocher les lèvres de la plaie, et ne pas manquer de la panser mollement à l’aide de boulettes de charpie, pour ne la cicatriser que par seconde intention en cas pareil.