COTES
coup de feu. Les journaux nous ont appris qu’elle avait été essayée aussi à l’hôpital Beaujon par M. Blandin, à la Charité par M. Roux, et en Amérique par M. Mott. L’observation de M. Richerand est sans aucun doute la plus remarquable de toutes. Il fallut enlever la partie moyenne de quatre côtes dans l’étendue de plusieurs pouces. La plèvre , fortement épaissie, dut être aussi détruite, en sorte qu’on put voir à nu les battements du cœur dans le péricarde. Le résultat de cette opération fut d’abord des plus satisfaisants ; mais , au bout de quelques mois, avant la cicatrisation complète de la plaie , le cancer repullula , et finit par amener la mort.
Manuel opératoire. Le malade , couché sur le dos si le mal est en avant, sur le ventre si c’est en arrière, sur le côté dans tous les autres cas, doit être exactement maintenu par des aides. On lui place un oreiller ou un coussin sous le flanc opposé, afin de relever et de tendre le côté affecté. Après avoir mis à découvert la côte ou les côtes qu’on veut réséquer, après avoir prolongé en avant et en arrière les incisions au delà du point altéré , on se sert , ou d’une scie en crête de coq, ou de la scie à chaîne , ou de la scie à molette, soit plane, soit en forme de champignon, ou tout simplement de cette espèce de force qu’on emploie dans les amphithéâtres , et qui est connue sous le nom de sécateur. Ce dernier instrument toutefois aurait besoin d’être modifié si on voulait s’en servir sur l’homme vivant. Ses lames devraient être moins larges et moins émoussées , afin d’exiger moins d’espace, et de contondre moins les parties molles. Il faudrait en même temps que ses branches fussent allongées d’un tiers , pour donner plus de force à l’opérateur. Ainsi construit , il m’a paru rendre l’opération très simple dans les trois cas où j’ai cru devoir l’employer. On commence par l’une ou par l’autre extrémité, pour finir par le point opposé. 11 est cependant mieux de trancher d’abord la côte en arrière. Autant que possible, il faut ménager la plèvre, qui, comme tous les observateurs l’ont remarqué , est ordinairement alors sensiblement épaissie. Si pourtant elle était trop profondément altérée , si surtout elle était le siège d’une dé-
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générescence cancéreuse , on devrait la détruire sans balancer. Hérissant (1) , qui l’ouvrit sans le vouloir, n’eut point à s’en repentir.
Pour éviter cette membrane, que, au dire de Botal, Galien savait ménager en enlevant une côte entière, il importe de raser soigneusement chaque bord de l’os, et de ne point incliner la pointe du bistouri du côté de l’espace intercostal. Avant d’aller plus loin , on en décolle la face interne avec le bec mousse d’une sonde recourbée, ou bien on l’attire en dehors avec un crochet mousse. De cette façon, on ne blesse que l’artère inférieure à chaque côte qu’on enlève. Du reste , le sang coule abondamment pendant l’opération chez certains sujets , et c’est à tort que les auteurs n’ont rien dit de cette hémorrhagie. Heureusement qu’un temponnement bien fait suffit à peu près toujours pour l’arrêter ; car il serait difficile de saisir les artères divisées pour les tordre ou les lier. La plaie étant inégale et contuse doit être pansée à plat. On s’exposerait à de véritables dangers en essayant de la fermer par première intention.
Appréciation Conseillée d’une manière générale par Celse (2) ; par Soranus [3), dans les cas de fractures compliquées ; par Arcæus , pour tarir certaines fistules; réellement pratiquée dans les cas de carie ou de nécrose , par Severin (4) , J.-L. Petit (5), Duverney, David, Lapeyronie, Desault (6), la résection des côtes n’est une opération ni très dangereuse ni très difficile. Outre les praticiens que j’ai cités d’abord, MM. M’ Antony, M’Dowel , Jæger (7) y ont eu recours avec succès. Dans un cas de squirrhe , Aymar (8) enleva trois pouces des cinquième , sixième et septième côtes gauches. Moreau (9) , qui fut obligé d’enlever une portion du sternum en même temps
(1) Acad, des scienc., 1643, p. 71.
(2) De re med., lib. 8, cap. 2.
(3) Champion, Traité de la résect.y p. 44.
(4) Champion, Trait, inédit, p. 44.
(5) OEuv. chir ., t. II, p. 25.
(6) Champion, op. cit., p. 44. Journ. de chir.) 1. 1, p. 317 .
(7) Coulon, Thèse, Wurtzbourg, 1833.
(8) Bonet, t. IV, p. 95, obs. 105, 96.
(9) Champion, Traité de larêsect., p. 50.
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que le cinquième et le sixième cartilages des côtes droites, guérit son malade. Enlevant la deuxième côte cariée dans un cas , la sixième dans un autre , la septièmeetla huitième dans un troisième , M. Clôt (1) n’a pas été moins heureux. Il en a été de même de M. Warren, qui extirpa la septième côte affectée d’ostéo-sarcome, puis la sixième etla septième prises de carie chez un autre malade , et de M. Textor , en 1837 , sur la dixième ou la onzième également cariée. Je l’ai pratiquée trois fois de mon côté, et aucun des opérés n’a succombé. Ce n’est pas une raison néanmoins pour s’y décider légèrement. Le malade de M. Roux en est mort, et, sans dire aujourd'hui avec Lassus que la carie des côtes est incurable, je conviens avec lui quelle persiste parfois de longues années sans troubler la santé générale. Cette opération a d’ailleurs causé la mort de plusieurs autres malades.
L’excision des vraies côtes sera toujours une opération sérieuse. Lorsque la maladie occupe une des trois dernières, les viscères de la poitrine n’inspirent aucune crainte, il est vrai; mais alors il faut ne pas oublier qu’on est dans le voisinage du péritoine et des organes abdominaux. Les deux côtes flottantes exigent en outre quelques précautions spéciales. Comme elles sont libres par leur extrémité antérieure , il importe de les soutenir dans ce sens avec un crochet pendant qu’on les divise et qu’on les isole en arrière. Leur grande mobilité fait aussi que le sécateur est infiniment plus commode que tout autre instrument pour les trancher, et qu’il est inutile de les diviser en avant. En me conformant à ces préceptes, j’ai pu réséquer la douzième côte droite sans trop de difficultés chez un jeune homme âgé de dix-sept ans.
Une autre circonstance à ne pas oublier, c’est que la carie, la nécrose qu’on veut enlever , n’est que le symptôme ou l’effet de quelque maladie profonde, et peut ne point être limitée, comme on serait tenté de le croire. Chez quatre hommes qui demandaient l’opération , et que je ne voulus point y soumettre, la carie d’une vertèbre dans un cas, des tubercules
(1) Journal hebd., 1835. t. Il, p. 296, 297. • — Compte-rendu de l'école d'Abouzabel, 1832, p. 50.
pulmonaires dansleâ autres, avaient été le point de départ de l’affection des côtes. En résumé, il ne faut pratiquer cette résection que si la maladie , d’ailleurs bien circonscrite, est tout-à-fait locale, ou que si, par sa présence, elle tend à faire naître des accidents graves.
ARTICLE XI. — Bassin.
Plusieurs points des os du bassin proéminent assez au dehors, pour que l’idée de les réséquer se soit présentée à l’esprit des chirurgiens.
§ I. Le coccyx, la pointe du sacrum entre autres, ont souvent été enlevés , soit qu’une chute sur le siège ou quelque autre effort, soit qu’une disposition interne en eût amené la nécrose ou la carie.
Bourleyre (1) raconte l’histoire d’une carie qui perçait le sacrum de part en part. L’os était à découvert de la largeur d’un sou à sa partie moyenne , et percé de haut en bas ; mais on s’en tint à des bourdonnets imbibés d’eau mercurielle. Champeaux (2) dit qu’une fille de trente-six ans, qui était tombée de plus de vingt pieds sur une roue de charrette, eut une nécrose au sacrum. Une incision longitudinale depuis la partie moyenne de l’os jusqu’à l’extrémité du coccyx permit au doigt de constater que le sacrum était fracassé dans la plus grande partie de son étendue , et que la plupart des esquilles ne tenaient à rien. Il fit dès lors l’extraction de plus de vingt morceaux d’os avec des tenettes : la guérison eut lieu au bout de deux mois et demi.
L’opération est d’ailleurs si facile en pareil cas , qu’elle mérite à peine d’être décrite. Le malade doit avoir un oreiller sous le ventre , et se coucher en avant sur le bord ou le pied d’un lit. Rien n’empêcherait non plus de le placer comme pour l’opération de la fistule à l’anus, ou pour l’opération de la taille.
Les fesses étant alors bien écartées, le chirurgien incise
(1 ) Ane. journ. detnéd., t. XLIII, p.316.
(2) Gaz. salut., 1769, n. 31, p. 3.