‹ Nouveau entr' actesChapitre 13 sur 20 · M. JULES SIMON · texte numérisé non relu

M. JULES SIMON

— Je vous avouerai, — nous a dit l'honorable académicien, — que je suis favorable au principe de la recherche de la paternité, à condition toutefois que la question soit bien posée.

Selon moi, la situation faite à la femme dans la société moderne n'est pas ce qu'elle devrait être. Je ne parle pas de celle qui s'occupe de politique ni de celle qui vit de scandale; j'entends la femme qui travaille et qui souffre, l'ouvrière. J'ai eu l'occasion de m'occuper, il y a longtemps

déjà, du sort de l'ouvrière. J'ai visité alors les ateliers de Paris et les grandes manufactures de France; j'ai partout rencontré la femme insuffisamment protégée.

Dans les populations ouvrières, tes sentiments religieux n'existent pas; l'esprit de famille, tel que nous le comprenons, est pour ainsi dire inconnu ; en outre, les femmes qui travaillent à l'atelier sont sans cesse en bulte aux obsessions de leurs contremaîtres, de leurs patrons ou des fils de leurs patrons. Ajoutez à cela la dépravation des mœurs, la séduction, les dangers de la vie en commun, et demandez- vous ce qui reste à l'ouvrière pour se préserver de la chute. La femme est faible; elle tombe par insouciance, par entraînement ou par nécessité et rien ne la prémunit contre la faute non plus que contre l'abandon, qui en est la conséquence ordinaire.

Je crois donc que, si la recherche de la paternité était admise, les dangers qu'encourrait le séducteur lui donneraient à réfléchir avant de commettre une mauvaise action. On verrait moins de filles détournées de leurs devoirs et la société aurait tout à gagner à cette réforme au point de vue de la moralité.

Il est juste aussi de se préoccuper des cas de séduction qui se produisent en dehors de la classe ouvrière. Une loi bien faite aurait assu-

rément le pouvoir de diminuer le nombre des malheurs qui atteignent si douloureusement les familles. Il va sans dire qu'on devrait prendre les dispositions indispensables contre les femmes qui font métier de séduction ou qui vivent de chantage ; et cela est très possible, selon moi.

M, BÉRARD DES GLAJEUX

Conseiller à la coup, président des assises lors du procès

de Polignac.

M. Bérard des Glajeux ne croit pas à la nécessité d'une réforme pareille à celle qu'on propose; il reste attaché à l'ancienne tradition ; il pense que le besoin ne se fait pas sentir de provoquer de nouvelles occasions de scandales. Cette loi qui aurait pour résultat de permettre les opérations de chantage, déjà trop fréquentes, mettrait Ja société en grand péril. De plus, l'établissement des preuves qui seraient recevables dans les revendications de cette nature, constituerait toujours une difficulté dont il est dès aujourd'hui aisé de mesurer l'étendue.

— Lorsque je dirigeai les débats de l'affaire Polignac — ajoute M. Bérard des Glajeux — je reçus la visite du prince de Polignac. Il me confessa qu'il avait connu mademoiselle de La Bretesche à l'époque de la naissance de son fils.

mais il m'affirma que dans sa conviction intime cet enfant ne lui était de rien. Ses paroles étaient empreintes d'un accent de sincérité qui me frappa. Cependant, le jour de l'audience, un fait se produisit qui plaida contre M. de Polignac de la façon la plus absolue; je veux parler de l'étonnante ressemblance qui existait entre le vieillard et le jeune homme.

Doit-on conclure de là que le fait de ressembler à quelqu'un serait une preuve suffisante pour autoriser la recherche de la paternité ? J'estime qu'il suffit d'énoncer cette supposition pour en faire justice.

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