‹ Nouveau entr' actesChapitre 14 sur 20 · M. EMILE AUGIER · texte numérisé non relu

M. EMILE AUGIER

M. Emile Augier dit qu'il est aussi embarrassé pour se déclarer partisan de la recherche de la paternité que pour se montrer opposé à la réforme.

D'un côté, il est dur de ne pas défendre de l'abandon et de la misère les malheureuses filles réellement séduifes ; il est de même cruel de ne rien tenter en vue de protéger les enfants naturels et de leur assurer le pain quotidien.

Mais, d'autre part, il est bien dangereux — pense M. Augier — de laisser introduire dans la loi une clause qui autorisera la première fille

260 nouveaux entr'actes.

venue à se présenter dans votre maison, à jeter la perturbation dans votre famille et à vous dire : « Tenez, voilà mon enfant, c'est vous qui êtes son père. » Il vous faudra prouver le contraire. Comment vous y prendrez-vous ? Ah ! s'il ne s'agissait que de venir en aide aux femmes qui ont été leurrées par des promesses ou abusées par des engagements, certes ce serait justice. Mais les autres, celles pour qui la séduction est un métier et un moyen d'existence, méritent- elles qu'on songe à leur assurer des revenus? Et, soyez-en certain, si Ton admet la recherche de la paternité, c'est à celles-là que la loi profitera.

Notez bien que la: jeune fille qui aura commis une faute et qui aura eu le malheur de devenir mère, n'ira pas demander à la justice aide et assistance contre l'homme qui l'aura trompée. Elle souffrira en silence, elle aura ce suprême orgueil de se suffire à elle-même et de ne demander rien à personne, surtout par la voie des tribunaux.

On a voulu assimiler cette question à celle du divorce et attribuer à la première l'importance de la seconde. Je ne pense pas ainsi, et autant je suis favorable au divorce, autant je suis hésitant pour accepter ou repousser la recherche de la paternité.

Page 1