SECOURS A DOMICILE
n LA TILLE DE PARIS.
Considérations générales»
Toules les. maladies , tous les besoins , toutes les époques de la vie ont maintenant à Paris des établissements qui leur sont consaciés. La Maison d'accoucbenient ne reçoit que les femmes sur le point de devenir mères ; Thospice des Enfants- Trouvés reçoit les enfants qui viennent de naître; et si ces enfants sont abandonnés , Tadministration les adopte jusqu'à vingt et un ans. On a formé un bôpital pour soigner et secourir tous les enfants malades, soit qu'ils viennent des établissements publics, soit que leurs parents les y envoient de l'intérieur de Paris. L'âge viril a plusieurs bôpitaux ordinaires: les maladies qu'on ne pourrait y traiter sans inconvénient, qui exigent des soins particuliers, qui doivent être isolées par égard pour ceux qui en sont atteints, ont des hôpitaux spéciaux, et, parmi ces maladies, on n'a pas oublié celle pour laquelle la société doit toujours conserver un vif intérêt : l'aliénation mentale. Les deux établissements qui lui sont consacrés ont reçu, dans ces derniers temps, des perfectionnements qui font honneur à notre siècle et à l'administration qui les a exécutés. Deux hôpitaux spéciaux sont ouverts aux malades des deux sexes dont les infirmités sont devenues incurables. La vieillesse a ses hospices séparés pour les hommes et pour les femmes; il en est cependant où de vieux époux peuvent venir ensemble terminer leur carrière. Quelques hospices ont été formés pour des personnes qui, n'étant pas dénuées de tout, n'ont conservé néanmoins que des ressources insuffisantes; elles concourent, pour
«ne somme donnée, à la dépense des maisons où elles sont admises. Plusieurs fondateurs ont, en outre, établi des maisons avec des destinations spéciales: ainsi, M. Brésin a laissé sa fortune à l'administration, pour établir un hospice destiné à recevoir les ouvriers en métaux.
Dans la description des établissements de Tadministration, je suivrai la division actuellement adoptée dans les comptes annuels : 1° hôpitaux, 2» hospices, 3° établissements spéciaux. Les établissements consacrés aux malades sont désignés plus particulièrement sous le nom d'hôpitaux , et nous appliquons le nom d'hospices aux maisons consacrées à l'enfance, à la vieillesse ou à des infirmités qui ne sont pas susceptibles de guérison.
Six millions environ de rentes annuelles , provenant de propriétés foncières, d'intérêts de capitaux, de produits des marchés publics, de bénéfices d'exploitation du Mont-de-Piété, d'impôts sur les spectacles, etc. ; plus de 6,000,000 de fonds alloués sur les produits de l'octroi; plus de 300,000 fr. de fondations composent la dotation des hôpitaux et hospices civils de Paris. Si l'on joint à cela la valeur des propriétés destinées à recevoir et soigner les malades et les indigents, on admettra sans peine que, parmi les établissements de charité, l'administration des hôpitaux civils de Paris vient au premier rang; et cependant, en étudiant avec soin leurs besoins, on pourra se convaincre que, malgré ces ressources considérables, il est encore bien des améliorations importantes que le défaut de fonds forcera à ajourner. La population de Paris, qui, chaque année, tend à s'augmenter ; les malades des départements, qui viennent dans la capitale pour chercher ou la guérison, ou le soulagement à leurs maux, voilà les grandes causes qui accroissent progressivement les charges des établissements hospitaliers de Paris.
C'est une immense tâche que l'administration des secours publics à Paris. Le nombre des malades reçus dans les hôpitaux était, en 1807, de 37,763 ; en 1817, il s'éleva à près de 41,000 ; en 1827, il était de plus de 53,000 ; aujourd'hui l'administration admet et entretient dans les liospice»12,689 vieillards et infirmes; elle reçoit chaque année 83,643 malades dans les hôpitaux: ce qui donneune moyenne de près de 5,000 présents chaque jour ; elle recueille 4,600 enfants trouvés ; elle en entrelient 16,0 )0 à la campagne, et plus de 400 en apprentissage; elle fournit les secours distribués à 30,000 familles indigentes.
La population des hôpitaux est particulièrement fournie,
couuîie 011 peut bien s'y attendre, par les quartiers les plus pauvres. Le douzième arrondissement contient plus de pauvres et fournit à lui seul plus de malades que les trois premiers arrondissements réunis. Si l'on compare la mortalité dans les divers états, on arrive à ces conclusions remarquables : 1° que la mortalité est plus forte dans les métiers sédentaires que dans ceux qui s'exercent à l'air libre; 2" qu'elle est en raison inverse des salaires. .Ainsi, on voit que la misère, dans les grandes villes, ne tend pas seulement à imposer des privations, elle a encore pour effet de rendre les maladies plus fréquentes et d'abréger le terme de la vie.
M. Guerry, si bien connu par ses travaux de statistique, a fait des rechercbes intéressantes sur la fréquence des maladies diiiërentes dans les hôpitaux suivant les saisons ; il a vu que les admissions pour phlegmasies internes paraissent un peu plus nombreuses en été qu'au printemps, ou même qu'en hiver. Pour les ophthalmies, l'inlluence fâcheuse de l'été est encore plus marquée; mais, pour les cas de variole, la différence entre la saison chaude et la saison froide est la plus grande ; pour les malades atteints de fluxions de poitrine, au contraire, c'est en hiver qu'on en reçoit le plus grand nombre. Enfin, en automne et au printemps , il arrive dans les hôpitaux beaucoup ])lu3 de malades atteints de fièvres intermittentes, de diarrhée Cl de dyssenterie qu'en été, et surtout qu'en hiver.
Administration. — Personnel.
L'administration de l'assistance publique de Paris se compose : 1" d'un directeur général nommé par le ministre de l'intérieur ; 2» d'un conseil de surveillance formé de 20 membres, dont le préfet de la Seine est toujours président et le préfet de police membre-né ; les autres membres sont nommés par différentes corporations. pour trois ans; o"de deux inspecteurs généraux, d'un secrétaire général, de chefs de division et d'un caissier. Chacun des membres du conseil de surveillance est chargé de la haute surveillance d'un ou de plusieurs établissements de l'administration ; ces fonctions sont honoraires. Le directeur général de l'assistance est chargé du domaine et de la tultlie, de la comptabililé et de la surveillance des établissemenls particuliers ; il dirige les bureaux de l'administration centrale, secondé par des chefs de division , des chefs, des sous-chefs et des employés.
Le personnel de chaque hôpital se compose, sous le rapport
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administratif, d'un directeur , secondé par un ou plusieurs commis aux entrées, d'un économe et de ses commis.
Le service de santé est confié à des médecins et chirurgiens choisis parmi les membres du bureau central ; chacun d'eux est chef dans son service ; il est secondé par plusieurs élèves en médecine de deux classes, les internes et les externes, qui sont nommés au concours.
A chaque service est attaché un élève en pharmacie, et, dans les maisons importantes , il y a un pharmacien. Les malades sont soignés dans une salle par une sœur ou surveillanle qui a sous sa direction un nombre de gens de service proportionné au nombre des malades.
Les médecins et les chirurgiens des hôpitaux sont nommés par le ministre de l'intérieur, sur une liste de trois candidats choisis par le conseil général parmi les membres du bureau central.
Ils sont élus pour cinq ans, et rééligibles, ce terme étant expiré.
Les pharmaciens des hôpitaux son nommés au concours.
Le concours pour les places d'externe en médecine et en chirurgie s'ouvre chaque année dans les premiers jours de novembre.
Pour être admis au concours de l'externat, il faut avoir dixhuit ans, et présenter le certificat d'une inscription au moins prise à l'une des Facultés de médecine. Les élèves ont à répondre sur les éléments de l'anatomie , de la médecine et de la chirurgie. Les épreuves consistent en une réponse verbale et une réponse par écrit.
Pour prétendre à l'internat, il fuut avoir au moins une année de service dans les hôpitaux en qualité d'externe, ou avoir rempli pendant six mois le service d'externe, après avoir été désigné par l'administration pour ces fonctions. Les épreuves sont plus sévères, mais à peu près de la même nature que pour l'externat. Elles roulent sur l'ensemble des connaissances médicales.
Le jury chargé de la nomination des élèves internes et externes se compose de sept médecins ou chirurgiens des hôpitaux ou du bureau central et de deux suppléants. Les membres sont tirés au sort chaque année et pour chacun des concours.
Les internes en pharmacie sont également nommés pour quatre ans, par suite d'un concours qui s'ouvre chaque année, le 20 février; les élèves entrent en fonctions le l**" avril.
Les épreuves consistent:
SUR LliS HOPITAUX DE PARIS. 21
1" Quesliou écrite sur la chimie, la pharmacie et Ja matière médicale, pour laquelle trois heures sont accordées aux candidals.
2'^ Epreuve orale sur la pharmacie, pour laquelle on accorde dix minutes.
3° Épreuve pour la reconnaissance des plantes et substances, pour laquelle on accorde quatre minutes.
Zi" Une épreuve de manipulation et de préparations. Les deux dernières épreuves sont éliminatoires.
Tout aspirant qui veut se présenter au concours pour les places d'élèves en pharmacie , doit produire son acte de naissance, constatant qu'il est âgé de dix-huit ans, un certificat de vaccine, un certificat de bonnes vie et mœurs , un certificat constatant trois années d'exercice dans une pharmacie.
Bureau cf.ntral. — Les malades qui réclamaient le secours des hôpitaux étaient reçus dans les établissements, pour ainsi dire, sans contrôle. Le bureau central, établi au chef-lieu de l'administration, parvis Notre-Dame, a pour but de régulariser ces admissions.
Les médecins et les chirurgiens qui le composent sont nommés au concours, et c'est parmi eux que sont choisis les médecins des hôpitaux.
Ils délivrent aux malades leur bulletin d'admission, après les avoir soigneusement examinés ; ils les dirigent ensuite sur les établissements qui ont des lits disponibles.
Les feuilles de mouvement de chaque hôpital sont envoyées tous les jours à ce bureau.
Les hôpitaux peuvent en outre, sur le certificat du médecin ou de l'élève de garde, admettre directement et d'urgence les malades qui ne peuvent être transportés sans danger au bureau central.
Les hôpitaux excentriques reçoivent presque tous les malades par voie d'urgence ; les hôpitaux spéciaux les reçoivent directement.
Le bureau central n'a pas été seulement institué pour les hôpitaux ; il doit encore examiner et juger si les individus qui se présentent pour entrer dans les hospices ouverts aux maladies incurables ont véritablement le caractère d'incurabilité fixé par les règlements.
Les médecins du bureau central des hôpitaux sont : MM. Vernois, Boulley, Moissenet, Barthez, H. Guéneau de MussY, Pjdoux, Gazalis, Tardieu, Legf.kdre, Becquerel, BoucHUT, Bocrdo\.
Traitement de ta teigne : Vigla.
Chirurgiens du bureau central : MM. Voillemieb, Gosselîn,
MOREL-L A VALLÉE , JaRJAVAY, GiRALDÈS, CuSCO, DÉSORMEAUX, GuÉRlN.
Pharmacie CENTRALE.~On reçoit et Ton prépare dans ce bel établissement , situé quai de la Tournelle , tous les médicaments destinés aux hôpitaux, hospices, maisons de secours et prisons de Paris.
M. Soubeiran en est le directeur, M. Tassart le pharmacien économe , et M. Dublanc le pharmacien chargé de la surveillance des laboratoires.
Cave générale. — Au chef-lieu de l'administration , on y reçoit et l'on y coupe les vins destinés au service des hôpitaux et hospices.
On fabrique à Scipion la pain destiné aux mêmes établissements.
Régime des infirmeries, des hospices et des hôpitaux. — Nous allons donner le détail du nouveau régime adopté depuis janvier 1843 dans les hôpitaux. Celui qu'on suivait auparavant était très vicieux. Nous l'avions critiqué dans notre première édition ; le régime actuel est conforme aux indications que nous avions posées.
Des différents degrés d'alimentation ou de prescriptions. — Les malades peuvent être , selon les prescriptions journalières des médecins , soumis à l'un des degrés d'alimentation suivants :
i° A la diète absolue; 2'^ à la diète simple ou au bouillon; 3° aux potages ou aux soupes ; Zi" aux aliments solides, subdivisés en cinq degrés, depuis une portion jusqu'à cinq portions.
1" Les malades ci la diète absolue ne reçoivent aucun aliment , ni bouillon, ni aucune espèce de boisson alimentaire.
2^ Les malades à la diète simple reçoivent pour 24 heures, selon que la prescription en est faite, depuis 1 jusqu'à à. bouillons gras, ou del à 4 portions de lait, ou de 1 à 2 portions de vin, ou l'une ou l'autre de ces boissons simultanément dans les limites de quatre portions.
3° Les malades aiiuc^ potages ou aux soupes reçoivent, pour 24 heures, selon que la prescription est faite, deux bouillons gras, 1 ou 2 potages ou soupes, soit au gras , soit au lait, ou simultanément 1 potage et 1 soupe.
Les médecins peuvent, quand ils le jugent nécessaire, ajouter aux prescriptions ci-dessus 1 ou 2 portions de lait, ou de' 1 à 2 portions de vin.
4° Les malades aux aliments solides reçoivent, pour 24 heu-
les, suivant la prescription, J, 2, 3, 4 ou 5 portions composées de denrées et quantités ci-après, divisées en deux distributions.
Malades a une portion. — Pain blanc : aux hommes 12 décag., aux femmes 10 décag.
Vin : aux hommes 1 , 2 ou 3 portions de 10 cenlilit., aux femmes 1, 2 ou 3 portions de 8 centilit., ou lait 1, 2, 3, à ou 5 portions de 20 centilit.
Deux -potages ou soupes au gras de 30 centilit., ou 2 potages ou soupes au lait de 30 centilit.
Volaille cuite 8 décag , ou poisson frais cuit 8 décag., ou œufs frais 1 .
Légumes de saison cuits 10 centilit., ou pomme cuite 1, ou gelée de groseilles 3 décag.
Malades a deux poktions. — Pain blanc: aux hommes 2/i décag., aux femmes 20 décag.
Vin : aux hommes 1, 2 ou 3 portions de 10 centilit., aux femmes 1, 2 ou 3 portions de 8 centilit., ou lait 1, 2, 3, /i ou 5 portions de 20 centilit.
Deux potages ou soupes au gras de 30 centilit. , ou deux potages ou soupes au lait de 30 centilit.
F/rt7!rfe 7'a/ie 10 décag.
Légumes de saison cuits 20 centilit-, ou œufs 2, ou pommes cuites 2, ou pruneaux cuils 12 centilit.
Malades a trois portions. — Pain blanc : aux hommes 36 décag., aux femmes 30 décag.
Vin : aux hommes 1, 2, 3, /i ou 5 portions de 10 centilit., aux femmes 1, 2, 3, Zi ou 5 portions de 8 cenlilit., ou lait 1, 2, 3, à ou 5 portions de 20 centilit.
Deux potages ou soupes au gras de 30 centilit., ou 2 potages ou soupes au lait de 30 centilit.
Viande bouillie 15 décag.
Légumes frais cuils 30 centilit., ou pommes de terre cuites 45 cenlilit., ou légumes ^ecs en purée 2k centilit., ou œufs 2, ou pruneaux cuits J8 centilit.
Malades a quatre portions. — Pain blanc: aux hommes AS décag., aux femmes ZtO décag.
Vin: aux hommes 1, 2, 3, A ou 5 portions de 10 cenlilit., aux femmes 1. 2, 3, 4 ou 5 portions de 8 centilit., ou lait de 1, 2, 3, Aon 5 portions de 20 centilit.
Deux soupes grasses de 30 centilit., ou 2 soupes maigres de 30 cemilit.
Viande bouillie 20 décag.
Légumes secs en purée 32 cenlilit. , ou pommes de terre
cuites 60 centilitres, ou légumes frais cuits 40 centilitres.
Malades a cinq portioiNS. — Pain blanc : aux hommes 60 tlécag., aux femmes 50 décag.
Fm ; aux hommes J, 2, 3, 4 ou 5 portions de 10 cent.ilit., aux femmes 1, 2, 3, à ou 5 portions de 8 centilit., ou lait 1, 2, 3, Zi ou 5 portions de 20 centilit.
Deux soupes grasses de 30 centilit., ou deux soupes maigres de ,30 centilit.
Viande bouillie 25 décag-.
Légumes secs en purée 40 centilit. , ou pommes de terre cuites 75 centilit., ou légumes frais cuits 50 centilit.
Il est accordé aux femriies en couches qui sont aux potages, 1 ou 2 portions d'alimenis solides, une soupe en sus des allocations fixées pour les autres malades.
Combinaison des prescriptions. — La prescription par le médecin du degré d'alimentation entraîne pour le malade la distribution des aliments solides dont ce degré est composé ; cependant les médecins pourront faire des prescriptions extraordinaires en faveur des malades qui se trouveraient dans un. état exceptionnel. Dans ce cas, ces prescriptions seront faites sur bons motivés.
Le nombre des portions de vin et de lait est subordonné aux: prescriptions des médecins. Ces deux boissons peuvent être prescrites à l'exclusion de l'une et de l'autre , ou simultanément au même malade, pourvu que les quantités réunies de Tune et de l'autre espèce n'excèdent pas cinq portions. Néanmoins les malades à 1 ou 2 portions d'aliments ne pourrront recevoir plus de trois portions de vin.
Temps pendant lequel on peut prescrire cinq portions. — A moins de circonstances extraordinaires, les médecins ou chirurgiens ne doivent pas prescrire à un malade cinq portions d'aliments solides pendant plus de cinq jours. Sontexceplés de cette disposition les galeux, les dartreux, les scrofuleux , les vénériens, les cancérés et les aliénés en traitement.
Maximum des prescriptions dans certains établissements. — Les malades dans les infirmeries des hospices ne recevront pas plus de quatre portions d'aliments solides ou de boissons alimentaires.
Les aliénés à l'infirmerie ne sont pas compris dans l'exclusion prononcée par l'article qui précède; ils sont traités de la même manière que les malades dans les hôpitaux, et ont droit aux mêmes prescriptions.
Les darlreux, galeux, scrofuleux et cancérés de l'hôpitaï Saint-Louis et des Enfants malades, et les nourrices de l'hôpi-
SUU LES llOPltALX DE PARIS, 25
tal (le Lourcine, pourront recavoir jusqu'à 7 portions de pain lo!-squ'ils ne recevront pas de \in. Les scrofuleuv seuls pourront recevoir simultanément l'un et Tautre.
Maladea entremis. — Les malades ne comptent pas pour les vivres le jour de leur entrée. Cependant ceux qui seront jugés en état de manger recevront, sur bons particuliers du médecin, ou sur bons de Télève interne de service, légalisés par le médecin, une soupe grasse, et 1, 2 ou 3 portions de pain. Il pourra être prescrit aux galeux, dartreux, etc., des aliments dans les limites fixées pour les autres malades.
Malades sortants. — Les malades guéris sortant des hôpitaux ont droit, le jour de leur sortie, aux aliments ci-après: 1 soupe grasse, 3 portions de pain, 3 portions de vin, et 5 portions de viande bouillie.
Le malade sortant non guéri reçoit telle autre combinaison de régime que le médecin veut -bien spécifier. Les malades sortants des infirmeries et des liospices reçoivent, dans ce dernier service, des vivres pour la journée entière; en conséquence, les dispositions ci-dessus relatives aux malades sortant des hôpitaux ne leur sont point applicables.
Si Ton examine le prix moyen de la journée des malades à dix années de distance, on trouve qu'il est ainsi réparti: 18U. Hôpitaux . . . . . 1 f. 65 c. Hospices , . » f. 90 c. 1826. Hôpitaux généraux i 77 Hospices . . » 89 4836. Hôpitaux généraux 1 71 Hospices . . » 98
Hôpitaux spéciaux 1 80
18iO. Hôpitaux généraux i 67 Hospices . . 1 0.4 . Hôpitaux spéciaux 1 74
La mortalité moyenne des hôpitaux est environ de 1 sur 11 ; c'est à peu près la moyenne des dernières années. La durée moyenne du séjour a été, pour 1836 et 1840, de 24 jours, et de 23 jours seulement pour 1837. Cette durée de séjour a continuellement décru depuis vingt ans, comme nous le verrons, d'une manière plus détaillée, en parlant de THôtel-Dieu, et le chiffre de la mortalité a suivi une marche parfaitement parallèle.
Hôpitaux généraux.
Les hôpitaux généraux sont destinés aux personnes des deux sexes atteintes de maladies aiguës, où à celles qui sont blessées ou attaquées de maladies chirurgicales. Il suffit d'être affecté d'une maladie curable pour être admis et soigné immédiatement jusqu'à complète guérîson. Ces hôpitaux sont l'Hôtel-
Dieu, riiôpîtal Sainte-Marguerite, la Pitié, la Charité, Saint- Antoine , Beaujon , Cocliin , Necker, Bon-Secours.
Les médecins donnent en outre dans chaque hôpital , à tour de rôle, chaque matin, des consultations gratuites.
HÔTEL-DiEc. — C'est le plus ancien peut-être des hôpitaux de l'Europe : on admet généralement qu'il a été fondé vers l'an 660 par saint Landry, évèque de Paris, et qu'Erciiinoald, maire du palais, eut beaucoup de part à cette bonne œuvre. Philippe-Auguste, saint Louis, Henri IV, et plusieurs personnes charitables, parmi lesquelles on doit distinguer le chancelier Duprat et MM. de Pomponne, de Bellièvre, premier président du parlement , contribuèrent beaucoup à lui donner de l'extension.
L'Hôtel-Dieu fut établi pour tous les malades, de quelque âge, sexe, condition, pays et religion qu'ils fussent. Sa devise était Mediciis et hospes. On y accueillait à toute heure du jour et de la nuit les malades, les pèlerins et les mendiants; il n'existait aucune règle pour leur admission et pour leur sortie. La population ancienne de -'Hôtel-Dieu ne fut jamais combinée avec l'étendue de ses bâtiments et le nombre de ses lits ; aussi, jiendant les onze premiers siècles de son existence, la plus petite cause de maladie parmi le peuple lui a-t-elle donné aussitôt une foule d'individus que l'on a peine à concevoir, en considérant les lieux qu'il occupait. Voici la progression de sa population en temps ordinaire : sous le règne de saint Louis, 900 malades; sous le règne de Henri IV, 1,300 ; sous Louis XIII, 1,800 ; sous Louis XïV, 1,900. Il y a eu des années où la population de l'Hôtel-Dieu n'avait pas de bornes. On rapporte qu'en 1709, elle s'est élevée à plus de 9,000; on assure qu'eu 1693, on fut forcé de coucher douze et quinze malades dans le même lit; ce qui ferait croire que le nombre de malades dépassait 10,000 : le total général des lits ne s'élevait alors au plus qu'à 1,000, dont 600 grands et AOO petits. Voici quelques extjaiis du rapport de Bailiy, Tenon et Lavoisier sur l'état ancien de l'Hôtel-Dieu :
« Ils ont remarqué que la disposition générale de THôtei- Dieu, disposiliou forcée par le défaut d'emplacement, est d'établir beaucoup de lits dans les salies, et d'y coucher U, 5 et 6 malades dans un même lit. Ils ont vu les morts mêlés avec les vivants; des salles où les passages sont étroits, où l'air croupit faute de pouvoir se renouveler, et où la lumière ne pénètre que faiblement et chargée de vapeurs humides. Les commissaires ont encore vu les convalescents mêlés dans les mêmes salles avec les malades, les mourants et les morts, et forcés de
sortir les jambes nues, été comme hiver, pour respirer l'air extérieur sur le pont Saint-Charles; ils ont vu pour les convalescentes une salle au troisième étage, à laquelle on ne peut parvenir qu'en traversant la salle où sont les petites véroles ; la salie des fous contiguë à celle des malheureux qui ont souffert les plus cruelles opérations, et qui ne peuvent espérer de repos dans le voisinage de ces insensés , dont les cris frénétiques se font entendre jour et nuit. Souvent, dans les mêmes salles, des maladies contagieuses avec celles qui ne le sont pas ; les femmes attaquées de la petite vérole mêlées avec des fébricitantes. La salle des opérations où l'on trépane, où l'on taille, où l'on arapute les membres, contient également et ceux que l'on opère et ceux qui doivent être opérés, et ceux qui le sont déjà. Les opérations s'y font au milieu de la salle même ; on y voit ces préparatifs du supplice, on y entend les cris du supplicié ; celui qui doit l'être le lendemain a^ devant lui le tableau de ses souffrances futures, et celui qui a passé par cette terrible épreuve : qu'on juge comme il doit être profondément remué par ces cris de douleurs? Ces terreurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidents de l'inflammation ou de la suppuration, au préjudice de son rétablissement et au hasard de sa vie. La salle Saint- Joseph est consacrée aux femmes enceintes. Légitimes ou de mauvaises mœurs, saines et malades, elles y sont toutes ensemble. Trois ou quatre en cet état couchent dans le même lit, exposées à l'insomnie, à la contagion des voisines malsaines et en danger de blesser leurs enfants. Les femmes accouchées sont aussi réunies quatre ou plus dans un lit à diverses époques de leurs couches. Le cœur se soulève à la seule idée de cette situation où elles s'infectent mutuellement; la plupart périssent ou sortent languissantes. Mille causes particulières et accidentelles se joignent chaque jour aux causes générales et constantes de la corruption de Tair, et forcent do conclure que rHôlei-Dieu est le plus insalubre et le plus incommode de tous les hôpitaux, et que sur neuf malades il en meurt deux. »
Voilà ce qu'était l'Hôtel-Dieu de Paris avant la révolution de 89.
jNous allons voir par quelles séries d'améliorations successives il a fallu passer pour arriver à l'état présent. Ces premiers changements datent de 1790. C'est à cette époque que la tuerie, la fonte des suifs et la fabrication de chandelles, établies dans cet hôpital , en furent éloignées.
Les lits à plusieurs places furent divisés par une cloison. Mais c'est pendant la révolution, et surtout depuis 1801, épo-
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(|ue à laquelle riuluiinislralion des hospices esl passée sous la direction du conseil général, que les changements les plus importants s'effectuèrent progressivement. Les aliénés des deux sexes furent évacués ù Charcnton , à la Salpêlrière, puis h Bicêtre. Il fut créé des hôpitaux spéciaux pour les femmes en couches, les enfants malades, les vénériens.
On créa le bureau central pour la répartition des malades. On destina le bel hôpital Saint-Louis au traitement des maladies cutanées. On augmenta l'hôpital Necker, celui de Cochin et de Beaujon. On créa l'hôpital Saint-Antoine, on augmenta les salles de la Charité. On donna à l'hôpital de la Pitié une destination nouvelle, et, dans ces derniers temps, on a divisé l'hôpital des Vénériens et créé l'hôpital des Cliniques. La population ordinaire de l'Hôtel-Dieu fut réduite à 1,800, puis à '1,200 , puis à 800, qui est aujourd'hui son chiffre officiel.
Les autres améliorations les plus importantes sont :
1° La suppression définitive des lits à deux places , et l'établissement des lits en fer munis de rideaux de coton.
2° Le classement des malades par sexes et par salles de médecine et de chirurgie.
3° La démolition de l'ancienne entrée de l'Hôtel-Dieu, de la salle du Rosaire, de vieilles masures de l'ancienne rue des Sablons et de la rue de la Bûcherie; le déblaiement des conslructionsqui encombraient les terrasses Saint-Charles et Sainte- Marthe ; la démolition des bâtiments qui avoisinaient Notre- Dame et qui s'avançaient sur le pont au Double; de récentes constructions qui ont régularisé et assaini toutes les salles du bâtiment Saint-Côme. Les constructions ont eu pour but de prolonger la partie double du bùtiment Saint-Côme.
4° La formation de dortoirs particuliers pour les infirmiers et infirmières, qui couchaient dans les salles des malades.
5" Les perfectionnements successifs du système de chauffage.
6» L'établissement d'un double vestibule à chacun des quatre étages du bâtiment méridional.
Les dépenses de l'Hôtel-Dieu se sont élevées , pour l'année 1837, à 575,824 fr. ; le prix moyen de la journée a été, pour cette même année, de 1 fr. 74 c; la dépense moyenne du traitement de chaque malade, 31 fr. 47 c. Le prix moyen de la journée avait continuellement décru. Ainsi, en 1820, il était de 2 fr. 30 ; en 1825 , de 1 fr. 8G c. ; en 1830, de 1 fr. 79 c. ; en 1832, de 1 fr. 74 c, et il est aujourd'hui à 1 fr. 87 c. La progression ascendante devra s'observer, grâce au perfectionnement du régime. La dépense moyenne du traitement de
?liU LES HOPITAUX DE PAKIS. 2^
chaque malade a subi une réduction eucore plus considérable, car la durée moyenne du séjour était encore plus longue, etl<! prix de la journée plus élevé.
Les recherches faites par Tenon ont prouvé qu'avant la révolution la mortahlé était, à l'Hôtel-Dieu, de 1 sur 41/2, et les raisonnements suivants démontrent qu'elle devait encore être portée beaucoup plus haut. On admettait autrefois , à l'Hôlel-Dieu , beaucoup de personnes qui étaient légèrement malades , et on en laissait beaucoup d'autres qui ne l'étaient plus; ce calcul fait les embrassait tous, quoiqu'ils ne pussent tous y entrer, puisque les véritables malades auraient dû seuls être les éléments de ce calcul. D'un autre côté, les aliénés et les femmes enceintes y étaient admises, et leur mortalité ne peut être comparée à celle des autres malades.
Je vais donner un tableau qui peut présenter une image fidèle des améliorations successives dont l'Hôtel-Dieu a été i'ob« jet. La mort a fui devant les changements successifs.
Tableau du mouvemeni de l'Hôtel-Dieu depuis 1816-