SUR LES CURES DE RAISIN
peu prononcée plaît généralement, leur teneur modérée en sucre les rend plus convenables pour la digestion. Les gutedei blanc et rose des Allemands sont des chasselas bien inférieurs à notre chasselas de Fontainebleau, le premier des raisins de table ou de cure de raisin. Les fendants vert etrouoi) du canton de Vaux, de Vevey,des Montreux, sont des variétés très-voisines des chasselas; il en est de même de Vœsterveicker , elles sont seulement moins bonnes. Le ktein berger de TOberiand est un mauvais raisin aqueux, acide, qui se rajDçroche plus du gouais que du chasselas ; quand il est bien mur, U est supporté à plus haute dose que les variétés plus sucrées. Le burgunder (pineau moréote, Stolz) est une variété qui ressemble à notre pineau noir de Bourgogne, qui peut être un excellent raisin pour la cure quand il n'a pas atteint sa complète maturité. Le traminer est voisin de notre délicieux chardenet ou vineau blanc. Le riesling le cède à notre savagnin jaune du Jura, qui est aussi un raisin de cure des plus remarquables. Voilà les variétés indiquées; mais rappelons que noschasselas sont pour la cure au-dessus de tous les autres laisins ; qu'en général on doit choisir les variétés modérément sucrées, à grains sphériques petits ou moyens, ayant peu de chair, la peau tendre, beaucoup de jus et une saveur délicate. La cure commence avec la maturité du raisin. On peut débuter par des espèces précoces, telles que le plant de juillet: elle dure de trois à six semaines. — Dose, On commence par un demi cl i kilogramme; on arriveprogressivementjusqu'àoet5kilogi'. par jour. Cette quantité est répartie en trois portions : 750 gr. a 1 kilogr. de six a huit heures du matin, la seconde entre le déjeuner et le dîner, et la troisième avant la collation du soir (Gurchod). Il faut limiter la quantité quand le raisin n'est pas pris avec plaisir, et surtout qu'il incommode. On rejette les pellicules et les pépins.
Pour le reste, l'alimentation devra être réglée d'après la nature de la maladie, les habitudes bromatologiques. En général les repas devront être modérés ; les viandes de toute nature, le vin, le thé, le café, pourront y intervenir.
Vexercice est l'une des conditions qui favorisent le plus puissamment les bons effets de la médication par les raisins (A.Ch. Herpin, de Metz.)
Effets -physiologiques, usages thérapeutiques. — Sous l'influence de la cure de raisin, la santé générale s'améliore, l'appétit augmente, les fonctions de la digestion s'accomplissent plus rapidement ; quelquefois il y a de la diarrhée produite, d'autres fois elle est guérie par l'usage des raisins. Les
oO
chasselas soiU en général bien supportés; quelques raisins !i comme les iresseaux^ les gouais, les raisins non mûrs, ont une jj action purgative manifeste ; les pineaux bien murs produisent ji plutôt la constipation. On peut donc varier la nature du raisin | suivant l'elfet désiré ou obtenu. Pendant la cure, de Tembon- ji point se manifeste souvent (Rliazès, Hirscli). Les urines sont I plus abondantes, souvent neutres ou alcalines ; c'est par les i reins que le bicarbonate de potasse résultant de la décompo- i sition éki tartrate est surtout éliminé. Il faut surveiller la cure au point de vue de la glycosurie : je Tai vue apparaître par Tabus des raisins ; pour la prévenir, l'exercice énergique est bien indiqué.
La cure de raisin est souvent utile dans la dyspepsie, la constipation habituelle, le> hémorrhoïdes ; dans les maladies chroniques du foie, accompagnées ou non d'ictère ; dans les coliques biliaires, les calculs hépatiques ; dans l'hypertrophie de la rate consécutive aux fièvres intermittentes ; dans certaines diarrhées chroniques ( E. Carrière), dans la dysenterie des camps (Pringle), dans le catarrhe de la vessie, les blennorrhées (Pircher). Je la regarde comme parfaitement indiquée dans les cas de gravelle urique ou cystinique. On a encore préconisé la cure de raisin dans les intoxications mercurielle et saturnine; dans la goutte, mais avec l'accompagnement obligé de l'exercice énergique. On l'a vantée dans la bronchite chronique, dans la phthisie (Carrière), aux dernières périodes de la coqueluche (Gurchod) ; dans les scrofules, dans l'hypocondrie, et l'hystérie avec chlorose; dans les exanthèmes chroniques, pourvu que les urines ne contiennent pas de gly- €Ose ; dans le scorbut.
On voit combien sont nombreuses les indications d'un moilificateur aussi inolfensif que la cure de raisin. « Après quelques jours d'un régime, dit M. E. Carrière, qui admettait dans l'alimentation un kilogr. de raisin et plus, j'éprouvai une sorte de facilité dans les mouvements, de bien-être dans les forces, qui me rendait la fatigue moins pénible et réagissait fortement sur les facultés de mon esprit. »
Les localités les plus convenables sont Vevey, Montreux, Veytaux, Aigle, sur les bords du lac de Genève. Mais pourquoi ne pas venir à Fontainebleau, promenades admirables, air pur, les meilleurs raisins du monde? llconvientde ne pas attendre leur complète maturité. On peut faire des cures à Paris; il y vient des raisins très-convenables de toutes les parties de la France, pendant plus de trois mois. Je n'indique pas de stûtion allemande, parce que nos raisins sont préférables aux leurs.
Traitement hygiénique des maladies aijs^ucs.
— La base de la thérapeutique des maladies aiguës repose aujourd'hui sur l'emploi des moyens hygiéniques. La bonne direction des modificateurs hygiéniques est la voie la plus sûre dans ces nombreuses classes de maladies pour arriver à la diminution de la fièvre et au rétablissement de la santé.
Les maladies chroniques réclament quelquefois les mêmes indications, mais c'est presque toujours à l'occasion d'accidents qui offrent un certain degré d'acuité, qiîi s*an* noncentpar uneélévation de température ou par la fréquence du pouls, par une surexcitation morbide de l'appareil respiratoire.
Le bon sens des grands médecins de tous les temps a reconnu la toute-puissance de ces moyens naturels. L'accord est des plus remarquables dans ce qu'il y a de plus essentiel dans la pratique. On peut s'en convaincre en comparant les œuvres d'Hippocrate, de Celse, deSydenham, à ceux des cliniciens les plus sages de notre époque, parmi lesquels je ne citerai que trois amis qui ne sont plus, Chomel, Louis, Grisolle, et auxquels je pourrais joindre cette phalange de médecins distingués des hôpitaux, qui font la gloire de Técole médicale de Paris, aussi grande par la solidité des éiudes, que par le bon sens pratique qui distingue ses éminents cliniciens.
Faut-il voir dans cet accord entre les grands médecins anciens et les plus sages des médecins modernes le seul effet de la tradition, ou une rencontre obligée, l'humanité et ses besoins n'ayant guère changé depuis Hippocrate jusqu'à nous.
Chose remarquable, ce n'est pas seulement la pratique éclairée de la médecine qui a présenté peu de variations, mais ce sont les préjugés populaires eux aussi, qui sont restés immobiles. (Lorain, thèse, p. 6.)
Le but que nous devons poursuivre, c'est de chercher à éclairer, à perfectionner par les procédés dont dispose la science moderne, ce grand faisceau de connaissances posi» tives Qui repose sur robservation universelle.
à22 HYGIÈxNE TllÉRAPEUTIQUr.,
Le caractère ])hysiologique le plus net qui distingue les maladies aiguës, c'est la fièvre qui se révèle surtout par la fréquence du pouls et l'élévation de la température. Bien que les causes les plus diverses puissent la susciter et entiaîner à leurs suites des conséquences plus ou moins graves dépendant de la nature de ces causes, il n'en paraît pas moins certain que le phénomène de continuité dans l'élévation de la température animale qui, le plus souvent, est liée avec une grande fréquence du pouls, peut faire apparaître de redoutables complications dans les divers appareils, et constituer par là le véritable danger dans un grand nombre de maladies.
On comprend, d'après cela, l'immense intérêt qui s'attache à l'étude des modificateurs les plus inoffensifs, qui permettent de maîtriser cette surélévation de température morbide, et combien il importe d'être éclairé par une observation sévère sur le choix et la mesure de ces différents moyens, dans cette grande division des maladies aiguës.
Les armes employées habituellement pour abaisser le chiffre de la température morbide dans les maladies aiguës sont les émissions sanguines, la diète et le froid ; leur action doit être secondée, comme nous allons le démontrer, par les influences morales, la désinfection et l'usîige approprie du mouvement et du repos.
Je ne m'occuperai point ici des émissions sanguines qui p^'udant longtemps sont venues au premier rang parmi les armes de la médication antiphlog-istique, parce que je n'ai pour but ,ici, que de traiter du régime des malalies aiguës, du seul emploi des modificateurs hygiéniques qui, il faut bien le reconnaître, se sont îe plus souvent depuis plusieurs années substitués dans la thérapeutique des maladies aiguës aux modificateurs pharmaceutiques. Voici Tordre que je suivrai : je traiterai successivement des influences morales, de la diète et de ses accessoires, des désinfectants, du sommeil et du mouvement, et enfin de l'emploi du froid. Je terminerai par les applications dos
INFLUF.NCES MORALES 533
faits compr s sous ces différents titres, au traitement des principales maladies aiguës, parmi lesquelles je citerai les fièvres spécifiques, les phlegmasiesdu refroidissement, etc., les maladies aiguës survenant dans le cours d^une affection chronique. Les auteurs que j'ai particulièrement consultés sont Hippocrate : Du régime dans les maladies aiguës^ et l'appendice au Traité du régime dans les maladies aiguës; Chomel : Pathologie générale ; Ribes : Hygiène thérapeutique; Lorain \Du régime des maladies a iguës .
inQucnces morales. — L'influence du calme de l'âme \\v la marche des maladies aiguës a été reconnue par les grands observateurs de tous les temps. C'est une nécessité pour le médecin des maladies aiguës d'inspirer une confiance absolue; il doit s'identifier avec son malade, le traiter comme un frère, procéder à un examen sévère, mais en ménageant les forces du fébricitant. Il doit tout mettre en oeuvre pour lui donner l'espérance d'une guérison certaine. Tous ces préceptes sont admirablement exposés dans le passage suivant de la Pathologie générale de mon maître et ami Chomel. « L'influence des passions sur la marche des maladies est tellement puissante, que le médecin ne négligera rien pour leur imprimer une direction favorable. Dans ce but, il doit employer tous les moyens propres à obtenir et à conserver la confiance entière du malade, et prendre garde sans cesse que rien dans ses actions comme dans ses paroles ne puisse l'altérer. C'est surtout en l'écoutant avec une grande attention, en lui témoignant \m intérêt particulier, qu'il parviendra à ce premier résultat. Quelle que soit son opinion sur la terminaison de la maladie, il devra toujours porter devant le malade un pronostic favorable, il aura soin de Taborder avec sécurité et de paraître calme... Aucune parole inconsidérée, aucun geste irréfléchi, aucun cliangement dans sa figure, ne doivent donner au malade !e moindre soupçoa du danger qui le menace. »
Voici des règles très-sages données par Graves [Climc
Lectur)j se rapportant aux gardes et à l'entourage des ma« lades. « Jamais, dit-il, vous ne devez, si c'est possible, entreprendre le traitement d'une fièvre si les amis du malade se mettent aux lieu et place d'une garde régulière. L'affection et le chagrin obscurcissent le jugement.
» II y a quelques gardes qui sont extrêmement attentives, mais qui sont inexpérimentées et sans jugement, et dont les attentions malencontreuses sont fréquemment préjudiciables aux malades. Lorsqu'il s'agit d'administrer un médicament, le malade est bien moins troublé, bien moins incommodé lorsqu'il le reçoit de la main d'une garde expérimentée que lorsque c'est de la main d'une personne qui n'a pas l'habitude des malades.
» Le simple maniement du malade, Taction de le transporter d'un lit dans un autre, de lui donner à boire, de lui administrer une médecine, de changer ses linges, le pansement des vésicatoires, cent autres petits offices, ne peuvent être remplis avec avantage que par une garde expérimentée.
» N'oubliez jamais qu'il est de la plus haute importance d'économiser les forces d'un malade dans la fièvre.
» Rien que de le lever sur son séant ou de le changer de côté, c'est assez pour produire de l'épuisement. A une période avancée de la fièvre, les soins d'une garde bien appropriée à ce service sont inestimables. »
Oui, je ne saurais trop dire combien est grande Tinfluence des petits soins continuels d'une garde expérimentée, habituée à toutes les précautions indispensables au maniement d'un malade atteint d'une maladie aiguë grave. Il importe qu'elle lui plaise, qu'elle ménage ses forces, qu'elle lui donne à boire autant que cela est nécessaire, qu'elle prévienne l'infection qui marche parallèlement avec la maladie principale et qui entraîne des dangers à sa suite. Ces soins minutieux de chaque instant, elle aoit les continuer jusqu'au dernier moment, dans le cas malheureux. Il faut que la garde soit soumise à la direction eédicale et ne se substitue pas au médecin qui, lui, de