DE LA DIÈTE
son côté, doit prévoir et prescrire tout ce qui est utile au malade.
Combien de pareils et si précieux secours sont rares dans les villes et font absolument défaut dans les campagnes î Certes, s'il est une institution d'assistance médicale que les communes aisées doivent chercher à établir, c'est celle de gardes expérimentées et dévouées, en état de comprendre et d'exécuter rigoureusement les prescriptions médicales.
De la diète, de sa direction. — L'importance d'une sage direction de la diète dans les maladies aiguës a été reconnue par les bons observateurs de tous les temps ; c'est Tarme la plus puissante dont on dispose ; mais que de difficultés pour la manier sûrement ! Aux exagérations d'une diète excessive ont succédé les imprudences d'une alimentation trop forte ou trop hâtive. Des changements continuels se sont opérés de notre vivant dans sa direction, et^ cependant, depuis Hippocrate c'est un objet continuel d'études pour tous les sages observateurs. Voici l'ordre que je suivrai: je présenterai des considérations générales sur la diète, puis je traiterai des accessoires de la diète, ou de l'alimentation dans les maladies aiguës et leur convalescence, de l'eau, des tisanes, du bouillon, du vin, du lait, des aliments solides.
La base de nos connaissances sur la diète repose sur les études expérimentales sur l'inanition ; les plus remarquablesontétéexécutéesparChossat, complétées par celles de plusieurs physiologistes, et surtout par l'observation attentive des malades soumis à plusieurs jours d'abstinence dans le cours des différentes maladies aiguës.
L'influence générale de la diète est basée sur les phénomènes chimiques de la respiration. Dans la diète absolue le corps se détruit d'une quantité de matière proportionnée au déficit de l'aUment, fournissant de sa propre substance pour la dépense journalière du corps tout ce que l'aliment ne donne pas. C'est le résultat final auquel
ont été conduits M. Ghossat danfe ses études sur l'inanition et MM. V. Regnault et Reiset dans leurs recherches sur la respiration. Je vais représenter par des nombres moyens approximatifs la mesure et l'importance du phénomène.
On sait, d'après les recherches de MM. Andral et Gavarret, qu'un homme adulte et bien portant brûle à 10 degrés environ, 11 grammes de charbon par heure ou en moyenne 210 grammes pour vingt-quatre heures, qui sont éliminés sous forme d'acide carbonique, d'urée et d'autres produits d'excrétion.
Or, si l'on veut bien considérer que 100 grammes de viande ou de sang contiennent environ 11 grammes de charbon, pour obtenir les 210 grammes de charbon nécessaires à la respiration de 24 heures, il faut détruire environ 2 kilogrammes de ces matières animales.
On voit qu'un jour de diète détermine une perte énorme dans l'organisme, et cette perte s'exerce surtout sur les matériaux de calorifi cation les plus aptes à être immédiatement employés; elle peut être- diminuée par l'excès dt^ graisse disponible, par le repos, par les couvertures de laine suffisante, mais on ne saurait se refuser à admettre qu'elle est considérable et qu'elle devient plus redoutable après 15 à 25 jours d'abstinence pour ainsi dire complète,* comme il était d'usage de le faire il y a une trentaine d'années dans plusieurs maladies aiguës et particulièrement dans les fièvres typhoïdes graves. Avant d'exposer les bienfaits généraux de la diète et les effets funestes ôic l'abstinence trop prolongée, je vais rapidement esquisser les principales modifications qu'elle détermine dans les organes et dans les fonctions.
Voici un premier point sur lequel il convient d'insister : dans la dièti*^ le corps se détruit d'une quantité de matière proportionnée au déficit de l'aliment, fournissant de sa propre substance, pour produire de la chaleur et pourvoir à toutes ses fonctions, tout ce que l'aliment même ne donne pas. Le résultat le plus net de la diète, c'est la diminution graduelle du poids du corps ; cette diminution peut
DELA DIETE. bol
«'élever en moyenne àO,à. La vie n*est plus possible anrcs cette limite de diminution de poids du corps. Le chitTre d(^ 0,4 adopté par Chossat dans ses beaux travaux sur l'inanition est un résultat moyen , que plusieurs influences } cuvent changer; parmi ces lialluences, je dois citer robésiié et le jeune âge.
Les enfanifs supportent moins bien la diète que les virillards, et ceux-ci moins que les adultesdans la force de râi;e La perte miximwni du poids du corps a lieu sous l'influefco à^ la diète les premiers et les derniers jours. Ce résultat montre combien une diète trop prolongée est périlleus»*. Nous reviendrons plus loin sur ce point, si important dans la pratique.
Nous allons examiner maintenant les principales modifications que les divers organes éprouvent sous l'influence <le la ^.iète. Le sang diminue en volume, cette diminution peut s'élever à plus de moitié de son poids lorsque la diète est poussée jusqu'à la dernière limite. Le nombre des globules est par rapport aux autres principes diminué et la proportion des matières extractives augmentée. Le système veineux abdominal est gorgé d'un sang noir.
Le canal thoracique ne renferme qu'une lymphe transparente. Le système musculaire devient inhabile à exécuter ses fonctions, la perte de sa substance est un peu plus élevée que ia perte moyenne de tout le corps. La perte du poids du cœur est plus élevée que celle de la perte intégrale. La perte proportionnelle des poumons est faible; ces organes peuvent être frappés de gangrène par suite de diète prolongée. L'estomac ei les intestins se ratatinent, diminuent de poids et d'étendue. La vésicule biliaire se remplit d'un liquide plus épais, plus visqueux, plus foncé. Le foie, la rate, le pancréas diminuent considérablement de volume sous l'influence de la diète prolongée. Les reins perdent moins, le système nerveux moins encore. Tous les organes actifs pendant la diète sont moins altérés dans leur poids que les organes de la nutrition qui restent en grande partie passifs ; on peut suivre par rauscultation les
chanç^ements progressifs deplusieurs de ces organes. Quand |) ia diète est commandée par l'état de l'organisme, l'ano- i rexie est la règle et la suspension de la sécrétion des sucs |j gastrique et pancréatique absolue; la salive est également diminuée, elle est remplacée par le mucus buccal. L'influence de la diète prolongée sur la circulation est bien connue : le pouls devient plus lent, plus faible, ainsi que le choc du cœur contre la paroi thoracique.
Dans les cas de diète, la respiration tend graduellement à se ralentir à mesure que la dépense s'amoindrit, mais elle s'accélère aux approches de la mort par inanition.
La diète a une influence considérable sur les phénomènes de la calorification. L'oscillation diurne est d'autant plus étendue que l'inanition a fait plus de progrès. ; Quand le combustible diminue dans le foyer, le feu devient moins actif; de même quand la diète a usé les matériaux de calorification les plus propres à être détruits, la température du malade s'abaisse, et dans le cas de refroidissement, la réaction devient de moins en moins facile.
D'après ce que nous venons de dire, on peut se rendre compte des bienfaits de la diète dans les maladies aiguës et pressentir les effets nuisibles de la diète inopportune ou prolongée au delà des limites utiles.
Bienfaits de la diète. — La diète est instinctive dans les maladies aiguës, l'anorexie est un des premiers etdes plus constants symptômes qui en annoncent l'invasion ; cette anorexie s'accompagne de la suppression ou d'une très-grande diminution dans la sécrétion des sucs digestifs.
La fièvre, caractérisée par l'élévation de la température, la fréquence, l'élévation, la dureté du pouls, est amoindrie par la diète sagement conduite.
Dans les phlegmasies, la température du corps peut s'élever de 37 degrés à H degrés centigrades; la diète a pour effet indubitable de l'abaisser.
La dicte favorise la résorption des liquides épanchés