VIANDE
Acide phosphorique 36,06
— sulfurique 2,95
Potasse 40,20
Terres et oxjdcs de fer.. 5,0'J
Chlorure de potassium... 14,81
La densité moyenne du bouillon est de 1,013. 1000 ç:rammes renferment : eau 972, matières fixes 28, dont 1 1 sont constitués par les matières minérales, et 17 par Us principes immédiats organiques; de ces 17 grammes, •1 1 sont fournis par la viande et 6 par les légumes.
Les 17 grammes de matières organiques qui existent dans un litre de bouillon résultent de l'assemblage d'un grand nombre de principes immédiats fournis par la viande et les légumes; les principaux provenant de la viande sont, ia créatine, la créalinine, la gélatine, la xanthine, l'hypoxanthine, la carnine, la taurine, l'acide inosique, et, parmi les matières non azotées, les acides paralactique, acétique, butyrique, l'inosite et la dexlrine.
On voit que le bouillon renferme bien peu de matériaux alimentaires; de très-peiites proportions d'aliments, delà calorification, graisses et dextrine. Les principes immédiats azotés y sont aussi en minime quantité et ce ne sont pas des matériaux protéiques, mais des corps qui ne font que traverser l'économie et se retrouvent dans les urines (créatine, créatinine, gélatine, etc.). C'est donc une grande erreur de croire qu'on peut réparer toutes les perles de l économie et se donner des forces en prenant beaucoup de bouillon et de consommé (1).
(1) J'ai été consuUo par un vieillard de quatre-vingt-trois ans, trèj -distingué par rinlellij,'ence, qui pensait aussi réparer ses forct;s en ingérant par jour 3 litres de consommé. Sous l'influence de ce régime, ce viedlard s'était affaibli ; la quantité des urines s'était tellement accrue, (^u'il pensa être glycosurique. Les reins éliminaient les principes immédiats du bouillon. En supprimant cet excès de consomme, tout rentra aussitôt dans les conditions normales.
Si le bouillon renferme une très-petite quantité de matériaux alimentaires, ce n'en est pas moins un aliment infmiment précieux à divers titres. Il est absorbé sans travail de Tappareil digestif, il ne demande pas l'intervention des sucs et ferments digestifs qui font défaut dans le cours des maladies aiguës ; par sa saveur agréable il excite Tappétit et la sécrétion du suc gastrique qui a été interrompue par la maladie ; il favorise même par sa composition, par les matières inorganiques et organiques qu'il renlerine, la formation de ce suc gastrique, indispensable à toute digestion complète. Bien que la créatine, la créatinine, le chlorurée de potassium, soient éliminés par les reins, on ne saurait cependant se refuser à admettre que ces principes sont indispensables à la constitution du muscle^ et que sous l'influence de boissons aqueuses, abondantes, sans réparation aucune, ces matières peuvent être entraînées et faire défaut dans le système musculaire. On comprend irès-bien ainsi comment le bouillon relève les forces de ces pauvres exténués par de longs jours de diète. Le bouillon est donc un aliment parfaitement indiqué dans le cours de presque toutes les maladies aiguës et d'une utilité évidente dans les maladies aiguës qui ont imposé la nécessité d'une longue abstinence.
Dans la période inflammatoire des maladies aiguës, il est souvent nécessaire d'administrer des bouillons plus légers, dont la densité oscille entre 1,006 et 1,010. On u recours aussi à du thé de bœuf, à des bouillons de poulet, etc.
La réaction du bouillon est légèrement acide comme celle du suc gastrique. C'est surtout par les sens qu'on doit juger de la parfaite qualité du bouillon : il faut qu'il soit limpide, d'une odeur et d'une saveur des plus agréables; il doit charmer , quand on le présente au m/Jade, à une température convenable, le goût et l'odorat. Un bouillon qui ne présente pas ces caractères qui s'allèrent, se modifient par la conservation, ne fera jamais le même bien qu'un bouillon savoureux*
Le petit-lait était jadis souvent prescrit dans les convalescences ; il est utile par la lactine dont il renferme 5 pour 100, par les sels variés qu*il contient et qui sont harmoniques pour la nature et la quantité avec les principes immédiats qui entrent dans la composition du corps de l'homme. Il doit être préparé avec du lait nouvellement trait, neutre ou à peine acide; en un mot, il doit être, comme le bouillon, des plus agréable au goût. On peut Tassocier à une infusion de thé, de fleur d'oranger, à du sirop de violette, etc.
Disons un mot des boissons alimentaires agissant spécifiquement sur le système nerveux, le thé, le café et les alcooliques.
Thé, Café. — Les infusions de thé ou de café torréfié remplacent fréquemment nos tisanes dans la médecine anglaise ; elles présentent plusieurs avantages ; elles plaisent parTaccoutumance, elles modifientfavorablementle système nerveux, elles ralentissent la désassimilation; c'est, comme on dit, des aliments d'épargne. Cette dernière propriété demanderait à être vérifiée ; mais ce qui est indubitable, c'est qu'elles relèvent, animent les forces. En France, on redoute, peut-être à tort, leur action spécifique excitante. Voici à quelles conditions ces boissons alimentaires peuvent être utiles dans les maladies aiguës: elles doivent être légères, peu. sucrées, toujours agréables; on atteint ce dernier but en n'employant que des matières premières remarquables pour la suavité de leur arôme, du Moka ou du Zanzibar peu torréfié, du thé pékao à pointes blanches associé, s'il est nécessaire, au thé de fleur d*oranger, etc.
Ces boissons peuvent être administrées ou chaudes, ou glacées ; dans cette dernière supposition, toujours à petits coups. On peut les additionner d'un peu de suc de citron ou d'une cuillerée à deesert de bonne eau-de-vie.
Alcooliques. — L'intervention des alcooliques dans les maladies aiguës était regardée par nos devanciers comme
presque toujours inopportunei les idées à cet égard se sont beaucoup modifiées. Les alcooliques sont administrés -ivec profit dans plusieurs pyrexies. Tout est dan?, la dilution, dans la dose et son fractionnement. Les effets physiologiques sont sous la dépendance absolue de ces conditions, roujours dans les maladies aiguës les doses doivent être iiodérées et espacées, pour ne produire aucun mal. Pour le prouver, je ne puis rien mieux faire q\ie de montrer comment mon collègue et ami Béhier conseille ce puissant modificateur.
Administration de V alcool (Béhier), suivant la méthode de Todd :
Eau-de-vie de France 80 à 200 grammes.
Eau » 120 —
Teinture de cauuelle » 6 —
Sirop de sucre » 30 —
Une cuillerée à bouche de cette potion toutes les deux heures.
En étendant cette cuillerée de trois ou quatre fois son poids d'eau, si le malade trouve le mélange alcoolique trop fort.
On employait jadis la potion cordiale qui était aussi uni potion alcoolique, dont le vin était la base.
Dans son livre du Régime des maladies aiguës, Hippocrate (traduct. de Littré, t. Il, p. 333) traité de l'emploi du vin doux, du vin fort, du vin blanc, du vin rouge et (le l'hydromel. Nous ne parlerons pas du vin doux, il est remplacé par les boissons sucrées. Nous dirons quelques mots des vins blancs acides et des vins sucrés et alcooliques, ce sont eux qui sont prescrits dans les maladies ai2:uës et leurs convalescences.
Les vins blancs acides de la Bourgogne, de la Ghampagne et de Test de la France, qui renferment de 5 à 10 pour 100 d'alcool, étendus de trois à cinq foisvieur volume d'eau, constituent une boisson agréable, répara-
MALADIES AIGUËS 55'f
trice, d'une absorption facile, très-convenable pour apaiser la soif et exciter Ténergie^excrétoire des reins. Il faut boire à petits coups, et alterner leur usagée avec celui du bouillon ou des tisanes.
Les vins sucrés alcooliques se prescrivent par cuillerées toutes les deux ou trois heures, pour ranimer les forces et réparer les pertes. Rien de mieux que de choisir le Fronti^nan. les vins de pailla français, ou cet excellent vin de Saint-Raphtiël qui, depuis lon^^iemps est exclusivemem ordonné dans ces conditions dans les hôpitaux de Paris.
Aliments solides. — Voici les principaux signes qui permettent l'administration des aliments solides à la fin et dans les convalescences des maladies aiguës. La diminution de la fièvre, accusée p.ir ['abaissement de la temperaturcy c'est le caractère le plus certain. Quand le thermomètre placé dans le rectum indique moins de 38^,5, on. peut être rassuré; ajoutons encore la fréquence moindre du pouls, Taspect général du malade, son désir pour les aliments; mais il faut se défier de ce caractère isolé, une extrême prudence est toujours nécessaire. Si le médecin doit toujours avoir présent à Tesprit les dangers de l'inanition, il ne doit pas oublier que l'estomac, le pancréas, perdent l'habitude dans le cours des maladies aiguës, de sécréter des sucs digestifs, et qu'il faut régler la quantité des aliments permis d'après le retour des sécrétions.
Il faut donc essayer les aliments solides avec prudence, commencer par de très-petites quantités. Après un essai infructueux, laisser un peu de repos; revenir, mais avec plus de prudence encore à l'alimentation, en variant la nature de l'aliment permis.
Aux légers potages succèdent un lait de poule, de la viande crue hachée ou de la viande peu cuite bien divisée; on permet de sucer une côtelette. Si le lait est bien toléré, on ulilisf; cet admirable aliment de la convalescence (voy. l'arlicle consacré au lait). Peu à peu quand les fonctions
digestives sont rétablies, on augmente et l'on varie la na* ture des aliments.
De la désinfeetlon. — Quand un malade est à la diète depuis plusieurs jours, il est de la plus grande importance de penser aux moyens de prévenir et de combaltre rin« fection. Tous les médecins qui ont donné leurs soins aux affamés ont observé que Tinanition engendrait l'infeciion, etcela par suite des modifications que l'abstinence entraîne Jans les phénomènes de la nutrition.
Les résidus provenant de la transformation, de la destruction des matériaux du corps qui servent à produire la chaleur sont irrégulièrement éUminés, et peuvent subir, sur place, sous rinfluencedesgermesextérieurs,une véritable fermentation putride. Les sécrétions digestives sont supprimées, celles de la peau profondément modifiées; on comprend sans peine que les résidus non complètement détruits, comme les cellules d'épithéliums, les cellules épidermoïdales; n'étant pas régulièrement éliminés, se putréfient sur les organes où ils se trouvent.
M. de Meersmann a insisté sur cet état de la peau chez les affamés. Elle imprégnait, dit-il^ pour longtemps, la main qui la touchait d'une odeur repoussante. L'infectioïi que répandait le corps de ces exténués par la disette était telle^ que ceux qui leur portaient des secours étaient obliges de laisser ouvertes les portes et les lucarnes avant de pénétrer dans leurs demeures
Plusieurs observateurs ont insisté sur la fétidité de l'haleine, quelquefois accompagnée de gangrène du poumon, dans les cas d'abstinence prolongée. Les matières excrémentilielles ont souvent une odeur d'une fétidité spéciale dans les maladies qui ont imposé la diète. Les urines sont souvent troubles et modifiées. On comprend sans peine que toutes ces matières d'excrétion putréfiées peuvent, par leur absorption partielle, devenir cause de maladies, (Voyez Douchardat, Mat. méd.^ t. II, p. 816, 5® édit.)
On comprend sans peine d'après ces faits l'imDorlaace
dans les maladies aiguës, de lotions journalières de la peau ou de bains quand ils sont Indiqués, suivis de douces et longues frictions. On peut additionner le bain d'un parasiticide d*une odeur suave, quelques cuillerées par exemple de teinture alcoolique de benjoin-vanille. Ces bains ou lotions devront être suivis de douces frictions, en évitant de fatiguer le malade. Dans certaines conditions il faut se contenter de lotions partielles et de frictions.
C'est surtout pour assurer le maintien de la propreté et quelquefois pour prévenir les refroidissements causés par l*évaporation de la sueur, qu'il est nécessaire de changer de linge les fébricitants à intervalles convenables. On a peine à comprendre que ce principe ait été méconnu surtout à regard de la petite vérole et des fièvres exanthématiques. Pour désinfecter l'appareil respiratoire, on peut employer, mais avec beaucoup d'attention, de l'eau pulvérisée, très-légèrement aromatisée avec l'alcoolat d'euca- 'yptus, la teinture de Tolu ou de benjoin, ou de l'eau phéniquée ne renfermant pas plus d'un demi à un millième d'acide phénique.
Les urines de l'homme à l'inanition, qui vit aux dépens de lui-même, sont acides comme celles des carnivores; mais Leurat a vu qu'elles pouvaient devenir alcalines à la fin de fièvres typhoïdes graves qui avaient commandé une longue diète ; elles doivent cette alcalinité à un commencement de putréfaction. Il importe donc de vider autant qu'on le peut, régulièrement et complètement la vessie.
Les soins de désinfection ne doivent jamais être négligés, pour la continuité de l'appareil digestif.
La bouche réclame des soins spéciaux ; il faudra la lavei avec de l'eau fraîche, débarrasser la langue, les dents, le reste de l'appareil buccal si on le peut, des matières anormales qui les enduisent, à l'aide de douces frictions avec un linge imbibé d'eau, qu'on peut faiblement aromatiser et additionner d'un peu de borax.
Il faut examiner avec le plus grand soin les matières excrémentitielles» comme on examine les couches des
556 TABLE DES AUTEURS
nouveau-nés. Quand elles sont putrides, il faut pensera la liésinfection qu'on peut obtenir à l'aide de moyens que nous allons rapidement résumer: '
Des lavements simples, ou additionnés de quelques gouttes de teinture de benjoin, des lavements additionnés de vin ou de vinaigre, des lavements additionnés soit de quelques gouttes de chlorure de soude, soit de sous-nitrate de bismuth longuement porphyrisé, soit de poudre de charbon.
Ces deux derniers agents de désinfection peuvent également être administrés par la bouche, mais à petites doses et avec prudence, pour ne point fatiguer le malade.
Sommeil. Ut. mouvement. — Règle générale, laisser en profonde paix le malade qui dort, à moins que le sommeil ne soit comateux, et qu*il ne se prolonge outre mesure, auquel cas il convient de recourir aux moyens perturbateurs. Autrement, qu'on se garde de réveiller le fébricitant, môme pour lui administrer ponctuellement les remèdes prescrits, à moins d'indication absolue, comme dans les fièvres pernicieuses. Lorsque les malades ne peuvent se remuer eux-mêmes dans leur lit, il importe que les gardes aient le soin de le changer de position de temps en temps, pour empêcher que le poids du corps ne presse toujours sur les mêmes points, pression qui peut devenir à la longue la cause d'eschares. C'est dans ces conditions que des lits mécaniques, ingénieusement construits, rendent de grands services.
Le repos complet du lit est une condition souvent indispensable. Si V état des forces le permet^\e% malades, comme le voulait Sydenham, peuvent se lever pour rester assis quelque temps. 11 le recommandait dans la pleurésie, la variole, l'esquinancie. On ne doit cependant jamais oublier qu'il faut ménager avec le plus grand soin les forces des fébricitanti.
Du froid dans le» maladies aiguës. — Dana
certaines pyrexîeg, il est démontré par l'observation quMl y a un avaniage considérable de modérer la clialeur produite par les moyens les plus énergiques, et parmi ces moyens, nul n*est plus puissant et d'un effet plus rapide que le froid. La continuité de l'élévation de la température animale dans les maladies aiguës fait-elle apparaître, comme je l'ai indique, de redoutables complications qu'on évite par l'application du froid?
Les expériences intéressantes de Magendie ayant trait à l'influence si remarquable de la chaleur continue sur les animaux; les dangers auxquels ils sont exposés, lorsque leur température atteint une certaine limite, sont d'accord avec cette hypothèse. Faut-il, au contraire, croire, comme Brandt l'a admis pour la fièvre typhoïde, que l'abaissement de la température par le froid entrave le développement (lu ferment morbide? Cette théorie me paraît fort douteuse.'le ferment morbide existe par le fait de l'évolution de la maladie; on comprend dilTicilement, d'après ce que nous connaissons sur les aptitudes des ferments, qu'il ne puisse pas aussi bien se développer à 37 degrés centigrades qu'à àÔ degrés. Mais peu importe là théorie, si la pratique est excellente.
Disons cependant en faveur de l'hypothèse de Brandt que, dans les cas de fièvres traumatiques, par suite de graves blessures, d'accidents puerpéraux, la température de liO degrés paraît sinon indispensable, au moins favo« rable au développement du ferment morbide qui donne naissance à l'infection purulente des opérés, à la fièvre puerpérale chez les accouchées.
Ces maladies, étant développées chez un malade dans les salles des hôpitaux, se propagent par inoculation aux opérés ou aux accouchées. Quoi qu'il en soit, on doit s'efforcer de prévenir le développement du premier foyer parla réfrigération. Nous allons bientôt revenir sur ce sujet.
Les causes de l'élévation de la température dans les pyrexics peuvent être très-complexes; voici celles q«n ypparaissent au premier abord : production exagérée de
558 HYGIÈNE THÉP.APELTIQL'E.
chaleur, les conditions de déperdition étant égales; cette production exagérée peut dépendre de modifications dans les transformations des principes immédiats qui concourent à produire la chaleur. L'élévation de la température peut également être sous la dépendance d'une diminution dans les pertes de la chaleur avec une production égale. Cette diminution peut être réalisée par le défaut d'harmonie entre la production interne de la chaleur et la perte par la périphérie. Il résulte, en effet, des observations de J. Davy, qu'en santé, une production trop grande de chaleur correspond à uo échauffement de la périphérie qui se refroidit par radiation, par évaporation de l'eau de la sueur. La chaleur intérieure reste constante. Dans les pyrexies, cette harmonie est détruite par des causes multiples, d'où élévation de la chaleur interne. Si cette donnée est juste, il en ressort nécessairement l'urgente nécessité dans les pyrexies de rétablir le jeu normal des fonctions de la peau.
Le mode d'application du froid doit être très-différent, suivant la nature des maladies. L'élévation de la température qu'il faut modérer, voilà le fonds commun ; mais les procédés pour atteindre ce but, la mesure dans l'emploi de ces moyens diffèrent selon les pyrexies. Il faut se garder de marcher aveuglément dans cette voie, il ne faut 8*en rapporter qu'à l'observation rigoureuse des faits dans chaque maladie en particulier.
Les deux grands intermédiaires de la réfrigération sont l'eau et l'air. Les avantages de la réfrigération à l'aide de l'eau sont nombreux; par elle, c'est sur la peau qu'on a^it, c'est un moyen efficace et continu de prévenir son infection et de la maintenir en bon état. C'est aussi un mode des plus sûrs pour rétablir l'intégrité de ses fonctions qui favorisent si énergiquement là dépense de la chaleur et comme résultat final le retour de la chaleur animalç à son type normal.
La réfrigération par l'air frais introduit dans les poumons a pour avantage, dans certaines conditions, de pou-
MALADIES AIGLh. 559
voir êire beaucoup plus commodément appliqné-e, de ne causer aucun dérangement.
Chacune de ces méthodes de réfrigération a des inconvjniencs, des avantages spéciaux dans des maladies déterminées. C'est à la clinique qu'il appartient de fixer le choix.
Réfrigération par Teau. — Dès les premiers temps delamédecine, l'eau a été employée comme moyen de réfrigération ; on trouve à cet égard des notions très-précises dans le traité d'Hippocrate, Des airs^des eaux et des lieux (1). Musa (2), médecin d'Auguste, ami d'Horace et de Virgile, dut sa grande réputation à l'heureux emploi de la réfrigération par l'eau. Celse (3), contemporam des premières années de l'ère chrétienne, doime, dans ses écrits, d'excellents préceptes sur l'emploi de l'eau froide. Claude Galien (A), contemporain de Marc-Aurèle, a retiré de l'emploi bien ordonné de l'eau froide des avantages qu'il expose avec toute la supériorité de son génie. Les médecins arabes, en tète desquels nous devons placer Avicenne (5), retirèrent des avantages de Teau froide. Si aprèsees grandes autorités nous arrivons aux temps modernes, nous devons une mention spéciale pour Rondelet (6), le docteur Rondibilis, de Rabelais, et à Hec quet (7), ou le docteur Sangrado de Lesage.
Je dois omettre un nombre considérable d'auteurs qu ont traité de Temploi de l'eau froide, pour arriver à quelques citations que je ne puis passer sous silence, ^*otons d'abord les Cures par les bains froids^ de J. Brown ^8],
(1) Hippocrate, De aeribus, aquis et locis.
(2) Musa, Frag. Floriano Caldant Bassano.
(3) Celse, De medicina.
(4) Galien, De tisu partium et opéra magna,
(5) Avicenne, Opéra.
(6) Rondelet, Meth. curand. omn. morb.
(7) Hecquel, De la digestion et des maladies de Icstomac,
(8) Brow:i (J.-hn). Cure^ faUet par les bains froids. Edimbourg.
560 HYGIKNE THÉRAPEUTIQUE.
et le remarquable travail de J. Currie (1), sur l'emploi de l'eau froide.
Un grand nombre de mémoires ont paru sur les applications chirurgicales de Teau froide, je me contenterai de citer celui de A. Bérard (2).
Si je voulais énumérer et analyser tous les ouvrages, tous les mémoires qui, depuis 1836, ont traité de l'hydrothérapie, il me faudrait un volume; je me contenterai de citer Priessnitz (3) et Fleury (4). Mais je dois une mention spéciale pour Texcellent ouvrage de M. le docteur Lacorbière (5). On trouve, dans ce traité trop oublié par les contemporains, un historique aussi consciencieux que complet de tout ce qui se rapporte à cette importante médication par l'eau froide.
Avant d'aller plus loin, il est un point sur lequel je dois insister, c'est qu'il existe une différence considérable dans le but habituel et les procédés de l'hydrothérapie et l'application du froid^tel que nous en traitons ici. C'est bien à tort, selon moi, qu'on a confondu ces deux médications. La réfrigération a pour but d'abaisser le degré de la température dans les pyrexies. Le plus souvent, l'hydrothérapie est destinée, par le contraste du froid et du chaud, à ranimer la calorification et à combattre des maladies chroniques. Nous ne devons nous occuper que des applications spéciales du froid aux maladies aiguës ou de la réfrigération par l*eau. Les modes d'application de l'eau froide sont des plus variés, contentons-nous de mentiouncr les principaux.
(1) Currie (James), Médical Reports on the Effects of Waler.aic., Liverpol, 1798.
(2) Bérard (Auguste), De l'emploi de l'eau froide comme antiphlogistique dans les maladies chirurgicales. Paris, 1835.
(3) 0. Priessnitz, Résultats obtenus par l'eau froide et la transpiration ou l'hydrosudopathie.
(4) Louis FIciiry, Traité pratique et raisonné de VhydroV.Jr api , l" ëdit., in-8. Paiis, 4852, chez Labbé.
(5) Lacorbière, Traité du froid, de son action et de son emploi intus et extra en hygiène, en médecine et en chirurgie, 2 vol. in-8. iicusiji, 18!>l>.
MALADIES AIGUËS. 56l
Glace. — Rostan, mon maître, obtint quelques sucoès en prescrivant la glace s»^r le crâne rasé, ou jjien encore en ordonnant des irrigations d'eau froide contre la méningite et de rencéphalite. On fait encore beaucoup usage de la çlace dans ces cas graves, non pas qu'on y soit encouragé par de brillants résultats, mais parce qu'on trouve cette méthode rationnelle et qu'on n*a pas à sa disposition des moyens d'une réelle efficacité contre ces terribles affections. La glace, administrée à l'intérieur par petits fragments, possède, comme nous Tavons dit, une incontestable utilité pour combattre le symptôme vomissement.
L'emploi de Veau froide de 6 à 10 degrés centigrades, voilà Tarme habituelle de l'hydrothérapie. On l'applique à l'aide du maillot humide, du drap mouillé, de pluie, de douches, de bains, de bains de siège, etc.
Veau fraîche^ à une température de 15 à 25 degrés, est plus habituellement mise en usage dans les maladies aiguës; on l'emploie en lotions, en compresses et surtout en bains plus ou moins prolongés. Nous y reviendrons dans un instant en parlant de la fièvre typhoïde.
De l'air froid. — C'est une erreur de beaucoup d hygiénistes de croire que les chambres de malades doivent être maintenues invariablement à une douce température de 20 degrés et que l'on doit ventiler uniformément les salles de malades dans les hôpitaux par de l'air chauffe entre 15 et 25 degrés. Cette indication peut être fort utile dans la phthisie et dans plusieurs autres maladies; mais, en la généralisant, on se prive, dans des conditions que nous préciserons, d'un modificateur d'une grande efficacité.
L*air frais introduit à chaque instant dans les poumons est un agent antiphlogistique qui devient puissant par la continuité de son action, et qui, par le fait même de cette continuité, peut être regardé comme inoffensif. Il concourt,sans soin, sans effort, au but si désirable d'abaisser ^a température pathologique et de la ramener au chiffre
normal. Une différence de 10 degrés dans la température de Tair à l'entrée des poumons peut produire d'utiles effets. La puissance de réfrigération sera d'autant plus grande que l'air sera plus sec. Voici les règles dont on no doit pas se départir pour manier avec sécurité ce puissant moyen d'enlever de la chaleur au fébricitant :
1° Il convient d'éviter avec le plus grand soin que l'air froid ne frappe le corps, qui doit toujours être convenablement garanti, surtout quand il est en sueur.
2^ Les extrémités seront toujours maintenues chaudes soit à l'aide de boules d'eau, soit par des couvertures sursautes.
3° Chaque fois que le malade ou les malades, s'il s'agit d'une salle d'hôpital, devront se lever, changer de lit, il convient d'élever la température de la salle.
Un grand nombre de médecins ont eu recours, dans plusieurs maladies aiguës, à ce moyen de réfrigération; c'est une pratique adoptée par plusieurs sagacos observateurs, de prescrire l'ouverture des fenêtres à difîérenles heures de la nuit. Le but qu'ils cherchaient à atteinch-e était le renouvellement de l'air; mais je suis convaincu que le bien qui, dans plusieurs maladies, en résultait devait plutôt être attribué à la fraîcheur de l'air. Pour préciser avec sûreté les pyrexies dans lesquelles l'air frais peut rendre de grands services, des observations sévères sont indispensables; car on peut très-bien admettre que nous avons beaucoup à apprendre pour connaître les fièvres qui seront ainsi heureusement modifiées et celles pour lesquelles il faudra s'abstenir. Le moment où il faut s'arrêter ne peut être également fixé que par l'observation.
Si nous avons beaucoup à observer pour diriger l'emploi de l'air frais dans les fièvres, nous connaissons mieux son heureuse influence pour prévenir le développement de deux redoutables affections nosocomiales^qui peuvent être considérées sinon comme identiques, au moins comme très-voisines : l'infection purulente, suite de grandes opérations chirurgicales, et la fièvre puerpérale.
Chez les nouvelles accouchées, dans les cas de traumatisme chirurgical, les dangers de Tinfection sont en raiso;* (liiecte de l'élévation de la température propre du malade. Le moyen le plus puissant et le plus inoffensif de prévenir cette élévation de température pathologique, c'est l'introduction de Tair frais dans les poumons.
On a obtenu d'heureux résultats, dans les cas d'agglomération de blessés, de remplacer les hôpitaux ordinaires par des baraquements ou par des hôpitaux sous tente.
Je suis convaincu qu'une des causes les plus importantes de cette supériorité tient à ce que ces baraquements défendent moins bien que les gros murs des hôpitaux du froid extérieur. L'air y pénètre plus facilement. Ces salles improvisées se refroidissent pendant les nuits, et les malades y respireut un air plus frais. On pense généralement que les salles de chirurgie s'infectent de miasmes spécifiques que l'air transporte ; mais en étudiant cette question {Leçons sur rhygiène des hôpitaux, dans la Revue des cours scientifiques, numéro du 20 décembre 1873) j'ai démontré que l'infeclion purulente se propage non par l'air, mais par l'inoculation du ferment morbide. Les intermédiaires de cette propagation par inocu lation du ferment morbide sont, soit les opérateurs et leurs aides^ soit les instruments, les objets de pansement, etc.
L'heureuse influence de l'air frais pour prévenir le développement de la fièvre puerpérale ressort des bons résultats obtenus par M. S. Empis. Il donne comme première condition de son succès : « aération directe, constante de jour et de nuit^ trois fenêtres au moins pour une salle de seize lits. »
Pour moi, ce n'est pas Vaération ou renouvellement de l'air qui est le modificateur salutaire, mais le froidy Vair froidy introduit dans les salles pendant la nuit. Cela est si vrai, qu'à l'hôpital Lariboisière (voyez Revue scientifique^ p. 561, numéro du 13 décembre 1873), dans la salle :i'accouchements, où Vaéroiion est très-énergique par
suite de la ventilation, la mortalité est plus élevée que dans aucune autre maternité de Paris. Mais c'est de Vair chaud qui est introduit à Laribaisière dans la salle d'accouchements.
Considérations générales. — Après cette étude sur l'emploi des modificateurs hygiéniques dans le traitement des maladies aiguës, je me bornerai à en faire des applications aux affections les plus communes en insistant plus particulièrement sur un sujet ayant autant d'importance que d'actualité, le traitement de la fièvre typhoïde par les bains frais.
En me guidant d'après des considérations étiologiques, je range dans quatre groupes principaux les maladies aiguës que je choisis comme exemples: 1° fièvres intermittentes, 2^ fièvres spécifiques, 3° fièvres inflammatoires franches ou du refroidissement, A® fièvres traumatiques.
Je ne dirai qu'un mot des fièvres intermUteniesi elles ne commandent pas la diète, mais une alimentation variée réparatrice, et le changement de lieu, bi elles sont heureusement modifiées par l'hydrothérapie, leur remède souverain est toujours le sulfate de quinine.
Pour prévenir les fièvres traumatiques (infection purulente, fièvre puerpérale) on avait recours jadis à une diète sévère à laquelle on a sagement renoncé. Si elle est indiquée par la fréquence du pouls et l'élévation de la température, il faut la prolonger le moins possible. L'inspirati{»ri d'un air frais est l'agent de prophylaxie le plus efficace.
Dans les pyrexies de refroidissements non suivis de réaction (pneumonie, bronchite aiguë, rhumatismes articulaire, etc.), phlegmasies franches, caractérisées par l'excès de fibrine du sang, une grande réserve dans remploi du froid est la règle. On renonce dans ces maladies aux applications d'eau froide, et ce n'est qu'avec prudence et dans des conditions exceptionnelles qu'on peut demander l'intervention de l'air frais; plutôt dans le rhumatisme articulaire que dans les phlegmasies de l'or-
^ane respiratoire; quant à la diète, il faut se guider pour la (lirij^er convenablement sur l'état du pouls, sa fréquence, sa dureté, et sur le degré de la température animale La b'jnne direction des accessoires de la diète constitue la partie la plus importante de l'hygiène thérapeutique de ces it<rections.
Piilcginasics par miasines epcciGqucs. — (Fièvre lyplioide, fièvre jaune, scarlatine, rougeole, variole, etc.) C'est dans ces maladies qu'il faut un tact exquis, une expérience consommée pour diriger convenablement la diète. Je ne puis que renvoyer aux règles générales que j'ai données (p. 535), j'y renvoie également pour ce qui a trait à la désinfection, je me bornerai à traiter spécialement des moyens de réfrigération.
Dans les fièvres éruptives, ce n'est qu'exceptionnellement et avec une grande prudence qu'on peut avoir recours à la réfrigératio!» par l'eau. Malgré de graves autorités, on renonce habituellement à ce moyen puissant d'abattre l'excès de la chaleur morbide. Si l'on veut y avoir recours dans les formes graves de la scarlatine et de la rougeole, c'est bien dans ces conditions qu'il faut une coritinuelle vigilance. Le temps presse, quelques heures de perdues peuvent rendre inévitable une issue funeste. Il faut s'inspirer de la pratique de James Currie et n'employer les douches et les bains froids que lors delà période d'accroissement delà température. Quand elle est arrivée à sou summum ou qu'elle s'abaisse, il est trop tard.
L'influence des inspirations prolongées d'air frais n'a pas encore été rigoureusement observée. La pratique de plusieurs médecins éminents semble en démontrer l'efilcacité, mais ce n'est qu'avec une continuelle vigilance, pour éviter les refroidissements périphériques et pour maintenir les extrémités chaudes, qu'on peut y avoir recours.
Dans la fièvre jaune, le moyen prophylactique le plus
sûr, c'est rinspiration d'air frais. Quand une épidémie de cette fièvre règne dans une localité, rien de mieux que dt* fuir dans les montagnes pour y respirer un air Irais. Une observation très-intéressante de M. Labat (1) prouverait que c'est encore un moyen d'une grande puissance quand la maladie est déclarée.
Fièvre typhoïde^ traitement de Brandt.Ls. pensée d'employer la réfrigération par l'eau froide dans les fièvres continues est venue à l'esprit des médecins dès la plus haute antiquité. Hippocrate,Galienyavaientrecours(Galien,AfeM. medendi, lib. IX). Mais c'est Currie qui àLiverpoolen 1790, par une suite d'observations rigoureuses, prouva que Teau froide était un des moyens les plus sûrs et les plus rapides d'abaisser, dans ces mala lies, la température pathologique.
En France, Récamier, Chomel, Briquet, Trousseau eureitt recours à l'emploi de l'eau froide dans les cas de fièvre typhoïde.
En 1846, M. Jacques publia un mémoire dans lequel il démontra, par une suite d'observations recueillies avec soin, l'efficacité des lotions et des compresses froides dans le traitement de la fièvre typhoïde.
En i8li9y M. Wannier présenta à l'Académie des sciences un mémoire sur l'emploi de la glace et de l'eau froide, comme agents thérapeutiques; l'auteur annonçait, mais sans preuves suffisantes , que par l'emploi de l'eau froide à l'inlérieur et des lotions froides sur la peau, il avait la certitude de triompher de toute fièvre typhoïde dont la date d'invasion n'aurait pas dépassé sept jours.
Je viens de retracer cet historique rapide, non pour diminuer en rien le mérite de M. Brandtdont il me reste à parler, mais pour montrer que les meilleures pensées peuvent rester longtemps méconnues, jusqu'au jour oii il se
(1) Labat F, A. L. Des bons effets d'une atmosphère froide dans '.6 traitemeni de la fièvre jaune. (Ann, de la médec. physiolog., décembrz 1832.) . •
trouve un homme heureusement doué et placé dans des conditions favorables pour les préciser, les développer et les vulgariser. Quand une vérité est trouvée et démontrée, il se rencontre force gens pour dire, qu'elle courajt les rues et que cehii quii Ta mise en Inmière n*a rien inventé.
Abaisser la température fébrile par Veau fraîche, me^ surer et suivre les phases de cet abaissement par le thermomètre rectal^ alimenter convenablement le malade, voilà les principes de la méthode de Brandt; voici les résultats qu'il annonce :
« Toute fièvre typhoïde traitée régulièrement dès le début par Veau froide sera exempte de complications et guérie,
» Toute fièvre typhoïde dégénérée ou traitée tardivement {après la 1" période) présentera plus de chances de guérison avec Veau froide régulièrement administrée qu^avec tout autre mode de traitement. »
Brand en 1861 formulait des demi-bains tièdes avec affusion froide. Juergensen montra en 1866 l'innocuité des grands bains froids. Brandt les adopta depuis. Voici maintenant des détails pratiques auxquels, d'après l'auteur et d'après le docteur Frantz Glénard (1), j'attache lapins grande importance.
Il convient, afin d'imposer au malade et à la famille un traitement aussi pénible que celui que nous allons décrire, d'inspirer une confiance absolue dans la guérison; elle est d'autant plus sûre que les cas sont moins graves et que la méthode est appliquée plus tôt.
Il faut avoir à sa disposition deux aides expérimentés et dévoués l'un pour le jour, l'autre pour la nuit.
Le malade est porté au bain, sa chemise est enlevée au moment où il va être plongé dans l'eau. « Je dois prémunir ici, dit M. Fr. Glénard, contre l'indicible serrement de cœur dont sera saisi le médecin qui emploie ce mode de traitement pour la première fois et qui lui fera se de-
(1) Fr. Glénai'd, Journai de médecine de Lyon, 1864.
mander si le malade n'eût pu guérir sans Tenu froide, où s*il pourra supporter cette épreuve.
Le malade est plonge jusqu'au cou dans Teau, dont la température doit être de 20 degrés centigrades^ et aussitôt la tête est arrosée 'd'eau froide marquant six degrés à huit degrés, détail important surtout dans le cas où le malade (présenterait des symptômes cérébraux.
Les jours suivants, lorsque le système nerveux sera apaisé, l'eau à la température du bain suffira, cette aflfusion ayant duré de une à deux minutes. L'aide frictionne, masse dans l'eau les membres du typhique pendant trois ou quatre minutes. Enfm, le malade est laissé en repos. Souvent, il y a à peine quelques minutes que le malade est au bain que l'on voit éclater un frisson intense, les dents s'entrechoquent, les papilles soulevant l'épiderme, la respiration devient haletante et des efforts de toux donnent issue à une masse concrète de mucosités bronchiques; il y a quelquefois une selle ou une miction involontaire. Le malade manifeste souvent la plus grande anxiété et fait dos efforts pour sortir de l'eau. Le tableau est bien fait pr»ur efl'rayer le médecin et les assistants. Au moment de la sortie du bain, dont la durée doit toujours être de quinze miftu tes .même si le frisson apparaît dès le début, plus longue, s'il tarde à survenir, on renouvelle l'affusion froide sur la tête.
Le malade sorti du bain grelottant, violacé, on le transporte dans son lit, après lui avoir, sans Tessuyer, remis sa cliemise ; une couverture de laine a été préparée pour lui envelopper les pieds. Le matelas et le coussin doivent être un peu durs et ne pas se laisser déprimer par le poids du corps, qui sera recouvert d'un drap seulement en été ; on y ajoute une légère couverture de laine en hiver. C'est alors qu'on administre au malade un léger potage tiède et par dessus une gorgée de vin, puis on l'abandonne à l'achèvement de son frisson, qui peut durer 15 à 20 minutes, quelquefois même une heure, (1)
(^^ La température du bain s'élôvo habituellement de 2 degrés; ce
En même temps que la température s'abaisse, le pouls se régularise ; M. Glénard en a reproduit les tracés qui montrent très-nettement cette action.
Voici maintenant pour les bains la prescription générale : « On prendra toutes les trois heures, jour et nuit, la température rectale du malade, on lui donnera un bain à 20 degrés centigrades et de 15 minutes toutes les fois que le thermomètre placé dans le rectum pendant cinq minutes marquera plus de 38°;,5.
La température s'élève habituellement à plus de 38®,5 après trois heures. Il faut àonc renouveler les bains toutes les trois heures de jour et de nuit.
Généralement les vingt ou trente premiers bains sont bien acceptés, mais plus tard, il faut toute l'autorité morale du médecin pour convaincre le malade et sa famille. Le thermomètre seul indique la persistance de la maladie; supprimez les bains, et vous verrez rapidement reparaître la fièvre avec toutes les conséquences qui l'accompagnent.
Lorsque la température met plus de trois heures après le bain pour atteindre le degré de 38°, 5, l'intervalle des bains peut être de six et même de neuf heures. Mais n'oubliez jamais la règle de Brandt: « // vaut mieux donner dix bains de trop qu^un de moins : dans le doute, baigner. »
La durée de la maladie est dix-huit à vingt jours, celle de la convalescence de douze jours au maximum. Klle commence dès que le thermomètre ne s'élève plus au delà de 38<>,5.
résultat a été vérifié par M. Fr. Glénard et par MAI. Liouville ot Voisin. Après le premier bain, M. Fr. Gle'nard a constaté un abaissement de i degré dans la température du malade. Observant dans un cas extrêmement grave (forme hémorrhagique) chez un jeune homme de vingt-deux ans, n'ayant pu employer les bains que dans le cinquième septénaire, MM. Liouville et Voisin virent, après 1^ troisième bnin répété toutes les trois heures, la leniperaiare tomber do 40Mi h 3ti.
570 HYGIÈNE THÉRAPEUTICI3E.
Le nombre des bains varie entre cinquante et cent quatre-vingts ou même deux cents.
Les symptômes sont refoulés, à mesure qu'ils apparaissent ; quand ils se montrent, c'est qu'on aura négligé un nain, des compresses ou des verres d'eau.
Si le malade tousse après chaque bain, on prescrit des compresses froides, embrassant largement toute la poitrine et renouvelées tous les quarts d'heure.
Si le météorisme, si le gargouillement dans la fosse iliaque persistent, de même que la diarrhée, avec selles involontaires dans les bains, on ordonne des compresses d'eau froide sur le bas-ventre changées tous les quarts d'heure; elles peuvent être recouvertes de toile cirée. Si les selles sont fétides, s'il y a constipation, lavements d'eau froide, auxquels Brandt ajoute quelquefois un quart de vinaigre.
Dans les cas de fièvre typhoïde ataxique, on devra prescrire, tant que les symptômes ataxiques subsistent, des compresses glacées sur le front dans l'intervalle des bains.
Pour boisson, on donnera au malade tous les quarts d'heure, bon gré, mal gré, à moins qu'il ne sommeille paisiblement, une gorgée d'eau glacée, pendant toute la durée de la maladie.
Alimentation, Nous avons dit déjà qu'on devrait donner toutes les trois heures, après chaque bain, un léger potage et quelques, gorgées de vin vieux ; cette alimentation pourra varier ainsi qu'il suit : lait, café ou thé au lait, bouillon de veau, de bœuf ou de mouton ; soupes légères de gruau, de pâtes avec ces bouillons.
Ces aliments toujours tièdes. Le troisième ou quatrième jour au plus tard, le médecin a besoin de toute son autorité pour régler le régime ; c'est à ce moment que se développe chez les malades un appétit déréglé qui persiste jusqu'à la fin de la maladie. Le sentiment de la faim, qui indique habituellement la terminaison delà maladie, ici est un signe trompeur ; c*est le thermomètre seuJ qu'on doit interroger.
L*alimentation exagérée a un effet très- nuisible (nous avons déjà insisté sur ce point); elle se traduit d*abord par l'élévation de la température, de la diarrhée, du météorisme, qui exigent des compresses froides.
Cet écueil est à éviter tant que le malade prend des bains réguliers toutes les trois heures. Lorsqu'il arrivera à présenter des intervalles de six à neuf heures entre deux bains, lorsque la température met plus de trois heures après le bain à atteindre le chiffre supérieur à 38^,5^ on peut adjoindre quelques aliments solides^ biscuits, pain, et en tout cas il faut procéder avec mesure et ne le faire qu'à titre d'essai. Il en est de même de la viande qui, prise avec modération (une cuisse de poulet), suffit pour animer la fièvre. Le plus sage est de ne permettre la viande, même à petites doses, que lorsque le malade sera resté apyrétique pendant douze heures.
Le thermomètre doit seul régler l'alimentation -, les prières du malade, on doit y résister tant que la température s'élève au-dessus de 38°,5. Il faut qu'il se contente des aliments indiqués après chaque bain.
Le malade obtiendra la permission de se lever dès qu'il sera assez fort et apyrétique. Ce moment coïncide avec celui où le régime animal est autorisé.
Le traitement dont je viens d'indiquer la formule présente dans son exécution des difficultés considérables. En lisant l'exposition que je viens d'en faire, on craint de voir le malade exposé à tous les maux d'un refroidissement non suivi de réaction, et d'un refroidissement éprouvé dans les conditions les plus défavorables ; mais le résultat clinique est là, devant lequel il faut s'incliner : le malade guérit plus souvent sans être atteint par de terribles complications que la théorie faisait prévoir. Nous pouvons dire, après le fait expérimental, que c'est le ferment morbide qui amène la réaction véritable qui éloigne les complications.
Quoi qu'il en soit, on comprend sans peine qu'il faut une continuelle vigilance pour s'arrêter juste à temps dans l'emploi de ces puissants moyens.
572 TRAITEMEKT HYGIÉNIQUE