DES MALADIES CHRONIQUES ET DES CONVALESCENCES
Nous avons dans les modificateurs pharmaceutiques des armes très-puissantes pour combattre certaines affections chroniques : le mercure^ l'iode et tant d'autres médicaments sont journellement employés et avec d'incontestables avantages. Il est aussi plusieurs maladies chroniques qui ne sont guéries que par le judicieux emploi des moyens dont l'hygiène dispose. Ajoutons encore que, dans presque toutes les maladies chroniques, le médecin qui saura diriger de la main la plus assurée remploi des modificateurs hygiéniques sera le plus utile à ses malades. C'est la voie dans laquelle la médecine française est résolument entrée depuis environ vingt ans. Sans doute nos maître.'^ de la médecine, Hippocrate, Galien, Thémission, Gœlius Aurelianius, etc., trouvaient dans la thérapeutique hygiénique des armes toutes-puissantes pour combatti e les maladies chroniques; mais la physiologie, prenant son point d'appui dans les découvertes de h chimie moderne, nous a permis de remplacer par des faits précis les indications souvent un peu vagues, fruits cependant précieux, de la sagace observation de nos devanciers et de nos maîtres.
Voici l'ordre que je me propose de suivre. J'indiquerai les règles générales se rapportant : 1^ à la dépense ; 2° à la réparation alimentaire ; 3" aux eaux minérnles ; ® aux excrétions; 5° aux causes de maladies incidentes. Puis je poserai les indications spéciales se rapportant à certaines maladies ou imminences morbides choisies comme exemples: glycosurie, albuminurie, scrofules, phthisie polyurique, lithiase biliaire, aux opérations chirurgicales avec complication d'une maladie chronique.
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Dépense. Dans toutes les maladies chroniques, voici la règle à suivre, elle est pour ainsi dire sans exception : Quand la réparation est suffisante^ animer le plus possible la dépense^ mais tovjours en rapport avec les forces. Pour établir la généralité et l'importance de cette règle, je ne puis que renvoyer (1) aux résumés consacrés à la gymnastique thérapeutique, pag. 510, aux frictions, p. 514, au massage, p. 514, à l'hydrothérapie, p. 241. Maintenir la respiration complète et facile par une gymnastique respiratoire bien surveillée, cela est indispensable pour activer la dépense.
Je ne saurais trop insister sur la nécessité d'une grande prudence, d'une graduation bien étudiée pour approcher chaque jour du butsans surmener l'économie. Que l'insuffisance de la dépense tienne à l'habitude de l'inertie corporelle ou à la maladie, elle conduit fatalement à l'appauvrissement général de l'économie ou misère physiologique, et cette dernière est la plus commune et la plus redoutable des imminences morbides. C'est elle qui, par sa continuité, conduit, suivant les conditions d'âges, au scrofule, à la phthisie, au cancer ; c'est elle qui prépare l'économie à une moindre résistance à toutes les causes des maladies incidentes. Animer la dépense le plus possible par l'exercice des bras, de tout le corps, par la gymnastique des poumons, par les bains de mer, les procédés divers de l'hydrothérapie, les frictions sèches, le massage, voilà, je ne saurais trop le répéter, les grandes ressources thérapeutiques que le médecin doit savoir mettre en œuvre.
Réparatioa alimentaire. — Hippocrate a dit, avec cette sagesse d'observation qui le caractérise que, quand on augmente le repos, il faut diminuer les aUments (2). La ipciproque n'est n' moins vraie ni moins importante. Quand on augmenie l'exercice, qu'on accroît la dépense, il
(1) Tous les renvois n'ayant d'aulre indication que celle des pages se rapportent à Ja 19"^ ou 20^ édition de mon formulaire, {^)(Euvres complètes, t. IV, p. 479. Du régime dans les maladies.
est indispensable d'augmenter la réparation alimentaire. Ce n'est pas ce qu'on mange qui donne des forces, mais ce qu'on utilise. 1) importe dans les maladies chroniques beaucoup plus que dans la santé, que l'alimentation soit' suffisante et complète, mais ne soit que suffisante et surtout convenablement réglée.
Bien diviser, bien mâcher tous les aliments, voilà une règle d'hygiène, utile pour l'homme en santé, et indispensable pour le convalescent et pour celui qui est sous le coup d'une imminence morbide ou d'une maladie.
Avec les années, les activités musculaire et respiratoire décroissent, d'où la nécessité de surveiller l'alimentation, au point de vue de la quantité, quand on arrive sur le versant occidental de la vie.
Cette règle acquiert surtout de l'importance dans les cas de glycosurie, de polyurique, d'obésité, d'imminence aux congestions cérébrales, à l'apoplexie, et dans toutes les formes si variées de la pléthore, qui ss compliquent plus souvent qu'on ne pense des caractères principaux de la misère physiologique.
Dans un grand nombre de maladies chroniques, ce n'est certes pas une chose facile que d^arriver à une réparation alimentaire complète ; ces difficultés tiennent à la nature de la maladie et aune mauvaise direction bromatologique. Ces difficultés dépendant de la nature de la maladie, Hippocrate les a parfaitement résumées dans l'aphorisme suivant : quand, dit-il, un convalescent mange bien, si le corps ne se refait pas cela est fâcheux (1).
Ce qui tient à la bonne direction bromatologique est aussi complexe que difficile. Sans doute il convient, comme l'a si bien dit Réveillé -Parisse, de choisir les aliments selon les goûts particuliers des malades ; mais dans ces affections d,e longue durée oii les puissances de digestion et d'assimilation sont amoindries, si l'aliment n'est pas complet, l'insuffisance de ce qui lui manque, les inconvénients de ce
(1) Hippocrate, t. IV, aph. 31, 2* section.
qui existe en trop grande masse se révèlent bientôt. PuiS; dans certaines maladies comme la glycosurieJe goût particulier du malade imprimerait à la diététique une fatale direction.
Pour être complète, notre alimentation exige trois ordres de matériaux : ceux de la réparation, ceux de la calorification et lesmatériaux inorganiques. Lelait^voyezpnge 512) nous offre un remarquable exemple de cette t.armonique association, non -seulement pour la nature des principes immédiats, mais aussi pour les proportions daus lesquelles ils sont unis. L'économie animale possède, il est vrai d'admirables ressources pour économiser les matériaux qui sont en trop faible quantité, ou pour modifier la nature de ceux qui existent en excès ; mais ces ressources, il ne faut point en abuser en santé et encore moins quand on est malade.
Parmi les matériaux de la réparation, il faut placer au premier rang la chair de bœuf ou de mouton grillée et peu cuite. Dans beaucoup de conditions, la viande crue hachée (voyez p. 306) est d'une puissance de restauration admirable. Le jus de viande crue est également administré avec grand succès.
Les matériaux de calorification doivent occuper une large place dans l'alimentation (voy. l'art, lait^p, 518). Les corps gras d'origine animale, graisse, beurre, lard, etc., sont d'une grande efficacité dans les maladies chroniques accompagnées de consomption ; parmi ces corps gras celui qui vient au premier rang c'est l'huile de foie de morue, (voy. p. 428).
Quand les malades ne peuvent digérer l'huile de foie de morue, il est convenable d'essayer le chocolat dans lequel le sucre est remplacé par de la glycérine et du beurre ds cacao (voy. p. 312).
Parmi les matériaux inorganiques, on n'a guèreà penser qu'aux ferrugineux (voyez fer Quevenne, p. 333) et au phosphate de chaux hydraté, et dans le cas d'imminence scorbutique,aux sels de potasse (voy. p. 281).
576 HYGIÈNE THÉRAPEUTIQL'E.
Il est deux aliments auxquels on doit souvent avoir îecours dans une foule de maladies chronique^, quand l'appétit est languissant : 1° Le lait pur qui réunit tous les matériaux utiles et en justes proportions ; il faut le préférer au sortir du pis de l'animal et celui de la dernière portion de la traite (voy. p. 518) ; 2° les œufs frais et peu cuits. N'oublions point qu'ils ne constituent pas un aliment complet ; les matériaux de calorification n'y sont pas en quantité suffisante. Pour le développement du jeune oiseau, ils sont remplacés par la chaleur de l'incubation.
Parmi les diificultés de l'alimentation tenant à l'état spécial du malade ou du convalescent, il faut considérer: 1<* La lenteur de la réparation malgré une alimentation suffisante en apparence ; 2° le mauvais état de l'appareil digestif.
Quand le malade ne reprend pas ses forces, sa condition, malgré une alimentation suffisante et bien réglée en apparence, il faut s'assurer si quelques-uns des matériaux alimentaires les plus utiles contenus dans ses aliments ne f:ont pas excrétés sans être utilisés.
Parmi ces matériaux alimentaires qui ne sont pas utilisés il faut penser de prime aboid aux corps gras qui, par inertie ou maladie du pancréas, ne sont point émulsionnés H absorbés. On eu constate la présence dans les matières fécales. Dans ce cas, il convient de diminuer la proporti(»n des huiles et graisses ingérées, puis l'on peut émulsionner celles que Ton prend avec àes pancréas de pigeoJi crus.
L'élimination de la glycose par les urines commande un traitement spécial (voy. p. 510, 575, 577).
L'anorexie, la dyspnée viennent souvent compliquer les maladies chroniques et les convalescences. Il importe de combattre ces complications fâcheuses. H faut penser d'abord à un exercice gradué et bien ménagé, à l'entretien de la bouche par des frictions avec la brosse recouverte de poudre de charbon et quinquina, par des lotions avec des eaux aromatiques. On aura ensuite recours aux apéritifs indiqués à l'article dyspepsie. On peut conseillei
HYGIÈXE THÉRAPECTIQUE. 577
les pilules de M. Fonsagrives avec 0,01 d'extrait alcoolique do noix rouge et 0,1 d'extrait de gentiane, qui lui ont très-souvent réussi. Dans les cas rebelles le lait et les œufs frais.
Eaux minérales. On use largement de nos jours de la puissante ressource d'une saison passée dans une station thermale ou aux bains de mer pour combattre une foule d'affections chroniques et pour consolider la santé dans les convalescences des maladies aiguës.
Bien des modifications hvi^iéuiques favorables viennent s*ajouter aux effets des principes actifs que renferment les eaux minérales. L'espérance de laguérison, le repos intellectuel, le changement d'habitudeSjd 'alimentation, l'exercice régulier en rapport avec les forces, les soins de la peau, les modifications dans l'attitude, la température extérieure, combien de conditions dont il faut connaître la portée quand on dirige un malade dans une station thermale !
Pour les indications spéciales dépendant de la composition chimique, je renvoie aux articles suivants de la notice SUT les eaux minérales.
Eaux sulfurées, voyez p. 470. Eaux alcalines, 473. Eaux ferrugineuses, voy. p. 6 79 et 328. Eaux salines thermales, p. 480. Eaux salines purgatives, 483.
Excrétions. Dans les maladies chroniques, comme la réparation et la dépense sont amoindries, les excrétions diminuent. Ce n'est point là le seul caractère anormal : elles s'altèrent, et il faut tout faire pour entraver ces altérations qui peuvent devenir de redoutables complications. Le premier moyen c'est de régulariser la production et l'évacuation de ces matières destinées à être rejetées ; le second moyen c'est de ne jamais négliger les soins d'une extrême propreté, utiles dans la santé, indispensables pour les valétudinaires. Veiller à l'état de la bouche, du reste de l'appareil digestif, à l'état des urines, des excrétions, de la peau et des broncbes. Rccoorir s'il y a lieu^a l'emploi des désinfectants les plus inoCfcnsifs.
Causes des maladies aiguës incidentes. —Dans les
maladies chroniques, il importe d'éviter avec le plus grand soin les causes des maladies incidentes. Car, chez les malades, à coté de l'affection principale se trouve presque toujours, comme je Tai dit, cette redoutable imminence morbide que j'ai désignée sous le nom de misèrt physiologique. Dtns ces conditions, il faut absolument éviter les refroidissements non suivis de réaction, surtout les refroidissements aux pieds après les repas. Un homme en santé résiste; un valétudinaire est atteint d'une bronchite^ d'une pneumonie, ou d'une autre affection aiguë qu'il subit dans les plus mauvaises conditions.
Les effluves, les miasmes spécifiques (scarlatine, rougeole, variole, choléra, etc.), trouvent non-seulement un terrain préparé à leur évolution, mais bien souvent, chez ces sujets affaiblis, la maladie incidente prend des formes plus graves. Les poussières, les intoxications professionnelles sont plus à redouter pour un malade déjà éprouvé par une affection chronique.
Exemples de maladies chroniques.
Glycosurie. — Quand de redoutables complications ne sont pas survenues, on guérit les glycosuriques en animant la dt'pense par un exercice gradué de toute la vie, et en réglant le régime d'après l'état des urines. (Voyez l'ouvrage dont je viens de publier la 2® edit., 1883 )
Albuminurie, — Autant notre puissance est grande dans la glycosurie, autant elle est incertaine et bornée dans la plupart des cas d'albuminurie chronique. Celte impuissance tient aux altérations des reins qui déterminent l'albuminurie. 0"<>i q'i'il en soit, le régime lacté exclusif, un à trois litres de lait par jour pour toute boisson ettoute nourriture, avec deux soupes au lait et à l'oig on, comme l'a indiqut'; Serre (d'Alais), voilà un régime qui se montre très-souveni fficace, sinon pour guérir la maladie, au moin»^ pour amener une grande amélioration. Il convient d'animer les fonction« de la peau par l'exercice, les frictions, le massage avec la main enduite de quelques gouttes d'huile d'olive.
Scrofules ; tuberculisalion pulmonaire . — Les conditionfj