COLOGNE VENDÔME
nom qu’elle a conservé sous Napoléon, qui fit ériger au centre la colonne triomphale (imitation de la colonne Trajane) consacrée aux exploits de 1805.
Cette colonne, commencée en 1806, sous la direction de Denou, Goudouin et Lepère, fut achevée et inaugurée en 1810. Ses fondations ont été jetées à 10 mètres de profondeur; sa hauteur totale est de 45 mètres, et elle a un diamètre de 4 mètres. Àu milieu règne un escalier à vis de 176 marches taillées dans le noyau en pierre de taille, que revêt le bronze de 12,000 canons pris sur les ennemis de la France.
Ce bronze se déroule en 276 plaques aux jointures imperceptibles, bien qu elles soient isolées, pour prévenir les accidents de la dilatation ou de la condensation du métal. Les bas-reliefs qui l’ornent, tous sujets militaires, sont dus à Bergeret. Le piédestal se compose de trophées d’armes, de drapeaux et uniformes. A ses quatre angles, d’énormes aigles supportent des guirlandes de chêne et de laurier. Au-dessus de la porte, on lit cette inscription en latin, que nous traduisons : « Avec le bronze de l’ennemi , l’empereur Napoléon éleva ce monument à la gloire de 1a Grande-Armée, qui, sous ses ordres, vainquit en 1805, et dans trois mois, toute l'Allemagne. »
La statue de Napoléon, exécutée par Chaudet, surmontait le dôme, d’où elle fut descendue en 1815, pour servir à fondre celle de Henri IV, sur le pout Neuf. Remplacée par un drapeau fleurdelisé, elle reparut en 1833, exécutée par Seurre, et, cette fois, avec le costume historique du grand capitaine. Ou peut monter à la galerie de la colonne en rémunérant le gardien.
place du carrousel. — Ouverte par Louis XIV, sur l’emplacement d’un jardin planté par Mlle de Montpensier, cette place reçut son nom du célèbre carrousel que ce monarque y donna à sa mère et à la reine, les 5 et 6 juin
1662. Plus tard, elle fut partagée en plusieurs places,
' cours et rues; on forma deux carrés inégaux, le petit Carrousel et le grand Carrousel, qui se confondait au levant avec la rue Saint-Nicaise.
L’explosion de la machine infernale, en détruisant presque toutes les maisons de la rue Saint-Nicaise, commença le dégagement de cette place. C’est sous l’Empire qu’on l’a séparée de la cour des Tuileries par une grille, en même temps qu’on élevait l’arc de triomphe qui la décore et dont nous avons donné ailleurs la description. (Voy. ABC DE TRIOMPHE DU CARROUSEL, p. 159.}
Deuxième arrondissement.
place de la bourse. — Cette place a été ouverte sur l’emplacement du couvent des Filles-Saint-Thomas, fondé, en 1652, par la priucesse de Longueville, et qui fut le quartier général de l’insurrection du 13 vendémiaire. Remarquable surtout par le palais de la bourse, dont nous avons donné la description , cette place est le véritable centre de l’activité parisienne.
place richelieu, rue Richelieu. — Cette place , au centre de laquelle s’élève la fontaine richelieu, dont dont nous avons parlé, était occupée jadis par l’hôtel Louvois, remplacé en 1793 par un théâtre où l’Opéra fut établi de 1794 à 1820.
C’est en allant à ce théâtre que le premier Consul faillit périr par la machine infernale; c’est en revenant de ce théâtre que le duc de Berry fut assassiné, le 13 février 1 820.
Après ce crime, on démolit l’édifice pour construire sur son emplacement une chapelle expiatoire. Mais, en 1830, cette chapelle ayant été entièrement détruite avant d’avoir été achevée, une place ornée d’arbres fut tracée en cet endroit où s'élève la fontaine richelieu, dont nous avons parlé, page 375.
L’nn des côtés de cette place est occupé par la rue de Louvois, où se trouvait, en 1792, le Chantre-des-Amis-dela-Patrie. Fermé plusieurs fois, ce théâtre fut rouvert en 1801, sous la direction de Picard, et occupé par le Théâtre-Italien en 1808. C’est aujourd’hui une maison particulière.
Troisième arrondissement.
place des victoihes , au carrefour des rues Vide- Gousset, des Fossés-Montmartre, du Petit-Reposoir, Croixdes Petits-Champs, de la Petite-Vrillière et de la Feuillade. — Elle fut commencée en 1685, sur les dessins de Mansard, par les ordres du duc de la Feuillade, et terminée en 1692. Sa forme est elliptique, d’un diamètre de 77 mètres. Elle est entourée de bâtiments uniformes.
On y vit, jusqu’en 1792, une statue de Louis XIV, en bronze doré, fondue par Vandenbogaert, et entourée de quatre lanternes; à cette époque, elle fut abattue et détruite, à l'exception des figures.de Nations enchaînées, bas-relief de soubassement qui décore maintenant la cour de l’hôtel des Invalides. En 1793, on éleva au centre de la place une pyramide de bois, sur laquelle étaient inscrites les victoires remportées par nos armées.
En 1806, on y substitua une statue colossale de Desaix, qui disparut à son tour, et dont le bronze servit à fondre la statue de Henri IV, placée au pont Neuf. La statue en bronze de Louis XIV, due au statuaire Bosio, fut inaugurée en 1822. C’est une œuvre remarquable, bien qu'un peu lourde.
Quatrième arrondissement.
place du châtelet. — Elle occupe l'emplacement du grand Châtelet, l’ancienne forteresse de Paris du côté du nord, où se trouvaient, dans les temps anciens, la de-
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meure du prévôt de Paris; le siège de la juridiction du Châtelet, où saint Louis ne dédaigna point de s'asseoir; la recette des deniers royaux, et la prison principale de la capitale.
Le Châtelet a été le théâtre de nombreuses tragédies : les plus sanglantes sont le massacre des Armagnacs, en 1418; le supplice des magistrats Brisson, Larcher et Tardif, en 1591; les journées de septembre, en 1792, où périrent deux cent seize prisonniers.
Ce monument sinistre, qui , outre son tribunal, renfermait le dépôt des poids et mesures et la Morgue, a été détruit en 1802, et sur ses ruines on a ouvert la place du Châtelet.
De beaux édifices ornent trois faces de son quadrilatère : dans le milieu s’élève, du centre d’un bassin circulaire, une colonne monumentale. (Voir à l’article fontaine du palmier, p. 377.) La chambre des notaires est située sur la façade occidentale. Naguère, les ventes mobilières, par autorité de justice, se faisaient sur cette place; aujourd’hui elles ont lieu dans le nouvel hôtel des ventes judiciaires, rue Rossini.
Conformément au plan adopté pour les environs de la rue de Rivoli et des Halles centrales, la place du Châtelet doit recevoir de grands embellissements. La Chambre des notaires, démolie, sera remplacée par le nouvel hôtel des Postes, qu’une large rue mettra en communication directe avec l’Hôtel de ville.
place de l’école , sur le quai de ce nom. — Le centre de ce parallélogramme était orné d’une fontaine que l’on vient de démolir, sa présence gênant la circulation de plus en plus active qui a lieu sur ce point.
Huitième arrondissement.
place royale, près des boulevards et de la rue Saint-
Antoine. — Cette place, une des plus belles et des plus pittoresques de Paris, a été commencée en 1604 par ordre de Henri IV, sur une partie de l'emplacement de l’hôtel des Tournelles, ancienne résidence de Charles V et de ses successeurs jusqu’à Charles IX, et terminée en 1612. Le 6 mars de cette dernière année, Marie de Médicis inaugura la place Royale par un magniliquc carrousel, pour célébrer son alliance avec l’Espagne.
En 1627, Montmorency- Bout eville y engagea le fameux duel qui l’envoya à l’échafaud. Cette place était dès lors et resta plus d’un siècle le rendez-vous de la mode et du beau monde. « Au centre, dit M. Cousin, était la statue équestre de Louis XIII. La statue était de Biard, et le cheval de Daniel de Volterre’. Sur une des faces du piédestal de marbre blanc, on lisait cette inscription : « Pour » la glorieuse et immortelle mémoire du très-grand et * invincible Louis le Juste, XIIIe du nom, roi de France » et de Navarre, Armand, cardinal de Richelieu, son » principal ministre, a fait élever cette statue pour mar- » que éternelle de son zèle, de sa fidélité et de sa re- » connaissance, en 1639. #
Bien des personnages célèbres ont habité ces beaux hôtels. Madame de Sévigné naquit dans un de ces hôtels, en 1626, et y habita. Le cardinal de Richelieu occupa celui qui porte le n° 21 ; un autre était la demeure de Marion Delorme. Sous Louis XIV, ce beau square fut entouré d’une grille d’un travail excellent. Lemaître disait en 1685 : « On y fait présentement une balustrade de fer admirablement travaillée qui régnera tout autour et qui renfermera un jardin très-agréable dans lequel il y aura quatre grands bassins d’eau aux quatre coins. Les particuliers qui y ont des hôtels contribuent pour cette dépense chacun la somme de mille livres ; la ville fournira le reste. »
Germain Brice ajoutait : « Les habitants seuls de la place auront le droit de jouir du jardin que l’on prépare : personne n’entrera que ceux des maisons qui en auront la clef. » Cependant, ni le jardin, ni les quatre bassins ne figurent dans les plans de Turgot, en 1740. C’est la Restauration qui a accompli les plans de l’administration de Louis XIV.
Aujourd’hui, la place Royale est encore une jolie promenade ; mais la noblesse , la magistrature et même la bourgeoisie l'ont abandonnée. Elle n’est plus guère fréquent ée que par la classe ouvrière.
Cette place forme un carré régulier de 144 mètres de face, bordé de tous côtés par trente-sept pavillons d’architecture uniforme, bâtis en briques et soutenus par des piliers formant une galerie qui règne tout autour. La statue équestre de Louis XIII fut renversée en 1793. Elle fut réédifiée en 1829; Dupaty et Cortot en sont les auteurs.
Des tilleuls, des marronniers et quatre fontaines ornent cette place. On lui rendit, en 1848, le nom de place des Vosges, que la première révolution lui avait donné en l’honneur du département qui, le premier, s’était imposé extraordinairement pour subvenir aux f/ais de la guerre.
C’est là que-, le 24 juin 1848, un bataillon de la ligne mit bas les armes devant les insurgés. Par ordre du général de Lamoricière, alors ministre de la guerre, ce bataillon fut licencié et son commandant mis en non-activité. Le même jour, un jeune sous -lieutenant, nommé Mahler, se fit tuer plutôt que de rendre son épée. Une rue voisine a pris son nom, pour perpétuer le souvenir de cet acte d’intrépidité.
Mais écartons ces souvenirs trop récents et reportonsnous à ceux d’un autre âge. « Que d’événements publics et domestiques, s’écrie M. Cousin, n’a pas vus cette place
pendant tout le xvn* siècle, que de nobles tournois, que de duels atroces, que d'aimables rendez-vous! quels entretiens n’a-t-elle pas entendus, dignes de ceux du Décaméron, que Corneille a recueillis dans une de ses premières comédies et dans plusieurs actes du Menteur! que de gracieuses créatures ont habité ces pavillons! quels somptueux ameublements, que de trésors d’un luxe élégant n’y avaient-elles pas rassemblés! que d’illustres personnages en. tout genre n’ont pas monté ces beaux escaliers! Richelieu et Condé, Corneille et Molière, ont cent fois passé par là.
» C’est en se promenant sous cette galerie que Descartes, causant avec Pascal, lui a suggéré l’idée de ses . belles expériences sur la pesanteur de l’air. C’est là aussi qu’un soir, en sortant de chez madame de Guéménée, le mélancolique de Thou reçut de Cinq-Mars l’involontaire confidence de la conspiration qui devait les mener tous deux à l’échafaud.
» En arrivant à la place Royale par sa véritable entrée, la rue Royale, du côté de la rue Saint-Antoine, on trouvait, à l'angle de droite, l’hôtel de Rohan, occupé longtemps par la vieille duchesse douairière, veuve de ce grand duc de Rohan, l’un des premiers généraux et le plus grand écrivain militaire de son siècle. A l’angle de gauche était l’hôtel de Chaulnes, dont Boisrobert a célébré les magnifiques appartements, et qui, plus tard, a passé aux Nicolaï. Aux deux autres coins de la place étaient, à droite, du côté de la rue des Tournelles et du boulevard, le vaste et somptueux hôtel de Saint-Géran, et à gauche, du côté de la rue Saint-Louis, l’hôtel qu’habitait Richelieu avant d’avoir fait bâtir et achever le Palais-Cardinal.
» Les quatre galeries étaient remplies par des hôtels qui n’étaient pas indignes de ceux-là. Il y avait l’hôtel du
maréchal de Lavardin, celui de M. de Nouveau; celui de Villequier, capitaine aux gardes, qui le vendit à M. des Hameaux, lequel, en 1680, le revendit aux Rohan-Chabot; et de là cet hôtel, même en passant par d'autres mains, a gardé le nom d'hôtel Chabot. M. Walkenaër, dans son la Bruyère, page 7 43, dit que le comte de Montgommery et l’infortuné marquis de Langlade, si célèbre dans l’histoire des condamnations injustes, demeuraient ensemble à la place Royale. Brice, dès 1685, indique l’hôtel du marquis de Danjeau, et en 1713, à droite, en entrant par la rue Saint- Antoine, l’hôtel du baron de Breteuil, introducteur des ambassadeurs, et de l’autre côté la maison du président Carrel.
» Nous savons certainement que Madame de Sablé logeait a la place Royale, ainsi que la comtesse de Moune avec mademoiselle de Vandy; mais la difficulté serait de découvrir les habitants de tous les autres pavillons, et de faire ainsi une histoire exacte et complète de la place
Royale jusqu’à la fin du xvn« siècle Terminons par
cette dernière remarque : il n’y a qu’un seul hôtel de la place Royale qui soit resté dans la même famille, de 1612 jusqu’à nos jours, à savoir, l’hôtel qui porte le n° 25, et qui, de père en fils, est arrivé à son propriétaire actuel, M. le comte de l’Escalopier (1). »
Neuvième arrondissement. „ ’
PLACE DE LA BASTILLE et COLONNE DE JUILLET. — La
place de la Bastille doit son nom à la fameuse prison d’État qui était située sur l'emplacement qu’elle occupe. Ce n’était dans l’origine qu’une des portes fortifiées de la quatrième enceinte de Paris, élevée par Étienne Marcel. Suivant l’usage du temps, la porte était flanquée d’une bastille
(1) Madame de Longueville, p. 363-66.