COLONNE DE JUILLET
ou petit bastion; mais le voisinage de l’hôtel Saint-Pol, habité par Charles V, lui fit donner une importance considérable.
Ce prince la reconstruisit sur un plan un peu plus vaste en 1370; mais le bâtiment ne se composa que de deux tours. Charles VI en fit construire quatre autres, les réunit entre elles par de gros murs, et les flanqua d’un fossé. Elle commença dès lors à servir de prison d’État, et Hugues Aubriot, célèbre prévôt de Paris, fut jeté dans cette prison, dont il avait posé la première pierre.
Durant les guerres civiles du xv« siècle, la Bastille a été occupée par les Bourguignons, prise par les Armagnacs. Elle servit de dernier refuge à la garnison anglaise lors de la reprise de Paris en 1436.
La Bastille a laissé de terribles souvenirs; de grands noms se rattachent à son histoire. Guillaume de Harancourt, évêque de Verdun; Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours; le comte de Saint-Pol y furent victimes de la politique cruelle de Louis XI. En 1559, Anne Dubourg, conseiller au parlement de Paris, y fut enfermé dans la cage de fer qui avait déjà servi à l’évêque de Verdun.
C’est encore à la Bastille que Charles de Gontaut, duc de Biron, convaincu de trahison envers la France et son roi, fut emprisonné et décapité. Bassompierre , le grand Condé, le célèbre surintendant des finances Fouquet-Pelliàson y furent successivement enfermés, ainsi que Lemaistre de Sacy, directeur de Port-Royal, qui y travailla à la Bible connue sous son nom; le duc de Lauzun, mari indigne de la petite-fille de Henri IV; le chevalier de Rohan, le maréchal de Richelieu, alors duc de Fronsac; le méprisable marquis de Sade et le cardinal de Rohan.
Un des plus célèbres prisonniers de la Bastille est l’homme au masque de fer, sur lequel se sont vainement
exercées toutes les recherches historiques, et qui a donné lieu à tant de conjectures romanesques.
Parmi les noms illustres que la Bastille rappelle encore, il faut citer le comte de Lally-Tolendal , condamné à mort par un jugement reconnu trop tard injuste; Brun de la Condamine; Voltaire, qui y fut enfermé à cause d’une satire contre le régent, et le chevalier Mazers de Latude, dont l’histoire a paru assez intéressante pour devenir populaire.
On a exagéré les horreurs de la Bastille et le nombre des victimes que l'arbitraire y jetait sous le régime absolu. Néanmoins, au nombre des réformes pleines de sagesse et d'humanité, proposées ou acceptées par Louis XVI, figurait la démolition de cette prison d’État.
La prise de la Bastille par le peuple de Paris, le 14 juillet 1789, servit de prélude a la Révolution. On sait par quels actes de barbarie fut signalée cette victoire populaire, et la fin déplorable du gouverneur de Launay, qui fut mis en pièces après avoir subi un long martyre depuis la Bastille jusqu’à la place de l’Hétel-de-Ville. Sa tète et celles de six autres personnes furent promenées sanglantes dans la capitale.
La Bastille ne renfermait que sept prisonniers : quatre étaient prévenus de fabrication de faux effets de commerce, deux étaient dans un état complet d’aliénation mentale; le septième était un comte de Solages, enfermé sur la demande même de sa famille et pour de très-graves motifs.
La Bastille était une massive forteresse de forme rectangulaire, composée de huit grosses tours rondes, jointes par des massifs de maçonnerie. Cette forteresse occupait la première partie de la place qui porte son nom, l’emplacement de la rue de l'Orme jusqu’au Petit-Arsenal, et une partie du boulevard Bourdon. Sa face orientale , c’est-
à-dire tournée vers le faubourg, et en avant de laquelle se trouvait une grosse courtine bastionnée construite sous Henri 111, se composait de quatre tours ayant un développement de 80 mètres.
Cette place se trouvait à cinquante pas de la colonne de Juillet, qui occupe l’emplacement même de la courtine. La face occidentale, composée aussi de quatre tours, regardait la rue Saint-Antoine. Quant à deux autres faces, elles se composaient de massifs de bâtiments servant à relier les deux faces principales, et elles regardaient, l’une, la rue Jean-Beausi'e, l’autre l’Arsenal.
Le forteresse était environnée entièrement d’un large fossé; celui qui bordait le bastion de Henri 11 subsiste encore. C’est aujourd'hui la gare de l’Arsenal qui réunit le canal Saint-Martin à la Seine. L’entrée de la Bastille était dans la rue Saint-Antoine , vers le commencement de la rue de l'Orme. Il y avait cinq portes et deux pontslevis.
La garnison se composait ordinairement d’une centaine d’invalides. Les ruines de la Bastille ne furent complètement déblayées que sous l’Empire, lorsqu'on élargit la rue Saint-Antoine et qu’on ouvrit le boulevard Bourdon.
Au centre de la vaste et belle place de la Bastille, qui termine dignement l’une des extrémités des boulevards, s’élève la colonne érigée en l’honneur des combattants de juillet 1830. Elle fut inaugurée le 28 juillet 1840. Posée sur les voûtes du canal Saint-Martin, elle s’appuie sur trois soubassements de marbre , et a 47 mètres de hauteur. Elle est tout entière en bronze, ainsi que son escalier intérieur, qui compte 205 marches. C’est un chef-d’œuvre de fonderie. Sur son fût sont inscrits les noms des 615 victimes des trois journées, et sur son sommet plane le génie de la Liberté.
Cette statue, dorée, est de Dumont; les médaillons des sôubassements sont de Marbœuf; les lions et les coqs, aux quatre angles, sont de Barye, et la colonne est d’Alavoine et Duc. Les caveaux contiennent les restes des victimes de Juillet.
La place de la Bastille ftit, aux journées de juin 1848, le théâtre d’une résistance désespérée de la part des insurgés. C’est là que fut tué le général Négrier, à l’attaque d’une barricade, et que l’archevêque de Paris, qui portait aux révoltés des paroles de paix et de pardon, fut atteint d'une balle. Les maisons qui avoisinent la place, où l’insurrection s’était retranchée, furent criblées de boulets. Celle de la Belle-Fermière, qui forme l’encoignure du faubourg Saint-Antoine, fut complètement démolie, et le n* 1 de la rue de la Roquette percée à jour du haut en bas de sa façade.
place baudoyer, derrière l’Hôtel de ville. — Cette place doit son nom à l’une des plus anciennes portes de Paris : la porte Baudet ou Baudoyer, qui était située sur son emplacement. La place Baudoyer a été autrefois l’un des apports ou marchés de la ville. Elle fut, en juin 1848, témoin d’un combat acharné. La plupart des maisons, canonnées pendant vingt-quatre heures, étaient si démantelées, que la plupart tombaient littéralement en ruine.-
place de l’hotel-de-vïlle, autrefois place de Grève, vis-à-vis de l’Hôtel de ville. — Cette place n’était, dans l’origine, comme son nom l’indique, qu’une grève, que la Seine couvrait souvent de ses eaux. Il s’y tint, à une époque très-reculée, de laquelle datent probablement ses premières maisons, un marché, qui fut supprimé en 1141.
Vers la fin du xni* siècle, le corps municipal de Paris vint s'y établir dans la maison aux Piliers (voyez hotei. i» ville'. En 1624, la Grève fut ornée d'une fontaine