‹ Nouveau guide à ParisChapitre 170 sur 266 · L’ANCIENNE RUE SAINT - THOMAS - DU - LOUVRE ET L’HOTEL DE RAMBOUILLET · texte numérisé non relu

L’ANCIENNE RUE SAINT - THOMAS - DU - LOUVRE ET L’HOTEL DE RAMBOUILLET

Quel que soit l’hôtel où vous êtes descendu, honnête voyageur, homme d’affaires ou homme de loisir, industriel habile ou simple touriste, il nous est permis de supposer que vous ne logez pas loin de la Bourse, point central où se résume toute l’existence des sociétés modernes.

Maintenant que, grâce au GuiJe-Chaix , vous savez l'histoire et l’emplacement des superbes édifices qui abondent au sein de notre capitale, il doit vous prendre fantaisie de les visiter. Eh bien, laissez-nous yous servir de ct'cerone ; car nous causerons chemin faisant ; car, tout en allant voir le Paris actuel, nous ressusciterons pour vous le Paris d’autrefois; nous relèverons sous vos pas, de quartier en quartier, de rue en. rue, d’heure en heure, bien des monuments que les siècles ont abattus; nous ferons vivre et marcher devant vous des hommes qui ne remuent plus et qui ne vivent plus depuis longtemps, afin que le Paris

mort vous aide à résoudre le grand problème du Paris vivant.

Commençons par le Louvre, palais des anciens rois, que nous considérerons de la place du Carrousel pour voir s’accomplir sa réunion aux Tuileries, palais du nouvel empereur. Voilà donc l'immense construction qui s’achève comme par enchantement; mais combien d’hôtels historiques n’a-t-il point fallu démolir pour compléter l’ensemble de ce monument gigantesque ! « Ces hôtels, ou plutôt leurs débris, dit M. Cousin, viennent de disparaître avec la rue Saint-Thomas-du-Louvre tout entière, au profit de la place du Carrousel; puisse cette admirable place conserver sa grandeur si chèrement achetée, et nul bâtiment transversal ne venir gâter la belle harmonie du Louvre et des Tuileries! »

Au nombre des hôtels qui ont disparu avant la rue Saint- Thomas-du-Louvre ou en même temps qu’elle, il faut citer l’hôtel de Rambouillet, dont M. Cousin, que nous citions tout à l’heure, vient de célébrer la mémoire. « Ou peut voir partout, assure-t-il, la description de l’hôtel de Rambouillet et de cette fameuse chambre bleue, qui était en quelque sorte le sanctuaire du temple de la déesse d’Athènes, pour parler comme Mademoiselle dans la Princesse de Paphlagonie. C’était un grand salon qui avait tout son ameublement de velours bleu rehaussé d’or et d’argent, et dont les larges fenêtres, s’ouvrant dans toute la hauteur, depuis le plafond jusqu’au plancher, laissaient entrer abondamment l’air et la lumière, et dominaient la vue d’un jardin très-beau et très-bien entretenu, qu’agrandissait à perte de vue le voisinage d’autres jardins.

» L’hôtel de Rambouillet avait été bâti sur un plan nouveau, tracé par M“e de Rambouillet elle-même. 11 n'était pas très-vaste, mais d’une belle apparence; c’était l’avant-dernier hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, du côté de

la place du Falais-Cardinal (Palais-Royal actuel), entre les Quinze-Yingts, qui occupaient le coin de la rue, et l’hôtel de Chevreuse, devenu depuis l’hôtel d’Épernon, et un peu plus tard, vers 1663 ou 1664, l’hôtel de Longueville. »

Nous ne vous ferons pas le dénombrement des grands seigneurs et des grandes dames qui fréquentèrent l’hôtel de Rambouillet durant sa lougue et brillante carrière; mais nous vous dirons, toujours avec M. Cousin, car nous tenons à vous parler le meilleur langage, que la marquise de Rambouillet suivit l’heureuse révolution qui faisait succéder en France, à la barbarie des guerres civiles et à la licence des mœurs, un peu trop accréditée par Henri IV , le goût des choses de l’esprit, des plaisirs délicats, des occupations élégantes. Ce goût est le trait distinctif du xvii* siècle; c’est là la pure et noble source d'où sont sorties toutes les merveilles de ce grand siècle.

« Louis XIV, en 1661, le reçut tout formé, illustré au dedans et au dehors par les plus éclatants succès militaires et politiques, riche en chefs-d’œuvre de tout genre, quand déjà les plus beaux génies avaient commencé ou achevé leur carrière ; quand Malherbe et Balzac, les fondateurs de. la nouvelle prose et de la nouvelle poésie; quand Descartes, le fondateur de la nouvelle philosophie, étaient depuis longtemps ensevelis; quand Pascal fermait les yeux; quand Corneille n’était plus que l’ombre de lui-mème; quand Mmc de Sévigné, la Fontaine et Molière avaient quarante ans, quand Bossuet en avait trente-six. Tous ces grands esprits, dans leur style comme dans leur pensée, ont un caractère qui n’est pas celui de leurs successeurs, quelque chose de naïf et de mâle qui perce sous l’agrément même de la forme et trahit un autre temps, une littérature née sous d’autres auspices.

» Le xvii* siècle ne relève pas de Louis XIV, qui le couronne, mais de Richelieu, qui l’a inspiré. Nul ne ressentit

Digitizod b'y Googk

mieux que Richelieu le goût renaissant de la politesse et des lettres. Le fond de cette âme extraordinaire était l’ambition; son vrai génie était tout politique; mais, passionné pour tous les genres de gloire, il désirait être ou paraître le plus bel esprit de son temps, et même un cavalier accompli. Comme tous les grands hommes, depuis César jusqu’à Napoléon, il était très-aimable quand il voulait l’être. Pendant quelque temps, il lui a plu de dominer l’ambitieux mécontent, et qui attendait son heure, sous l’homme du monde recherchant et obtenant les plus brillants succès de société.

«Dès qu’il fut puissant, il mita la mode ses propres goûts; et, dès 1630, il y avait à Paris plus d’un hôtel où se réunissaient, pour passer le temps agréablement ensemble, des gens d’esprit, d'une grande et d’une médiocre naissance, d'épée, de robe et d'Église, avec des femmes aimables qui, naturellement, donnaient le ton. L’hôtel de Rambouillet a été le plus considérable do tous ces foyers de l’esprit nouveau, et il en est resté le plus célèbre, plutôt encore par ses défauts que par ses qualités.

» En effet, quelle idée se présente à l’esprit dès qu’on parle de l’hôtel de Rambouillet? celle d’une réunion choisie, où l’on cultive la plus exquise politesse, mais où s’introduit peu à peu et finit par dominer le genre précieux.

» Et quel était ce genre précieux ?

» C’était d’abord tout simplement ce qu’on appellerait aujourd’hui le genre distingué. La distinction, voilà ce qu’on recherchait par-dessus tout à l'hôtel de Rambouillet : quiconque la possédait ou y aspirait, depuis les princes et les princesses du sang jusqu’aux gens de lettres de la fortune la plus humble, était bien reçu, attiré, retenu dans l’aimable et illustre compagnie.

» Mais que faut-il entendre par la distinction? On ne peut pas la définir d’une manière absolue. Chaque siècle se fait

un idéal de distinction à son usage. Deux choses pourtant y entrent presque toujours; deux choses en apparence contraires, qui ne s’allient que dans les natures d’élite heureusement cultivées : une certaine élévation dans les idées et dans les sentiments, avec une extrême simplicité dans les manières et dans le langage.

» Je suppose qu’à Athènes, chez Aspasie, Périclès, Anaxagore, Phidias, parlaient d’art, de philosophie, de politique, sans plus d’effort et de déclamation que des ouvriers et des marchands n’en auraient mis à s’entretenir de leurs occupations ordinaires. Socrate était un modèle accompli en ce genre; et le Banquet de Platon, où l’on traite, après souper, des matières les plus hautes, dans le style le plus charmant, mais le plus naturel, nous donne une idée parfaite de ce qu’était alors le ton de la bonne compagnie, cet atticisme particulier à Athènes, et qui, même à Athènes, était le signe de la distinction.

» 11 en était de même à Rome chez les Scipions, où un badinage aimable se mêlait souvent aux propos les plus graves; un peu moins peut-être aux soupers de Cicéron, quand César n’y était pas, le maître de la maison n’étant pas un assez grand seigneur pour être toujours parfaitement simple, et l’homme nouveau, je ne dis pas le parvenu, surtout l’orateur et l'homme de lettres s’y faisant un peu trop sentir, alors même qu’il s’efforcait le plus d’imiter Platon. C'est cette urbanité romaine, fille un peu dégénérée de l’atticisme athénien, que l’hôtel de Rambouillet recherchait et qu’il contribua à répandre.

» La grandeur était en quelque sorte dans l'air dès le commencement du xvne siècle. La politique du gouvernement était grande, et de grands hommes naissaient en foule pour l'accomplir dans les conseils et sur les champs de bataille. Une sève puissante parcourait la société française; partout de grands desseins, dans les lettres, dans les scien-

Digitizec

ces, clans la philosophie. Descartes et Corneille s’avancaient vers leur gloire future, pleins de pensers hardis, sous le regard de Richelieu. Tout était tourné à la grandeur; tout était rude, même un peu grossier, les esprits comme les cœurs ; la force abondait, la grâce était absente. Dans cette vigueur excessive, on ignorait ce que c’était que le bon goût. La politesse était nécessaire pour conduire le siècle à la perfection : l’hôtel de Rambouillet en tint particulièrement école.

» Les jours de son plus grand éclat commencent en 1630 et s’étendent jusqu’en 1648, où l'idole de la maison, Mlle de Rambouillet, mariée en 1645 à M. de Monlausier, le suit dans son gouvernement de Saintonge et de l’Angoumois, au commencement de la Fronde. Le beau temps de l’illustre hôtel est donc sous Richelieu et dans les premières années de la régence. Pendant une vingtaine d’années, il a rendu d’incontestables services au goût national ; mais le bien qu’il pouvait faire était à peu près accompli en 1648 : déjà ses défauts avaient commencé à paraître et à prendre le pas sur ses qualités.

» Les cercles inférieurs qui s’étaient formés à Paris et en province, d’abord utiles aussi parce qu’ils propageaient la politesse, avaient fini par être dangereux, en faisant dégénérer la noblesse des idées et des sentiments en une fausse grandeur, outrée et maniérée, surtout en transportant l’affectation dans la simplicité. C’est alors que, le genre précieux s’étant corrompu, le grand maître, en fait de naturel et de vérité, lui déclara cette guerre impitoyable par laquelle il a débuté et par laquelle il a fini, les Précieuses ridicules , étant sa première pièce, imprimée en 1660, et les Femmes savantes, la dernière, en 1673, Mais revenons à 1630.

» En 1630 il y avait bien de l’originalité en France, mais eetait jne originalité qui s’ignorait et croyait avoir

besoin de modèles étrangers. Plus tard, Molière, la Fontaine, Boileau, Racine, ces génies si français, se proposèrent aussi des modèles. Ils les cherchèrent dans l’antiquité, qu’ils ont imitée sans cesser d’ètre originaux, rendant français tout ce qu'ils touchaient. Leurs devanciers s’adressèrent à l’Italie et à l’Espagne, les deux nations les plus avancées qu’ils eussent devant les yeux. Les Médicis avaient introduit parmi nous le goût de la littérature italienne. La reine Anne apporta ou plutôt fortifia celui de la littérature espagnole. L’hôtel de Rambouillet prétendit à les unir.

» Le genre espagnol, c’était, au début du xvu* siècle, la haute galanterie, langoureuse et platonique ; un héroïsme un peu romanesque, un courage de paladin, un vif sentiment des beautés de la nature qui faisait éclore les églogues et les idylles en vers et en prose; la passion de la musique et des sérénades aussi bien que des carrousels, des conversations élégantes, comme des divertissements magnifiques. Le genre italien était précisément le contraire de la grandeur ou, si l’on veut, de l’enflure espagnole, le bel esprit poussé jusqu’au raffinement, la moquerie et un persiflage qui tendait à tout rabaisser. Du mélange de ces deux genres sortit l’alliance ardemment poursuivie, rarement accomplie en une mesure parfaite, du grand et du familier, du grave et du plaisant, de l’enjoué et du sublime.

» A l’hôtel de Rambouillet, le héros seul n’eflt pas suffi à plaire, il fallait aussi le galant homme, l'honnête homme comme on l’appela vers 1730 et comme on ne cessa pas de l’appeler pendant tout le xvn* siècle. L’honnête homme, expression nouvelle et piquante, type mystérieux qu’il est malaisé de définir et dont le sentiment se répandit avec une rapidité inconcevable ; l’honnête homme devait avoir des sentiments élevés , il devait être brave,

il devait être galant, il devait être libéral, avoir de l’esprit et dé belles manières, mais tout cela sans aucune ombre de pédanterie, d’une façon tout aisée et familière. Tel est l’idéal que l’bôtel de Rambouillet proposa à l’admiration publique et à l’imitation des gens qui se piquaient d’être comme il faut.

» Parmi les gens de lettres qui venaient souvent à l’hôtel de Rambouillet, les deux plus célèbres sont, sans contredit, Corneille et Voiture.

» Corneille est avec Descartes l’expression la plus haute de la littérature de la première moitié du xvne siècle ; ses qualités comme ses défauts étaient dans la plus parfaite harmonie avec son temps. De là des succès que personne depuis n’a égalés. Sous Louis X1Y, quelle pièce de Racine a jamais produit l’impression que fit le Ctd en 1636? Il faut lire les auteurs du temps pour se faire une idée de l’enthousiasme qui saisit Paris et la France entière. Ce furent de véritables transports.

» Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.

» Rien de plus vrai : c’est qu’alors il n’y avait pas un gentilhomme à Paris qui ne prétendit être un Rodrigue, pas une femme de bon ton qui n’eût dans le cœur ou qui n’affectât les sentiments de Chimène. Plus on étudie cette pièce admirable, que Polyeucie a surpassée quelques années après, plus on y retrouve tous les traits de cette grande époque à jamais évanouie, l’héroïsme et la haute galanterie. Ce point d’honneur, qui sans doute faisait verser bien du sang, mais entretenait l’esprit guerrier dans les hommes mûrs et dans les chefs, de sérieux intérêts et d’énergiques passions aux prises les unes avec les autres, dans la jeunesse, la lutte généreuse de l’amour et du devoir, qui un jour sera portée au dernier degré

du pathétique dans Pauline et dans Sévère, partout une langue un peu rude, mais naïve et forte, toujours familière ; en même temps, il est vrai, un goût mal sur s’égarant quelquefois à la poursuite de la grandeur, des délicatesses infinies et pleines de grâce, mais un peu quintcssenciées, et de subtiles analyses de la passion raisonnant sur elle-même : c'était là l’hôtel de Rambouillet. 11 s’y reconnut et défendit le, Cid contre le tout-puissant ministre. C’est dans le noble salon que Corneille rencontra Balzac et put s’entretenir avec lui de Rome et des Romains. Qu'on lise les discours sur les Romains adressés par Balzac à la marquise de Rambouillet, et l’on verra si les conversations de ce temps-là étaient futiles. J’ose dire qu'il n'y eut jamais en France un temps où la politique fut plus à l’ordre du jour. Tout le monde alors s’occupait des affaires publiques. Ce n’est ni Lucain ni Tacite qui ont appris à Corneille la langue politique de Cinna et de la première scène de la Mort de Pompée. La vraie école de Corneille a été le spectacle de ce qui se passait autour de lui, le récit des grands événements contemporains, les conversations de Richelieu et de ses familiers, le P. Joseph, Mazarin, Lyonne, et celles qui se tenaient chaque jour dans les sociétés qu'il fréquentait, où les arnbassadeuis, les hommes de guerre, les évêques, les conseillers d'État étaient mêlés aux gens de lettres.

» Corneille lut toutes ses pièces à l’hôtel de Rambouillet ; il brilla, il déclina avec lui ; son chef-d’œuvre, le chef-d’œuvre aussi de la scène française, Pohjeucte, parut en 1643, c’est-à-dire dans les plus grands jours de l’hôtel de Rambouillet, j’ajoute et de la France : car c’est en cette même année 1643 que l’un des plus jeunes disciples de l’illustre hôtel, l’admirateur le plus passionné de Corneille, le frère de Mllp de Bourbon, le duc d’Eughien, le cœur rempli, comme le Cid, d’un amour ardent et

chaste, gagnait à vingt-deux ans, par une manœuvre digne d’Alexandre et de César, une de ces batailles comme il y en a cinq ou six dans l’iiistoire, cette bataille de Rocroi on les desseins de Henri IV et de Richelieu furent justifiés par la victoire et où la France succéda à l'Espagne dans la suprématie morale et militaire de l’Europe.

» Voiture a été admiré de ses contemporains les plus spirituels et les plus difficiles. La Fontaine le met au nombre de ses maîtres. Mrae de Sévigné l’appelle un esprit libre, badin, charmant. Boileau dit assez que Voiture est, à ses yeux, le mets des délicats, lorsqu’il introduit un esprit vulgaire, une sorte de provincial demandant ce qu’on y trouve de si beau. Avouons-le, nous ressemblons tous plus on moins «à ce provincial-là : nous avons peine aujourd’hui à retrouver les titres de la renommée de Voiture.. ..

» En etfet, pour bien goûter Voiture, il faudrait le voir en scène; il faut se le représenter sur le théâtre de ses succès de 1630 à 1648, avec ces jolies femmes qui demandaient à être amusées, parmi ces jeunes gentilshommes qui, dans l’intervalle des batailles, se complaisaient dans les jouissances les plus raffinées de l’esprit.

» Voiture régnait à l’hôtel de Rambouillet. Corneille, timide et lier, négligé et plein de lui-mème, était assez mal à l’aise dans tout ce grand monde : il écoutait presque toujours en silence, et ne causait guère qu’avec Balzac, son couciloven dans la république romaine. Mais Voiture était la gaieté, la vie, l’âme de la maison. 11 était toujours en train; sa verve inépuisable se mêlait à tout, animait tout ; et tandis que Corneille mettait dans les plus légers badinages, parlât-il au nom de la tulipe, de l’immortelle et de la fleur d’oraager (1), une gravité, une

Dans la Guirlande de Julie.

vigueur dont il n’était pas maître, et dans les comédies mêmes qu’il voulait faire les plus divertissantes un ton et des mouvements tragiques qui lui échappaient malgré lui, Voiture, dans les choses les plus sérieuses, prodiguait la plaisanterie. 11 est le côté enjoué de l’hôtel de Rambouillet, comme Corneille en est le côté sévère. »

LA PLACE DU CARROUSEL, LA PLACE LOUIS XV, LES CHAMPS-ELYSÉES ET CHA1LLOT.

Voiture occupait dàns la rue Saint-Thomas-du-Louvre une maison voisine de l’hôtel de Rambouillet, et près de laquelle habitèrent plus tard Grangeneuve le girondin et Bazire le montagnard, à côté du Louvre, temple de la Monarchie, dont ils accomplirent la ruine avant de se disputer ses dépouilles au sein de la Convention nationale, qui remplaça le roi dans le palais des Tuileries.

Tout à l’heure un philosophe célèbre vous parlait de littérature et de bon goût; maintenant, les monuments dont nous sommes entourés ne vous parleront que de révolutions ! Toute notre histoire a défilé, pour ainsi dire, depuis soixante-dix ans avec ses divers régimes, sur cette place du Carrousel, qui aurait dû s'appeler bieu souvent la place de la Discorde, en regard de la place de la Concorde, que toutes nos guerres civiles ont jonchée de leurs victimes!

Aussi préférons-nous à leur triste célébrité celle de l’arc de triomphe de l’Étoile, que vous apercevez à l’extrémité des Champs-Élysées, parce qu'il est seulement destiné à perpétuer le souvenir des victoires remportées sur les ennemis de la patrie.

Voyez-vous là-bas, sur uu coteau dominant la Seine, cette agglomération de maisons et de jardins qui ressemble à un village englobé dans Paris? C'est Chaillot, dont le chà-

feau appartint successivement à Comine? , à Catherine de Médicis, au maréchal de Bassompierre, à Marie de Médicis et à Henriette, veuve de Charles 1er, qui y établit les religieuses de la Visitation-Sainte-Marie. C'est là que Comines écrivit une partie de ses Mémoires, c’est là que Bossuet prononça l’oraison funèbre d’Henriette, c’est là que Mademoiselle de la Yallière désirait échapper à l'amour inconstant de Louis XIV, et c’est là que le grand roi vint l’arracher par deux fois à la retraite et au repentir.

Puisque ce couvent a disparu, comme bien d’autres choses, sous le marteau des révolutions, portons ailleurs nos pas et nos pensées; car vous saurez tout ce qu’on peut savoir sur Chaillot, lorsque nous vous aurons dit que le président Jeannin, l’hislori n Mézeray, le maréchal de Vivonne et Bailly, l’ancien maire de Paris, y vécurent, que T; llien y est mort en 1820, Barras en 1829, Madame la duchesse d’Abrantès en 1838, et qu’on y trouve une institution remarquable : la maison de Sainte-Périne, autrefois abbaye, aujourd’hui établissement de retraite pour les vieillards.

Page 1