LA BL'TTE DES MOULINS
Vous êtes au pied de la hutte des Moulins ou de Saint- Roch, formée par des dépôts d’immondices, jadis couverte de moulins et servant de marché aux pourceaux et de lieu de supplice aux faux monnaveurs qu’on y bouillait. Elle joua un grand rôle dans les divers sièges de Paris, car de là on dominait la porte Saint-Honoré et le Louvre. Jeanne d’Arc y prit position pour attaquer la ville. On ne commença à bâtir sur cette butte que sous Charles IX; mais bien que Louis Xlll eût ïésolu d’en terminer les travaux, longtemps suspendus par la guerre civile, que la butte eût été baissée de moitié et qu’on y eût tracé douze mes, les moulins continuèrent à subsister, entourés de grands espaces vides, jusqu'à la fin du xvne siècle. Aussi les maisons ne s’y agglomérèrent-elles qu’après la Régence.
Voltaire et Piron habitèrent la butte des Moulins. « La maison où logeait Voltaire, dit M. Édouard Fournier, se voit encore au coin de la rue du Clos-Gorgeau et la me Fuiitaine-Molière, dont elle porte le n" 25. Son aspect est quelque peu changé; son locataire, un marchand de vin, est bien différent de celui qui l’illustra il y a un siècle. Toutefois, elle n’est pas déchue tout à fait de la tradition littéraire qui y vit par le souvenir du poëte philosophe; cette tradition s’y perpétue par son propriétaire actuel, M. de Pongerville, l’un des esprits les plus distingués de l’Académie française, et l’un de ceux peut-être qui se rattachent le mieux au côté éminemment spirituel de l’épicuréisme voltairien ; le poëme de Lucrèce, dont M. de
Pongerville est l'excellent traducteur, servant de point de contact (1). »
Inutile de vous dire que la hutte des Moulins fut le théâtre d’un combat sanglant au 13 vendémiaire. Passons dans la rue Sainte-Anne, jadis infecte comme toute cette butte à laquelle elle appartient, et qu’on appelait la rue au Sang ou de la Basse-Voirie. On lui donna le nom de la reine Aune-d’Autriche, en la bâtissant. La portion comprise entre la rue Neuve-des-Petits-Cbamps et la rue Neuve-Saiut-Augustin prit quelque temps celui de Lyonne, à cause de l’hôtel de ce grand ministre qui s’y trouvait. La Révolution l’appela rue d'Helvétius, en 1792, parce que ce prétendu philosophe y était né en 1715; mais la Restauration, en 1814, lui imposa son nom actuel.
Voyez-vous cet hôtel situé au coin de la rue Neuvedes-Petits-Chauips et portant les attributs de la musique? Il a été bâti par Lulli; et c’est là que madame Dubarrv, qui l’habitait pendant la Terreur, fut arrêtée pour être conduite à l’échafaud. Enfin, au n* 63, se trouvait autrefois la communauté des Nouvelles-Catholiques , fondée, en 1672, dans une maison que Turenne lui avait donnée.