LA PLACE VENDÔME ET LA RUE DE LA PAIX
Tournons à gauche, et, chemin faisant, nous vous ferons l’histoire de la place Vendôme que vous apercevez déjà. Elle occupe l’emplacement de l’hôtel Vendôme et du couvent des. Capucines. L’hôtel, construit en 1562 par le duc de Retz, fut quelquefois le séjour de Charles IX.
En 1603, il appartint à la duchesse de Mercœur, et plus tard au duc de Vendôme, bâtard de Henri IV. Cette propriété avait près de dix-huit arpents d’étendue : aussi
(4) Paris démoli, 2* édit., page 200,
englobait-elle une grande partie des terrains compris entre la butte des Moulins et les rues Saint-Honoré et des Petits-Champs, où eut lieu, le long du mur de l’hôtel, en 1652, le fameux duel entre les ducs de Beaufort et de Nemours, qui devint fatal à ce dernier.
Sur la partie de cet hôtel avoisinant la rue Saint- Honoré, la veuve de Henri III et la duchesse de Mercœur firent construire, en 1664, un couvent de Capucines. Ce bâtiment occupait la moitié de la place actuelle. Mais Louvois démolit couvent et hôtel, en 1686, pour bâtir la place Louis-le-Grand, où l’on devait installer les Académies, la bibliothèque du Roi, etc. A la mort de ce ministre, les travaux ayant été suspendus, cette propriété royale devint une propriété privée. Au commencement du xvii* siècle, Law et divers autres fonctionnaires de l’époque s’y firent bâtir de belles habitations.
Cette place, où s’élevait alors une statue en bronze du grand roi, fondue par Relier, d’après Girardon, et haute, avec son piédestal, de 17 mètres, fut d’abord le théâtre d’une foire, dite de Saint-Ovide, à cause d’un saint dont l’église des Capucines conservait les reliques; et puis, le rendez-vous des agioteurs, après leur expulsion de la rue Quincampoix, au temps de Law et de sa banque. Le 20 juin 1792, ou y brûla 600 volumes in-folio comprenant les titres de noblesse et les archives de l'ordre du Saint- Esprit, pour fêter l’anniversaire du Jeu-de-Paume. Le 11 août suivant, on détruisit la statue du grand roi, et la place Louis-le-Grand prit le nom de place des Piques. Le 24 janvier 1793, on y célébra les funérailles de Lepelletier de Saint-Fargeau, dont le lit de mort fut placé sur le piédestal de la statue renversée. Le 19 février 1796, on y brûla tous les instruments qui avaient servi à la fabrication des assignats. En 1806, après la campagne d’Austerlitz, on y éleva la colonne actuelle, œuvre de Lepère
et de Gondouin, que surmontait primitivement une statue de Napoléon, en costume d’empereur romain, et qui avait été fondue par Lemot, sur les dessins de Chaudet. Cette statue fut renversée, à son tour, en 1814; mais, en 1833, ou la remplaça par une nouvelle statue de Napoléon, revêtu de son costume populaire.
L’état-major de la place de Paris est installé au n° 7 de la place Vendôme; l’état-major de la première division au n° 9; et aux n”* 11 et 13, hôtel bâti par les financiers Bourvalais et Villemarec, et confisqué sur eux par le régent, le ministère de la justice, que le chancelier de France occupait sous l’ancienne monarchie, qui était le siège de l’administration civile, police et tribunaux, et qui, sous le Consulat, servait d’hôtel au préfet de Paris.
La rue de la Paix a été ouverte par Napoléon, en 1806, sur l’emplacement du couvent des Capucines ou Filles de la Passion : religieuses austères ne vivant que pour se bien préparer à mourir, et n’allant aux processions que pieds nus et une couronne d’épines sur la tête. Leur église, pleine de chapelles magnifiques, où l’on remarquait les tombeaux de la ycuvc de Henri III, de la duchesse de Mercœur, du maréchal de Créqui, du ministre Louvois, de son fils Barbezieux, de madame de Pompadour, etc., fut odieusement transformée, par la Révolution, en un théâtre de fantasmagorie, et leurs jardins, qui s’étendaient jusqu’au boulevard des Capucines, en une promenade publique où l’on remarquait des danseurs de corde, des panoramas et un cirque : première installation des Franconi. Napoléon avait donné son nom à la rue nouvelle; mais, en 1814, elle prit le nom de rue de la Paix.