PARIS SOUS CHARLES VI ET CHARLES VU
Le règne de Charles VI est une période fatale entre les plus fatales de l’ijistoire de Taris. Celte ville et la société quelle renferme, à cette époque terrible, deviennent alternativement la proie des hommes et des partis, qui se disputent le pouvoir d’un roi fou, mais plus sensé encore, sans aucun doute, que son conseil de régence. Les maillotins ouvrent la scène révolutionnaire, que les écorcheurs ne laisseront fermer qu’après avoir transformé Paris, centre de la vie publique, en un immense abattoir ! La guerre civile des Bourguignons et des Armagnacs, pendant laquelle la populace, conduite par le bourreau Capeluche, massacra dans les rues dix-huit mille partisans du dauphin, favorisa le développement de la guerre étrangère. Elles ne se terminèrent l'une et l'autre que par le honteux traité de Trpyes, qui livra la France aux Anglais (1420).
11 faut rapporter à cette époque l'organisation des trois confréries des archers , des arbalétriers et des arquebusiers parisiens; l’établissement de plusieurs collèges et la fondation de l’hôtel des Tournelles. Cette maison, cédée par la famille d’Ûrgemont à Jean, duc de Berry, avait été par lui si richement décorée, qu'elle devint la demeure du duc de Bedford, régent du royaume de France pour le compte du roi d'Angleterre.
En 1430, après la délivrance d’Orléans et le sacre de CLarles Yll, l’armée royale, ayant à sa tète Jeanne d’Àrc, l’ange de notre histoire, voulut s’emparer de Paris, qui était encore soumis à la domination anglaise. La Pucelle vint asseoir son camp sur la butte Saint-Roch, alors couverte de cultures. Ayant attaqué la porte Saint-Honoré, elle emporta le boulevard ; mais, pendant quelle sondait le fossé de sa lance, un trait d’arbalète l’atteignit à la cuisse. Les soldats l’enlevèrent aussitôt du champ de bataille malgré elle, et l’assaut fut abandonné.
Six ans plus tard, les Parisiens, réduits aux dernières extrémités de la misère par la peste et la famine, appelèrent eux-mêmes les royalistes. Le 13 avril 1436, Michel Lallier et six autres notables habitants introduisirent secrètement par la porte Saint-Jacques les comtes de Richemont et de Dunois , qui , après un combat acharné dans les rues , chassèrent les Anglais et arborèrent sur les remparts la bannière de France, en criant: Ville gagnée I
Charles Yll , vainqueur et maître de Paris , le quitta bientôt après « sans lui avoir fait nul bien, » et n’y revint plus jusqu’à la fin de son règne, si ce n’est en passant et comme à regret. En outre, il ne descendait pas à l’hôtel Saint-Paul, qui avait été la résidence favorite de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, parce que ce lieu réveillait chez lui de tristes souvenirs. Loin de s’en retourner au Louvre, il ne fit que traverser la rue Saint-Antoine et alla s’établir aux Touruelles , dont il fit un véritable palais. On y comptait jusqu’à douze galeries, dit M. Yitet, quantité de préaux et de chapelles, six grands jardins et un labyrinthe merveilleux, surnommé le Dédale.