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LA RUE ET LE FAUBOURG SAINT-MARTIN

La rue Saint-Martin est en quelque sorte la rivale de la rue Saint-Denis; elle fut aussi de tout temps habitée par tout un peuple de marchands et d’ouvriers. On y voyait, avant la Révolution, la chapelle Saint-Julien-des- Ménétriers, appartenant à la communauté des maîtres de

musique et de danse de la ville de Paris et qui a disparu depuis. Les ménétriers se l’étaient construite, en 1328, en môme temps qu’un hôpital. 11 y avait, sculptés, sur sa façade, tous les instruments de musique connus à cette époque, avec les statues de saint Genest et de saint Julien, jouant du violon. La rue voisine, dite des Menestriers, où les artistes et les saltimbanques menaient vie joyeuse et turbulente, et où Talma naquit, en 1763, a été absorbée par la rue Rambuteau.

Outre les monuments dont vous trouverez ailleurs l’histoire, on remarquait dans la rue Saint-Martin, au n° 107, le théâtre Molière, construit en 1791, devenu le théâtre des Sans-Culottes en 1793, qui est aujourd’hui une salle de bal; et, au n° 151, l’hôtel Budé ou de Yic, bâti par le savant Guillaume Budé.

Rien de particulier à vous dire sur toutes les rues qui débouchent dans la rue Saint-Martin, si ce n’est que le chancelier de Marie avait son hôtel dans la rue Salle-au- Comte; que la rue Quincampoix fut le centre de l’agiotage, au temps du système de Law; que Chapelain vivait dans la ruelle des Cinq-Diamants, et que les rues Grenétat et Bourg-l’Abbé, dont les gens ne demandaient, autrefois, qu’amour et simplesse, ont été, de nos jours, le théâtre de bien des insurrections.

Sous ce rapport, le faubourg Saint-Martin, jadis faubourg Saint-Laurent, du nom de son église principale, n’a rien à envier à ces deux rues. J. -B. Say vécut au n“ 92, et Méhul mourut au n° 188. Quoique les rues qui débouchent dans ce faubourg soient très-nombreuses, nous ne vous en montrerons que deux : celles de Bondv et de Saint-Laurent. Dans la première, il y avait une caserne de gardes françaises, l’hôtel d’Aligre, et un théâtre situé au coin de la rue de Lancry, ouvert en 1764, sous le nom de Théâtre des Jeunes Artistes, devenu le Vauxhall

d’été en 1780, le Théâtre comique et lyrique en 1789, et fermé en 1807 sous son nom primitif; dans la seconde, il y avait l’entrée principale de la fameuse foire Saint- Laurent qui avait lieu entre les faubourgs Saint-Martin et Saint-Denis, et les rues Chabrol et Saint-Laurent, sur un champ appartenant aux Lazaristes. Ils y firent construire, en 1661, des rues larges, bien alignées, pleines de loges et de boutiques uniformes et parsemées de marronniers. Toute la foule y accourait, du 28 juin au 30 septembre, parce qu’elle y trouvait des jeux, des saltimbanques, des cafés, des cabarets, des salles de spectacle et surtout le théâtre de la Foire, où Lesage, Piron, Sedaine et Favart ont fait jouer bien des pièces. Supprimé en 1789, un marché périodique se tint, depuis la Restauration jusqu’à nos jours, sur une partie du champ où se tenait cette foire annuelle, près de l’embarcadère du chemin de fer de l’Est; mais ce marché lui-mème a été supprimé pour faire place au boulevard de Strasbourg.

On sait que les gibets royaux furent dressés, pendant le xi* siècle, à l’extrémité du faubourg Saint-Martin, au delà de la butte Chaumont, sur la fameuse butte de Montfaucon. « C'était, dit M. Théophile Lavallée, une masse de pierre de 5 à 6 mètres de hauteur, formant une plate-forme carrée de 14 mètres de longueur, sur 10 de largeur; sur les côtés de cette plate-forme, s’élevaient seize gros piliers carrés, hauts de plus de 10 mètres, unis par de fortes poutres de bois qui supportaient des chaînes de fer, auxquelles restaient suspendus les cadavres des suppliciés jusqu’à ce qu’ils fussent réduits à l’état de squelette. Alors on les jetait dans un charnier pratiqué au centre de la plate-forme; on arrivait à cette plate-forme par une longue rampe de pierre fermée d’une porte, et l’on suspendait ou détachait les cadavres au moyen de grandes échelles,

» Ce monument sinistre, placé sur l'une des dernières éminences de la butte Chaumont, dominait une campagne fertile, des coteaux chargés de vignobles ou de moulins, des champs de blé; mais toute habitation s’en était éloignée, et, jusqu’au milieu du dernier siècle, on n’v trouvait d’autre établissement que la voirie. On sait combien la justice du moyen âge était atroce, expéditive, et tenait peu de compte de la vie des hommes; on sait que la mort était appliquée à tous les crimes, et que les crimes étaient très-fréquents : il était donc rare que le gibet de Montfaucon ne fût pas garni de cadavres. Mais, en sa qualité de lieu privilégié de la haute justice royale, il eut l’avantage d’appendre plus de grands seigneurs que de pauvres hères; et Montfaucon sembla prédestiné aux ministres oppresseurs, aux financiers concussionnaires, aux juges prévaricateurs, etc. »

En effet, c’est là que furent pendus successivement : Pierre de la Brosse, ministre de Philippe le Hardi, en 1278; Enguerrand de Marignv, surintendant des finances, sous Louis X, en 1314; Tapperel, prévôt de Paris, pour avoir condamné à mort un innocent au lieu et place d’un riche coupable, en 1320; Gérard de la Guette, surintendant des finances, sous Philippe le Long, en 1322; Pierre Remv, surintendant des finances, en 1328; Massé de Machy, trésorier du roi, en 1331; René de Séran, maître des monnaies, en 1332; Hugues de Cuisy, président au parlement, pour avoir vendu la justice, en 1336; Adam de Hérouane, conseiller au parlement, pour avoir produit de faux témoins, en 1348; Jean de Montaigu, surintendant des finances, en 1 409 ; Pierre des Essarts, prévôt de Paris, en 1413; Olivier le Daim, miuistre de Louis XI, en 1484; Jacques de Beaune, seigneur de Semblaçay, surintendant des finances, en 1527; Jean Poncher, trésorier du Languedoc, en 1533; Gentil, président au parlement, en

1543, et beaucoup d'autres encore, jusqu’eu 1761 : époque à laquelle on renversa ce hideux édifice, pour le relever plus loin , là où se trouve la voirie actuelle et qu’on appelle aussi Montfaucon. « Mais on n’y pendit plus, ajoute l’historien déjà cité, on n’y exposa plus; le gibet royal ne fut plus que le symbole de la haute justice du trône, et l’on se contenta d’enterrer à l’ombre de ses piliers les malheureux suppliciés à la place de Grève. La Révolution fit disparaître ce dernier reste du régime féodal. »

Ajoutons, pour en finir, que le faubourg Saint-Martin débouche sur deux grandes barrières : celle de Pantin et celle de la Villette, qui servirent de théâtre à l’un des principaux épisodes militaires de la bataille de Paris, en

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