‹ Nouveau guide à ParisChapitre 181 sur 266 · LE FAUBOURG ET LA RUE DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LE FAUBOURG ET LA RUE DU TEMPLE

Tout le quartier du Temple tire son nom de l’ordre des Templiers. À la barrière du faubourg commence une rue qui, dans sa partie inférieure, est dite la Courlille, du nom d’un cabaret autrefois célèbre, où Cartouche fut arrêté en 1721. C’est là que, tous les ans, le peuple débraillé se livre à de vraies saturnales durant la nuit du mardi gras; non loin de l’ancien cabaret de Ramponeau, que les grands seigneurs et les grandes dames visitaient fréquemment au milieu du siècle dernier. Le faubourg du Temple a été témoin d’un combat très-sanglant durant les journées de juin 1848. Quant au boulevard, tout peuplé de théâtres, il ne réveillerait en nous que des souvenirs joyeux, si la machine infernale de Fieschi n’eùt donné une triste célébrité à son numéro 50.

Avant le milieu du xn* siècle, la rue Saint-Antoine n’était qu’un vaste marais. Vers cette époque, les Templiers s’y firent construire une immense forteresse qui fut appe-

lëe la Ville neuve du Temple. Plusieurs rois de France y enfermèrent leurs trésors. Saint Louis y logea Henri III, roi d'Angleterre ; Philippe le Bel y Chercha un asile contre la fureur du peuple, avant qu’il donnât l’ordre d’arrêter, le même jour, à la même heure, tous les chevaliers qui se trouvaient dans le royaume. Inutile de vous raconter les détails du procès mystérieux qui précéda le supplice du grand maître de l’ordre et d’un certain nombre de chevaliers. Tous leurs biens furent donnés aux hospitaliers de Saint-Jcan-de-Jérusalem, devenus plus tard chevaliers de Malte, et le Temple fut alors la maison provinciale du grand prieuré de France.

C’est dans la tour du Temple, dominant ce quartier populeux de sa masse sombre et sinistre, que Louis XYI et la famille royale furent renfermés et subirent ces abominables tortures morales qui préludèrent à leur exécrable supplice. Après l’assassinat juridique du roi et de la reine, accompli sur la place de la Révolution, vint un drame plus horrible encore , qui s’accomplit dans l’intérieur du Temple, et dont le malheureux fils du monarque martyr fut la victime. Ce fut là aussi que la fille de Louis XVI, plus tard duchesse d’Angoulème et Dauphine, resta prisonnière pendant tout le temps de la Terreur, et que furent successivement incarcérés les proscrits du 18 fructidor, Duverne de Presles, Monllosier, Pichegru , Cadoudal, les frères Polignac, Toussaint- Louverlure, etc. Xprès le 18 brumaire, Bonaparte visita le Temple, et s’écria : « Il y a trop de souvenirs dans cette prison-là, ie la ferai abattre. » L’empereur tint cette parole du premier consul.

A côté du Temple était un vaste enclos plein de maisons; l'une de ces maisons appartenait à Santerre, qui y mourut en 1808. Sur l’emplacement de l’église, delà tour et des charniers du Temple, on construisit, en 1809, un

vaste marché où campent plus de six mille marchands et où se trouvent étalés tous les débris des vanités et des misères de Paris : c’est la halle aux vieilleries que le peuple recherche pour monter sa toilette et son ménage.

Entre toutes les rues débouchant dans celle du Temple, on remarque la rue Vendôme, ouverte sur les terrains de l'ordre de Malte, alors que Philippe de Vendôme en était grand prieur; la rue Saint-Avoye, qui renfermait bien des hôtels, par exemple : ceux de Saint-Aignan, Caumartin, la Teinville, etc., à côté de l’hôtel de Mesmes, bâti par le connétable de Montmorency , et où il mourut en 1567, après la bataille de Saint-Denis; où séjourna quelquefois Henri 11; où Henri III dansa aux noces du duc d’Épernon , et où se succédèrent les grands diplomates de la famille de Mesmes, qui donnèrent l’Alsace et la Franche-Comté à la France , en signant les traités de Westphalie et de Nimègue.

La rue de la Tixeranderie avait une foule d’hôtels non moins célèbres : celui de Sicile, entre les rues des Coquilles et du Coq, habité, au xiv* siècle, par les rois de Naples, de la maison d’Anjou; celui de la reine Blanche, entre les rues du Coq et des Deux-Portes, habité par Blanche de Navarre, veuve de Philippe de Valois; et celui de Sainl-Faron, appartenant aux abbés de Saint-Faron de Meaux, sans compter, au coin de la rue du Coq, le modeste appartement où vécut et mourut Scarron, le créateur de notre littérature facile ;

La rue de la Verrerie, où demeurait, en 1392, Jacquemin Gringonneur, qui passe pour avoir créé le jeu de cartes ;

La rue Bauibuteau, où la Ville a fait placer le buste de Jacques Cuenr sur la façade du n° 49, sachant que ce financier, célèbre par sa fortune et par ses infortunes, possédait une maison dans le voisinage; mais ignorant si

c’est dans la rue de l'Homme-Armé ou dans la rue Beaubourg ;

Enfin, la rue Transnonain, célèbre par le massacre du 14 avril 1834.

Ce quartier populeux a joué un bien triste rôle dans toutes les insurrections.

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