LA EUE VIEILLE-DU-TEMPLE, LE MAEAIS ET LA RUE MEMLMONTAAT
Ce quartier, le premier qui ait été régulièrement bâti, fut le quartier de la noblesse pendant tout le xvii* siècle; durant le xvme, celui de la magistrature et de la bourgeoisie retirée du négoce; et de nos jours, il est devenu celui des fabricants.
Toute la Yieille-Rue-du-Temple était pleine, d’hôtels magnifiques : on y voyait notamment celui d’Adjaut, qui appartint au marquis d'O, l'un des mignons de Henri 111; celui de Strasbourg ou de llolian, où se trouve l’Imprimerie impériale; celui d’Argenson , qui fut habité par le fameux garde des sceaux ; et celui de le Pelletier, qui fut habité par le prévôt des marchands, ministre sous Louis XIV. Voici quelques rues plus ou moins remarquables parmi celles qui débouchent dans la Vieille-Rue du-Temple :
La rue des Francs-Bourgeois, laquelle est bordée par une partie de l’Hôtel Barbette, renferme l’hôtel du maréchal d’Albret, qui appelait à lui tous les beaux esprits de 1050 à 1670, pour succéder à l’hôtel de Rambouillet; il se trouvait au n° 7 ; l’hôtel du chancelier le Tellier, au n° 13, et l'hôtel du comte de Charolais, au n° 21;
La rue de Paradis , renfermant le mont-de-piété et le3 archives impériales;
La rue Barbette tire son nom de l'hôtel Barbette, construit
par Étienne Barbette, prévôt des marchands et mattre des monnaies sous Philippe le Bel; presque dévasté, en 1306, par une émeute populaire ; acheté plus tard par Charles VI, et devenu le petit séjour d’Jsabeau de Bavière, dont la vie s’écoula entre les grands crimes et les grandes orgies. Le duc d'Orléans en sortait lorsqu’il fut assassiné par les sicaires de Jean Sans-peur (1407). Cet hôtel appartint à la famille de Brézé, au xvie siècle. Diane de Poitiers, femme de Louis de Brézé, l’habitait ; mais il fut démoli après sa mort. L’hôtel d’Estrées, plus heureux, a été conservé dans la même rue; on y trouve aujourd’hui les demoiselles de la Légion d’honneur;
La rue des Coutures-Saint-Gervais, en face de la rue du Perche, possède encore l’hôtel Juigné, l’un des plus magnifiques de Paris, et où se trouve l’École centrale des manufactures;
La rue des Quatre-Fils, où le duc de Rivière et Jules de Polignac, complices de Georges Cadoudal, furent arrêtés en 1804, au n° 8 ; et où demeurait, au n° 22, Mrae du Deffant, dont le salon renfermait tous les beaux esprits et tous les grands seigneurs du xvme siècle. D’Alembert et M,k de l’Espinassè en faisaient les honneurs ;
Enfin, la rue Saint-Louis, où l’on voit encore l’hôtel d’Équevilly, qui appartint au chancelier Boucherat et à Claude de Guénégaud; où l’on voyait l’hôtel Voisin et l’hôtel de Turenne.
Rien à remarquer ni dans la rue, ni sur le boulevard des Filles-du-Calvairc.
La rucMénilmontant, qui sert de faubourg à la rue Vieilledu-Temple, et toutes les rues adjacentes, datent en quelque sorte de la Révolution. Elles se hérissèrent de barricades lors de l’insurrection de juin 1848. La plus importante, qui fait communiquer la rue Ménilmontant avec le faubourg Saint-Antoine, porte le nom de Popincourt, parce quelle
doit son origine à une maison que se fit construire Jean de Popincourt, président au parlement sous Charles VI. — L’avenue de l’abattoir Ménilmontant s’appelle Parmentier, du nom d’un célèbre agronome qui mourut, en 1813, dans une maison sur laquelle elle a été ouverte.
FAUBOURG SAINT-ASTOEVE
Ce faubourg fut, dès l’origine, un bourg populeux, formé par les gms de métier, qui se fixaient, pour travailler sans maitrise, dans le vaste enclos de l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs, fondée vers la fin du xiu siècle, et auquel se réunirent plus tard les hameaux de Picpus, de Popincourt, de la Croix-Faubin , de Reuilly et de la Râpée. Ce bourg eut beaucoup à souffrir durant les guerres des Anglais, et surtout durant celles de la Ligue , puisqu’il servit de champ de bataille à Turenne et à Condé. 11 devint tout à fait industriel sous Louis XIV et tout à fait sans-culotte sous la Révolution.
En effet, * quand la Révolution éclata , dit M. Théophile Lavallée, il y joua le premier rôle et fut à la fois son quartier général et son avant-garde. Au 27 avril 1789, il préludait au tumulte révolutionnaire par l’incendie de la maison Réveillon. Au 14 juillet, il était tout entier sous les murs de la Bastille; au 5 et 6 octobre, il envoyait des légions de femmes affamées à Versailles; au 10 août, conduit par le brasseur Santerre, qui avait sa demeure au n° 232 du faubourg, il conquérait les Tuileries.
» 11 régna dans Paris pendant le règne des Montagnards, et il suffisait de ces mots : Le faubourg descend! pour faire trembler la Convention. On l'appelait alors le faubourg de Gloire. Sa puissance tomba avec celle de Robespierre. On sait comment, au 1er prairial, il fut vaincji, et, le lendemain de cette journée, investi et forcé de livrer
ses armes; Dès lors, il sembla tout entier voué à l’industrie, et se contenta d’envoyer ses enfants défendre la Révolution sur les champs de bataille.
» Parmi ces glorieux faubouriens , on compte Augereau et Masséna. Napoléon fut populaire dans le faubourg; il alla plusieurs fois le visiter; s’inquiéta de scs travaux, de sa prospérité ; et, sans craindre de rapprocher des Tuileries les terribles soldats du 10 août, il voulait faire construire une grande rue qui serait allée du Louvre à la barrière du Trône. Ce fut pourtant dans une maison du faubourg que fut ourdi l'audacieux complot qui pensa, en 1812, renverser le vainqueur de laMoscowa : au n° 333, au coin de la petite rue Saint-Denis, se voit une maison de santé, qui aujourd’hui renferme des aliénés; c’est de là qu’est sorti Malet ! »
Sous la Restauration, le faubourg Saint-Antoine ne s’occupa qu’à la création de ces chefs-d'œuvre de goût, d’élégance et de bon marché qui sont recherchés dans toutes les parties du monde, pour orner et meubler les plus modestes demeures comme les palais des rois. Mais 1830 réveilla en lui scs anciennes habitudes de destruction. Les journées de juillet le trouvèrent debout; il fallut le réduire à coups de canon lors de la première insurrection républicaine (1832). Il n’en fut pas moins en février 184S ce qu’il avait été en juillet 1830.
La page la plus lamentable de son histoire sera sans doute celle qui redira la part qu’il a prise à l’insurrection de juin 1848, dont il fut le quartier général. Pendant trois jours, le faubourg Saint-Antoine tint en échec un corps de vingt mille hommes. Jamais guerre civile ne fut plus atroce ni plus meurtrière. L’archevêque de Paris se présenta, précédé du rameau de la paix, devant la principale barricade, et fut mortellement frappé d'une balle pendant qu’il adressait des paroles de paix aux insurgés. Le faubourg
Saint- Antoine capitula le lendemain, uue plus longue résistance étant inutile, puisque tout Paris avait été ramené à l’ordre.
La barrière du Trêne, qui termine le faubourg Saint- Antoine, vit s’accomplir, en vingt jours, sous la Terreur, l’effroyable immolation de quatre cent vingt-trois victimes sur l’échafaud, et, le 30 mars 1814, le glorieux combat de la garde nationale et de l’école polytechnique contre une colonne de Russes.
Rien de généralement important ne s’est passé dans les rues nombreuses de ce faubourg.