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QUARTIER DE L’HOTEL DE VI1LE

Si nous évoquions devant vous tous les souvenirs historiques de ce quartier, il faudrait refaire non-seulement toute l’histoire de Paris, mais, en quelque sorte, toute l’histoire de France. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ont été rappelés dans les notices que nous avons consacrées à la place de Grève et à l’Hôtel de ville. Aussi ne vous parlerons-nous que de l'ancien corps municipal de Paris, primitivement formé, c’est-à-dire en 1258, d’un prévôt des marchands et de quatre échevins, auxquels on adjoignit plus tard vingt-six conseillers. Pour être élus, car ils tenaient leurs titres du suffrage universel, il fallait qu’ils fussent nés à Paris et d’une existence irréprochable. Les titres de prévôt des marchands et d’échevins les faisaient compter dans la noblesse.

Presque tous ces magistrats, choisis parmi les bourgeois les plus riches, ont consacré les revenus de leur chargé à l’embellissement de la ville et de l’Hôtel de ville. Les plus célèbres prévôts des marchands furent Étienne Barbette, Jean Gentien, Étienne Marcel, Jean Desmarets, Michel Lallier, Jean Bureau, Auguste de Thou, Lacliapèlle- Marteau, François Miron, Jean Scarron, Claude Lepelletier, Étienne Turgot, Jérôme Bignon, Lamichodière, Caumartin et Flesselles, qui fut assassiné au coin du quai Lepelletier, le 14 juillet.

Flesselles fut le dernier prévôt des marchands, et Bailly, nommé par le peuple 'insurgé, mais dont le titre devait être sanctionné par Louis XVI, fut le premier maire de Paris. La loi du 21 mai 1790 établit pour la capitale une administration nouvelle, composée : d’un maire, d’un conseil municipal et d’un conseil général, qui fut renversée par la révolution du 10 août. Alors se constitua cette trop

fameuse Commune de Paris, dont les actes se résument dans les assassinats de septembre et de la Terreur. Après le 9 thermidor, on chargea de l’administration de Paris diverses commissions provisoires, qui s’en acquittèrent tant bien que mal, jusqu’à ce que la loi du 28 pluviôse an VIII (1800) répartit enfin ces hautes fonctions entre un préfet, de la Seine, un préfet de police et un conseil municipal.

Une autre loi du 20 avril 1834 modifia légèrement cet état de choses; mais la révolution de Février 1848 fit disparaître du même coup et le trône et cette administration civile. Un membre du Gouvernement provisoire, M. Marrast, prit le titre de maire et concentra tous les pouvoirs entre ses mains. Cette dictature ne dura que jusqu’au 20 juillet, époque à laquelle on rétablit la préfecture de la Seine. Depuis lors, Paris se trouve administré par un préfet nommé par le chef de l’État et assisté par une commission municipale provisoire, qui est elle-même nommée par le Gouvernement.

l’ile de la cité.

Voici le vieux Paris ou plutôt le Paris jeune, car nous nous trouvons en présence de son berceau : l’ile de la Cité, qui est comprise entre les quais Napoléon, Desaix, de l’Horloge, des Orfèvres, du Marché-Neuf et de l’Archevêché ; qui communique avec la rive droite par les ponts de la Réforme, d’Arcole, Notre-Dame, au Change et le pont Neuf; avec la rive gauche par les ponts Neuf, Saint-Michel, Petit-I’ont, Saint-Charles, aux Doubles et de i’Arohevéché ; avec l’ile Saint-Louis, par les ponts de la Cité et de la Réforme; et qui se divise en deux quartiers : celui de la Cité et celui du Palais de justice.

Toute la jeunesse de Paris s’écoula entre les deux rives, autour de Notre-Dame et du Palais, symboles de la vie religieuse et de la vie politique. Au commencement du xme siècle, Paris alla vivre sur les deux rives; mais la Cité resta le centre des affaires publiques, à cause du parlement, jusqu’à la fin du xviie siècle. A partir de cette époque, la vieille Cité s’est trouvée en quelque sorte absorbée par la ville moderne; toute la population noble, élégante, riche et heureuse a fui, ne laissant après elle qu’une population misérable et souffrante ; mais au moins s’est-elle améliorée sous le rapport moral; car elle renfermait, jadis, autant de vagabonds que de repris de justice, autant de voleurs que de prostituées.

Vous remarquerez, sur le quai Napoléon, une maison bâtie récemment, ornée des médaillons d’Héloïse et d’Abeilard, et construite sur l'emplacement de la maison du chanoine Fulbert, oncle d’Héloïse, laquelle était située rue du Chantre, n° 1 ; mais vous chercherez vainement l’hôtel des Ursins, bâti par Juvénal des Ursins et démoli en 1553. On vient de construire, au quai de l’Horloge, la tour, élevée en 1370, où Charles V fit placer une horloge - publique; et la lanterne dont la cloche donna le signal de la Saint-Barthélemy. Pour échapper à cet affligeant souvenir, vous n’avez qu’à prendre les quais du Marché- Neuf et de l’Archevêché, où vous trouverez une actualité non moins affligeante : la Morgue, édifice public, consacré à l’exposition des individus qui se sont suicidés, et qui ont été tués hors de leur domicile.

Ne perdons pas le seul événement qui se rattache à ces lieux, et qui nous fait remonter au temps de la Fronde. Puisque nous passons devant la rue Saint-Landry, voyons le n° 7, maison de Broussel, pere du peuple; c’est là qu’il fut arrêté, le 26 août 1648; c’est là aussi que commencèrent les troubles qui motivèrent, dans la pensée de

Louis XIV, tous les actes de despotisme dont son règne fourmille.

Arrivons au Parvis de Notre-Dame, grande place bâtie en même temps que Notre-Dame, renfermant à présent trois grands établissements : cette Cathédrale, l'Hôtel- Dieu et l’Administration générale de Paris; et contenant de plus autrefois des écoles publiques, deux églises, Saint- Christophe et SaiuLe-Geneviève-des-Ardents, la prison de l'évèquc de Paris et l’échelle patibulaire : car c’est là que les condamnés faisaient toujours amende honorable, une torche à la main, et qu’ils entendaient lire leur sentence, qui était souvent un arrêt de mort. Le dernier supplicié sur cette place fut le marquis de Favras, l'une des premières victimes de la Révolution.

La rue de la Cité n’offre rien de remarquable; mais on remarquera dans la rue de la Calandre, l’une des plus vieilles maisons du vieux Paris, le n° 10, où, suivant une tradition très-accréditée, saint Marcel, èvéque de Paris et bourgeois du Paradis, naquit au ive siècle, entre cette rue et celles de la Vieille-Draperie, de la Barillerie et aux Fèves; il y existait autrefois un ilôt de maisons qu’on appelait Ceinture de Saint-Eloi, sous prétexte que cet évêque y avait demeuré.

Non loin de là se trouvait une petite place formée par l’emplacement de la maison de Jean Chatel, l’un des nombreux assassins de Henri IV. On sait qu’elle fut brûlée, en vertu d’une sentence du parlement, et qu’on y éleva une pyramide destinée à perpétuer le souvenir du régicide, la part que les jésuites y avaient prise et leur propre bannissement, comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs de la paix publique, ennemis du roi et de l’État. Celte pyramide, bâtie en 1594, fut démolie bientôt après; quant à la place, elle a été absorbée par celle du Palais.

l'ile saint-louis.

L'tle Saint-Louis est formée de deux lies : Notre-Dame et aux Vaches. La Révolution l’appelait : Section de la fraternité. Elle communique avec la rive droite par les ponts Marie et de la Réforme et par la passerelle de Damiette ; avec la rive gauche par le pont de la Tournelle et par * la passerelle de Constantine; avec la Cité par les ponts de la Réforme et de la Cité. Tout ce quartier doit son origine à l’architecte Marie, qui obtint, en 1614, la concession des deux îles, à la seule condition de les réunir, de les border de quais, d’y construire des rues et des maisons, et de les mettre en communication avec la ville, par un pont. A cet effet, Marie s’associa à deux financiers, appelés Regratier et Poutier, dont le nom fut donné à deux rues, Marie préférant donner le sien au pont. Trente ans après, le quartier renfermait des quais superbes, des rues bien alignées et d’admirables .hôtels que vinrent habiter les hommes de finances, alors désignés par ces mots : traitants , partisans ou sangsues de l’État.

A la pointe orientale de l’ile Saint-Louis, d’où l’on peut embrasser les deux rives de la. Seine, se trouve l’hôtel Lambert, que Levau construisit pour Lambert de Thorigny, maître des comptes, que Lebrun et Lesueur décorèrent de leurs peintures, et qui était un véritable chef-d’œuvre d’élégance, de confortable et de bon goût. La plupart des peintures de Lesueur ont été transportées au Louvre en 1777. Plus tard, l’hôtel Lambert fut acheté par M. de Montalivet. En 1842, il devint la propriété de la princesse Czartoriska, qui l’habite et l’a fait restaurer, t L’hôtel de Bretonvillers, au n* 2 de la rue de ce nom et sur le quai de Béthune, fut bâti par Ducerceau pour

Leragois de Bretonvillers , président de la chambre des comptes. Sa position sur la Seine paraissait tellement belle aux yeux de Tallemant des Réaux , qu’il s’exprime en ces termes : « Après le sérail de Constantinople, c’est le bâtiment du monde le mieux situé. » Les décorations étaient de Youet ; les peintures, de Mignard, de Poussin, de Bourdon, etc.; et toutes ces richesses ont été perdues.

L’hôtel Turgot se trouvait sur le quai d'Orléans : c’est là que mourut le ministre célèbre de ce nom, en 1783.

L’évèque Gobel, gui se dépréirisa devant la Convention et qui mourut sur l’échafaud en compagnie d’Hébert, de Chaumette, etc., habitait la rue Regratière.

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