‹ Nouveau guide à ParisChapitre 41 sur 266 · LOUVRE · texte numérisé non relu

LOUVRE

Rue de Rivoli et quai du Louvre. : *

Après avoir visité le palais des Tuileries, il faut visiter l’ancien palais du Louvre. Ces deux monuments, autrefois rivaux et subordonnés alternativement l’un à l’autre, se commandent réciproquement à l’heure qu’il est, quoique chacun ait conservé néanmoins son propre caractère souverain. ...

COLONNADE Dl LOUVRE

M. L. Vitet, ce maître de la critique architecturale, a publié naguère sur le Louvre un admirable travail auquel nous avons déjà fait quelques emprunts. Nous serons encore obligés d’avoir recours à lui. C’est un de ces hommes, bien rares assurément, qui peuvent toujours donner ou prêter à tout le monde, sans jamais courir le risque de s’appauvrir.

« Qui n’a pas vu Paris du sommet du vieux Louvre, dit-il, ne connaît, à vrai dire, ni le Louvre, ni Paris. Ces terrasses sont comme un vaste observatoire d’où la vue plonge sur toute la chaîne de bâtiments qui de la colonnade s’étend jusqu’aux Tuileries. Le meilleur plan, la meilleure vue, n’en saurait donner une idée aussi nette, aussi saisissante , en faire aussi bien comprendre la grandeur , les divers caractères, les irrégularités et les complications. Puis, si les yeux se tournent, ils ont devant eux le tableau de Paris le plus complet et le mieux composé.

» C’est un panorama qu’on ne retrouve ni sur le Panthéon , ni sur le dôme des Invalides, ni même sur les tours de Notre-Dame. Tous ces points culminants sont trop écartés du centre, trop voisins des faubourgs; de là, des premiers plans sans style et sans grandeur, l’abaissement des principaux édifices dont l’éloignement fait descendre l’échelle, et la diminution de la ville elle-même, qui semble en partie s’effacer et disparaître à l’horizon.

» Du haut du Louvre, au contraire, vous êtes au cœur même de Paris : tout ce qu’il renferme de constructions monumentales se dresse et se groupe autour de vous; la Seine s’élargit sous vos pieds, pour embrasser dans sa course élégante cette lie de la Cité qui semble s'avancer comme un imposant navire ; puis, pour couronner ces magnifiques premiers plans, pour encadrer les longues forêts de maisons qui leur succèdent, à tous les points de

l'horizon s'élève une ceinture de collines verdoyantes. * Quand on veut mettre notre capitale à sou vrai rang parmi celles que l’on lui compare, c’est sur ces terrasses de la cour du Louvre qu’il faut avoir soin de la faire admirer. -»

L’origine de ce magnifique palais est perdue dans la nuit des temps : aussi ne la retrouverons-nous pas dans les assertions de ceux qui prétendent, sans pouvoir produire aucune preuve, qu’il fut bâti par Childebert, vers le commencement du vi* siècle, qu’il fut détruit cent ans après par les Normands, et que Hugues-Capet le releva de ses ruines. D’ailleurs , le nom du Louvre n’est prononcé pour la première fois, d’une manière officielle ou positive, qu’en 1204.

Sa destination primitive a donné lieu aux mêmes conjectures. Les uns affirment que le Louvre fut d’abord un simple rendez-vous de chasse , une louveterie , Lupara , d’où lui vient son propre nom; d’autres, une forteresse destinée à protéger la cité. Ces derniers nous semblent plus près de la vérité que les premiers. En effet, tout porte à croire qu’un château fort existait là où est le Louvre, bien avant Philippe-Auguste , et que ce roi, qui le reconstruisit entièrement, ne saurait être considéré, pour cela, comme son véritable fondateur. Car si les historiens du temps désignent la grosse tour, bâtie en 1204, sous le nom de tour neuve, c’est évidemment pour la distinguer des autres tours déjà plus ou moins anciennes.

Quoi qu’il en soit, cette tour, si fameuse dans notre histoire, fut construite au milieu d’une cour carrée dont M. Yitet détermine l’emplacement avec une précision remarquable. D’après ce savant historien, les murs extérieurs du Louvre, non compris le double revêtement des fossés qui les entouraient de toutes parts, s’étendaient à l’ouest sur les mêmes fondements que la façade actuelle du côté

des Tuileries; au sud, sur le terrain du gros mur qui sépare en longueur le musée des Antiques, du côté de la rivière; à l’est, sur le terrain où se trouve la façade du pont des Arts , et au nord sur une autre ligne aboutissant à l’extrémité septentrionale du pavillon de l’Horloge. Philippe-Auguste eu fit distribuer les diverses constructions, de manière qu'il put servir à la fois de forteresse, d'arsenal, de prison d'Etat et d’habitation royale.

Le Louvre était alors situé en dehors des murs de la ville. 11 occupait, sur une longueur de 124 mètres, l’espace compris entre la Seine ét la place de l’Oratoire, et, sur une largeur de 1 16 mètres, l’espace compris entre le milieu de la cour actuelle du Louvre et le prolongement de l’ancienne rue Fromentau.

La grosse tour ne dominait pas seulement la ville et le fleuve, mais toutes les nombreuses tours dont le Louvre était hérissé, pour tenir en échec les barons toujours coalisés contre le roi. De sorte que cette citadelle, en protégeant les faibles et menaçant les forts, porta bientôt l'épouvante parmi les vassaux, et permit à Philippe-Auguste, c’est-à-dire au roi, de croître en force et en pouvoir, a son tour , selon ses désirs, et de se faire le suzerain des suzerains , le seigneur des seigneurs, qui, pour leurs grands fiefs, relevèrent tous de la grosse tour du Louvre.

Cette tour servit de prison à Ferrand, comte de Flandre, qui fut fait prisonnier au pont de Bouvines, à Jean de Bretagne, à Coucy, à Marigny , à Charles-le-Mauvais, et à bien d’autres. Elle devint l’emblème de la puissance royale, eu regard et en opposition de l’impuissance féodale. « Et maintenant qu’il n’en reste plus une pierre, dit Sauvai, c’est d'elle que relèvent nos ducs et pairs, c’est à elle ou plutôt à son ombre qu’ils doivent foi et soumission. >>

' Sous les successeurs immédiats de Philippe-Auguste, le

Louvre resta ce que ce prince l'avait fait. Saint Louis n'y fit construire qu'une grande salle dans l'aile septentrionale; mais Charles V transforma ce château fort en une sorte de palais.

Hâtons-nous de le dire cependant : il ne toucha ni à son périmètre, ni à la tour ; mais il résolut de remplacer les ouvertures du château par des fenêtres, de l’élever de quatre à cinq toises , de le décorer de fines sculptures , d’augmenter le nombre de ses tours et de construire, sur une façade intérieure, un escalier en vis dont Raymond du Temple, son maître ès-œuvres , fit, dit-on, une véritable merveille.

En dehors des fossés, Charles V éleva une foule de constructions, telles que maisons de plaisance, magasins de vivres, écuries et autres bâtiments, que l'on désignait alors sous le nom de basses-cours, et qui étaient reliés au château par des jardins peu grands du côté de la rivière, mais vastes du côté de la ville.

Ces basses-cours servaient à loger tous les officiers de la couronne, et ces jardins à placer la ménagerie, pleine de lions et de panthères, les volières pleines de paper/auts, et les chambres à oiseaux, qui gazouillaient amoureusement non loin des viviers et des bassins, ou qui se désolaient amèrement de ne pouvoir voltiger sur les gazons taillés en labyrinthes et sur les treilles, dans les tonnelles ou dans les pavillons de verdure.

A vrai dire, les jardins du Louvre offraient aux yeux de la cour tout ce que pouvaient présenter les plus beaux jardins du moyen âge. " Ces parterres à compartiments symétriques, jetés au milieu de ces bâtiments si divers de forme et de hauteur, dit M. Vitet ; ce chaos de tours et de tourelles, les unes lourdement assises dans le fond même des fossés, les autres suspendues en quelque sorte aux murailles et soutenues en porte-à-faux; ce pêle-mêle

de toits pointus, ici couverts de plomb, là de tuiles vernissées, les uns coiffés de lourdes girouettes, les autres de crêtes, de panaches reluisant au soleil . tout cela ne ressemblait guère à ce qu’on nomme aujourd’hui un palais de souverain; mais ce désordre, ces contrastes, qui, pour nous, ne1 sont que pittoresques, parlaient alors tout autrement aux imaginations, et ne manquaient ni de grandeur ni de majesté. »

Charles V mit au Louvre le dépôt de son trésor et de sa bibliothèque ou mieux de sa librairie, composée de 900 volumes, et fit ériger, sur le pont-levis qui regardait l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, sa propre statue ainsi que celle de la reine.

Tout cela ne l’empêcha pas de se dégoûter du Louvre. Aussi fonda-t-il, entre la Bastille, la rue Saint Antoine et la Seine, un hôtel devenu célèbre sous le nom d 'Hôtel Saint-Pol où Charles VI voulait résider, et que Charles VII quitta, plus tard, pour aller s’établir dans son château des Toumelles.

Le plus ancien palais de la royauté française, complètement délaissé pendant cent cinquante ans, tombait en ruines, et nul monarque ne se souciait de le relever. François l*r vint enfin; il avait déjà fait détruire la grosse tour de Philippe-Auguste, sans trop savoir encore ce qu’il se proposait de construire, lorsqu’il apprit la prochaine arrivée de Charles-Quint à Taris.

Le roi ayant résolu de recevoir l’empereur, non pas aux Tournelles, mais au Louvre, employa une armée d’ouvriers à rendre magnifique, en quelques jours, ce palais que les siècles avaient dégradé. Mais cette magnificence, qui avait coûté des sommes énormes, dura peu ; car c’est surtout en fait de monument, que le temps n’épargne point ce qu’on a fait sans lui. Aussi François 1er comprit-il alors que le meilleur moyen de conserver le

Louvre, était de le rebâtir entièrement, à l’instar de Philippe-Auguste.

Les travaux de démolition et de reconstruction commencèrent, en 1581, sous la conduite de Fierre Lescot, d’après les dessins duquel a été bâti le palais moderne qu’on est convenu d’appeler aujourd’hui le vieux Louvre, et qui est l’expression la plus brillante, et la plus complète de l’art, à l’époque de la renaissance.

Tout le monument devait consister uniquement en deux pavillons unis par une galerie ; ils ne forment à présent que le pavillon de l'Horloge et le pavillon du Midi, qui touche presque à l’entrée du Musée , et qui s’élève sur les solides fondements jetés par Philippe-Auguste, utilisés par Lescot, avec ce soin extrême et cette lenteur qu’il faut apporter dans le travail pour en assurer la durée.

À la mort de François 1", en 1547, les bâtiments de dépendance élevés en dehors des constructions principales, à peu près devant la porte du Musée, étaient terminés, mais non pas l’aile qui s'étend du pavillon de l’Horloge au Musée; et celle qui est parallèle à la Seine était à peine commencée.

Henri 11 continua l’œuvre de son père; termina presque le pavillon du Roi, conduisit jusqu’aux deux tiers l'aile méridionale, et peupla de fines et belles statues la façade orientale, donnant sur la cour d'honneur, ainsi que l’intérieur du palais, qui furent splendidement décorés par les admirables sculptures de Paul Ponce et de Jean Goujon. Mais la mort imprévue de ce monarque devint fatale au Louvre, qui vit suspendre ses travaux, et à la France, qui vit sa propre fortune .livrée au pillage des factions.

Et cependant Catherine de Médicis, quittant les Tournelles, venait s’établir dans ce nouveau palais, dont une moitié se trouvait bâtie, dont l’autre moitié, renfermant

les ailes du nord et de 1 est, n'avait pas même été démolie. Deux époques architecturales, celle du moyen âge et celle de la renaissance, n 'étaient séparées que par la largeur d’une seule cour ! Jamais contraste plus choquant, jamais plus bizarre assemblage !

Malgré ses goiits artistiques rapportés de l'Italie, Catherine s’en accommoda tant bien que mal pendant deux ans;v mais au bout de ce temps, elle résolut de se mettre à l’œuvre pour étendre le Louvre vers la Seine; et elle fit construire le bâtiment qui s’avance vers le quai, formant un angle droit avec la façade méridionale de PiefTe Lescot, dont on modifiait le plan et dont on changeait le périmètres

Une tradition, fondée sur le témoignage suspect de Brantôme, prétend que c'est d’uu balcon dominant le quai, et situé à l’extrémité de la galerie d’Apollon, ou mieux, placé dans les constructions de Catherine, que Charles IX donna d’abord le signal de la Saint-Barthélemy ; puis, qu'il tira des coups d’arquebuse sur les fuyards qui essayaient de se sauver en traversant la Seine.

Quoi qu’il en soit des huguenots tués ou non par Charles IX, il est positif que ce prince faisait vivre des légions d’ouvriers, par les travaux qu’il exécutait au Louvre. Aucun de ses ouvrages n’est parvenu jusqu'à nous, pas même la Cour des marbres, bâtie sur remplacement de l'ancien jeu de paume de Charles V, du côté de Saint- Ciermain-l’Auxcrrois , et que devaient orner de trèsrfines sculptures. S’il est vrai (pie, suivant une autre tradition, Jean Goujon ait été tué, dans le Louvre, son ciseau de sculpteur à la main, le jour de la Saint-Barthélemy, c’est là sans doute qu'il devait travailler.

Henri III passe pour avoir ajouté quelques constructions au palais, mais il n’en reste plus rien, pas plus que de celles de Charles IX, si ce n’est une petite par-

tie de l’aile méridionale qu’on' peut rapporter à cette époque.

« Henri IV, à peine en possession de Paris, forma, dit M. Yitet, le projet de travailler au Louvre. Dès le printemps de 1695, il y mettait les ouvriers. Ce n’était pas qn’il y eût chez lui grand désir d’une installation meilleure. 11 avait su vivre à la dure, et si son palais portait les traces des six années du règne de la Ligue, si Mayenne et ses démocrates amis le lui rendaient eu triste état, c’était encore un assez beau logis.

» Pour sa part, il s’en serait accommodé. Mais la politique voulait qu’il ne laissât pas plus longtemps suspendus des travaux naguère si actifs sous ses divers prédécesseurs, portant un grand préjudice aux artistes et aux artisans de Paris. Henri savait aussi que, dans cette grande ville, toujours ligueuse au fond, même quand elle bat des mains à qni la délivre de la Ligue, il faut qu’un roi soit toujours sur ses gardes et se ménage des issues. 11 savait que son cousin, à la journée des barricades, Serré de près dans ce Louvre, n’avait dû sa liberté qu’aux bons jarrets de son cheval. Son instinct lui disait que ces extrémités, même an milieu des meilleurs règnes, peuvent renaître tout à coup, qu’en conséquence, il fallait prendre de prévoyantes précautions.

» Au lieu de tourner scs vues vers le Louvre luimême et d’achever l’œuvre de Henri 11, en donnant à l’habitation royale son complément naturel et nécessaire, il conçut un tout autre projet : pensée,, grandiose, dont le but apparent n’était que d’embellir Paris et la rive de la Seine, mais qui au fond, devait servir à la sûreté du roi, et partant au salut du royaume.

■> Cette pensée n’est plus visible aujourd’hui, mais on la saisit, pour peu qu’on se rappelle , qu’au point où nous voyons les guichets de la place du Carrousel, la ville fi-

nissait, qu’un rempart et un fossé en défendaient l’approche, et qu’au bord de la rivière, à côté d’une porte, en travers sur le quai, s'élevait une haute tour crénelée, connue depuis Charles V sous le nom de la tour Neuve, et servant pour ainsi dire de pendant sur cette rive de la Seine, à la tour de Nesle, située sur l’autre rive, un peu plus en amont.

» Se ménager à volonté l’usage des deux palais, l’un dans Paris, l’autre en dehors, les mettre en communication prompte et facile, eu franchissant le rempart, non par un souterrain , mais, ce qui revenait au même, par une galerie très élevée au-dessus du sol : tel fut le projet que Henri IV voulut mettre à exécution aussitôt après l’avoir conçu, « afin, nous dit Sauvai, d’étre, par ce » moyen, dehors et dedans la ville quand il lui plairait, » et de ne pas se voir enfermé dans des murailles où # l’honneur et la vie d’Henri 111 avaient presque dépendu » du caprice et de la frénésie d’une populace irritée. »

Ce projet était grandiose et son exécution présentait d’immenses difficultés; car il fallait étendre en longueur les Tuileries, et y ajouter non seulement le pavillon de Flore, mais une coustruction intermédiaire pour le rattacher au pavillon qui termine les bâtiments de Philibert Delorme, avant de commencer la galerie proprement dite.

On a vu, dans notre notice sur les Tuileries, que Henri IV choisit pour son architecte Ducerceau, qui substitua partout l’ordre colossal à l'ordre délicat de son prédécesseur, dont les fines colonnettes disparurent et firent place aux lourds pilastres corinthiens du pavillon de Flore, et de cette partie de la galerie du Louvre qui va de ce pavillon au guichet Lesdiguières. Plus tard, Duccrceau étant tombé en disgrâce, il fut remplacé d’abord par Dupeirac, peintre du roi, ensuite par Thibault llétczeau, qui élevèrent la partie de la galerie s’étendant du guichet du

Carrousel au Musée, et dont le style architectural est si différent de celui de l'autre partie.

Henri IV put voir toute cette grande galerie terminée, et le bâtiment construit par Catherine en retour sur le jardin de l’Infante, à peu près tel que nous pouvons le voir nous-mêmes, c’est-à-dire élevé d’un étage. Toutefois, le Louvre n’était encore, au moment de sa mort, qu'une juxtaposition informe de bâtiments, où les débris d'un vieux château féodal se dressaient à côté des ravissantes constructions de Pierre Lescot, formant le château moderne.

Marie de Médicis laissa les choses en cet état, durant sa régence; mais Richelieu, durant son ministère, commença par démolir la façade du nord et celle de l’est, ayant l’intention d'achever le Louvre. Alors apparut dans toute sa beauté artistique l’œuvre de Pierre Lescot, que Lemercier, architecte du cardinal, voulait conserver avec respect, tout en donnant au monument des proportions bien plus considérables que celles qu’il devait avoir dans , le plan primitif.

A cet effet, Lemercier fit, dans un dessin accepté par le cardinal, toutes les modifications qu’il croyait nécessaires. Elles se bornaient à deux façades parallèles aux premières, renfermant ainsi la cour du palais dans un carré bien régulier. L’entrée principale regardait Saint- . • Germain-l’Auxerrois, et le pavillon de l’Horloge donnait sur le Carrousel.

Louis XIII posa la première pierre de ce pavillon le 28 juin 1624; et quand ce roi mourut, il était entièrement terminé, de même que l’aile de droite; mais celle . du nord ne s’élevait, en hauteur, qu’au premier étage; en longueur, 'qu’au vestibule; c’est-à-dire que le Louvre 5 n’était fait qu’à moitié.

11 appartenait à Louis XIV, ce glorieux représentant de

la monarchie française et Européenne, d’achever, sous son règne, le palais de la royauté; ce fut sans doute sa première pensée, que Louis Devau et François Debay, deux architectes de cette époque, furent chargés de réaliser, en 1660. ,

On modifia encore une fois le plan de Lemercier, en ce qui concernait le pavillon de l’Horloge; on fit disparaître la tour de Charles V, qui s’élevait en face du pont des Arts, bâti depuis, et l’on vit apparaître, à fleur de terre, la façade du Louvre, qui longe la Seine, sur l'emplacement de l’hôtel du connétable de Bourbon, resté désert, sur celui des hôtels d’Auraont, de Créquv, de la Force, de Longueville et de Villequiers.

Alors s’éleva, en regard de Saint-Germain-l’Auxerrois, cette magnifique et splendide colonnade, œuvre, non d’un architecte, mais d’un médecin, Claude Perrault, dont elle immortalise la mémoire. Ces hautes colonnes, d’ordre corinthien, se développent majestueusement le long d’une immense façade, et nous transportent dans un monde idéal, qui semblait inaccessible au monde réel.

La façade a 167 mètres sur 28; la cymaise du fronton se compose de deux pierres uniques de 18 mètres de long sur 2,n,50 de large; le bas-relief du fronton contient quatorze figures de 3 mètres de proportion, représentant Minerve, la Victoire et les Muses rendant hommage à Louis XIV. Au-dessus delà porte principale, on remarque un bas-relief de Cartelier : il figure une Renommée placée sur un char et distribuant des couronnes.

L’intérieur dn vaste bâtiment du Louvre forme un carré parfait, décoré de trois ordres d’architecture superposés, et enrichi de superbes sculptures de Sarrazin, Jean Goujon. Germain Pilon, Iloudon, Boucltardon, Bridan, Coustou , Clodion, etc. La façade, du côté de la rivière, se distingue par une noble simplicité d’un fort bel effet; celle du nord,

sur la rue de Rivoli, est sévère; quant à celle qui donne sur le Carrousel, elle pèche par le pèle-mèle et la divergence de plusieurs styles d’architecture.

Louis XIV vit le commencement de tous ces grands travaux, mais il n’en vit pas la fin; d’ailleurs, le grand mo- . narque, ayant oublié le Louvre, ne songeait qu’à Versailles; aussi, malgré les récentes constructions faites, celles qu'on avait négligé de faire étaient tellement urgentes, que ce palais délaissé allait, encore une fois, tomber en ruines , quand les travaux furent repris en février 1755. L’architecte Gabriel se contenta de terminer à peu près la façade du bord de l’eau et les trois étages que Perrault avait élevés sur la cour, afin que les façades du midi, de l’est et du nord fussent au niveau de sa propre colonnade.

Rien de tout cela n'était achevé quand la révolution française commença. Le Louvre, créé par la monarchie, semblait devoir être détruit par la république; mais la Convention nationale respecta ce palais.

Quelques années après, le premier consul décrétait, à son tour, l'achèvement du Louvre, et sa réunion aux Tuileries. Perrier et Fontaine, architectes célèbres de cette époque, furent chargés d’accomplir cette tâche, aussi difficile que délicate, en 1803, quoiqu’ils Soutinssent, dit M. L. Vitet, que, pour être bien mariés, ces deux palais avaient absolument besoin de faire ménage à part.

A partir de cette époque jusqu’en 1814, on démolit plus qu'on ne construisit. Le gouvernement de la restauration laissa le Louvre dans l’état où il l’avait reçu, au moins a l’extérieur, car Charles X y fit exécuter de précieux travaux de décorations intérieures; créa le musée qui porte son nom , et bâtit deux ou trois nouvelles travées à l’aile septentrionale.

Quant au gouvernement de 1830, tout le monde se souvient qu'il avait provoqué l’achèvement de cette grande

entreprise, qu'il lui fut impossible d’accomplir; enfin, les hommes de Février, après la révolution de 1848, décrétèrent l’achèvement du Louvre, pour que le palais de nos rois devint le palais du peuple. Ce beau projet s’évanouit en quelques jours, et le monument resta ce que les siècles l’avaient fait.

La Constituante décréta, elle aussi, néanmoins, la restauration complète du Louvre, quand le prince Louis- Napoléon eut été élu président de la République. Mais l’exécution, qui en fut confiée à M. Duban, n’obtint pas de très-heureux résultats ; enfin, l’empereur Napoléon 111 , entreprit des travaux bien plus considérables : la réunion du Louvre aux Tuileries fut résolue tout de bon.

Elle se poursuit aujourd’hui avec une rapidité sans exemple, sur les plans donnés par M. Visconti, l'habile architecte que les arts viennent de perdre. Les nouvelles constructions consistent dans une aile à droite de la façade du vieux Louvre et dans une autre à gauche, en laissant le centre ouvert ; et, en outre, dans un corps de bâtiment sur la rue de Rivoli rejoignant les Tuileries.

C’est dans l’aile droite que seront placées les dépendances du palais des Tuileries, des écuries pour quarante chevaux, des remises pour cinquante voitures, un manège de 19 mètres de largeur sur 50 mètres de longueur. Une autre partie du rez-de-chaussée sera affectée spécialement aux expositions annuelles de sculpture des artistes vivants. Un vaste escalier, à l'instar de celui du Palais- Royal, conduira au premier étage, où seront placées les galeries d’exposition des tableaux modernes. Elle communiquera de plain pied avec la galerie du Louvre, où sont les chefs-d’œuvre des maîtres anciens.

Au point central, et dans l’axe du Palais-Royal, s’élèvera une salle destinée à réunir les grands corps de l’État, lorsque l'empereur les convoquera. Cette salle,

richement décorée, aura 20 mètres de largeur sur 60 mètres de longueur; elle comprendra dans sa hauteur * deux étages avec une galerie où seront placés les assistants.

L’aile de gauche, en tout semblable comme décoration extérieure à celle de droite, est consacrée à recevoir les ^ bureaux de deux ministères et l’habitation de deux ministres. Sous le carré du bâtiment taisant face au Palais- Royal, sera ménagé un passage pour les voitures et lés piétons qui entreront par la place du Palais-Royal.

La place Louis-Napoléon occupera tout l’espace compris entre les deux ailes, et fera face d’un côté au vieux Louvre, de l’autre à l'arc de triomphe du Carrousel. Au milieu de cette place seront deux squares, ornés : l'un de la statue de Napoléon l,r, l’autre de celle de Louis XIV.

Des arbres, des eaux jaillissantes, des groupes de sculpture contribueront à la décoration de ces squares, qui seront éclairés par des candélabres. Sous les portiques encadrant la place, des statues de marbre seront élevées aux hommes qui ont le plus illustré la France. La façade du vieux Louvre, du côté de la nouvelle place, sera mise, par une riche ornementation, en harmonie avec les ailes qui l’accompagnent.

L’ensemble du Louvre et des Tuileries, y compris les jardins, occupera une superficie de 436,280 mètres depuis la place de la Concorde jusqu’à la place Saint-Germainl’Auxerrois. Ce sera le plus vaste et le plus magnifique palais, non-seulement de l’Europe, mais du monde entier, M. Théophile Gautier a fait paraître sur le nouveau Louvre une notice trop remarquable, pour que nous ne la reproduisions pas presque entièrement dans notre Guide : . ■ ■ ■> :

« Derrière l’immense enchevêtrement d’échafaudages dont la complication et la hauteur font penser à une

Babel réussie, dit-il, le nouveau Louvre s'élève avec une rapidité qui tient de l’enchantement. Déjà, à travers les poutres et les escaliers montés et descendus par un peuple de travailleurs, on devine vaguement les profils du gigantesque édifice, plus grand que les palais tant vantés de Ninive, de Palmyre et de Rome.

» Ce qui semblait impossible s'accomplit sous l’impulsion toute-puissante d’une volonté suprême : l’encre de Chine est à peine séchée sur le plan de l’architecte, que les pierres se taillent, se mettent en place et réalisent un rêve que l’on a regardé longtemps comme chimérique, à moins de consacrer des siècles à son exécution. Uncoin du nouveau Louvre est fini !

» Là commence le Louvre de Napoléon 111, comme au pavillon de Lesdiguières finit le Louvre de Henri 11. Une autre architecture succède aux frontons alternativement cintrés et triangulaires de Louis X1Y. On n’a pas cherché à adoucir la transition, mais plutôt à la faire oublier par un contraste brusque qui occupe et distrait l’œil. Une raison de parallélisme motivait d'ailleurs ce pavillon dont le pendant se trouve de l'autre côté de la place, à une assez grande distance, toutefois, pour qu’il suffise de la symétrie générale sans reproduction identique des détails. ...

» La variété dans l’unité est le caractère . de toute bonne architecture. Le promeneur dont le regard quête sur la ligne opposée des toits du Louvre un équivalent de l’élégant clocheton du pavillon Lesdiguières est satisfait, et s’il s’approche, il n’a pas l’ennui de rencontrer une contre-partie et en quelque sorte un surmoulage d’un objet déjà vu.

» Un comble écimé, surmonté d’un clocheton à jour, côtoyé de deux cheminées monumentales, historié d’une N couronnée et dorée, coi fie le pavillon, rompt beureu-

sement la ligne horizontale du toit, et, sur son autre { face, fait perspective au bout de la rue de Richelieu.

» Dans le fronton sont couchées, affrontées à l’écusson de l’Empire, deux statues allégoriques ailées, représentant l'Intelligence et le Travail, dont l’une déroule le plan du Louvre, et l’autre tient une corne d’abondance. Auprès des deux figures sont placés divers attributs relatifs à l’architecture et à la sculpture, tels que ciseaux, maillets, équerres et aplombs.

» Plus bas, en dehors du groupe, assise dans ses ailes sur la volute d’un œil-de-bœuf qui coupe en deux le fronton de l’étage inférieur, une autre statue, d’un aspect noble et tranquille, s’appuie sur un sceptre et forme, avec les deux figures supérieures, une sorte de trinité sculpturale i c’est la France. 1

» Le mur où elle s’adosse est semé dW et d’abeilles d’or. Les chapiteaux composites des colonnes et des zones d’arabesques qui marquent les étages répètent, parmi les acanthes et les entrelacements, le chiffre impérial, motif heureux habilement imité de la façade du bord de l’eau,

où VU s’entremêle aux inépuisables fantaisies de la plus . délicate ornementation. v

>fNapol éon 111 signe cette page du Louvre comme Henri 11 avait signé l’autre. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que le glorieux monogramme s’inscrit sur le monument.

» Trois ordres surperposés s’appliquent à la façade : le premier, de piliers toscans à bossage en pointe de diamants; le second, de piliers corinthiens cannelés; le troisième, de colonnes composites. Au-dessus de l’arcade de la baie qui mène de la place du Carrousel à la rue Ri- , chelieu, une tablette de marbre noir porte, écrits en lettres d’or, ces mots : Pavillon de Rohan.

» Un balcon de serrurerie capricieusement ouvragée.

corn DI' LOUVRE.

que Biscoruette ne désavouerait pas, fègne devant la fenêtre somptueusement encadrée du premier étage '# Dans les tympans de l'arcade s’arrangent gracieusement deux nymphes. Victoires ou Renommées, d’une élégance qui rappelle Jean Goujon; des guirlandes de fleurs et de fruits , des trophées , des groupes de petits génies, profitant de chaque espace vide, complètent un ensemble de décoration auquel l’on pourrait peut-être reprocher un peu trop de richesse, si l’intention de l’architecte et des artistes n’avait été de faire un bijou de ce morceau qui devait être découvert le premier.

» Quatre mois ont suffi pour bâtir, sculpter et ciseler ce délicieux pavillon, et, certes, la précipitation ne s’y fait sentir nulle part; le défaut serait plutôt l’extrême fini.

» Les trois statues du fronton, dues au ciseau de M. Dieboldt, ont la sérénité douce et gracieuse qui caractérise le talent de cet artiste. Leurs poses nobles et naturelles s’accommodent sans effort aux exigences de l'architecture. Elles sont à la fois vraies et décoratives, qualités difficiles à réunir.

» M. Dieboldt a fait aussi deux groupes d’enfants et d’attributs. Les figures des tympans de l’arcade du rezde-chaussée, de M. Poitevin, sont très-jolies; si le Temps avait passé son pouce dessus et les avait dorées de sa rouille, elles s’encastreraient aisément dans quelque portail de la Renaissance. *

# Maintenant, pourquoi ne nommerions-nous pas les ornemanistes qui ont exécuté ces fines arabesques, ces chapiteaux délicatement fouillés, ces guirlandes de fruits, ces groupes d’enfants? >

il y a quelques jours, devant la merveilleuse façade en ruine du palais d’Otlion Henri, à Heidelberg, nous cherchions en vain les noms des artistes inconnus qui ont

élevé ce rêve de fée qui semble aujourd'hui, au milieu des nappes de lierre et des touffes de fleurs sauvages, une création spontanée de la solitude, et nous regrettions de ne pouvoir suspendre notre admiration à quelque mémoire humble ou illustre.

» Aussi dirons-nous que les sculptures d'ornement de l'ordre du premier étage ont été faites par AI. Knecht, celles de l’ordre composite du second étage par AI. Hurpin; que MM. Désiré Hayon et Chamhard ont sculpté les trophées et les panoplies, et MM. Carpaux et Gruyère les deux groupes d’enfants représentant, l’un la Navigation, l’autre l’Agriculture.

» L’aspect du pavillon est gai, riche, heureux. Sa blancheur charme et surprend. L’on n'est pas accoutumé à voir des chefs-d’œuvre neufs, et l’on ne réfléchit pas que les monuments admirés n’ont pas toujours eu la brune patine des siècles.

» Puisque nous voilà sur la place du Carrousel, essayons de deviner, à travers la forêt touffue des échafaudages. quelle sera la forme de la construction achevée. Dès à présent on peut le comprendre, tellement les travaux ont été menés avec activité.

» M. Visconti, saisi par la mort au début de ce gigantesque travail, le plus grand dont un arclütecte ait été chargé, n'a eu que le temps de tracer le plan d ensemble, d’assurer les lignes générales.

» A lui l’honneur de la conception première; à M. Lefuel, son continuateur, le mérite des améliorations successives amenées par une élude approfondie, l’appropriation plus exacte des parties de l'édifice à leurs futurs emplois, l’invention perpétuelle des détails, le choix judicieux des ornements, toute une création dans la créa- ' tion même de Yisconti !

« Le terrain sur lequel ont été bâtis à plusieurs re*

prises et à diverses époques les différents tronçons du Louvre, qu'il s'agit de relier ensemble et de rattacher aux Tuileries, offre de sensibles différences de niveau dont les anciens constructeurs, insoucieux de l’effet général, ne se sont pas préoccupés.

» J1 fallait à tout prix atténuer et masquer ces inégalités fâcheuses. C’est co qu'on a fait avec beaucoup d'art en rompant les lignes architecturales et en divisant le terrain en grandes portions planes ou déclives.

» Ainsi, des Tuileries aux pavillons Rohan et Lesdiguières ou, pour parler plus exactement, jusqu’aux angles des bâtiments encore enveloppés de charpentes qui font saillie sur les espaces vagues autrefois occupés par les rues du Doyenné, des Orties, de l'hôtel de Nantes et la rue de Rohan, le terrain descendra par une pente régulière et parfaitement de plein jalon, puis s’aplanira entre les nouvelles constructions pour se relever du côté du vieux Louvre, qui fait face à Tare de triomphe du Carrousel.

» L’espace vide sera rempli par deux squares entourés de grilles soutenues par des Hermès sculptés, et contenant chacun, au milieu de feuillages et de verdures, une statue équestre , l’une de Louis X1Y , l'autre de Napoléon 1".

» Une voie pour les piétons et les voitures, et traversant les deux pavillons centraux, les séparera. Vus du Carrousel, ces squares ne sembleront former qu’une seule masse verte. Ce sera pour l’œil un repos, pour l’architecture un repoussoir favorable, et aussi on moyen de dissimuler les défauts du parallélisme.

» Quelques arbres mêlés aux monuments en varient heureusement les lignes., et l’on a pu remarquer l’effet pittoresque que produisent, de l’autre côté de la rivière, les peupliers et les saules des bains Yigier, sur l’aile du

Louvre qui aboutit au pavillon de Flore. Cette place s'appellera la place Napoléon III.

» Les bâtiments qui doivent l’entourer sont déjà montés jusqu’aux combles et dans un état d’exécution assez avancé pour juger de l’aspect qu’ils présenteront.

» Six pavillons, d’un style analogue à celui du pavillon central de la cour de l’ancien Louvre, trois à droite, trois à gauche , sont reliés entre eux par des corps de bâtiment d’une architecture imitée de la façade extérieure de cette même cour, qu’on apercevra au fond , au delà des squares. Des surfaces tranquilles et sobres d’ornements , ménagées sur les parois, laissent leur valeur à la richesse de la corniche et à la sculpture des pavillons.

» Une galerie formant terrasse de plain-pied avec le premier étage , et soutenues par des colonnes corinthiennes, règne tout autour de la place en passant à travers le rez-de-chaussée des pavillons depuis l’aile de la rue de Rivoli jusqu’à l’aile du bord de l’eau. Sous ses arcades, les promeneurs ou les passants pourront s’abriter de la pluie et du soleil, et, par les temps les plus mauvais, franchir ce vaste espace à pied sec.

» Cette galerie ou ce portique , car c’est plutôt son nom, n’a d’égal comme grandeur que la colonnade du Bernin, autour de la place de Saint-Pierre de Rome. 11 s’applique en saillie aux façades intermédiaires de six pavillons, et soutient, par sa projection bien accusée, des lignes qui, sans cela, eussent pu paraître pauvres.

« Au-dessus du chapiteau de chaque colonne s’élève une console à demi engagée dans la balustrade et destinée à servir de socle à la statue de quelque homme illustre ou utile, ce qui fera une sorte de panatbénée des gloires de la France. Cette splendide décoration aura pour fond les parties les moins ornées de l’architecture, côm-

binaison heureuse qui évite à la fois la nudité et la surcharge..

» Les deux pavillons faisant symétrie avec celui du vieux Louvre seront ornés à leur étage supérieur de quatre groupes couplés de cariatides colossales soutenant un fronton sculpté. Leurs combles s’arrondiront en dôme à quatre pans, tandis que les toits des autres se couperont à angles droits.

» Une galerie à balustrade, entrecoupée de trophées et de groupes, régnera tout autour et formera la ligne extrême des corps de bâtiment. Les toits en retraite et les cheminées ne devront guère s’apercevoir d’en bas.

» Tout le côté qui s'appuie à la galerie de tableaux du Louvre sera terminé le 15 mai 1855 et prêt pour le grand jour de l’exposition universelle. Les salles livreront leurs parois monumentales aux artistes de toutes les nations.

» Déjà M. Simart modèle le fronton du pavillon central ; MM. Ottin, Bryan, Robert et Jacquot sculptent chacun un groupe des cariatides qui doivent supporter ce riche entablement. Quatre-vingt-dix-sept sculpteurs-statuaires travaillent sans relâche -, trois cents ornemanistes fouillent , brodent et cisèlent la pierre qu’apportent, élèvent et mettent en place trois mille six cents ouvriers.

» Cette même partie contiendra, outre les salles pour l’exposition de peinture et de sculpture, la salle des états, des logements d’officiers de la couronne, un manège, des écuries et autres dépendances.

» L’autre partie sera occupée par le ministère d’État, le ministère de l'intérieur, la bibliothèque du Louvre reportée de l’endroit où elle est maintenant au pavillon central, dont le second étage sera consacré, d’après la bienveillante volonté de l’Empereur, à une exposition perpétuelle de tableaux et d’objets d’art, ayant pour but d’en

faciliter la vente et de mettre le public et les artistes en contact.

» En écrivant cet article, nous songions à la longue liste de rois qui ont mis la main à ce Louvre interminable que nous verrons fini : François 1er, Henri II, Henri III, Catherine de Médicis, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon 1*', Louis XVIII et Charles X s'y succèdent, avec Pierre Lescot, Ducerceau, Cambiche, Dupérac, Lemercier, Lebrun, Levau, Claude Perrault, MM. Percier et Fontaine, toute une dynastie de talents, et nous nous disions avec ^ orgueil qu'un seul règne le terminerait. »

Page 1