PARIS ET SES AGRANDISSEMENTS
L’époque de la fondation de Paris nous est inconnue ; mais nous savons que le génie symbolique des temps primitifs plane sur le berceau de Lutèce, comme sur celui de toutes les villes fatidiques de l’antiquité.
Un historien, M. Francis Lacombe, s’est plu de nos jours à prouver que les symboles forment les titres primordiaux de l’histoire de Paris.
« Ces titres , dit-il , ne nous apprennent pas l'époque où Lutèce a été fondée ; mais ils nous donnent la signification primitive de cette cité, bâtie sans doute par une colonie égyptienne, qui apporta sur les bords de la Seine toutes les traditions orientales. En effet, comme les villes d’Égypte, Paris commença par n’ètre qu’une ligne étroite paris. a
de huttes de roseaux, confusément construites au milieu d’un marais insalubre, pour servir d'abri à de pauvres pêcheurs. Peu à peu, l’ordre et la régularité Sortirent de cette confusion, après le défrichement du sol et le dessèchement des eaux stagnantes, ainsi que cela avait eu lieu primitivement sur les bords du Nil. Enfin, Lutèce, ainsi que Memphis, adorait la déesse universelle.
» Il nous semble donc impossible de ne point reconnaître les liens de parenté qui unissent les Parisiens aux anciens peuples de la haute Égypte. Leur consanguinité a, pour nous, toute la puissance d’un fait irrévocable, puisqu’en l’admettant nous nous expliquons l’origine de notre capitale, sa religion, le vaisseau emblématique dont on a formé le blason et le nom même de Paris, résultat d’une de ces déductions philosophiques qui sont propres au génie de l’antiquité.
» Lutèce, bâtie au milieu de la Seine, dans lï/e des Corbeaux, ne put se développer que lorsque ses habitants eurent conquis le sol riverain par leur industrie. Aussi se livrèrent-ils à la navigation et consacrèrent-ils leurs propriétés, ou mieux leurs établissements, à Isis, reine des fleuves et des mers, dont le symbole était un vaisseau. Ce vaisseau, appelé Barisis ou Parisis, selon la prononciation des peuples gaulois du Nord, — Paris est le diminutif de Parisis, qui signifie textuellement vaisseau d’Isis, — donna son nom aux insulaires, qui adoptèrent la discipline des cités égyptiennes (1). »
Le même historien pense que Lutèce fut sans doute fondée, lorsque le mouvement progressif de l’Égypte, communiqué par l’esprit des migrations humaines, vint à s’arrêter, de même que le mouvement de l’Égypte commença lorsque celui de l’Inde eut fini sa progression. Quoi qu’il
(i) Histoire de la bourgeoisie de Paris , t. ï,r, p. 2 et 3.
en soit, les nations qui peuplaient les Gaules n'avaient pas encore adopté le nom de leurs cités, que le mot Ports était déjà employé comme épithète de Lutèce.
A l’époque de l’invasion romaine, la ville des Parisis était déjà une place forte. Ses habitants , livrés à la navigation , avaient établi des relations commerciales avec les tribus qui occupaient les bords de la Marne, de la Seine, de l’Aisne et de l’Oise, 53 ans avant l’ère chrétienne.
« César convoqua une assemblée des nations gauloises à Lutèce, ville ( oppidum ) des Parisis, petit peuple allié aux Sénonais. » Tels sont les premiers mots que prononce l’histoire sur la bourgade obscure, qui est devenue le splendide Paris.
Les Parisiens, supportant le joug des Romains avec un morne désespoir , résolurent de s’en affranchir. Ayant groupé tous les peuples du Nord autour de leur drapeau, ils marchèrent, sous la conduite de Canxulogène, émule du fameux Vercingétorix d'an 52 avant J.-C.), contre Labiénus, lieutenant de César, qui menaçait Lutèce avec quatre légions. Les Romains tournèrent le camp des Parisiens en passant la Seine devant les hauteurs de Nimio (Chaillot).
Alors s’engagea dans la plaine, où est aujourd’hui le village de Grenelle , un combat aussi glorieux que funeste pour les Parisis. « On ne vit pas, dit César, un seul Gaulois abandonner son poste; tous furent enveloppés et tués avec le vieux Camulogène, leur chef. » — C’est la première bataille de Paris.
Pendant que l’armée gauloise trouvait la mort sur ce champ funèbre, les Parisis incendiaient leur ville; et le prêteur romain dut la rebâtir. Loin de se laisser décourager par ce revers, les peuples vaincus voulurent continuer leur lutte fatale contre le vainqueur. Aussi les Parisis fournirent-ils un contingent de huit mille hommes à l’armée gauloise qui allait secourir la ville d’Alise, et ne déposè-
rent-ils le glaive que lorsque tout eut plié devant la fortune de César.
Lutèce occupait l’ile de la Seine que nous nommons la Cité, depuis l’emplacement de l'ancien archevêché jusqu’à la rue de Harlav. Figurez-vous cet espace rempli de maisons disposées irrégulièrement, construites eu bois et en terre, couvertes de paille on de roseaux; deux ponts de bois, placés où nous voyons actuellement le Petit-Pont et le pont au Change, joignaient la ville aux deux bords du fleuve; un vaste marais à l’extérieur; plus loin, des collines couvertes de bois, comme pour couronner Lutèce, et vous aurez le Paris gaulois tout entier.