PALAIS DES THERMES ET HOTEL DE CXUNV
[Rue* de la Harpe et des MathuriuvSaint-JacqnesJ
L'histoire du palais des Thermes et celle de Yhâtel de Cluny sont tellement liées l’une à l’autre, que nous avons dû ne pas séparer ces deux monuments, puisque les faits les ont en quelque sorte réunis.
Le palais de* Thermes, dont quelques restes subsistent encore, occupait, il y a près de quatorze siècles, tout l’espace compris, d’un côté, entre la rue du Foin et la place de la Sorbonne; et, de l’autre, entre les rues de la Harpe et Saint-Jacques. Ses vastes jardins s’étendaient depuis le mont Lucotitius (montagne Sainte-Geneviève) jusqu’à Saint- Germain-des-Prés, et descendaient jusque sur les bords de la Seine.
Il ne reste plus aujourd’hui, de cet immense édifice , que deux salles contiguës, 4’nne architecture très simple, dont la première a JO mètres de longueur, sur 6 mètres de largeur; la seconde 20 mètres sur 14; leur hauteur est de 13 mètres. Elles* servaient probablement de frigidaria, c’est-à-dire de salles de bains froids.
À 3 et 5 mètres au-dessous du sol de l’édifice on trouve deux étages de souterrains.
Les voûtes de ces salles étaient encore couvertes, il y a quelques années, d'une épaisse couche de terre, où des plantes, apportées sans doute en germe par les vents, avaient poussé de profondes racines, et formaient naturellement une espèce de jardin suspendu, qui ajoutait à l'effet pittoresque do ces ruines. Mais ce jardin a disparu depuis; on l’a remplacé par une toiture protectrice destinée à défendre ces ‘ antiques débris contre l’intempérie des saisons et les ravages du temps.
Si, dans l’état de délabrement oii il se trouve, ce palais ne présente; sous le rapport architectural , rien .de bien remarquable, en revanche, il est peu de monuments qui rappellent des souvenirs plus intéressants.
Quelques auteurs en ont faussement attribué la construction à Julien, Suivant l’opinion la plus probable, il fut bâti vers le commencement du iv* siècle par Constance Chlore, qui gouverna les Gaules pendant quatorze ans. Ce qu’il y a de certain, c’est que le palais des Thermes existait sons Julien. On sait positivement qu’il l’habita en 357, et qu’il y fut proclamé Auguste par ses soldats en 360.
Les empereurs Valentinien et Valons y séjournèrent pendant l’hiver de l’année 365. Ce palais fut également habité par Gratien, par Maxime et par plusieurs Césars, préfets du prétoire et gouverneurs romains. 11 devint ensuite la résidence de quelques rois de France, qui, sous la première race, en préférèrent le séjour à celui du palais de la Cité.
C’est là aussi que les rois Childebert et Clotaire vinrent enlever à Clotilde ses petits-lils, leurs propres neveux ( pour les faire égorger dans le palais de la Cité.
Les Normands, qui, remontant la Seine, étaient veuus assiéger Taris, saccagèrent le magnifique palais des Thermes. Et, vers la lin de la deuxième race de nos rois, ses , jardins et appartements inhabités ne servaient plus d’asile qu’au brigandage des voleurs ou au libertinage.
En 1218, Simon de Poissy était propriétaire de ce vieux palais.
Philippe-Auguste le donna plus tard à Henri, son chambellan, pour 12 deniers parisis , en considération de ses services. Les bâtiments morcelés passèrent bientôt entre les mains de plusieurs personnes. Sous Philippe de Valois, vers l’an 1334,. Pierre de Chaslus, abbé de Cluny,
en acheta une partie, à laquelle il donna le nom de matson ou hôtel de Cluny. 1
Jean de Bourbon, abbé du même ordre, évêque du Puy et fils naturel de Jean, duc de Bourbon, entreprit de rebâtir cet hôtel; mais il mourut avant d’avoir accompli son dessein. Après lui, Jacques d’Àmboise , aussi abbé de Cluny, et neveu du célèbre ministre, le reprit et le termina en 1505, sous Louis XII. Marie d;Angleterre, troisième femme de ce monarque, s’y retira après la mort dn roi; et c’est là quelle épousa Charles Brandon, duc de Suffolk. • • . -
Sous le règne de Henri III, des comédiens s'établirent à l’hôtel de Cluny. Leurs représentations, dont le prix était fixé à quatre sols, attiraient une si grande affluence, que, s’il faut en croire l’Estoile, les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n’avoienl pas tous ensemble autant d’auditeurs quand ils jrreschoicrtt. Ces comédiens furent chassés en 1584; et l’hôtel servit de résidence au cardinal Charles de Lorraine, puis à divers nonces du pape.
Le 28 mai 1625, sous Louis XIII , l’abbesse de Port- - , Boval, Jacqueline-Marie-Angélique Arnaud, sœur du grand Arnaud, s’établit avec ses religieuses dans cet hôtel, où elles demeurèrent jusqu'à l’achèvement du monastère que l’on construisait pour elles rue de la Rourbe.
Néanmoins, l’hôtel de Cluny appartenait toujours aux abbés de cet ordre. Le dernier d’entre eus, le cardinal
.. de la Rochefoucauld, en fut exproprié en 1792. Pendant la Révolution, il a servi d’observatoire aux astronomes Delisle, Lalande et Messier. . ,
Quant à l’architecture, cet hôtel ofl’re l'assemblage du style gothique et de celui de la renaissance, comme la plupart des monuments des premières années du siècle. Quelques parties en sont remarquables par la légèreté, la coquetterie de la sculpture de cette époque.
ARC DR TRIOMPIIR DR I/ÉTOUK.
Chaque fenêtre est ornée d’un dessin différent, mais toutes offrent un travail également précieux. La tourelle élevée au milieu de la première cour est d’un style élégant et pittoresque. Il régnait jadis au-dessus du premier étage une galerie de pierre sculptée à jour. Comme elle se dégradait, l’on fut obligé de boucher les évidements, ce qui fit perdre à l’édifice^ une partie de son caractère.
La chapelle, située sur le jardin, est un chef-d’œuvre de délicatesse et de légèreté. Peu de monuments sont aussi bien conservés. . . .•
L’hôtel de Cluny a été acheté par l’État de M. Dusommerard, célèbre antiquaire, qui en avait fait un véritable musée du moyen âge. Cette précieuse collection est devenue le musée des Antiquités françaises. (Voyez Musées.)