PARIS SOUS LA PREMIERE RACE
Les accroissements de Paris, sons la première race, ne peuvent être déterminés avec précision. Après une grande inondation qui eut lieu en 583, vinrent un grand nombre d’incendies dont ses constructions de bois expliquent la fréquence; et puis des guerres désastreuses achevèrent ce que ‘le feu et l’eau avaient épargné. De sorte que l’œuvre créatrice d’une population active et déjà industrieuse était sans cesse à recommencer.
Grégoire de Tours décrit longuement un des incendies qui sema la terreur dans Paris. Une femme parcourait les rues de cette ville en jetant ces paroles sinistres : Sauvezvous ! La cité est sur le point d’étre consumée par le feu. Mais les Parisiens se prirent à rire de cette prédiction effrayante. La femme redouble ses avertissements. Elle déclare avoir vu en songe un homme éclatant de lumière sortir de la basilique de Saint-Vincent, agiter une torche entre ses mains, et incendier, les unes après les autres, toutes les maisons des marchands. Ne l’écoutez point, disent encore les Parisiens, c’est une sorcière.
Trois jours après, le feu ayant éclaté dans la maison d’un commerçant, à l’exception de l’église et d’un petit nombre d’habitations qui en dépendaient, toute la ville fut réduite en cendres.
La construction de nombreuses églises changea complètement l’aspect de la ville de Julien. — Dans la Cité, ceinte de murailles, on voyait, durant cette période, la cathédrale primitive, sous le vocable de saint Étienne; et la seconde cathédrale, élevée vers 522, par Childebert l»r, près de la première, et dédiée à Notre-Dame ; le palais épiscopal, ou plutôt la maison de l’évèque, située près
de leglise Saint-Étienne, sur l'emplacement qu'a occupé de nos jours la première cour de l’archevêché ; l'hôpital Saint-Christophe ou Hôtel-Dieu, fondé par Landry, au lieu où il est encore aujourd'hui ; la chapelle Saint-Christophe, à l’angle de la rue de ce nom et du parvis Notre-Dame ; l’oratoire de Sainte-Crcscence , près de Saint-Étienne ; la chapelle baptismale de Saint-Jean-Baptiste, connue depuis sous le nom de Saint-Germain-le-Vieux , rue du Marché- Neuf.
Deux autres églises s’élevaient autour de Notre-Dame : Saint- Jean -le -Rond , chapelle baptismale près de la tour septentrionale, et Saint-I)enis-du-Pas , au chevet de la cathédrale. L’abbaye de Saint-Martial, fondée par saint Éloi ; Saint-Denis-de-la-Chartre ; la chapelle Sainte-Catherine, remplacée plus tard par celle de Saint-Svmphoriende-la-Chartre , complètent celte longue énumération des églises de la Cité pendant notre première époque monarchique.
A l’extrémité occidentale de l’ile, on remarquait le palais destiné, sous les Romains, aux autorités municipales, et destiné plus tard aux rois. Une vaste place de commerce, dont le Marché-Neuf parait être un reste, séparait le palais de l’église métropolitaine. La voie qui conduisait du Petit-Pont au Grand-Pont, aujourd’hui le pont au Change, traversait' obliquement la Cité, en longeant les rues du Marclié-Palu, de la Calandre et de la Barillerie.
La ville ne pouvait s’étendre, ni d’un côté ni de l’autre, sans jeter, sur les monts et sur les plaines voisines, de grandes basiliques ou d’humbles chapelles autour desquelles devaient se former les rues, les quartiers, leâ faubourgs modernes. Aussi la rive gauche vit-elle s’élever ces basiliques de Sainte-Geneviève et de Saint-Vincent ou Saint- Germain-des-Prés , fondée par Childebert 1"; de même
que les petites églises de Saint-Julien-le-Pauvrc, deSaint- Bacche, depuis Saint-Benoit, et de Saint-Sévërin; et sur la rive droite , Saint-Germain-l’Àuxerrois , bâtie par Chilpéric 1er, Saint-Martin-des-Champs , Saint-Laurent , Saint- Paul , Saint-Gervais et la chapelle Saint-Pierre , depuis Saint-Merry.
On voit dars les Gestes de Dagobert, qu’il existait une porte de Paris sur la voie qui forme aujourd’hui la rue Saint-Martin, comme si un mur d’enceinte eût entouré dès lors les faubourgs de la ville. Quoiqu’il en soit de cette enceinte et de cette porte , elles n’étaient pas sans doute d’une construction bien solide, puisqu'elles n’empêchèrent ni les fréquentes inondations de la Seine, ni les invasions formidables des Normands pendant la période suivante.