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Op. cil, — 2. V. de Vogué, op. cit

226 Voyage III. Bethléem

L'aulhenticité de ces tombeaux est garantie par des documents irrécusables. Saint Jérôme nous apprend que « Paule lut ensevelie sous l'église et près de la grotte du Seigneur. » Il fit placer deux épitaphes en vers, l'une sur la pierre lumulaire, l'autre sur la chambre sépulcrale. Celte dernière contenait ces mots : « Vois-tu ce sépulcre étroit et taillé dans le roc? C'est la demeure de Paule, qui habite dans le royaume des cieux. » (Epit. S. P.) Deux anciennes biographies de saint Jérôme, l'une et l'autre anonymes, racontent que de son vivant le saint docteur avait fait creuser son tombeau « près du sépulcre des deux saintes, à l'entrée de la crypte de la Nativité et près de la cellule où il avait passé de longues années dans l'étude et la prière. » Le Pèlerin de Plaisance s'exprime à ce sujet presque dans les mômes termes.

Ces tombeaux sont vides, et deux autels en occupent l'emplacement. Les restes précieux de saint Jérôme ont été transportés à Rome dans la basilique de Sainle-Marie-Majeure. Quant aux cendres de l'illustre matrone romaine et de sa fille, déjà Quaresraius remarque qu'on ignore ce qu'elles sont devenues.

Chapelle de Saint-Jérôme f (14). C'est une cavité rocheuse régularisée par des murs. Elle mesure 6 m. de largeur sur 4 de longueur et est éclairée par une fenêtre qui donne dans le clotlre latin. Un escalier de 18 marches (5) la faisait communiquer au xir s. avec le cloître ; mais il a été muré, lorsqu'on perça le rocher pour relier l'oratoire avec les grottes que nous venons de parcourir. C'est là, d'après une tradition ancienne, la cellule d'où sortirent ces vastes commentaires sur les Ecritures saintes, et celte fameuse version de la Bible appelée la Vulgale. C'est dans cette retraite que l'illustre Père de l'Eglise rédigea ces retentissantes controverses, ces léfutalions véhémentes de toutes les erreurs de l'époque. Là il lutta jusqu'à l'âge de 88 ans contre Jovien, Vigilance, Pelage, les Origénisles et d'autres, les accablant tous par la force de sa logique et la richesse de ses textes. Comme si tant de travaux ne suffisaient pas, l'intrépide écrivain accepta en 395 l'administration de la paroisse de Bethléem, sur les instances de Jean, évoque de Jérusalem.

Eglise paroissiale de Sainte-Catherine f (h)* En retournant sur ses pas, on rencontre un escalier de 23 marches (16), qui monte dans l'église Sainte-Catherine d'Alexandrie. L'ancienne église, restaurée par les Franciscains en Uj72, s'ouvrait directement sur le cloître (i) qui lui servait d'atrium et qui dans son élat actuel remonte -au xii« s. Comme elle demandait une sérieuse restauration et qu'elle était devenue trop petite pour contenir la population catholique qui dépasse 5.000 âmes, on a construit récemment, à la même place, une église à trois nefs. Elle n'est séparée de la basilique que par un mur. On y voit plusieurs bons tableaux.

Quaresmius s'est déjà posé la question de savoir pourquoi cette éj^lise est dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie? « Les uns, dit-il, prétendent que là sainte Catherine a été fiancée au Christ, qui lui était apparu et lui avait passé au doigt l'anneau nuptial, lorsqu'elle visitait les sanc-

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uaires de la Palestine. » Le célèbre Franciscain trouve cette opinion peu probable; «en tout cas, ajoute-t-il, elle ne repose que sur une simple conjecture. » Il penche plutôt à croire que la dévotion particulière des fondateurs pour la vierge d'Alexandrie les a engagés à placer l'église sous son vocable, et incline volontiers à y voir l'œuvre de sainte Paule.

Saint Jérôme confirme indirectement l'opinion de Quaresmius. Après avoir dit que sainte Paule fonda (au S. de la basilique), un monastère d'hommes, dont elle avait confié la direction à des hommes, il continue : ( Elle rassembla de diverses provinces un certain nombre ds vierges, les unes nobles, les autres de classe moyenne, d'autres enfin d'une basse extraction, et les partagea en trois groupes et en trois monastères, de sorte que, séparées pour le travail et la nourriture, elles se réunissaient ponr la psalmodie et l'oraison (le jour comme la nuit)... Le dimanche, elles se rendaient proeessionnellcment à l'église (de la Nativité), à côté de laquelle elles habitaient. » (Ep. CXIII.) La première catégorie de ces pieuses femmes avaient renoncé aux splendeurs que leur noblesse et leur fortune leur offraient dans le monde, non seulement pour prier dans la retraite, mais encore, comme saint Jérôme nous l'apprend, « pour s'appliquer à l'étude des saintes Ecrilures. » Or, qui pouvait mieux leur servir de modèle et de patronne que la vierge d'Alexandrie, laquelle, au dired'Eusèbe de Césarée, élait noble, riche et d'une rare érudition ; cette vierge qui osa reprocher à l'empereur Maximin (235-238) son ignoble brutalité envers les femmes honnêtes d'Alexandrie, et qui mérita par là, suivant le môme historien, d'être dépouillée de ses biens et envoyée en exil? Le couvent des Pères Franciscains occupe celui de sainte Paule et, selon toute vraisemblance, là où ils se réunissent pour chanter l'Otlice divin, des vierges, plus illustres encore par leurs vertus que par leur noblesse, offraient à Dieu les mêmes prières dès le iv* s.

Au couvent des Arméniens, on montrait autrefois une belle salle appelée Ecole ou Bibliothèque de saint Jérftine. Mais au siècle dernier, elle fut étrangement défigurée. Vers le milieu de sa hauteur, elle fut divisée par un plancher en deux étages, et les anciennes colonnes de marbre ont été enclavées dans de lourds piliers. De là, en effet, saint Jérôme « avait tous les jours Thécoa sous les yeux », comme lui-même nous l'apprend.

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