I. — Région d*Etam
La vallée, qui de Qataât el Bourak descend vers l'orient à Ourtâs, renferme à sa naissance une construction souterraine, où coule une source remarquable par la qualité et la quantité de ses eaux. Puis, viennent trois immenses réservoirs et tout nn réseau d'anciens aqueducs. Au sommet d'une colline de forme conique, des ruines importantes marquent l'emplacement d'une antique localité. Do là, vers l'E., le fond de la vallée n'est qu'un long jardin, dont la végétation luxuriante contraste avec l'aridité des montagnes qui l'enserrent et paraissent le fermer de toutes parts. C'est la région d'Etam qui, d'après Josèphe, le représentant de l'antique tradition du peuple juif, servait de
238 Voyage V région d*étam De Bethléem
but à la promenade favorite du roi Salomon. « Escorté de ses gardes armés et munis d'arcs, écrit-il, Salomon, monté lui-même sur un char et revêtu d'un manteau blanc, avait coutume, à l'aube naissante, de sortir de Jérusalem. Or il y avait une région éloignée de deux schènes (Il km.) et appelée Etam. Grâce à ses jardins et à l'abondance des eaux courantes, ce lieu était à la fois plein de charme et de fertilité. C'est là que Salomon se faisait transportera » Le Tamuld'^^ fait également remonter à ce grand monarque la création des premières oeuvres hydrauliques d*Etam (des Vasques de Salomon), pour l'approvisionnement du Temple. Et si Roboam, fils et successeur de Salomon, fortifia la ville qui commande la vallée, celte place forle avait peut-être à jouer le même rôle à celle époquelà. que le Qalaàt el Rourak au xvii^ s.
Il est donc vraisemblable que Salomon fait allusion aux jardins el à la principale source û'Etam^ quand, parlant de sa bien-aimée, il dit d'elle :
« C'est un jardin fermé que ma sœur fiancée,
Une source fermée, une fontaine scellée,
Un bosquet où croissent les grenadiers.
Avec les fruits les plus exquis.
Le cypre avec le nard,
Le nard et le safran,
La cannelle et le cinnamome
Avec tous les arbres qui donnent l'encens,
La myrrhe et l'aloés
Et toutes les plantes embaumées ^. »
11 est plus probable encore que Salomon avait en vue celte
même vallée, lorsqu'il dit dans l'Ecclésiaste (II, 4 6) : c Je me
suis fait des choses magnifiques... Je me suis créé des jardins
et des vergers, et je les ai remplis de toutes sortes d'arbres.
Je me suis construit des réservoirs d'eau pour l'arrosage de
mes bosquets et de mes plantations. »
Le triangle formé par la jonction de l'Hinnom et du torrent de Cédron fut aussi transformé en jardin et reçut mt^me le nom de Jardin du Roi. Mais il n'avait qu'une superlicie fort restreinte et n'était arrosé que par l'eau saumâtre d'une source intermittente d'un faible débit. A lui seul, ce jardin ne pouvait constituer un litre de gloire pour le constructeur du Temple, et on y trouverait difllcilement une place suffisante pour « les vergers, les bosquets et les réser\'oirs, » dont parle le texte sacré.
Considérant les travaux de la vallée à' Etam, Onâdi Ourtâs, au simple point de vue technique, le capitaine Warren dit : « Nous pouvons admettre que les Etangs de Salomon existaient ou furent construits à l'époque de ce monarque *. » Nous savons
1. A. J., VIII, vu, 3. — 2. Yoma, 31 a; Zebaïm, 54 b. — 3. Catlt. C, IV, 12-14. — 4. underground Jer,, 129.
à Ourtâs, FONTAINE SCELLÉE Voydge V, 239
par l'Ecriture sainte que Jérusalem et Hébron *, par exemple, étaient pourvues de vastes piscines au temps de David.
IL — Fontaine scellée.
VÀÏn Sâhlé ou Râs et Àïn, la Tète de la source, mieux connue par les pèlerins sous le nom de Fons signatu^^ Fontaine scellée, coule sous terre à 120 m. à l'O. du Qaiaât el Bourak, tout prés de la ligne de partage des eaux entre le versant de la mer Morle et celui de la Méditerrannée. Une petite porlo, que le gardien du château ouvre volontiers pour un léger bakchiche, donne sur un escalier, sans rampe, de 23 marches, qui descend dans une chambre bâtie en belles pierres de taille et voûtée en plein cintre. Le milieu de ce souterrain, long de 12 m. et large de 4 à 5 m., est occupé par un bassin rectangulaire. A dr., s'ouvre une seconde chambre plus petite, mais de même construction que la précédente. Au fond vers 10., une source d'eau fraîche et limpide jaillit du roc vif par quatre ouvertures et se précipite dans un petit réservoir circulaire, d'où elle se déver-e dans le bassin de la première chambre. La source se trouve à 814 m. au-dessus du niveau de la Méditerranée et à 60 m. audessus de celui de l'esplanade du Temple à Jérusalem. C'est là VEn-Etam du Talmud de Babylone, « qui approvisionnait le Temple de Salomon » ; mais, dans un autre passage, les rabbins la confondent bien ù tort avec ïEn-Nephtoah (Ain Liftah) de la Bible. (V. Neubauer, op. cit., 146.)
Le petit ruisseau s'écoule par un canal creusé dans le roc et couvert àe voûtes, qui amène les eaux dans un réservoir surmonté d'une construction circulaire près du château, où une 2* source, jaillissant au S.-E. de la forteresse, vient mêler ses eaux à celles (i\Aïn Sâhlé. De là elles se partagent pour être dirigées les unes vers les Vasques, les autres vers Bethléem et Jérusalem. M. Warren découvrit deux aqueducs à niveaux diQérents dans cette dernière direction. L'inférieur est en maçonnerie ; au siècle dernier il amenait encore les eaux à .Térusalem. L'autre, plus élevé, vient du Ouâdi el liiàv, vallée des Puits, sur un parcours de 8 km. Il passe à l'O. de la 1" piscine et se rend aussi à la Ville sainte. En certains endroits il forme syphon et se compose de tuyaux en pierre emboîtés les uns dans les autres. Ces aqueducs ont subi des restaurations importantes à diverses époques. Aujourd'hui, l'eau est envoyée à Jérusalem par des tuyaux en fonte.
IIL — Vasques de Salomon.
A quelques pas du château fort, vers le S.-E., le fond de la vallée est c»ccupé par trois vastes bassins qui se suivent et qui sont connus sous le nom de Va&ques de Salomon.
Le réservoir supérieur mesure 116 m. de longueur et en moyenne 70 m. de largeur, sur 7 de profondeur. H est soutenu