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VOYAGE VI

De Bethléem à Héhron,

28 km. — En voiture, 4 heures. — V. Renseignements, p. 205.

Près des Vasques de Salomon (F. p. 237), la route monte vers le S.-O., pour redescendre dans le Ouâdi el Biâr^ la vallée des Puits (1 km. 3/4), ainsi nommée à cause du grand nombre de puisards pratiqués le long de l'aqueduc en maçonnerie qui la parcourt. A g., on aperçoit les ruines du Deir el Benât, couvent de Filles. Un km. plus loin, à 100 m. de la route, à dr., une colline couronnée de ruines porte le nom de Khirbet el Faqhour (870 m.). C'est l'ancienne ville de Phagor de Josué (xv, 50) mentionnée par les Septante.

Bethzachara.

Vers le S.-O., à 3 km. de la route, apparaît sur une hauteur (948 m.) un hameau appelé Beit Skaria. C'est la ville de Bethzachara du livre des Machabées. Là, 163 ans av. J.-C, Judas Machabée attendit Antiochus Eupator, qui vint de Bethsour avec une armée formidable comprenant une puissante cavalerie et beaucoup d'éléphants. Dans celte bataille désastreuse pour les Juifs, Eléazar, frère de Judas, trouva la mort en tuant l'éléphant qui, croyait -il, portait le roi (I Mach., VI, 30-47).

La Vie des Prophètes ^ le Chronicon Paschale^ et saint Isidore de Sévillc 3 fixent à Bethzachara la patrie du prophète Habacuc. Saint Willi-

1. Migne, P. G., XLIII, 417.-2. P. G., XCII, 369.-3. P.I., LXXXIII, 145.

àBébron. beïhzaghaua Voyage VI . 243

bald, au vu' s., appelle ce lieu Saint-Zacharie-le-Prophète ; mais il ajoute que ce prophète n'est pas le père du Précurseur.

Deux km. plus loin, on traverse le Ouâdi Skariaqui renferme,

à 2 km. à g., les ruines de Bereikout,

On confond souvent ce lieu avec l'émêq Berrakah, la vallée des Bénédictions indiquée non loin de la montée de Sis, près d'Engaddi ^ Berrakali est située, comme nous verrons plus loin, entre Thécoa et la mer Morte.

On remonte la côte et à 1 km. 1/2 on se trouve en face de Khirbet Djedoûr, ruines qui couronnent une colline (828 m.) à 2 km. à ro. de la route. C'est l'ancieane cite de Gédor de Josué (XV, 58), mentionnée avec Bethsour et HalhuI qui se présenteront bientôt à la vue.

Dix min. plus loin, la route descend dans la large vallée, appelée Ouâdi Àrroub et, au bout d'un quart d'heure, elle traverse un pont jeté sur le torrent près de la source d'iïn Arroub. On est à mi-chemin entre Jérusalem et Hébron ; aussi, les voilupiers ont-ils coutume de s'arrôler quelques minutes devant un café turc.

En amont du pont, une fontaine jaillit sous une voûte, où l'on remarque une niche portant encore des vestiges de peintures païennes, deux génies. A 10 min. en aval, les eaux sont recueillies dans un bassin de 73 m. de long sur 48 de large, d'où un aqueduc de 4;) km. de longueur les conduit par mille sinuosités au S.-Ë. des Vasques de Salomon.

La route remonte sur le flanc méridional de la vallée et passe,

après 10 min. de marche, près du bassin de Khirbet Koufin.

Bientôt l'on voit au S.-O. le village de Beit Oummar (990 m.).

Cette localité est probablement la ville de Bethamar près de

Gabatha (aujourd'hui Djéba à 7 km. au N.-O. de Beit Oummar),

et indiquée par l'Onomasticon d'Eusèbe à 12 milles d'Eleuthéro-

polis K Bethamar répond assez bien ù la ville de Maarath que

le livre de Josué (XV, 58) mentionne avec Gédor, Halhoul et

Bethsour.

Saint Willibald trouva dans cette ville une église dédiée à saint Malhias. En y assistant à la messe, il perdit la vue et resta aveugle pendant deux mois. La mosquée qu'on y voit est consacrée au ISebi Matta, nom estropié de Mathias. Mais les musulmans ont fait de l'apôlre un saint de l'Ancien Testament. Déjà au xv* s., comme nous l'apprend Moudjir ed Dîn, on y vénéra le tombeau de Malla (Amittaï), père du prophète Jonas, qui lui-même, prétendent-ils, est enterré dans le voisinage, à Halhoûl.

A 20 min. à l'O. de Beit Oummar existe un hameau du nom de Djalâ, C'est probablement Gilo, ville des montagnes de Juda^ et patrie du fameux Achitophel, conseiller intime de David, qu'il trahU ensuite pour soutenir Absalon, conjuré contre son père *.

1. II Par., XX, 26. - 2. 0. S., 70. — 3. Jos., XV, 51. - 4. II R., XV, 12.

244 Voyage VI. bethsour De BeMéem

Bethsonr.

A un peu plus de 3 km. au S., on rencontre à dr. une colline (970 m.) sur laquelle se dresse une vieille tour, reste d'une ancienne forteresse plusieurs fois restaurée, lies Arabes l'appellent Beit Soûr ou Bordj Sotir^ Forteresse du Rocher. Cest la ville chananéenne de Bethsour, Maison du Rocher, que Josué céda à la tribu de Juda avec Halhul et Gédor^ Roboam en fit une des principales places fortes du royaume ^. Au retour de la captivité de Babylone, ses habitants contribuèrent à la restauration des murs de Jérusalem % Mais elle tomba bientôt au pouvoir des Jduméens, maîtres d'Hébron et du midi de Juda. Au temps des Machabées, elle devint le principal boulevard des Juifs contre les Syriens qui envahirent souvent le pays par ridumée. L'an 165 av. J.-C, Judas Machabée, à la tête de 10.000 hommes, attendit sous les murs de Bethsour le général Lysias, qui avançait avec 60.000 fantassins et 5.000 cavaliers, et lui infligea une sanglante défaite. Deux ans plus tard, Antiochus Eupator et Lysias vinrent assiéger Bethsour, qui, après une longue défense, fut contrainte de capituler à la suite de la défaite de Judas à Bethzachara. Simon Machabée là reprit en Uo. A l'époque d'Eusèbe, Bethsour n'était plus qu'un village.

Fontaine de Saint-Philippe t-

Sur le bord de la route, à g., sort une source abondante dont les eaux sont recueillies dans un petit bassin recouvert d'une vieille construction en gros blocs taillés avec soin. De là elles coulent dans un long réservoir en forme d'auge, où les troupeaux viennent s'abreuver (1). Cette fontaine s'appelle Ain ed Dirouéh^ fontaine de la Cime. Eusèbe ^, saint Jérôme s, le Pèlerin de Bordeaux, la carte de Mâdaba et tous les pèlerins antérieurs au xin' s. nous apprennent que la fontaine « située en face de Bethsour, sur la route romaine d'Hébron et de Gaza » a prêté ses eaux à saint Philippe pour baptiser Tennuque de la reine Candace d'Ethiopie. (F. Actes des apôtres, VIII, 26-39, n" 91).

Saint Willibald visita une petite église près de la fontaine de Saint- Philippe. Neuf siècles plus tard, Gonzalès la trouva transformée en mosquée. Parmi les ruines de ce lieu qui porte le nom de 0<isr Isiaiyin, château d'Islaiyîn, M. Conder a constaté en 1874 celles d'une église de 17 m. de long sur 14 de large (2). Les musulmans l'ont fait disparaître en 1885, pour construire avec ses matériaux une misérable mosquée à quelques pas de la fontaine. Le khan, dont on voit encore les traces (3),

1. Jos., XV, 58. - 2. II Par., XI, 7. - 3. Néh., III, 16. - 4. 0. S., 52, - 5. Eplst. CVIII.

à Hébron. î^Ont. de s. phiuppe Voy. F/. 245

1. Fontaime de S. Philippe. — 2. Eglise remplacée par une mosquée. — 3. Ancien Khan.

— 4. Sépulcre juif. — 5. Cariai et piscine.

a été démoli dans la première moitié du XIX» s. Dans le rocher qui se dresse au S. da khan et d'où jaillit la source (4), on yoit une chambre sépulcrale taillée dans le roc et mtinie d'un koka ou cercueil à four.

Vers VO.y on voit plusieurs canaux avec une piscine. Sur la roule, au S.

de l'abreuvoir, M. Conder constata les vestiges de pavement romain \

A plusieurs reprises, leséchancrures des montagnes permettent d'apercevoir au lointain la mer Méditerranée. Une dernière montée de 7 à 10 min. mène en face du gros Tillage de Halhoûl, à g. (1019 m.). Cette localité a conservé à travers les siècles, avec une exactitude remarquable, la dénomination chananéenne qu'elle possédait au temps de Josué, Halhul '^. D'après une tradition rabbinique, Halboûl renferme le tombeau du prophète Gad.

En 1333, Isaac Chelo visita ce lieu et dit : «t De Thécoa on va à HaN hoûl, endroit mentionné par Josué. Il y a ici an certain nombre de Juifs qui vous montrent un ancien monument sépulcral attribué à Gad le Voyant. C'est le 3' tombeau de prophètes =». » Deux autres récits de voyageur publiés parCarmoly*, répètent que Gad est enterré à Halhoftl. Les habitants musulmans ooniondirent le prophète Gad avec le prophète Jonas. Bien que la tradition juive et chrétienne montre le tombeau de Jonas cr de Gethépher dans la tribu de Zabulon ^ » à ei MescMhed près de Cana eo Galilée, les habitants d'HalhoùI vénèrent son sépulcre dans la mosquée qui s'élève à l'E. du village et qui porte le nom de Nébi Younès.

A 4 km. au N.-E. d'Halhoûl, existe un village appelé Siâtr,

qui répond fort bien à la ville biblique de Sior, que Josué

associe avec Hébron ^.

La synonymie du nom de ce lieu avec Seir, montagne de l'Idumée où habitait Esaû. et une fable répandue par les rabbins sur le gtMire de mort du fils aîné d'Isaac, ont amené les habitants à élever une mosquée en l'honneur du patriarche c Alsa fils d'Isaac le Jaloux, » et à y vénérer son tombeau. Le Talmud (Solah 1, 13) raconte qu'à l'occasion de l'ensevelissement de Jacob à Hébron, surgit une querelle entre ses fils et l'oncle Esaû, au sujet des droits *de propriété sur la caverne sépulcrale. Dans on accès de colère, Huschin, fils de Dan, coupa la tète a Esaû. La tète resta dans la grotte de Makpéla ; mais le corps fut enseveli ailleurs. Cette fable fut encore répétée par Jélàl ed Dîn, historien arabe du xvi» s"^.

A 1 km. 1/2 au S.-Ë. d'HalhoùI et à 2 km. de la route, on aperçoit Khirbet Beit A/inoun (944 m.). Parmi les ruines, on remarque les vestiges d'une tour construite en partie avec de gros blocs à bossage^ et ceux d'une église, au midi. C'est la

1. S. W. P., III, 374. — 2. Jos., XV, 85. — 3. Carmoly, lUn., 242. — 4. M., 388 et 435. - 5. R IV., XIV, 25. - 6. Jos., XV, 54. — 7. S. W. P., III, 351.

246 Voy. VI. CHÊNE DE MAMBRÉ De Bethléem

ville de Bethanot, la Bethanam des Septante, que le livre de Josué cite avec Halhul et Bethsour ^

Eusèbe dit que de son temps cette ville était un bourg nommé Belhennim, situé à 2 milles du Térébinthe d'Abraham el à 4 milles d'Hébron*. Mais il confond ensuite Bethennimavec Aîn, ville sa<'erdotaIe limitrophe de la tribu de Siméon et de Juda.

Chône de Mambré.

A 3 km. au S. de Beit Soih\ on arrive à un petit plateau entouré de collines et couvert de ruines imposantes. II porte le nom de Beit el KhalU (er RahmanJ, la Maison de l'Ami (du Miséricordieux). Kkalîl, l'ami de Dieu par excellence, est le nom par lequel les Arabes désignent ordinairement le patriarche Abraham. Du reste, dans Isaîe (XLI, 8\ Dieu luimême appelle Abraham son ami.

Description. A g. de la route, un sentier de 300 pas mène au centre du petit plateau, où Ton rencontre les assises inférieures d'une construction colossale appelée Haram Râmet el Khalîly Enceinte du Haut Lieu de l'Ami.

Ce monument, rectangulaire à l'origine, n'a conservé que deux faces visibles au-dessus du sol, l'une au S., l'autre à l'O. Le mur de la première a 63 m. de longueur, et celui de la seconde 50 m., avec une hauteur de 2 à 3 m. Ils sont formés de 2 ou 3 assises de bloc sans bossage, mais de taille bien soignée et mis en place sans ciment. Chaque bloc a 1 m. de hauteur, 0 m. 75 d'épaisseur et 3 à 5 m. de longueur. L'épaisseur dn mur est partout 1 m. 80. A l'O., une pierre de 5 m. 30 ï)lacée à 0 m. 45 plus bas que la 2* assise marque le seuil d'une porte. A l'intérieur, dans l'angle S.-O., s'ouvre un puits de 3 m. de diamètre et de 7 m. de profondeur. Il est appelé Bir et KhalîL

A 60 m. de cette enceinte, à TE., on remarque les ruine.s d'un édifice de 20 m. de longueur sur 15 de largeur. On n'y a pas trouvé d'abside; mais les vestiges d'un narthex à l'O. et la disposition des murs de l'édifice dénotent une ancienne église byzantine. Non loin de là, on remarque des pressoirs taillés dans le roc, et aux alentours, des vestiges d'antiques constructions. L'ensemble de ces ruines est désigné sous le nom de Ktiirbet Râmet el KhalU, ruines du Haut Lieu de l'Ami. Au delà de ces ruines, le sol commence à baisser et se creuse en vallon qui se dirige vers l'E.-S.-E., sous le nom de Khallet el Bothméh, Place des Térébinthes.

A 250 m. du Haram, vers le S.-O., on rencontre une caverne au fond' de laquelle jaillit une source appelée Aïn Sâra, fontaine de i^ara. Le sommet voisin est appelé er Râméh^ la Hauteur, ou encore Djebel el Batrak, mont du Patriarche. C'est la plus haute montagne de la Palestine méridionale (1.020 m.). La montagne se prolonge vers Hébron, et un second sommet porte le

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