HÉBRON
'•— èlMléh
dM (iEclliseR ^ M/ywiBRÉ
liab.éll)iaml
248 Voy. VI . CHÊNE DE MAMBUÉ De Bethléem
nom de Namré. Au xv* s. déjà, les Arabes employaient le mot Namré pour Mambré. « El Kbaltl, dit Moudjir ed Dln, habitait Namré, sous la tente. Ce lieu est voisin de la localité de notre seigneur el Khalll (sur qui soit salut et bénédiction), du côté du nord ; c'est une région où se trouvent une source d'eau et des vignes ^ »
Tradition. Chaque coin de ce terrain porte, comme on voit, le souvenir du séjour d'Abraham dans le voisinage d'Hébron . La tradition indique aussi le Chêne de Mambré invariablement an Beit el Khalll jusqu'au xn* s. Eusëbe, saint Jérôme, Sozomène, le Pèlerin de Bordeaux, Eucher, Théodose, Arculfe et d'autres montrent le sanctuaire d'Abraham à 2 milles (3 km.) au S. de Bethsour et à 2 milles au N. d'Hébron. Cette distance, sans parler d'autres indications que nous relèverons plus loin, nous mène au Haram Râmet el Khalîl.
Bible et Histoire. L'Ecriture sainte et l'histoire confirment
pleinement la tradition locale sur l'authenticité de ce Lieu
saint. Le Patriarche, après s'être séparé de Lot son neveu, se
dirigea de Bethel vers le midi. « Abraham leva sa tente, dit le
texte hébreu, et s'en alla et il s'établit près du chêne de Mambré
qui est à Hébron (ou près d'Hébron), et il y éleva un autel au
Seigneur ^. » Plus loin il e«t dit : a II habitait aux chênes de
Mambré l'Amorrhéen, frère d'Escol ^, » La chênaie où Abraham
établit son camp, conserva depuis le nom de son propriétaire,
Mambré, comme une vallée près d'Hébron reçut le nom de
son frère, Escol.
Le mot chêne ou chênes du texte hébreu est improprement rendu par conratlis dans la Vulgate. Eusèbe et saint Jérôme veulent aussi que le chêne (ie Mambré ait été un térébinthe *. Ces deux arbres se ressemblent beaucoup ; mais leurs noms en hébreu se ressemblent encore bien davantage. (K. p. 331}.
Lorsqu'Absalon, pour dissimuler son complot, prétexta d'aller à Hébron afin d'y sacrifier à Dieu, il parla sans doute du haut lieu érigé au Seigneur par Abraham. La coutume d'aller sacrifier à Mambré semble avoir été commune aux païens comme aux Israélites, et de haute antiquité elle créa autour du Chêne d'Abraham une foire annuelle, qui attira, dit Sozomène, non seulement les gens de toute la Palestine, mais encore de la Phénicie et de l'Arabie ^. Saint Jérôme raconte qu'en 136 on vendit « au marché du Térébinthe (de Mamhré) » les Juifs qui avaient échappé au massacre, lors de la révolte suscitée par Barcochébas '*. Eusèbe dit de son côté que ce lieu
1. Hist. de Jér. et d'Hébron, éd. Le Caire, 424. — V. L. Heidet, D, B, T., IV, 626-635. — 2. Gen., XIII, 18. — 3. /cf.. XIV, 13. — 4. 0. S., 6. — 5. H. i:., II, 4. — 6. Comm. in Zach., XI ; — m Jer., XXXI.
à Hébron, sanctuaire de mambré Voy. VI. 249
ne cessait d'être en grande vénération auprès des Juifs et des chrétiens aussi bien que des gentils ^
Eutropia, belle-mère de l'empereur Constantin, s'y rendit en pèlerinage, raconte Eusèbe. Mais révoltée par les pratiques superstitieuses qu'on exerçait sous l'Arbre d'Abrabam, elle en informa son gendre. Celui-ci donna aussitôt l'ordre « de renverser l'autel, de détruire les idoles, puis d'ériger près du chêne une maison de prière ^. » En 333, le Pèlerin de Bordeaux trouva « près du puits et du térébinthe d'Abraham, une baslliqne d'une grande beauté, qui venait d'être construite sur l'ordre de Constantin. » Saint Jérôme parle aussi de cette basilique 3; mais le chêne ou le térébinthe qui d'après Eusèbe et le Pèlerin bordelais existait encore de leur temps, avait disparu vers la un du iv* s.
Les mines du Bett cl Khalil restent on énigme pour les archéologues. Les uns voient dans le Uaram, avec Arculfe. la-basilique constanliuieune, ce qui est de tout i>oint invraisemblable. L'évoque franc perdit ses notes dans nn naufrage. Adamnanus qui recueillit ses souvenirs racontés de mémoire, n'en aura pas toujours saisi la vraie portée. D'autres y voient, avec M. V. Guérin,un véritable tém&nos ou enceinte sacrée, renfermant la place où Abraham avait érigé son autel au Seigneur, et l'arbre sous lequel il avait dressé sa tente. Ce monument serait l'œuvre des Israélites ou des Iduméens. Cette opinion est très probable ; mais il taut alore admettre que la basilique de Constantin a été remplacée au vi* ou vu' s. |)ar une église plus- modeste.
Sanctuaire de Mambré. Beit el Khalil, déjà devenu un lieu saint par l'autel que le patriarche y éleva au Seigneur, fut sanctifié en outre par les trois principales manifestations de Dieu à son serviteur. Dans la première apparition à Abraham, Jahvé se déclara son protecteur et sa récompense, el lui promit une postérité innombrable comme les étoiles du firmament. Il contracta une alliance avec lui, el lui annonça que ses descendants reviendraient de l'Egypte et prendraient possession de la terre de Chanaan. Dans une seconde vision, le Tout-Puissant renouvela ses promesses et changea le nom d'Abram, père élevé, en celui d'Abraham, père d'une multitude, déclarant qu'un lils lui naîtrait de Sara. La troisième manifestation et la plus célèbre fut celle des trois messagers célestes, emblème visible de la très sainte Trinité, qui vinrent lui annoncer la naissance prochaine d'isaac et la ruine de Sodome et de Gomorrhe.
Isaac quitta Bersabée et vint passer les dernières années de sa vie à Mambré, où il mourut à l'âge de 180 ans. Jacob y était venu rejoindre son père, avec toute sa famille. C'est là que Joseph eut ses songes mystérieux et qu'il reçut l'ordre, à l'âge de 16 ans, d'aller à Sichem à la recherche de ses frères. A
1. Dem. évang., \, 9. — 2. Vita Const.. III, 57. — Socrate. //. E., 1, 18. - '.l Epist. CVl'lI.
250 Voy. VI. CHÊNE DU REPOS De Bethléem
l'arrivée de la robe ensaDglanlée, Jacob pleura son fils chéri
et refusa toute consolation, parce qu'il crut qu'une bête féroce
l'avait dévoré. Mambré fut également témoin des pourparlers
entre Jacob et ses fils pour leur départ en Egypte au temps de
la famine. C'est là aussi que vinrent les chars envoyés par
Joseph pour prendre le patriarche et le transporter avec toute
sa famille dans le pays des Pharaons.
Avant de quitter ce plateau où naquit le peuple de Dieu et où Abraham, Isaac et Jacob ont adoré le Tout-Puissant, le pèlerin élèvera aussi son ooeur vers le ciel pour offrir un acte d'hommage et de reconnaissance à la Providence divine.
Elhirbet en NasÀra et le Chône du repos.
De retour sur la route, on est en face d'une colline, Râmet el Amléh, située à l'O de la voie. A cet endroit, un chemin so détache de la roule, descend par le Ouâdi et Touffah, la vallée des Pommiers, et passe près d'un village en ruines appelé Khirbet en Nasâra, Ruines des Chrétiens ; ensuite, vient un puits d'eau potable, Bir en Nasâra. Gonsalès (1667) y vit une église transformée en mosquée. Cet endroit, autrefois habité par des Grecs, portait le nom de Kefr Mariam, village de Marie, parce que, d'après la tradition locale, la Sainte Vierge y aurait passé la première nuit de sa fuite en Egypte. Les pèlerins des siècles précédents n'en parlent pas ; mais le Balloûtet Sebtâ, le Chêne du Repos, qu'on voit dans le voisinage, dans l'Hospice russe, n'est peut-être qu'un écho de cette tradition.
Ce chêne vert (quercus pseudococcifera) avec ses 30 m. de
hauteur et son tronc de 7 m. de circonférence était superbe
encore il y a 20 ans et, selon toute vraisemblance, il a atteint
l'âge de 8 à 10 siècles. Il s'est desséché depuis, et une seule de
ses branches a encore un peu de vie. Au xii' s., les pèlerins
latins, sans doute égarés par le mot convallis de la Vulgate,
prirent le chêne du Repos de la vallée des Pommiers pour
celui d'Abraham. Les palestinologues s'accordent presque tous
à considérer cette opinion comme erronée.
Daniel le Russe (1112) écrit : « Ce chêne sacré se dresse superbe près du chemin à droite (en venant de Jérusalem), sur une haute montagne... On compte deux verstes (3 km.) de là jusqu'à Hébron. » Il indique manifestement le chône au Râmet el Amléh. Les pèlerins latins du xii* s. le montrent à 2 km. plus au S., au Balloûtet Sebtâ actuel. Mais les indigènes ont maintenu l'antique tradition. Aly de Hérât (1173), Yaqoût (1225), un auteur arabe anonyme (1300) et Moudj'ir ed Dîn (xv* s.) s'en font l'écho el placent tous l'habitation d'Abraham à l'Hâram Râmet el KhalîP.
Arrivé à 1 km. 12 au S. de Ràmet el Amléh, en suivant la route, on rencontre sur le bord du chemin, à dr., Ain Sàràh,