‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 133 sur 251 · I xMach., XVI · texte numérisé non relu

I xMach., XVI

GALGALA 273

qae les vestiges de l'abside au milieu d'un enclos carré. L'immense panorama qui se déroule de cette cime suffit pour dédommager amplement le pèlerin de ses fatigues.

A la descente de la montagne, on peut visiter, à 30 min. dans la direction du N., la belle source Àïn Doûq^ et 12 min. plus loin celle de Nowmnéhy qui arrosent le beau vallon au pied du mont de la Quarantaine et le vallon parallèle, les deux sillonnés par d'anciens aqueducs.

A TE. d'Aïn Doûq s'élève un moukam ou sanctuaire musulman, en l'honneur d'Imâm-Aly, le Josué de la légende arabe. Daniel le Russe visita à un verste à l'orient de Jéricho (environ i km.), une église élevée à l'endroit où le chef de la milice céleste, S. Michel, conversa avec Josué. Phocas signale ce même sanctuaire sur une hauteur en face du mont de la Quarantaine,

De Jéricho an Jourdain.

Le temps le plus favonble pour faire cette excursion est le matin de bonne heure, et la route carrossable la plus intéressante est celle qui passe par le Qasr el Jéhoûd, le couvent de Saint- Jean-Baptiste. Pendant les grandes pluies le sol argileux, imprégné de plâtre et de sel, est tellement détrempé, qu'on ne peut se rendre du Jourdain à la mer Morte qu'avec peine.

Au sortir du village, on suit la direction du Ouâdi el Qelty qa'on laisse à droite. C'est la vallée d'Achor de la Bible, émèq Aehor» le vallon de Trouble.

La vallée d'Achor formait la limite septentrionale de Juda, qui, d'après le texte hébreu, passait au S. de Jéricho et de Galgala ^. Le Quddi el Qelt seul correspond à l'Achor qui, d'émèq — vallée plate — dans la plaine, devient un nahal, torrent, dans les montagnes, le long de la montée d'Adommim. Eusèbe et saint Jérôme placent Achor au N. de Jéricho ; cela est assez juste, s'ils ont en vue la ville de Jéricho de leur temps, la cité d'Hérode et d'Adrien.

Josué avait prononcé Tanalhème contre quiconque s'approprierait quoi que ce soit du riche butin fait dans l'opulente ville de Jéricho. Un Israélite, nommé Achan, contrevint à ses ordres, en retenant 20O sicles d'argent, un manteau d'écarlate et une verge d'or du poids de 50 sicles. Pour infliger un châtiment exemplaire, Josué le fit lapider dans la vallée d'Achor».

La plaine devient désormais eomplètement aride.

Galgala. A 3 km. d'er Riha, on aperçoit à droite un tamaris Isolé, Sehedjeret Itléh, près d'un ancien cimetière et au nord de quelques mamelons appelés Tell Bjedjoûl. Vers le S., on remarque une piscine longue de 30 m. 50 et large de 25 m. 60, avec des restes d'anciennes constructions et des cubes de mo* salques éparses dans le sol. Ce réservoir porte le nom de Birket Djetdjouliyé^. C'est remplacement de Gllgal ou de Galgala, un des lieux les plus sacrés pour les enfants de Dieu.

i. Jos., VII, 24, 26; — XV, 7. — t. Jos., VII, 19-26.

274 Voy, VIll. COUVENT DE S.JEAN-B. De Jévicho

Galgala élait situé dans le voisinage de Jéricho, près de la frontière septentrionale de Juda, mais dans le territoire de Benjamin ^ Josèphe en fixe l'emplacement à 10 stades (1 kil. 850 m.) de Jéricho (au temps des Romains) et à 50 stades (9 kil. 1/4, chiffre exagéré) du Jourdain. Théodose, au vi' s., donne les distances d'après l'historien juif. Eusèbe et saint Jérôme indiquent « le lieu désert de Galgala au 2* mille (3 km.) à l'E.de Jéricho 2. » Willibald visita ce lieu à 2 milles à l'orient de Jéricho et à 5 milles (7 kil. 1/2) en deçà du fleuve. L'Ecriture sainte, l'histoire et le rapport onomastique entre Djeldjoûl ou Djeldjouli'^h, et Gilgal ou Galgala rendent l'identitication certaine.

Galgala fut le premier camp des Israélites après leur passage à travers le Jourdain. C'est ici que les douze pierres recueillies dans le lit du fleuve furent érigées en monument, (}ui devait attester aux futures générations la puissance et la protection de Jahvé. Le tabernacle et l'arche d'alliance, qui y restèrent 6 ans, en firent le premier sanctuaire de la Palestine, où fut célébrée solennellement la 1" Pâque dans la Terre promise. Là, furent sanctifiés par la circoncision les hommes nés dans le désert, et là, la manne cessa de tomber. Le nom du lieu, Galgala, qui signifie cercle de pierres^ devint le symbole que l'opprobre d'Egypte était enlevé (roulé au loin) du peuple d'Israël. C'est en ce lieu que Josué reçut les Gabaonites qui surprirent sa bonne foi, et c'est de là qu'il partit avec ses vaillants pour secourir Gabaon le jour où il remporta la brillante victoire sur les 5 rois coalisés. Galgala resta le camp central d'où Josué dirigeait tous ses exploits contre les Cbananéens pour conquérir la Terre promise ^ Plus lard, Aod y tua Eglon, roi de Moab, pour délivrer Israël de son oppression ^, et Samuel y descendait tous les ans pour rendre la justice au peuple ^ Lorsqu'après la mort tragique d'Absalon, David revint de l'exil, le peuple s'avança à sa rencontre jusquà Galgala ^

Ce lieu rempli de souvenirs continuait à être tenu en grande vénération au iv* siècle, au dire d'Eusèbe et de saint Jérôme^. Sainte Paule y vit encore les douze pierres du Jourdain. Théodose, Arculfe et Willibald trouvèrent une église construite pardessus cet antique monument, que Thiétmar et Ludolphe de Sudheim mentionnent encore au xiii* et au xiv« siècle.

Couvent de Saint- Jean-Baptiste. De Galgala, la route suit la direction d'un petit canal qui amène l'eau d'Ain es Sultan au couvent de Sain t-Jean- Baptiste, Déir Mar louhanna, appelé aussi Qasr el lehoùd, château des Juifs. C'est un couvent fortifié, flanqué de tours carrées, qui s'élève sur la berge supérieure du Jourdain, à 400 pas du fleuve. Les moines grecs non-unis l'ont reconstruit en 1882. De l'ancienne église, qui forme aujourd'hui une espèce de crypte, on voit encore des restes intéres-

1. Jos., XV, 17. — 2. 0. S., 66. - 3. Jos., IV, V, X, XIV. - 4. Jg., III, 19. — 5. I R., VII, 16. - 6. II R., XIX, 15. -.- 7. 0. S., 66.

au Jourdain. beïh-hogla Voyage Vlll, 275

sanls, avec des sculptures de diverses époques, des vestiges de

fresques et de mosaïques. Ce sanctuaire (ut érigé en mémoire

du séjour du Précurseur dans le désert de Juda, sur les bords

du Jourdain.

Dans la Vie de sainte Marie TEgy-ptienne, la courtisane convertie à Jérusalem, il est dit qu'avant de passer le Jourdain, en 373, elle s'arrêta au monastère du Précurseur ^ Au commencement du v* siècle, un pèlerin arménien parle d'une église de Saint-Jean-Baptiste en forme de croix qu'il visita sur les bords du Jourdain *. Théodose raconte qu'Anastase (491-518) construisit une église sur le fleuve sacré en l'honneur de S. Jean- Baptiste. Ces renseignements ne sont pas contradictoires ; car sur la rive orientale, à 50 pas du fleuve, se conservent les ruines d'un second monastères dont les pierres, les mosaïques et d'autres détails dénotent une construction du iv* au vi* siècle ^. Mais c'est dans le monastère de la rive droite que, suivant Procope, l'empereur Justinien fit construire un puits ^. Le Pèlerin de Plaisance et Arculfe en parlent aussi, et Phocas (1170) raconte que ce monastère ayant été renversé par un tremblement de terre, lut reconstruit par l'empereur Manuel Comnène. Nous parlerons plus loin du lieu de Baptême de Notre-Seigneur. Après avoir salué le Précurseur par une petite prière, on descend vers le midi. En 14 min. on franchit le rfahr el Qelt et en 5 min. on arrive au bord du Jourdain, dans le territoire de Beth-Hogla.

Beth'Hogla. La plage sur laquelle tous les pèlerins s'arn^tent

pour contempler le fleuve sacré, s'appelle Makkâdet el Hadjlâ^

Gué de la Perdrix, qui tire son nom de Beth-Hogla, ou Belhha-

gla, maison de la Perdrix. A 3 km. à l'O. du gué, on voit encore

les vestiges de ^ancienne localité de ce nom. '

Beth-Hogla était située au N. de la tribu de Juda^, à la limite S.-E. de la tribu de Benjamin, dont elle devint l'héritage '•. Cette ville se trouvait au temps de Josué sur les bords de la mer Morte ; car, comme M. Clermonl-Ganneau l'a démontré '^, celle-ci s'étendait alors de 4 à 5 km. plus au N. Le Makkâdet el Hadjlâ était en conséquence le gué le plus méridional du Jourdain. — Beth-Hogla est conservé d'une façon incontestable sous le nom d^Aïn el Hadjlâ, source de la Perdrix, qui coule à 3 km. à l'O. du fleuve. A 20 min. au S.-O. de la source, on rencontre un couvent fortifié qui, dans la langue du pays, est appelé (Jasr Hadjlâ on Deïr Hadjtâ. M. Hobinson y vit des pierres à bossage, des mosaïques et de belles peintures murales du xii* s. ; elles sont aujoui*d'hui presqu'effacées à la suite de la restauration entreprise par les moines grecs. Ceux-ci l'appellent le couvent de Saint-Gérasirne. C'est au contraire le coui-ent de f'alamoûn, des Roseaux, restauré par Jean VII ou IX, patriarche de Jérusalem, sous l'empereur Manuel Comnène (1143 1180), d'après une inscription grecque qu'on y a trouvée •*. — En effet, Jean Moschus (vu' s.) place la laure de S. Gérasime à 1 mille du Jourdain ^, et Jean Phocas la rencontra en ruines « entre le monastère du Précurseur et celui de Calamoûn io ». On peut aisément visiter ce couvent en retournant de la mer Morte à Jéricho.

Lieu du baptême de Notre^Seigneur Jésus-Christ. Saint Jean baptisait en plusieurs endroits le long du Jourdain. Du désert de Juda, il remonta le fleuve jusqu'à Ennon, près de

1. Boll. A. S. Avril, I, 81. — 2. Prétoire de Pilate, 174. — 3. L. Heidet, J)' B. V., I, 1647. - 4. De œdif., V, 9. - 5. Jos., XV, 6. - 6. Jos., XVIII, 19, 21. - 7. Rec. d'arch. Oi\, V, 267. — 8. R. B., 1892, 440. - 9. Prat. ^Pir., CVII, - 10. Descr.. T. 6'., XXIH.

276 Voy.VIII. BAPTÊME DE N. -s. De Jéricho

Salim, en face de la Samarie, où il fut arrêté par Hérode Antipas. Lorsque les prêtres et les lévites de Jérusalem allèrent le trouver pour lui demander : « Qui es-tu ? », le Précurseur baptisait (( à Béthanie au-delà du Jourdain ^ » « Le jour sulyant Jean vit Jésus venir vers lui^. »

La leçon de Béthanie est la leçon ancienne et la plus commune jusqu'au temps d'Origène. Sous prétexte que près du Jourdain on ne trouve pas de Béthanie, mais bien un Béthara, Origëne soutint qu'au lieu de Béthanie il fallait lire Bethabara ^, et beaucoup d'écrivains suivirent depuis sa correction.

L'unique localité qui se rapproche de ce dernier nom, est Bethbara * au S. de la Galilée ; cependant elle n'est pas située au-delà mais en-deça du Jourdain et ne se trouve pas non plus dans le désert. Quant au Béthara d'Origène, quelques copistes qui ont suivi sa lecture l'ont rendu par Bétnaraba. Bétharaba était une ville voisine de Beth-Hogla, en-deça du fleuve, appartenant à la tribu de Juda K La plaine stérile des deux bords du Jourdain, comme toute la dépression de la mer Morte, était appelée Arabah. M. L. Heidet signale à une demi-lieue du Jourdain, à l'orient, précisément en face du Makkadet el Hadjlâ, une localité en ruines du nom de Khirbet el Arbéh^. Quoi qu'il en soit, depuis le IV* s. jusqu'au xni* aucun des nombreux pèlerins qui ont visité l'endroit où Jésus fut baptisé, ne l'a désigné par un nom propre de lieu ; mais tous l'ont vénéré à peu près à la même place. Au Pèlerin de Bordeaux (333) les Chrétiens du pays ont montré le lieu du baptême de N.-S. « au delà du Jourdain à 5 milles (7 km. 1/^) au N. de la mer Morte. 9 Depuis, tous les témoignages concordent. « Une pareille tradition a droit au respect, écrit le R. P. Lagrange, et je n'hésite pas à la tenir pour véritable'^. »

Dans ces derniers temps, quelques savants crurent devoir chercher Béthanie ou Bethabara au S. de la Galilée, parce que saint Jean commence le chapitre IV de son évangile par dire que « le troisième jour » Jésus assista aux noces de Cana avec ses disciples. Mais le contexte indique clairement qu'il vint à Cana le 3* jour apii^s son retour en Galilée, et au plus tôt le 5* jour depuis son baptême.

Si l'on ne connaît point Tendroit précis où Jésus est entré dans les ondes, on ne se trouve pas moins pour cela, sur i'une et l'autre rive, en un lieu témoin des plus sublimes mystères. C'est au-dessus de nos têtes que le ciel s'entr'ouvrit et que Jean vit l'Esprit de Dieu descendre en forme de colombe sur le Messie, pendant que le Père céleste fit entendre sa voix : « Celuici est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances. » (F. Maltti., III, 1-17, n« 6).

En souvenir du baptême de Notre-Seigneur où son Père révéla sa mission messianique, les fidèles allèrent, dès les premiers siècles, se baigner par esprit de piété dans les eaux du Jourdain. Antonin de Plaisance raconte qu'à son époque (vi's.) (( une foule infinie de gens » se rendaient au fleuve la veille de TEpiphanie, et se plongeaient dans les qndes dès la pointe du jour. Théodoric (117122) vit un soir, près de Jéricho, plus de GO.OÛO personnes, la plupart armés de flambeaux. Elles se diri-

1. S. Jean, I, 19-28. — 2. Id., 29. — 3. In .loan., I, 28. — 4. Jg. — 5. Jos., XV, 6. - 6. D. B. K., I, 1647. — 7. R. B., 1895, 506.

, VIÎ, 24.

au Jourdain. JOURDAIN Voyage VIII. 277

geaient toutes vers le Jourdain pour s'y baigner. Aujourd'hui les Grecs et les Russes continuent cette pieuse coutume. Cependant, pour se t>algner il faut user de prudence, à cause de la rapidité du courant et des tourbillons fort dangereux.

La vaste place, où s'arrêtent les caravanes, est encadrée de véritables fourrés d'arbres aux formes gracieuses et aux tons les plus variés. Les saules, les acacias, les tamaris et les peupliers, populus euphratica, s'élèvent à des hauteurs prodigieuses et à leur pied pullulent les plantes aquatiques, parmi lesquelles on dislingue le roseau du Jourdain, agnus castus, une sorte de bambou qui fleurit. Celte végétation vivace est égayée par le gazouillement d'innombrables oiseaux. Le pèlerin en emporte un souvenir ineffable, surtout s'il a le bonheur d'assister à la sainte messe dans ce grandiose sanctuaire de la nature. En tout cas, avant de quitter ce sol béni, il offrira ses hommages d'adoration à la Très Sainte Trinité et renouvellera ses promesses de baptême, jurant de rester, jusqu'à la mort, iidèle à sa foi et à sa religion.

Jourdain. Le Jourdain, en hébreu Yarden^ l'Impétueux, et en arabe Esch Scheriat el Kébir, le grand Abreuvoir, n'est pas seulement de tous les fleuves du monde le plus sacré pour les Juifs et les chrétiens, mais il est aussi le plus merveilleux, et en quelque sorte l'unique au monde par la dépression de son lit, que les Arabes appellent Ghôr, crevasse. Il prend naissance dans les flancs du Grand -Hermon et traverse le lac Houle, puis celui de Tibériade qui lui servent de régulateurs à l'époque des crues produites par la fonte des neiges de l'Hermon et du Liban. Depuis sa source la plus septentrionale, ïHesbani (520 m.), jusqu'à la mer Morte, on compte 195 kil. Sur ce parcours la dépression de son lit est de 914 m. La distance du lac de Tibériade à la mer Morte est à peine de 104 kil. avec une inclinaison de 188 m. ; mais les nombreux méandres que fait le cours d'eau, triplent cette longueur. « Ce fleuve sinueux, dit Pline, semble offrir son excellente eau à droite et à gauche aux riverains, comme s'il lui répugnait de la môler au fluide pestilentiel du lac Asphaltite ^. u Dans la dernière partie de son cours, le Jourdain reçoit comme affluents, sur sa rive droite, ie nahr Fasail^ dont ie nom est emprunté à la ville hérodienne de Phasaël, qu'il traverse ; ie nahr Audjéh, le nahr Nouaiméh^ dont la source est voisine à'Àxn Doûq, et le nahr el Qeit. Sur la rive gauche, il reçoit le nahr Nimrin qui prit son nom de Beth Rimnin du Talmud, le Bethnemra, « maison de l'eau limpide, 9 ou de la Panthère, de la Bible, et le nahr Hesbân, quj

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