‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 140 sur 251 · VOYAGE IX · texte numérisé non relu

VOYAGE IX

DE JÉRUSALEM A EMMAVS (QOUBEIBÉHf ET NÉBI SAMOVIL

De JéruEBleia à l'Emiuaiis de l'Evangile tl y a 61) sladcs, c.à-d,, un peu Ld route carrossable de Jérusalem à Éminaûs est en projet, mais en

evâUpardes cheminH rocailleux. Cepcnd^

Ssqu'a ^slal.

ire Jusiiu'i El

lient pas lairo tout le trajet à cheval, pourraieut aller en voilure

liai, d'où il ne reste plus qu'une bonne beure de chemid . ™ .„ , inie est le efteniiti des Distiples jusqu'à

Ëmiuaûs, atec retour par Nébi Samouit. Enlro Jérusalem et Einmaus un pi-nt suivre uoe voie plus courle, le chemin des motikres qui au Heu de passer par Nébi Samoutl traverse le village de Beit-llMa.

A Emmaûs on trouve un Hospice pour les pËlerlnE, attenant au couvent Iles Pères Franciscains.

Au sortir de Jérusalem, od suit la route do Jafla, |V. Voy. II, p. 55) et l'on passe succesaiVement devant l'établissement russe, l'hApilal municipal «t la route de Saint-Jean In Montana. Au bout de SO mln,, oti laisse Liftâ, l'antique Nephtoa, à ilr.. et l'on arrive blentAt au sentier qui se détache de la route carrossable pour descendre en pente raide au fond de la vallée de Sorec, appelée Ici Ourtdi Beit Hanina. — 12 mln. plus loin, on traverse le torrent et l'on rencontre a g., sur le Tentant de la montagne, les ruinas du village de Beit Toulma, au pied duquel coule nue source de bonne eau.

La croyance populaire localise ici la rencontre de Jésus ressuscité avec les deux disciples, qui, triâtes et abattus, se ren* datent cbez eux à Emmaûs. Cest pour cela que ce sentier retut le nom do chemin des Disciples^.

Le sentier serpente dans une gorge étroite entre deux rangées de montagnes dont les lianes sont couverts d'arbres et de vignes. A 10 mln, de l'entrée de la vallée, le chemin passe sur un rocher plat et glissant. Celui qui n'a pas l'habitude du cheval, fera bien de descendre quelques instants. Plus loin (8 min.), <m voit sur le Hanc de la montagne, à g., Khirbet el Lozek, avec d'Intéressantes ruines et une banne source. A une deml-heuie au delà, on cdtole un l)eau verger de grenadiers, de citronliers et de cogoiisslers, arrosé par la source voisine Aïn Btit inurlo. I.p villaffp de méjae nom, Beit Sourîq, occupe la hau-

!.. Il, lia.

EMMAUS Voyage IX. 285.

teur à g. La localité est ancienne, comme le démontrent les tombeaux taillés dans le roc. Entre le village et la source on découvrit récemment une mosaïque avec inscription chrétienne en langue grecque, du v* ou du vi* s., mais trop mutilée pour permettre d'en tirer un sens. De vastes pans de mur, des colonnes et des chapiteaux en marbre de style gréco-romain, des aqueducs, etc., indiquent que là se trouvait un établissement considérable et probablement un monastère. Les gens du pays ont fouillé ce terrain pour exploiter les pierres de taille et spécialement les grandes dalles du pavement. Beit Sourîq, appelée aussi la Petite Mahonerie par les Croisés, était du nombre des casaux donnés par Godefroy de Bouillon aux chanoines du Saint-Sépulcre ^.

De la source, on se dirige au N.-O. et on traverse un bosquet d'oliviers qui occupe le fond de la vallée. Arrivé de l'autre côté, on remonte la pente et après 20 min. de marche, on laisse à dr. le village deBiddou, centre de plusieurs voies romaines. Celle qu'on continue à suivre versl'O., est marquée, 5 min. plus loin, par un tronçon de la 8' colonne milliaire, gisant à terre. Après avoir dépassé une nouvelle bifurcation de routes, on aperçoit les premières ruines d'Emmaùs, puis le village de Qoubeibéh et, à son extrémité, l'église et le couvent des Pères Franciscains.

Emmaûs,

C'est ici, d'après la tradition, la patrie de saint Cléophas et

de son fils saint Siméon, qui devint le 2' évoque de Jérusalem.

Après que le divin Maître, sous l'aspect d'un pèlerin, leur eut

expliqué en route la réalisation des prophéties dans tout ce

qui venait d'arriver au Christ à Jérusalem, « ils approchèrent

du village où ils allaient. Lui fit semblant d'aller plus loin.

Mais ils le pressèrent, en disant : « Restez avec nous ; car le

soir approche et le jour est sur son déclin. » Et il entra pour

demeurer avec eux. Pendant qu'il était à table, il prit le pain

et, après l'avoir béni, il le rompit et le leur donna. Alors leurs

yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut à

leurs yeux 2. »

A propos d'Emmaùs de la plaine de Saron, nous avons déjà dit que, d'après l'historien Sozomène, le titre de Nicopolis, la Victorieuse, fut imposé par Vespasien à Emmaûs, en souvenir de la conquête de la Judée. C'est naturellement là l'Emmaûs que l'empereur donna en partage, avec son territoire, aux 800 Vétérans, « endroit nommé en vérité Ammaûs, dit l'nislorien juif, mais distant de Jérusalem de 60 stades ^. » Cet « endroit » est évidemment le même que l'Emmaiis de l'Evangile^ « un bourg distant de 60 stades de Jérusalem*. » Pendant

i. Cart. du S. SépuL, CXV. — 2. Luc, XXIV, 28 31. - 3. G. J., VÎI, VI, 6. - 4. Luc, XXIV, 13.

286 Voyage IX. emmaus

la terrible guerre menée par les légions romaines contre les Juifs en révolte sous le règne d'Adrien (132 135), l'Emmaûs à 60 stades disparut comme la plupart des villes et villages de la région. Mais la ville d'Emmaûs de la plaine, métropole d'une toparchie au i" s., et dans une position stratégique de premier ordre, fut épargnée et conserva son importance. L'an 222, Alexandre Sévère concéda à la ville d'Emmaûs le titre de Nicopolis, sur la demande du préfet Jules Africain, « pour conserverie glorieux souvenir, disent les écrivains du iv* s., de la victoire remportée par les Romains sur les Juifs l'an 70. » De l'Emmaûs détruit au ii* s., le litre de Nicopolis passa à un autre Emmaûs, par un privilège spécial de l'empereur.

Du m* au iv* s., les écrivains ecclésiastiques, Origène, puis Eusèbe de Césarée, ne connaissaient plus qu'un Emmaus, la ville des Macchabées dans la plaine, portant le titre de Nicopolis, et ils crurent que c'était là l'Emmaûs de l'Evangile. Mais l'Emmaûs Nicopolis de la plaine est située, non à 60 stades, mais à Kio stades de Jérusalem. Pour faire disparaître l'erreur apparente, ils corrigèrent le texte sacré dans les copies de l'Evangile qu'ils firent transcrire, changeant le chitire de 60 stades en 160. Saint Jérôme, traduisant l'Onomasticon d'Eusèbe, indique l'Emmaûs de saint Luc à Nicopolis dans la plaine, mais dans la Vulgate, il laisse le chiffre de 60 stades, tel qu'il l'avait trouvé dans les anciens manuscrits. Ces illustres écrivains ne semblent pas s'être aperçu que les deux disciples, après avoir fait un voyage de 30 km. de Jérusalem à Kmmaûs, n'auraient pu faire le même jour un second voyage de 30 km. et arriver à Jérusalem cum sero esset, c.-à-d., vers la 9* heure, tout en partant d'Emmaûs quand déjà le jour était à son déclin. Aussi la plupart des savants voient ils dans les 160 stades une correction maladroite.

D'ailleurs, Tatien (u* s.) ^, une relation de pèlerin publiée par Pierre Diacre en 1037 et que M. Gamurrini, l'éditeur, attribue à sainte Sylvie (rv* s.)*, saint Augustin ^ un moine du mont des Oliviers (v' s.)*, les Corameniaires attribués à Tile, évêque de Bosra {v*-vi' s.)*, le V. Bède*, Théophane de Taormina"^, et Jean, évêque des Euchaïtes*, se prononcent pour l'Emmaûs à 60 stades. Georges Cédrénus (vers 1059), après avoir parlé de la ville d'Emmaûs-Nicopolis, rapporte un fait arrivé l'an 387 au village d'Emmaûs en Palestine». L'Emmaûs de saint Luc ne semble donc pas avoir été perdu de vue et apparaît de nouveau comme un village dès le IV' s.

L'an 1099, les Croisés se rendirent de Lydda à Jérusalem en passant par Bettenoble, Beit Nouba, d'où ils s'engagèrent dans une gorge suivie par une voie romaine et arrivèrent à Emmaûs *•>. C'est évidemment Emmaûs-Qoubeïbéh. iPrès de ce lieu, ils rencontrèrent une source d'eau abondante et délicieuse. Les indigènes l'appellent Ain Adjâb, la Fontaine miraculeuse. Dans l'endroit même, les Francs rencontrèrent en ruines un antique sanctuaire abritant une maison juive. Les chrétiens du pays leur apprirent que c'était là le lieu où Jésus s'était manifesté à deux de ses disciples par la fraction du pain, l'Emmaûs de saint Luc.

La roule passant par Beit Nouba, Emmaûs et Nébi Samouil pour aboutir à Jérusalem, était la voie ordinairement suivie parles pèlerins aussi bien que par les troupes franques. C'est pourquoi les Croisés construisirent le château Arnold à l'entrée de la gorge, près de Beit Nouba et le confièrent aux chevaliers de Saint-Jean de l'Hôpital. En même temps (le 13 février 1141) leur furent concédées « les terres d'Emmaûs », avec charge de protéger les pèlerins sur cette voié^^ Ce

1. Ev. Harm., 203. — 2. Pétri Diac. De loc. s., 129. — 3. De C(ms. evang., III, 25. — 4. Vita S. Melaniœ j. — 5. Bibl. Pat., IL 835. — 6. Corn, in S. Luc, XXXIIl. — 7. Hom., XXXII. - 8. J. E. M. Fragm., éd. de la Garde, 63. - 9. Hist. comp. — 10. Albertus Aq., H. H. Exp., V, xliii-xlv. - 11. Guill. de Tyr, De bello s., XIV, 8. .

Page 1