RUINES
son, on a retrouvé une estrade en pierre de 2 m. de cAté sur 0 m. 15 de hauteur, et sur ce marchepied les traces d'un autel de 1 m. 25 de côté. Un nouvel autel en marbre de Carrare y remplace l'ancien. Le sol, qui avait conservé des fragments de mosaïques, est recouvert d'un splendide dallage en marbre. Au fond de cette vénérable chapelle, repose en Dieu la sainte et noble dame française, la marquise Pauline de Nicolay, qui, pleine d'espoir de découvrir les vestiges de l'antique sanctuaire d'Emmaûs, avait acheté un terrain considérable dont elle fit don à la Custodie de Terre sainte.
Sur ces dalles sacrées, le pèlerin lira avec bonheur le ravissant récit que fait saint Luc de la présence du Seigneur à Emmaûs le jour de sa résurrection. -(F. Luc, XXIV, 13-36, n" 7).
Visite aux alentours. Bien qu'en 1517 Soliman fit emporter d'Emmaûs les meilleures pierres de taille pour construire l'enceinte actuelle de Jérusalem i, il reste encore des ruines intéressantes provenant, soit de forteresses remaniées par les Croisés, soit du Deir, l'ancien monastère, ou bien de l'ancien village juif.
A 10 pas de l'église, au N., une route romaine monte vers l'orient, où elle est bordée de deux rangées de maisons antiques de type juif. Plus haut, une trentaine de maisons musulmanes s'élèvent sur les ruines de l'ancien bourg. On y a découvert un canal taillé dans le roc, se dirigeant vers une large piscine qu'on peut voir dans le jardin du couvent. Elle mesure 38 m. sur 28, avec 5 m. de profondeur, en partie taillée dans le roc. Ce travail est romain.
Au fond de la vallée, vers le N.-O., coule une source très abondante d'une excellente eau. Les indigènes l'appellent ÀÏn Adjâb, la Fontaine Miraculeuse, et prétendent qu'elle coulait autrefois près du village, à l'E.
Panorama. Du haut de la terrasse de l'Hospice, on jouit d'une vue très étendue. On aperçoit la mer en deux endroits. Vers le S.-C, on voit les ruines de Kéfiréh^ perché comme un nid d'aigle sur les couches rocheuses de 3 à 4 m. de hauteur, qui se succèdent en retrait les unes sur les autres, pour lui former comme une immense escarpe. Le sol est jonché de ruines, parmi lesquelles on remarque plusieurs pierres à bossage en forte saillie. Kéfiréh est l'ancienne Chéphira, une des 4 villes Gabaonites qui, grâce à un stratagème, firent la paix avec Josué, pour sauver leur vie 2. Chéphira fut repeuplée après la captivité de Babylone 3. D'autres localités bibliques sont en vue ; mais on les distinguera mieux du haut du Nébi SamouîL
1. Quaresmius, op. cit., II, 720. - 2. Jos., IX, 7. - 3. Néh., VII, 29.
290 Voyage IX. nébi samouil De Jérusalem
Le nouvel établissement qui s'élève sur la çolUne à l'O. du couvent franciscain, appartient à la Société catholique allemande de Palestine, sous la direction des Pères Lazaristes allemands de Jérusalem.
Nébi SamouîL
D'i^mmaûs on retourne sur ses pas jusqu'à Biddoii (16 min.). Puis, on suit quelque temps la voie qui conduit directement à Beit Iksa et à Jérusalem. C'est le chemin des Moukres, le plus court des 4 chemins de Jérusalem à Emmaûs . En 45 min., on arrive au Nébi Samouil, après avoir dépassé quelques antiques sépulcres et une source qui coule au N. de la colline.
Nébi Samouil est un des points culminants de la Judée. De sa cime (895 m.) la vue s'étend de la mer de Jaffa jusqu'aux montagnes de Moab, et des hauteurs d'Hébron jusqu'au Garizim et au mont Carmel. Les pèlerins du moyen âge, passant par Beit Noûba et Emmaûs, apercevaient pour la première fois les murs de la Cilé sainte du haut de cette colline, et dans leurs transports d'allégresse, ils la nommèrent Mons Gaudii, le Montjoie.
Li colline à pentes raides de tous cotés, commande à la fois les voies qui conduisent de Jérusnlem à la mer et celles (jui moulent eu Samarii;. Un tel site a dû jouer son rôle dans les temps anciens. Les ruines que renferme le hameau attestent, d'ailleurs, l'antiquité de cette localité, ainsi que son importance. A quelle localiié biblique correspond Nébi Samouil? A MasphOy où Samuel jugea le peuple, répondent Eusèbe et saint Jérôme. A liamaîhaï m-Sophim , patrie et sépulture du prophète, disent les chrétiens avec le diacre Théodose, dejpuis le vi* s. L'une et l'autre identification ont soulevé les plus vives contestations, parce que les uns confondent Maspha près de Béthel en Ephraïm, avec Maspha de Benjamin, et les autres voient dans Rama et Ramathaïni Sophim deux villes ditlérentes. Or, le texte hébreu du I" livre des Rois nous apprend à deux reprises que Samuel fut enterré « dans sa maison à Rama ^ » Cette ville est ILxée avec précision au N. fie Gabaath-Safil. Telt el Foui, et répond au village moderne er Hâm, à 9 km. au N. de Jérusalem. Ramathaïm-Sophim n'est que le nom, exprimé incorrectement, de Rama, qui dans les versions est aussi appelée Ramatha et Arma- Ihem. .r. Voy. XII, p. 314).
Mispha, en hébreu, signilie observer, regarder. Au temps des Israélites, il y eut en Palestine une dizaine de places de ce nom, soit villes, .soit tours de garde ou simples positions stratégiques. Maspha de Benjamin était une ville mentionnée avec Gabaa ou Gabaath Saiil *, Tell el Foûl, et l'écrivain sacré nous apprend qu'il s'élevait « en face de Jérusalem =*. » Celte ville est donc bien distincle de Maspha près de Béthel, où se réunii-ent iOO.tXK) combattants d'Israël \ presqu'à l'insu des Benjamiles^ pour venger le crime odieux commis F^ar les hommes de Gabaa sur la femme du lévite d'Ephraïm. Ce dernier Maspha u*é1ait peut être qu'un simple haut plateau. (V. Voy. XII, p. 31^ el 319) ; l'auti-e répond parfaitement à Nébi SamouîL
l. I R., XXV, 1 . - XXVIII, 3. - 2. ,Ios., XVIII, 26. - 3. I Mach., llî, 'iG. - 4. Jg., XX, i;). - •). Cf. Jg., XX, 3.
à Emviaûs. maspha Voyage IX. 291
Maspha de Benjamin a été illustré par les hauts faits du prophète et Juge d'Israël ; c'est pourquoi, vers le vi" s. de noire èi-e il reçut le nom de Samuel et linit par passer pour sa patrie.
A la mort d'Héli, Silo cessa d'être le sanctuain^ de Jahvé. L'arche d'alliance, tombée entre les mains des Philistins, fut renvoyée à Cariathiarim, où elle resta jusqu'au règne de David. Le tabernacle fut transporté de Silo à Maspha de Benjamin, où il demeura environ 77 ans, jusqu'à Ja dédicace du Temple bàli par Salomon.
Israël, tombé dans l'idolâtrie, eut beaucoup à souffrir des Philistins. Samuel, pour le sauver, fit détruire les idoles, convoqua le peuple à Maspha de Benjamin et le ramena contrit et repi'ntanl au culte du vrai Dieu. Pendant que le prophète offrait des holocaustes au Seigneur, les Philistins vinrent à Maspha attaquer les Israélites. Ceux-ci les repoussèrent vigoureusement et les poursuivirent « jus(|u'au-dessous de Bethcar », peutêtre Bethacarem ou Aïn Karem. En souvenir de cette -brillante victoire, Samuel érigea entre Maspha et Sen un monument, la Pierre du Secours, Eben haazer \ qu'Eusèbe et saint Jérôme localisent à Deir Abûn. f Y. Voy. I, p. 42).
Peu de temps après, le peuple se réunit de nouveau à Masiiha pour proclamer Saul roi d'Jsrael.
Après la destruction de Jérusalem par les Chaldéens, Goiolias, nommé gouverneur du pays, établit^ sa résidence à Maspha*. Les fugitifs revinrent « au pays de Juda vers Godolias, » et s'établirent autour de Maspha, que Josèphe place « dans la région de la capitale en ruines •'. » Isinaël as!;assina traîtreusement (lodolias avec les Juifs et les Chaldéens qui étaient dans la ville. Deux jours après le massacre, il vit un groui)e de 80 hommes venant de Samarie, de Sichem et de Silo avec des victimes qu'ils allaient immoler sur un Haut Lieu, probablement à Gabaou, el Djib, ou même à Maspha. L'assassin alla h leur rencontre et les invita à enti*er en ville, saluer le gouverneur Godolias. Les pèlerins, ignorant ce qui s'était passé, acceptèrent l'invitation ; mais à peine, lurent-ils entrés que 70 d'entre eux furent égorgés et leurs cadavres jetés « dans le bassin construit par le roi Asa^, » qui avait forlilié Gabaa et Maspha pour protéger Jérusalem •''.
Les Machabées, voulant se préparer par le jeûne et les supplications à la glorieuse lutte qu'ils allaient entreprendre pour la délivrance d'Israël, « s'assemblèrent et vinrent à Maspha, en face de Jérusalem, parce qu'il y avait eu autrefois à Maspha un lieu de prière pour Israël®. »
Ëusèbe, tout en entremêlant les Maspha de Galaad, de Juda et de Benjamin, localise près de Qariet el EvaO le Maspha illustré par Samuel. « Maspha, dit-il, dans la tribu de Juda(!), où habitait Jephté(!). est près de Cariathiarim où l'arche d'alliance séjourna quelque temps. Samuel y jugea le peuple ; ce lieu est aussi mentionné par Jérémie 7. » Saint Jérôme traduisit ce passage textuellement, sans rien y changer.
M. Couder identifie Maspha avec Nob; mais ces deux villes ont* été évidemment distinctes à toute époque. M. Guérin propose de l'identitier avec Schafdt, village situé entre Tell el Foùl et Jérusalem. Mais cei endroit ne remonte pas- au temps des Juges. (V. Voy. Xil, p. 311). J*uis au temps de Josèphe, le lieu où s'étaient rassemblés les Machabées s'appellait encore masphate, tandis que Schafât portait le nom de Sapha et était biçn dilTérent du premier.
Récemment, on soutint aussi que Néhi Samouîl était Gabaon, le lieu le plus élevé d'après le III" livre des Rois (III, 4). D'après ce texte, Gabaon n'était pas le plus élevé mais « le çlus considérable des hautslieux, bamah. » Gabaon est, d'après les indications de Josèphe, de saint Epiphane, d'Eujsèbeet de saint Jérôme, le moderne el Djîb. (V. Voy. XII.)
1. I R., VU, 5 12. — 2. Jér., XL, 12. — 3. A. J., VI, ir, 4. — 4. Jér.. XLI, 7. - 5. II Par., XVI, 6. - 6. I Mach., III, 46. — 7. O. S., 128. - 8. A. J., XI, VIII, 5.
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