S., 117. - 2. Jg., X, 5. -.3. A. J., V, vu
à Caiffa, 347
CAIFFA
Caifla, dominée par le mont Garmel, est située au S.-O. do la baie de Saint-Jean d'Acre, et fait face à la ville du môme nom. Son port, abrité par le promontoire du Carmel, est protégé contre le vent du S.-O. ; mais il est ouvert à celui du N.-O. et n'est, en conséquence, guère meilleur que celui do Jatîa. Aussi le débarquement s'y fait-il da«s les mômes conditions.
Outre les bateaux à vapeur qui fréquentent le port de CaifTa irrégulièrement, ceux du Lloyd autrichien et ceux de la Compagnie anglo-égyptienne le visitent à jours fixes une ou deux fois par semaine, venant soit de Jaflfa, soit de Beyrouth.
Douane et bureau des passe-ports. L'un et l'autre s'ouvrent sur le débarcadère, et l'on y procède dans les mômes conditions qu'à Jaffa.
Logement. Les Pères Carmes donnent l'hospitalité aux pèlerins. En cas de nécessité, ils les reçoivent dans i'flospice attenant à l'église paroissiale dans la ville môme. Mais si le temps et les circonstances le permettent, les pèlerins montent en voiture au couvent des Pères Carmes au mont Carmel (V. p. 356).
Les Sœurs de Saint-Charles Borromée tiennent aussi un hospice pour les pèlerins dans la colonie allemande. Dans le même quartier se trouvent deux hôtels européens, VHôtel Karmel et le SewEôtel.
Poste et télégraphe. Caifla possède un bureau de poste ottoman et de télégraphe international, ainsi qu'un bureau de poste autrichien et un français.
Consulats. L'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique, les Etats-Unis, la France, la floUande, l'Italie et la Russie sont représentés par des vices-consuls ou des agents consulaires.
Il y a à CailTa trois médecins européens. On y trouve aussi plusieurs magasins d'articles européens en tout genre.
Histoire.
Caiffa ou Hépha, appelée autrefois Calamon, ne figure pas
dans la Bible et n'apparaît dans l'histoire qu'assez tard, pour
ne jouer qu'un rôle sans importance. Helba, mentionnée dans
le livre des Juges (I, 31) et appelée Chebda et Schidia par les
Septante, ne peut d'aucune façon ôtre identifiée avec Hépha.
Le littoral échut en partage à la Lribu d'Aser^ ; mais à leur arrivée, les Israélites ne purent s'emparer d'aucune ville maritime. Parmi les souverains vaincus par Josué au N. de la Palestine, se trouve « Jochanan,
L Jg., V, 17.
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roi de CarmeP. » La ville de Carmel était assise, d'après Pline, sur la montagne de même nom, et s'appelait autrefois Écbatane 2.
Dans le voisinage de Hépha ou Calamon se trouvait la ville de Sycaminos, qui devait son nom, sans doute, aux sycomores de son territoire. Calamon et Sycaminos étaient deux rivales qui s'élevèrent tour à tour l'une aux dépens de l'autre, jusqu'au moyen âge, alors que la dernière disparut pour toujours. L'histoire de l'une se confond avec celle de l'autre.
L'an 104 av. J. G., Ptolémée Lathyre, qui régna sur l'Ile de Chypre après avoir été chassé d'Egypte par Gléopâtre sa mère, vint au secours de Plolémaïs (Sain t-Jean-d' Acre), alors assiégée par Alexandre Jannée, roi de Juda A cet etïet, il débarqua ses troupes, au nombre de 30.003 hommes, à Sycaminos^.
Au commencement de l'ère chrétienne, Sycaminos était sans importance comme la plupart des villes voisines, a Après Ace (Acre), dit Strabon, vient la tour de Straton (Césarée). Dans l'intervalle on rencontre le mont Carmel et des noms de villes et pas autre chose, tels que ceux de Sycaminopolis, Boucolopolis, Crocodilopolis et autres semblables^. » Pline s'exprime à peu près dans les mêmes termes^. Sycaminos s'était relevée vers le iv* s., ainsi que Calamon qui porte le plus souvent le nom de Hépha.
Eusèbe et saint Jérôme semblent ne faire qu'une ville de Sycaminos et de Calamon ou Hépha, disant que Sycaminos reçut le nom de a Epha à cause du mont Carmel <^. » Le nom de Hépha fut-il donné à la ville parce que le Carmel lui sert d'abri, khafah en hébreu, ou parce que le promontoire forme son port,, en hébreu hof? Quoi qu'il en soit, Sycaminos et Hépha étaient deux villes différentes. Le Talmud distingue nettement Shikmonah de Hépha'^. Puis le Pèlerin de Bordeaux, venant de Ptolémals, rencontra la ville de Calamon ii XII milles romaines (18 km.) vers le S. Or à cette distance, à 1 km. 1/2 au delà de la ville actuelle, existait une cité gréco-romaine, comme l'ont démontré les fouilles pratiquées en ce lieu. Au bord de l'eau, on voit encore les restes d'une antique fortification appelée Bordj ez Zaoùra^ tour de la Hanche ; l'emplacement de cette ville porte dans la bouche des indigènes le njm de Haifa el Atikay Caiffa l'ancienne.
En outre, à Jll milles de Calamon, le pèlerin gaulois rencontra Sycaminos. Précisément à 4 km. de Haifa el Atika, et même à une distance un peu plus grande si on longe la mer par le Râs el Kéroûn^ le cap des Vignes, on arrive au Tell es . Sémak, colline du Poisson, où l'on a trouvé des monnaies, des
1. Jos., XII, 22. - 2. H. N., V, 17. - 3. A. J., XIII, xii, 3. -4. Géogr.. XYI, II, 25. - 5. H, iV., V, 17. - 6. 0. S., lOS. - 7. Mischna, Demai 1, — Talm. Bah. Sab., 26.
PLAN DE CAIFFA.
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chapiteaux et de vastes constructions des époques romaine et byzantine. C'est donc là remplacement de la rivale de Galamon. Le Pèlerin de Plaisance (570j fournit au sujet de Sycaminos quelques détails assez intéressants. D'après son récit, dans lequel les chiffres donnés pour les distances ont été souvent manifestement altérés par les copistes, Sycaminos se trouvait (( au-dessous du mont Carmel. » A un mille de la cité, on rencontrait les « Camps des Samaritains, » et à un demi-mille audessus de ces camps, « le monastère du prophète Elisée. » Les Camps des Samaritains, appelés dans le Talmud a les Camps desMinim*, » des hérétiques, répondent au village en ruines d'es Samir situé à 3 km. au S. de Tell es Sémak et à 2 km. d'ed Deir^ le Monastère, dont on voit encore les vestiges près de la Fontaine d'Elie. Du reste, es Sémak semble bien être une réminiscence de Shikmonah. En tout cas, au témoignage précis du pèlerin du w" s. on ne saurait opposer le témoignage vague et indécis d'Isaac Chélo qui, 1.000 ans plus tard, indique Kalamoun « entre Césarée et Caiffa^. » Malgré leurs plus diligentes recherches, les explorateurs n'ont pu découvrir aucun souvenir de Calamon entre ces deux villes. Le lieutenant Kitchener a compulsé tous les titres de propriété des terrains situés autour de Tell es Sémak et il est resté persuadé que le nom de Calamon ne s'est attaché sous aucune forme à un point quelconque du territoire "^
Lors de la première Croisade, Godefroy de Bouillon concéda à Tancrède la principauté de Galilée, depuis Tibériade jusqu'à CailTa. Tancrède s'empara de cette dernière place après un siège de 15 jours et avec les efforts combinés de l'armée de terre et de la flotte vénitienne'*. Les historiens de l'époque l'appellent Caifas, Caiphas et Héffa ; ils la désignent aussi sous le nom de sa voisine disparue Sycamimun. Bien plus, Guillaume de Tyr^ et Jacques de Vitry l'appellent même Porphyria novissimay nom d'une ville que le Pèlerin de Plaisance avait déjà signalée au S. de Sycaminos.
Porphyrion l'ancienne était une ville de Phénicie située, d'après le Pèlerin de Bordeaux, à Vlli milles au N. de Sidon (V. Voy. XXIV). Mais au dire du Talmud, la pêche des coquillages qui fournissaient la pourpre s'étendait depuis les Echelles de Tyr (voire même depuis Beyrouth) « jusqu'à Hépha'î », (voire même jusqu'à Doi*a) ; car les Sidoniens enlevèrent un jour celte ville aux Philistins à cause de ses coquillages de pourpre. Par représailles, les Ascalonites allèrent détruire la flotte de Sidon et réduisirent la ville en cendres. Du reste, le mui^ex trunculuSyl^ coquille^ dont on extrayait la précieuse teinture, abondait sur les plages du mont C.armel, et la mer rejette encore de ces testacés. Le Cantique des Cantiques fait peut être allusion aux coquillages de pourpre de cette mer
1. S. W. P., I, 286. - 2. Carraolv. Itin., 254. - 3. S. W. P., I, 2î ï. Guill. de Tyr, IX, 13. - 5. M, XIII, 2. - G. Gem. Sab., XXVI, 1
loreqii'il dit : « Ta tête est comme le Carmel, et les cheveux de la tête comme la pourpre ^ » 11 n'est donc pas merveilleux de trouver une Porphyria novissima sur le littoral du Carmel.
Saladin se rendit maître de Caiffa en 1187; mais en 1191, lorsque Àkka ou Saint Jean d'Acre fut tombée au pouvoir des Francs, il fit démanteler et dévaster la ville, pour ne laisser aux Croisés qu'une ruine. Ceux-ci la relevèrent ; mais après leur départ de la Palestine (1292), elle végéta jusqu'à ce que, au xviri^ s., le Scheikh Dhaher el Amer la détruisit de fond en comble, lorsqu'il fit la conquête de la Galilée. Toutefois, le conquérant ne tarda pas à la reconstruire sur un nouvel emplacement, au fond de la baie, à 2) min. au S.-E. de l'ancienne ville. 11 l'entoura d'une enceinte et éleva un château fort sur une éminence rocheuse qui domine la ville au S.
Ce Scheikh, que nous aurons à mentionner souvent dans nos excursions en Galilée, était un bédouin de la famille des Béni Zyadnéh. De^ son père il hérita de la ville de Safed, et inaugura une lutte à outrance contre les pachas turcs. Devenu maître de Tibériade en 1738 et de Saint- Jeau-d'Acre en 1749, il se proclama Scheikh de toute la Galilée. Par son influence vraiment civilisatrice, il rappelle l'émir des Druses, Fakher ed Dîn, dont il partagea la glorieuse carrière et le malheureux sort. Dhaher el Amer eut à lutter contre ses propres fils issus de mères rivales, el fut en dernier lieu trahi par sou lieutenant Ahmed, mieux connu sous le nom de Djezzar Pacha, le Boucher.
Les troupes de Bonaparte s'emparèrent de Caiffa en 1799, et quelques jours après, elles repoussèrent brillamment une attaque de la flotte anglaise.
Plus tard, en 1837, CailTa fut occupée par les soldats d'Ibrahim Pacha, et en 1840 la place, le chîUeau fort surtout, subit de grands dégâts par le bombardement des flottes réunies de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Turquie. Depuis le départ de l'armée égyptienne, la ville était restée sans garnison jusque dans ces derniers temps.
Etat actuel.
La place forte du xvjii* s. forme au S.-O. de la baie de Saint- Jean un parallélogramme d'environ 450 m. de long sur 250 de large. Ses murs et ses bastions sont dans un triste état de délabrement ; en plusieurs points ils ont complètement disparu. L'enceinte renferme au S.-E , du c(Hé d'Acre, le débarcadère, la douane (2), les agences maritimes avec la poste autrichienne (1). (Voir les indications sur le plan de la ville). Puis on rencontre la grande mosquée avec une belle tour à horloge (4), la poste ottomanci le bureau du télégraphe et la poste française, l'église grecque catholique (5) et l'église grecque non-unie (6;. Plusieurs