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dans l'idolâtrie. Elie convoqua au Carmel « tout Israël u avec les 450 prêtres de Baal entretenus par Jézabel. Après avoir démontré l'impuissance de la fausse divinité, le prophète dressa un autel, y plaça l'holocauste et invoqua l'Eternel. Aussitôt le feu descendit du ciel et consuma les victimes. A la vue de ce miracle, le peuple proclama de nouveau Jahvé pour son Dieu, et, sur l'ordre d'Elie, les prêtres de Baal furent entraînés au bord du torrent de Gison, pour y être égorgés*.
Une longue et terrible sécheresse prédite par Elie avait forcé le roi Achab à se réfugier avec ses chevaux dans une des gorges du Carmel. Le prophète conjura le Seigneur de faire cesser le fléau, et après s'être prosterné contre terre, il dit à son serviteur : « Monte et regarde du côté de la mer. Le serviteur monta ; il regarda et dit : 11 n'y a rien. (Elle) lui dit : Retourne jusqu'à sept fois. A. la septième fois (le serviteur) dit : Voici un petit nuage qui s'élève de la mer et qui est large comme la paume de la main d'un homme. Elie dit : Va et dis à Achab : Attelle et descends de peur que la pluie ne t'arrête. Peu à peu le ciel s'obscurcit par les nuages, le vent souffla et il tomba une grande pluie ^. » La nuée qui parut dans le ciel limpide après une longue sécheresse, et qui annonça au peuple la pluie bienfaisante tant désirée, a été regardée par quelques Pères de l'Eglise comme la figure de la Vierge Marie qui portait en elle, comme le nuage porte l'eau, l'abondance de toutes les grâces, le principe de toute fécondité.
Elisée se trouvait au Carmel quand une mère éplorée vint le supplier de la suivre à Sunam et de rappeler à la vie son fils unique qu'une insolation venait d'emporter 3. Ce touchant épisode nous apprend que les jours de sabbat et des calendes, ou nouvelles lunes, les fidèles du royaume d'Israël se rendaient sur cette montagne pour y prier, consulter les prophètes et offrir des sacrifices à Dieu.
Les païens eux-mêmes continuaient à fréquenter le Carmel. Au II' s. av. J.-C, le célèbre philosophe Pythagore, raconte Jamblique, son biographe, alla souvent méditer « dans le lieu sacré du Carmel ^. » Puis au temps de Darius, fils d'Hystaspe (521 à 485 av. J.-C), la montagne semble avoir été consacrée à Jupiter s. Cependant, Suétone et Tacite prétendent (|ue le Carmel ui-même était la divinité adorée. « Le dieu Carmel. ajoute Tacite, n'a ni statue, ni temple, ainsi que l'ont voulu les fondateurs de son culte ; on n'y rencontre (ju'un autel et des adorateurs. )) Vespasien, alors simple général, sacrifiait en ce lieu dans le
1. III R., XVIII, 1 40. - 2. III R., XVIII, 42 io. - 3. IV R., IV, 17 37. - . Vtta Pythag.y III, 5. — 5. Scylax, t*ériple, 42.
temps où son esprit roulait de secrètes espérances. Le prêtre Basilide, après avoir examiné les entrailles des victimes, lui dit : « Quelque chose que tu médites,... un vaste siège t'est réservé *. » Josèphe nous explique cette recrudescence de superstitions païennes au Carmel, en nous apprenant que la montagne sacrée appartenait alors aux Tyriens^.
Cette montagne, si éminemment apte à la vie contemplative, attira de bonne heure les anachorètes chrétiens. Vers l'an 570, Antonin de Plaisance signale au S. de Sycaminos et au-dessus des Camps des Samaritains « le monastère d'Elisée le prophète, à l'endroit où il fut rencontré par la femme dont il ressuscita le fils. » On voit encore les vestiges de ce couvent dans la vallée des Martyrs. Après la conquête de la Palestine par les Francs, un Croisé, Berthold de Limoges, vint rejoindre les ermites de rite grec qui vivaient au pied du Carmel. L'Israélite espagnol, Benjamin de Tudéla, dit en 1160 : (C Non loin de Hépha et du cimetière juif, se trouve la grotte du prophète Elie ; deux flls d'Edom (c.-à-d., deux chrétiens) y ont élevé une chapelle. » Il indique la belle grotte dite Ecole des Prophètes. Quant au monastère visité par le Placentin, Jean Phocas, moine grec, le trouva en ruines en ItSi. « Cependant, dit-il, un moine Calabrais, blanchi par l'âge et revêtu de la dignité sacerdotale, vint aborder en ce lieu. 11 entoura d'une petite enceinte les restes du monastère, y bâtit une tour et une chapelle et réunit une dizaine de frères. » Lorsque les Francs durent se concentrer autour de Saint-Jean d'Acre après la perte de Jérusalem, le nombre des ermites du Carmel augmenta considérablement. Ceux de rite latin étaient placés sous la direction de Brocard, né dans la Ville sainte de parents français. En 1212,^1 pria Albert, délégué apostolique et patriarche de Jérusalem, en résidence à Acre, de leur tracer une nouvelle règle de vie. Par cette règle, l'ordre des Carmes était définitivement fondé. Les vertus de saint Berthold et de saint Brocard firent multiplier les vocations et, du mont Carmel, les Religieux Carmes se répandirent bientôt en Europe. Saint Simon Stock, général de l'ordre, institua en i2S5 la confrérie du Scapulaire de N.-D. du mont Carmel.
Les chroniqueurs de l'époque ne nous apprennent pas si pendant son séjour à Acre saint Louis a visité Cailîa et le mont Carmel. Il quitta le port d'Acre le 25 avril 1254 pour se rendre en France. Le lendemain, son vaisseau s'ensabla, non pas au cap du Carmel, mais près de l'ile de Chypre ^
Déjà les Religieux avaient été assaillis par des bandes de
1. Pline, H. N., II, 17. — Cf. Suétone, Vita Vespas., V. — 2. G. J., III, V, 2. - 3. Joinville, LXXVIII.