Carmoly
à Tibériade. GANA Voyage XVII , 399
venir de ces événements par des édifices sacrés, dont on voit encore quelques précieux vestiges à Kefr Kenna.
Histoire.
Les rabbins de Safed possèdent la liste des villes contribuables de la tribu de Zabulon, compilée d'après d'anciens documents. On y lit au n* 5 : « La ville A'ittfia Hazim, plus tard Isanna, aujourd'hui Kaphar Cona^ » Cela concorde très bien avec le livre de Josué où il est dit : « La frontière de Zabulon... monte à Japha, de là elle passe vers l'orient de Gethhépher, à Ittha Hazim {Vulgaiej Thacasin) et sort à Remmon *. » Reromon est identifié avec Roummànéh, village situé au N.-E. de Kefr Kenna.
Dans l'Evangile, ce lieu est appelé Cana de Galilée, pour le distinguer de la ville de Cana d Aser '*, qu'on identifie avec le village de Qànâ situé à 12 km. au S.-Ë. do S'oâr, l'ancienne Tyr. Néanmoins, Eusèbe et saint Jérôme n'ont pas Tait cette distinction. Suivant leur regrettable habitude de réunir plusieurs villes de même nom en une seule, ils écrivent : « 11 y eur une ville de Cana dans la tribu d'Aser ; là Notre-Seigneur changea l'eau en vin, et Nathanaêl en fut originaire. C'est aujourd'hui une ville de la Galilée des gentils ^. » Toutefois, après avoir commis une pareille méprise, saint Jérome raconte que sa disciple Paule visita Cana où Notre-Sei^neur changea l'eau en vin, en allant de Nazareth à Capharnaûm ^. Sainte Paule et sainte Ëustochium écrivent elles-mêmes à Marcella que « peu loin de Nazareth elles virent Cana où l'eau fut changée en vin, et que de là elles moulèrent au Thabor^ » Flavius Josèphe raconte de son celé avoir occupé Cana à cause de sa position stratégique entre Sepphoris et Tibériade 7.
L'emplacement de cette ville est ensuite indiqué avec précision par l'ensemble des relations laissées parles pèlerins. Théodose (530) indique Sepphoris à égale dislance de Nazareth et de Cana. Ces trois lieux lorment en eflet un triangle équilatéral de 4 km 1/2 de côté. Antonin de Plaisance (570) devient plus explicite. De Ptolémaïs, il se rend à Sepphoris et, à trois milles de là, il arrive à Cana. Il s'assit, dit- il, et écrivit le nom de ses parents sur le banc où le Seigneur prit place dans la salle du festin. Il y trouva encore deux des six cruches qui servirent aux noces. La pierre qu'on avait montrée au pèlerin italien et sur laquelle, lui avait-on dit, s'était étendu Notre-Seigneur pendant le festin des noces, a été retrouvée, en 1885, non pas à Cana, mais dans les ruines de l'église d'Elatée en Phocide, ancienne Grèce. Elle est en marbre gris et mesure 2 m. 33 sur 0 m. 64 avec une épaisseur de 0 m. 33. On y lit l'inscription grecque suivante, en caractères du vi* ou vu* s. : « Cette pierre vient de Cana de Galilée, où Notre-Seigneur changea l'eau en vin *. » Ce bloc de marbre, aujourd'hui conservé à Athènes, a dû être emporté de Cana avant l'invasion des musulmans.
Dans la relation d'Arculfe, Adamnanus copia à la lettre la phrase de saint Jérôme relative à Cana d'Aser. Dans l'Hodoepéricon de saint Willibald (723-726i il est dit : « De Nazareth... ils arrivèrent au bourg de Chana, où le Seigneur changea l'eau en vin. On y voit une {grande église ; snr l'autel se trouve encore une des six hydries que le Seigneur lit remplir d'eau qui se changea en vin. Ils passèrent un jour en cet endroit, puis de là, ils montèrent au Thabor. » Vers 808, le Vommemoratorium rapporte qu'à Cana en Galilée vivaient des moines, ce qui .^
permet de supposer que la basilique et le monastère y subsistaient encore.
1. P. Egide Geîssler, Das bibl. Cana, Die Posaune, 1901, 60. — 2. Jos., XIX, 13. — 3. Jos., XIX. 25. — 4. 0. S., 16. — 5. Peregr. S. Patilae. - 6. Ep., XXXVI. — 7. Viia, 16. — 8. Le Camus, D. B. V., II, 117.
400 Voyage XVII. cana De Nazareth
Inutile de citer les témoignages des pèlerins qui visitèrent Cana aux siècles suivants. Ils sont tous d'accord avec leurs prédécesseurs, bien que quelques-uns influencés par lé texte de saint Jérôme ou d*Adamnanus s'expriment d'une manière incorrecte. Burchard (1285) place, il est vrai, Cana au N. de la plaine de Batoûf, ainsi que Marin Sanulo quelques années plus tard (xiv' s.). Mais leur description du sanctuaire, celle de Sauuto surtout, est identique à celle faite par les pèlerins qui jusqu'au xviii* s. ont visité Kefr Kenna, et répond exactement au monument dont on a découvert les vestiges. Il suffira de rappeler que saint Louis, accompagné de tout ce qu'il y avait de plus noble et de plus savant à Saint-Jean d'Acre, se rendit de Sepphoris à Cana de Galilée, de là au mont Thabor et arriva le même jour à Nazareth.
Basilique de Gana. La basilique de Kefr Kenna s'est conservée à peu près intacte dans sa forme primitive jusqu'au xviii' s. Le chanoine Doubdan qui la visita en 1654 en a laissé la description suivante : « C'est un bastiment fort ancien, tout à fait de pierres-de- taille, qui consiste en deux grands corps de logis, dont celuy de main droite est l'église, qui est une voûte longue environ de 40 pas et large de 20, soustenue au milieu d'un rang de colonnes, et quelques fenestres qui y donnent le jour. (Surius (1644) estima à 35 pas sur 15 les proportions de l'éditice'. Elle est toute déserte, continue Doubdan, et néanmoins encore toute entière, et sert de mosquée à ceux du pays, et dessous icelle est une chapelle qu'on dist estre au même endroit où Nostre Seigneur fit cette merveille. L'autre partie est un grand logis, qui estoit la demeure des ecxîlésiastiques, où à présent logent les santons, et entre ces deux bastiments est une cour assez spacieuse, sur la porte et entrée de laquelle est une grande pierre qui sert de linteau, où sont taillés en relief trois pots ou cruches, avec quelque écriture ancienne et à moitié etlacée, qui fait paroistre que c'est le même lieu où ce grand miracle a été fait. »
Au siècle suivant, le P. Nau en fait une description identique. Puis, il rappelle que, d'après Marin Sanuto, on descendait par plusieurs marches « dans le réfectoire » où se tenait le repas des noces, et ajoute i« Je croirais assez que le lieu des cruches était sous terre, comme il le raconte, et à l'endroit où est le bâtiment d'aujourd'hui. Mais je douterais que le Réfectoir fut si enfoncé, bien que la colline sur le bas de laquelle cette église est bâtie, ait pu donner occasion de le creuser un peu en terre. » En effet, les ravinements des pluies ont amoncelé la terre autour « du Réfectoir » surtout pendant les guerres du I" et du II' s.
Deprfis Burchard (1285), les pèlerins font remarquer que la basilique recouvrait deux lieux distincts : celui où se trouvaient les six amphores ((uand l'eau fut changée en vin, et l'archUriclinium où eut lieu le repas des noces. Le premier a été retrouvé et forme la crypte de l'église qu'on y voit à présent.
Etat actuel.
Kefr Kenna compte 1.009 habitants, dont 103 sont de rite latin, 366 de rite grec non-uni, 41 protestants et 497 musulmans. La localité était autrefois de 3 à 4 fois plus grande qu'elle ne l'est aujourd'liui, comme le démontre l'extension de ses ruines. Longtemps elle fut le siège du gouverneur du district, avant qu'il ne fut transféré à Nazareth. Kenna déchut rapidement jusqu'au point do n'être plus qu'un misérable lameau au xvin* a. Les mosquées furent abandonnées et tombèrent en ruines. La haine contre les chrétiens, spécialement
à Tibériade.
Voyage xril. 401
contre les pftierina, veslu seule bien vlvace dans l'endroit, jusqu'fi la seconde moitié du siècle dernier.
Au milieu de ses goarbis en pisé, on aperçoit deux (églises : celle de g. est l'église paroissiale des Grecs, celle de dr., l'église paroissiale des Latins, desservie par les Franciscalas.
Sanctnaire de Oaaa ^.
Après de longues démarches qui commencÈrent en 16il, les Pères Franciscains réussirent à acheter une partie de l'ancien sanctuaire, et grfice â la liienvelllanco de Midath Pacha, gouverneur de Damas, ils furent autorisés on 1879 a élever ud mur do clôture et a construire une chapelle.
Mais pour bien des mollis, particulièrement â cause de la jalousIedesGrccset ai£me des protestants, il talluLliatir l'église au plus vite, sans avoir les loisirs de taire dos louilles arcbéoloRlques. Peu à peu la propriété des llellgieux s'élargit, et le R. P.
Egide Geisaler de Salzbourg, pendant ^2 ans curé do Cana, agrandit et embellit son église, tout en explorant le
Hosaïque avec inscription hébraïque. A S pieds sous le sol actuel de l'église, „ , . . , . , on rt rLtrouié partout des
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luàaïque —i tiJti-ne — 3 TU', clen paiement en mosaïque, cripnimhebrmque—h Cnlmive construit ou n' a Au-devant du chœur actuel (o), on \oil dans ce pavé deux Inscriptions hébraïques Le panneau Oe dr assez bien conservé, est formé de 5 lignes de
Pion de i'nnclennp basilicii IVïlise ac<u»il<
402 voyage XVll. ca>a De Nazareth
gucur avec des caractères de 0 m. 05 de hauteur. On y lit^ d'après M. Clermout-GanDcau : a En bonne mémoire : Yoséh (Joseph\ fils de Tanhum, f!Is de Butâh, et ses enfants, lesquels ont fait cette T B L H. Que la bénédiction soit pour eux. Amen. » On peut lire T B L II tabulafi, mot rabbinique transcrit du latin tabula. Mais ces lettres peuvent aussi se rapporter k iablita^ motaraméen chrétien qui signifie au/e/ ^ De l'autre panneau qui est plus central et qui devart renfermer le motif de l'érection du monument, il ne subsiste malheureusement qu'un fragment. L'inscription appartient au iV' s. ; par définition et par destination elle est chrétienne. Saint Epiphane raconte que Joseph ou Yoséh, comte de Tibériadc et Juif converti au christianisme, fit élever des basiliques à Tibôriade, à Capharnaùm, à Scpphoris, ù Nazareth « et autres villes et villages ^. » Certes, parmi ces villes et villages, Cana, illustrée par le premier miracle du Messie, n'a pas pu être oubliée.
Amphore judaïque dans la crypte. Sous le chœur, on peut visiter une partie de la chapelle souterraine ou de la crypte dont il est si souvent question dans les relations des anciens pèlerins. A l'origine, elle n'était qu'î^ 1 m. 25 au-dessous du niveau de la basilique. Aujourd'hui on y descend par 12 marches (1). Au pied de l'escalier. 3 ,on rencontre une amphore en maçonnerie encastrée dans une petite construction carrée. Au jugement d'archéologues de renom, c'est un travail judaïque destiné aux ablutions. A dr., s'ouvre une magnifique citerne que les experts font remonter à une très haute antiquité. Dans cette crypte on lisait anciennement une inscription latine disant : « Ici étaient les cruches d'eau. »
Rangée de colonnes. En remontant dans l'église, on rencontre au N. une porte qui conduit dans une petite pièce, véritable musée où se voient une foule de débris de sculptures byzantines, de monnaies juives et constantiniennes trouvées sur place, etc.
A travers une grille posée à fleur de terre (6), on aperçoit la base d'une belle colonne en marbre, encore in situ sur le pavé en mosaïque ; 4 autres colonnes sont rangées sur la môme ligne, dans la direction de TO., sous la maçonnerie de l'église actuelle. Un des chapiteaux de ces colonnes, de style corinthien, se trouve dans la collection dont nous venons de parler.
Plan de Fancienne basilique. L'ancienne basilique, disent les pèlerins du moyen âge, était une vaste salle de 35 à 40 pas de long sur 15 à 20 de large, divisée en 2 nefs par une rangée de
1. liée, d'arck., IV, 3W-rMJD. - P. E. F., 1902, 132-134.-2. Adv. Haer P. a., XLI, 427.
à Tibériade, caxa Voyage XVII, 403
colonnes. Elle était tournée vers l'orient, à l'inverse des synagogues galiléennes. Le mur méridional du monument, sur lequel s'élève- aujourd'hui le mur septentrional du couvent et de l'Hospice des pèlerins, s'étend jusqu'à la rue. Celle-ci occupe l'emplacement du narthex ou portique, duquel on descendait par un escalier au niveau du sol de l'église grecque.
L'église actuelle occupe une grande partie de la nef méridionale : la crypte est la salle où les hydries furent remplies de cette eau qui, par la toute-puissance du Christ, fut changée en vin. Â l'extrémité de l'autre nef, encore encombrée de maisons et d'une ruelle, on vénérait l'emplacement de la salle du festin.
Saint Jean admet, en effet, deux pièces distinctes. Le P. Geiss- 1er découvrit dans la crypte une porte s'ouvrant au N. Dans l'espoir de trouver les vestiges de la salle du festin, il allait reprendre ses travaux d'exploration, quand Dieu appela à lui (8 avril 193.0) son vertueux et zélé serviteur.
Les colonnes du portique, les linteaux de porte, les corniches et les moulures de style du iv* s., éparses dans la cour ou enclavées dans les murs des maisons voisines, proviennent tous de Tancicnne basilique.
Qu'il fait bon de prier dans ce lieu si merveilleusement sanc-
tiûé par la tendre charité de Jésus et de Marie, et qu'on aime à
relire sur place l'épisode des noces de Cana! (V. Jean, II, 112,
Eglise des Grecs. En face, les Grecs héUrodoxcs ont édifié une église en 1556, le plus près possible du sanctuaire servant alors de mosquée. Ils l'ont rebâiie en 1886. On y montre deux gros et lourds bassins en pierre qui ont la forme d'un cône renversé.. Historiquement, le plus ?rand servait de baptistère aux Grecs callioliqucs, qui abandonnèrent leur église au xvni* s. Le second fut taillé par les Grecs non-unis pour l'éjîlise construite en 1566 et qu'ils désertèrent égalem(;nt au xvm* s. Nous avons vu que le Pèlerin de Plaisance (rouva à Cana deux des six hy dînes ; Willibald n'en trouve qu'une seule et à l'arrivée des Croisés il n'y en avait plus aucune. D'ailleurs, les 2 baptistères ne ressemblent en rien aux anciennes amphores du pays, dont plusieurs furent découvertes en Galilée.
Chapelle de Saint-Barthélémy t-
En sortant du village du côté du N., on rencontre à g. la chapelle de Saint-Barthélémy. C'est l'emplacement traditionnel de la maison de Nathanaêl, ûls (en hébreu bar) de Tolmai, d'où son nom de Barthélémy. C'est là que Philippe vint lui annoncer la venue du Messie, Jésus de Nazareth. C'est là aussi que le Sauveur le vit sous le ûguier.
A l'emplacement de la maison de Nathanaêl ou de l'apétre saint Barthélémy, les chrétiens de Cana avaient érigé une église dont on a retrouvé des vestiges indubitables. Les disciples du croissant l'avaient convertie en mosquée. Celle-ci fut
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abandonnée et tomba complètement en ruines. Les Pères Franciscains eurent la bonne fortune d'entrer en possession des raines et construisirent la chapelle qu'on y voit.
Simon le Cananéen. Les pèlerins sont parfois étonnés de ce que les anciens chrétiens n'aient jpas aussi élevé un sanctuaire à l'apôtre Simon le Cananéen. Il n'y avait pas lieu de le faire.
Nazaretli, avons-nous vu, vient de Nezer, rejeton, fleur, et le mot Nasarenus signiQe l'habitant de cette ville. Nazar veut dire séparer, et Nazareus indique l'individu consacré à Dieu par des vœux spéciaux. Samson, Samuel et saint Paul étaient Nazaréens dans ce dernier sens, sans jamais avoir été à Nazareth. Il en est de même du mot Cana. Le nom de la ville signifie roseau ; mais le même nom écrit avec une légère différence signifie zèle. Saint Matthieu, disant en langue araméenne que l'apôtre Simon était Cananéen, n'indique pas son pays d'origine, mais la secte religieuse à laquelle il appartenait. C'est pourquoi saint Luc rend le mot Cana de saint Matthieu par celui de sèle et appelle toujours Simon le Zélote. Saint Paul raconte qu'étant jeune, il appartenait aussi à la secte des zélateurs, dont le but était de promouvoir la stricte observance des traditions paternelles. Pendant la guerre de rébellion, il se forma à Jérusalem la triste secte politique des Zélotes.
De tous les écrivains ecclésiasticiues des 12 premiers siècles de l'Eglise, saint Jérôme seul avance que Simon était né à Cana. Il se trompe, en tout cas, quand il affirme que le nom de cette ville signifie zèle, et c'est sans doute pour l'avoir cru qu'il fit dériver le surnom de l'apôtre, le Zélote, du nom de la ville évangéllque.
Un mot À propos de Khirbet Qanà.
A 10 km. au N.-O. de Kefr Kenna, à 9 km. au N.-N.-E. de Sepphoris, s'étend un lieu désert appelé aujourd'hui Khirbet (Janâ. D'après les rabbins de Safed, ce lieu s'appelait autrefois Eisel Aana puis Kefr Aana ^ En cet endroit on n'a découvert ni fontaine, ni source, rien que des citernes. Parmi les ruines, on n'a trouvé aucun vestige d'une église ou d'une construction quelque peu importante. Or, en 1838, un Grec de Nazareth dit à M. E. Robinson que le Khirbet en question s'appelait Qanât et DjelU, ce qui signifie Qana la belle et aussi Qana de Galilée. Aussitôt le ministre protestant déclara que Khirbet Qana était évidemment la Cana de Galilée, témoin du premier miracle de Jésus. Kefr Kenna, ajouta-t-il, ne possède en sa faveur aucun témoignage antérieur au XVI* s. et n'a aucune antiquité archéologique à faire valoir >. Bon nombre de protestants et même des catholiques suivirent le savant Américain et prononcèrent un verdict inexorable contre Kefr Kenna.
M. C. Condcr, un des célèbres explorateurs anglais, se rendit à Khirbet Qanà en 1872, puis une seconde fois en 1875. Il s'informa soigneusement auprès des gens du pays, raconte- t-il, sur le véritable nom de cette localité. 11 lui répondirent invariablement qu'on la nomme Khirbet Qanâ, sans autre épi thcte. Pressés de questions, ils déclarèrent que le nom de DjelU ne s'était jamais présenté sur les lèvres de leurs ancêtres; seuls les Européens, qui passent par là, veulent qu'elle porte aussi celui de DjelîP. M. V. Guérin reçut en 1875 la même réponse des musulmans; les chrétiens lui dirent que la Cana de Galilée de l'Evangile était Kefr Kenna, et nullement Khirbet Qanà *.
De Kefr Kenna la roule prend la direction du N.-E. et descend par des pentes pierreuses dans le Ouâdi er Roummânéh,
i. p. Egide Geissier, op. cité. — 2.
P., I, 287. - 4. La Galilée, l, 475.
Bibl. researches, III, 205. — 3. S. W.
à Tibériade. champ des épis Voyage XVIl. 405
vallée latérale de la plaine de Batoûf, la plaine de Zabulon de la Bible et l'Azoehis des Grecs et des Romains. C'est là que le il avril 1799, Kléber livra le combat de Cana contre les Mamelucks.
Après 40 min. de marche, on voit à g. le village de Tourân, puis à dr., derrière un mamelon, es Sedjérah, dont la mosquée est une église byzantine à 3 nefs divisée par 2 rangées de colonnes monolithes. Une colonie juive vient de s'établir dans ce village, pour exploiter la belle et fertile région environnante qu'une société Israélite acheta en 1898.
Ohamp des épis.
C'est dans cette fertile campagne que les pèlerins du moyen âge ont localisé le Champ de blé de l'Ëvangile, au milieu duquel Notre-Seigneur passa un jour de sabbat. Ses disciples, pressés par la faim, se mirent à arracher quelques épis de blé et les mangèrent au grand scandale des pharisiens, qui osèrent le reprocher au Maître. La leçon que ces derniers reçurent à cette occasion acquiert une saveur spéciale quand on lit l'Evangile au milieu de cette belle campagne. (Y. Matth. XII, 1-8, n" 18).
Loubiéh. La route monte ensuite en pente douce jusqu'à Loubiéh, grand village situé à dr. sur une colline calcaire. C'est ici que le 8 avril 1799, le général Junot, à la tête de 300 braves, arrêta l'avant-garde de la grande armée turque qui arrivait de Damas. Ce brillant fait d'armes est connu dans les annales sous le nom de combat de Nazareth,
Hattln.
Qoroun Hattîn. Après avoir dépassé le khan loubiéh, aujourd'hui un amas de ruines qu'on rencontre à g, on aperçoit bientôt du même côté le village de Nimrîn, On entre ensuite dans la zone volcanique de la vallée du Jourdain. Vers le N. se dresse le Djebel Qoroun Hattîn^ Cornes de Hattln, belle colline allongée qui s'élève à 60 m. au-dessus du niveau de la plaine et 361 m. au-dessus de celui de la Méditerranée. A ses deux extrémités, elle se relève comme une selle arabe et forme deux cimes qui ressemblent à des cornes, Qoroun.
Hassidim. Au N.-O. de la colline se trouve le florissant village de Hattîn et, sur un monticule situé entre le village et Qoroun Hattm, on voit encore les ruines d'une ville appelée Hattîn el Kédim, Hattln l'ancienne. C'est probablement la ville de Hassidim ou Assedim de la tribu de Nephtali ^