Jos., XIX
406 Voyage XVII. hattin De Nazareth
D'après le Talmud, elle portait le nom de Kefar Hattya ou Hilyay du temps du second Temple ^ Les rabbins y montrent (on ne sait sur quelle autorité ils s'appuient), le tombeau de Jéthro, beau-père de Moïse, et celui de Séphora, femme du législateur. Les musulmans y vénèrent encore leurs sépulcres, celui de Jéthro sous le nom de Nébi Schouaîb^ et celui de Séphora sous celui d'el Bénèt, la Fille.
Li forme particulière de Qoroun Hattîn a toujours dû frapper les pèlerins. Sa position pittoresque au milieu de la plaine qui avoisine le grand lac, rappelle involontairement le mont des Béatitudes. Pourtant, avant le xvi* s., cette colline n'a jamais passé pour la montagne de TËvangile. Cootwiek (1598) est un des premiers écrivains qui indiquent la montagne sacrée dans cette plaine. Les ruines d'une petite mosquée construite au sommet de la colline et qne Boha ed Din (xiii*s.) dit être le Oueli du Nebi Schouaxb^, furent prises par erreur pour celles d'une église 3.
Bataille de Hattin. A l'arrivée de la formidable armée de Saladin, les Croisés quittèrent Sepphorls, malgré l'avis contraire du comte de Tripoli, et vinrent camper dans la plaine près de Hattin. L'armée franque ss composait de 2.000 chevaliers et 50.000 fantassins. Dès le premier jour, 2 juillet 1187, les soldats chrétiens soufTrirent de la soif, le pays étant presque dépourvu d'eau. L« lendemain, le souffle brûlant du vent de l'E., le Khamsin, vint se joindre aux ardeurs intolérables du soleil, pour augmenter leurs tortures au milieu des attaques incessantes des troupes ennemies. Aussi, le jour de la halaille décisive, le 4 juillet, l'armée chrétienne ne résista pas longtemps au choc. Le comte Raymond de Tripoli, voyant que tout était perdu, so fraya un passage l'épée à la main et s'enfuit à Tyr. Les gens à pied r.;ndirent les armes presque sans résistance. Le roi Guy de Lusignan se retira avec les barons et les chevaliers sur le sommet du Qoroun Hattin. Mais, malgré une résistance héroïque, la colline fut prise d'assaut et Saladin y planta son pavillon. C'est là que le vainqueur fit mettre à mort les grands matlres du Temple et de l'Hôpital avec 200 de leurs compagnons, ainsi que Renaud de Châtillon, seigneur de Kérak. Le roi resta prisonnier, le bois de la vraie Croix fut envoyé à Damas comme un trophée, et les places fortes de l'intérieur se rendirent l'une après l'autre sans grande difficulté.
Plaine de Sarôn. A dr., on jouit d'une belle vue sur le mont Thabor et sur les ondulations capricieuses du sahel el Ahma appelé dans la Bible plaine de Sarôn.
Ëusèbe et saint Jérôme écrivent : « Saron, dont parle Isai'e quand il dit : Saron s'est changée en désert (XXXI, 9). La région qui s'étend entre le mont Thabor et le lac de Tihériade s'appelle encore aujourd'hui Sarona^ » Ils rappallent ensuite qu'il existe une plaine du même nom entre JalTa et Césarée.
Sur ce même plateau, un petit village porte encore le nom de Saronah. C'est peut-être l'antique ville de Lassharon (dans la Vulgate, Saron) dont le roi fut soumis par les Israélites^.
A l'borizon se dessinent, en face, les montagnes du Djolân, à g., celles de Safed et plus loin, le grand Hcrmon.
1. Neubauer, op. cit., 207. — 2. Vita Saladini, 69. — 3. Quaresmius, II, 856. - 4. 0. S., 163. - 5. Jos., XII, 18.
à Tibériade. il** MULT. DES pains Voy. XVII. 407
Ideu de la deuxième multiplication des pains f.
Avant d'arriver à rextrémilé du plateau où commence le profond encaissement du lac, on rencontre à g., au point culminant du Ouâdi Abou el Àmis^ quelques gros blocs de basalte à fleur de terre. Ils portent le nom de Badjâret en Nasa rah. Pierres des Chrétiens, ou bien Khamsa Khoubsat^ les Cinq pains, et en latin Mensa-Christi. C'est là que, d'après une antique tradition, Jésus opéra un des miracles de la multiplication des pains. Ce n'est pas la première, celle des cinq pains; car saint Luc l'indique près de Bethsalda, et 'une constante tradition la montre à Bersabée ou Heptapégon, aujourd'hui Ain Tabigah. C'est la seconde, celle des sept pains dont parlent saint Matthieu et saint Luc. Le premier évangéliste dit que Jésus, après avoir quitté Tyr et Sidon, « vint le long de la mer de Galilée et gravit une montagne ^. » Saint Marc, rapportant le même fait, raconte que le Seigneur, « se retirant de Tyr et de Sidon, vint vers la mer de Galilée 2. » Après avoir guéri les malades et les infirmes et rassasié avec 7 pains et quelques poissons 4.000 hommes, sans compter les femmes et les enfants, Jésus descendit au rivage, monta dans une barque et se rendit à Dalmanutha selon saint IMarc, à Magadan ou Magédan selon saint Matthieu. Magadan est la moderne el Medjdel au N. de Tibériade. L'Evangile vient donc à l'appui de la tradition. (V. Matlh. XV, 29-39, n» 10).
Saint Marc raconte que Jésus vint de Tyr et de Sidon « vers la mer de Galilée au milieu des limites de la Décapote. » Ces limites étaient très variableâ et il est impossible de déterminer l'extension de la Décapole au temps de Notrc-Seigneur. On sait seulement que Bethsan ou Scytbopolis, en deçà du Jourdain, en faisait alors partie.
Puis, les évangélistes ne font aucune allusion à une traversée du lac d'un rivage à l'autre. Pour se rendre à Magadan, le divin Maître semble avoir côtoyé la rive où il s'est embarqué. Or, un grand nombre d'anciens manuscrits grecs, syriaques, araméens et autres de l'évangile de saint Mattbieu, et même de celui de saint Marc, rendent le mot Magadan ou Dalmanutha par Magdal, Magdala et Magdalan, identifié avece/ MedjdeL Les nombreuses hypothèses qui proposent d'identifier Magadan avec une localité différente û'el Medjdel, sont toutes dénuées de fondement^.
Les premiers chrétiens ont conservé le souvenir du lieu où 4.000 hommes furent nourris avec 7 pa'ns. Sainte Paule raconte qu'elle visita ce lieu, ainsi que celui de la première multiplication^. Puis Arculfe (670), ^
avant d'arriver à Tibériade ou au rivage du lac, rencontra une plaine couverte d'herbes. Il n'y vit aucune construction, sinon une colonne renversée au bord d'une fontaine, où se désaltéra le peuple après que le Seigneur l'eut rassasiée. « Ce lieu, dit Adamnanus, est en deçà de la mer de Galilée, en regard de la ville de Tibériade qui se présente vers le midi. » Le vénérable Bède^ elEpiphanel'Hagiopolite placent la seconde muitiplication des pains au même endroit. L'absence d'une église au
1. Matth., XV, 29. — 2. Marc, VII, 31. — 3. V, Van Kasteren, D. B. V., II, 1210. — 4. Ep. ad Marcel. — o. De loc. s.
408 Voyage XMI. >ephtali De Nazaretk
Hadjâret en Sasârah explique pourquoi si peu de pèlerins ont noté ce lieu dans leurs mémoires, tandis que tous parlent de la première multiplication, dont le souvenir était fixé entre fiethsaîda et CapharnaAm par une église et un monastère.
A 20 min. des blocs de basalte, l'on rencontre une source d'eau potable, Bir el Qattâb, Puits du Scribe, qui semble être la fontaine dont parle Arculfe ; 15 min. plus loin, à g., on aperçoit le village de Mansourah situé sur le versant de la montagne.
Nephtali.
Du territoire de la tribu de Zabulon, on eiît entré dans celui de la tribu de Nepblali, qui comprenait toute la rive occidentale de la mer de Génésareth.
Saint Matthieu raconte que le Sauveur, après avoir quitté Nazaretb, vint habiter à Capharnaûm maritime, « sur les confins de Zabuloa et de Nephtali'. » On ne doit pas conclure de là que les limites de ces deux tribus s'arrêtaient an N. du lac ; car Kinnereth, Rakkat et Hammatb, Sources thermales, sont autant de cités de la tribu de Nephtali, échelonnées le long du lac au S. de Capharnaiim et, comme celle-ci, des villes frontières dans le sens de la Bible. L'évangélisle, d'ailleurs, ne semble pas viser à la précision géographique. 11 rapproche manifestement Zabulon et Nephtali de Capharnaiim, pour amener le passage du prophète Isaïe, qui suit immédiatement : « Afin que s'accomplit cette parole du prophète Isaïe : Terre de Zabulon et Terre de Nephtali qui confinez à la mer, pays au delà du Jourdain, Galilée des Cîentits ! Le peuple qai était assis dans les ténèbres a vu une grande lumière ; et sur ceux qui étaient assis dans la région de l'ombre de la mort, la lumière s'est levée. »
On laisse à g. une petite mosquée, Oueli Nasr ed Dvn^ avec les vestiges d'une ancienne ;viUe que Joséphe appelle Bethmaous S et l'on arrive au bord de l'immense entonnoir au fond duquel miroite le lac argenté Le ravissant panorama dont on jouit fait oublier la longueur de la roule qui s'allonge démesurément sur la côte rapide en d'innombrables circuits^ avant d'arriver au terme.
En s'approcbant de la ville, on voit à g., sur un monticule, une citadelle en basalte, un parallélogramme Hanquô de quatre tours rondes. Elle doit son origine aux Croisés ; mais en 1735 elle fut reconstruite par le Scboikb Dhaher el Amer. Ebranlée par un tremblement de terre (n 1837, elle resta depuis dans un état d'abandon.
TIBËRIADE
Tibériade, en arabe Tabariyéb, occupe une bande de terre baignée par les ondes du lac et limitée à l'O. par une haute nontagne à pentes escarpées. Son vieux château au N., ses