LAC DE TIBÉRIADE
enterré en ce lien. II ne doit pas être confondu avec le célèbre Maïr de la Mischna, qui reçut la sépulture à Babylone. Vers le N., se trouve le tombeau du rabbi Kabna, probablement Jochanan, l'auteur de la Gémara, qui mourut à Tibériade. "
Sur les flancs de la montagne qui domine la ville, des constructions en ruine marquent le tombeau du rabbi Rambam Malmonide, mort en 1204, et celui du rabbi Akiba tué à Blttir en 13j, après qu'il eut proclamé Simon Barcochébas comme le Messie annoncé par les prophètes.
VOYAGE XVIII Autour du lac de Tibériade»
Magdala, patrie de sainte Marie-Madeleine, Belhsaïda, patrie de saint Pierre, de saint André et de saint Philippe, Bersabée ou Heptapégon, lieu de la multiplication des 5 pains et des 2 poissons, le mont des Béatitudes, Capharnaiim, voilà autant de Lieux saints échelonnés sur le rivage occidental du lac, le long de la belle plaine de Génésareth,
Oq peut faire cette excursion à cheval ; un chemin longe constamment ie rivage jusqu'à Capharnaûm 3 h.), et même jusqu'à Gorozaïn (45 min.). Mais en barque, la visite de ces lieux exige moins de temps et de fatigue, et l'on jouit davantage du superbe panorama.
Nous indiquerons les distances d'après celles du chemin qui côtoie le lac.
Lac de Tibériade.
Aspect. Le lac de Tibériade est le â" bassin que le Jourdain remplit dans sa course à travers l'immense dépression produite par un épouvantable cataclysme entre Gésarée de Philippe (330 m.) et la mer Morte (—398 m.) fV. p. 277 et 482).
La surface de la nappe d'eau se trouve à 208 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée, et la profondeur du lac est de 45 m. au centre, mais elle atteint 250 m. dans les gouffres qui avoisinent le bord méridional vers es Sémak.
Le bassin mesure 21 km. en longueur du N. au S. et 9 km. 1/2 en largeur, formant une superficie de 170 km. carrés. Les eaux sont potables en toute saison et nourrissent un grand nombre de poissons d'excellente qualité. Parmi les espèces les plus intéressantes on compte le Cromis Pater-familias, qui pendant plusieurs semaines porte ses petits dans la cavité buccale, et le Clarias Macrantus, gros poisson de la famille des silures ou anguilles. Les musulmans l'appellent balboût et les chrétiens
414 Voy. XVIIL LAC DE ïiBÉRiADE Autour du lac
poisson de Saint-Pierre, parce que le prince des apôlres, supposent-ils, trouva dans la large bouche d'un poisson de cette espèce le statère ou la pièce de 4 drachmes que réclamait le fisc.
Le^ montagnes qui enserrent le lac au S.O. s'en écartent au N.-O. et forment un vaste amphithéâtre, dont l'arène est la plaine fertile de Génésareth, le principal théâtre des prédications et des miracles de Notre- Seigneur. Plus loin, elles s'étagent en terrasses et se dressent à 800 m. au-dessus du lac, portant sur leurs flancs de nombreux villages avec l'antique ville de Saphet. Au N., une plaine alluviale annonce l'embouchure du Jourdain. Par-dessus la plaine ondulée qui sépare le lac de Tibériade de celui de Houléh ou des eaux de Wérom, on aperçoit le sommet neigeux et étincelant du grand Hermon. A l'E. et au S.-E., le lac est limité par d'imposantes falaises d'environ 300 m. de hauteur, qui portent le plateau du Djolân, l'antique Gaulanitide. Au S., s'ouvre -de nouveau le Gliôr, Crevasse, par lequel le Jourdain s'échappe en décrivant d'innombrables méandres En résumé : A ses pieds une immense nappe d'eau argentée, d'un caractère généralement calme, silencieux et empreint de mystérieuse sainteté ; au-dessus de sa tête, un ciel d'une limpidité brillante, et tout autour de soi des horizons inondés d'une lumière empourprée aux tons les plus riches et les plus variés, tel est ù grands traits le décor incomparable qu'offre le lac de Tibériade, décor que tout pinceau d'artiste tenterait en vain de reproduire.
Noms* Primitivement le lac s'appelait Kinneret* On a conjecturé qu'il tirait ce nom de sa forme ovale, dans laquelle on veut voir une ressemblance avec la harpe, en hébreu Kinnor. Remarquons, cependant, que cette forme est commune à tous les lacs encaissés dans les montagnes ot traversés par un fleuve ; puis, avant l'arrivée des Hébreux, Kinneret, cité chananéenne, existait déjà.
Après la captivité de Babylone, il est appelé mer de Génésar et de Génésareth, nom emprunté à la plaine fertile qui en borde les rives au N.-O. Dans le Nouveau Testament, le lac porte aussi le nom de mer de Galilée et celui de mer de Tibériade. C'est ce dernier nom que les Arabes ont conservé sous la forme do I]ahr Tabariyéh.
Souvenirs. Ce beau bassin rappelle vivement ù la mémoire les plus belles pages de l'Evangile. Jésus allait et venait d'une rive à l'autre, accompagné de ses disciples, pour répandre ses enseignements et ses miracles sur son rivage. Là, la barque de Pierre, un jour assaillie soudainement par une violente tempête, sembla sur le point de sombrer, quand à la voix de Jésus le vent s'apaisa subitement et la mer devint calme. La barque de Pierre, qui finit par toucher heureusement au port, est restée
de Tibériade. Magdala Voyage XVIIl. 415
rimage de l'Eglise (V. Matlh., VllI, 23-27, n* il. - Luc, VIII, 23-25, n» 45).
Sar ces flots, Jésus marcha vers ses disciples comme sur un sol ferme et solide. Pierre, plein de confiance en la toutepuissance de son Maître, demanda à faire la même épreuve. fV. Matth., XIV, 22 32, n» 15).
C'est assis sur une barque que le divin Maître parla à la fouie entassée sur le rivage et lui expliqua les paraboles du royaume des cieux. fV. Matlh. XIIÏ, 1-9, n« 14).
Ces eaux furent également témoins de plusieurs pèches miraculeuses. La première fut suivie de la vocation des apôtres. (Malth.,.IV, 18 22. — V. Jean, I, 35-44, n» 59). La seconde servit à payer l'impôt du Maître et du prince des apôtres. (Y. Matth., XVII, 23-26, n» 17). A la troisième qui eut lieu après la résurrection de Notre-Seigneur, Pierre fut institué Vicaire de Jésus- Christ sur la terre.
A mesure qu'on avancera le long de ses rivages, le lac sacré évoquera de nouveaux souvenirs qui font planer au-dessus de ses eaux d'une manière saisissante l'idéale figure du Christ.
Magdala.
En sortant du petit port situé derrière l'Hospice de Terre sainte, on passe devant les murs délabrés du N. de la ville. A 6 min. de distance, on remarque un beau bouquet d'arbres fruitiers qui recèlent une sourco. Puis, 2'j min. plus loin, on passe devant l'embouchure de la vallée d'Abou el Amis^ qui descend de lu plaine d'Haltin en passant près du lieu de la deuxième mulliplication des pains. L'une des sources qui jaillissent au milieu des belles plantations d'arbres à l'entrée de la vallée, s'appelle Ain Baridéh^ fontaine Froide Elle sourd du fond d'une sorte de tour circulaire en maçonnerie, tannoùi\ qui contraint l'eau de s'élever à une hauteur suffisante pour irriguer les alentours en amont.
A 4 km. de Tibériade, au pied de la montagne qui forme le flanc méridional du Ouâdi el Hamâiriy vallée des Pigeons, on rencontre un misérable village du nom d*el Medjdel. Un petit Oueli musulman s'élève à côté des gourbis. On y remarque les débris d'un mur d'enceinte et de deux tours. L'une d'elle, la plus septentrionale, a été utilisée par des teinturiers. El Medjdel est l'ancienne Magdala, forme araméenne correspondant à l'hébreu migdoly tour ou forteresse.
Magdala était, d'après le Talmud, une ville assez importante. Elle était divisée en plusieurs quartiers, dont on connaît le Migdal Nounya, quartier des Poissons, et le Migdal Ceboya^ quartier des Teinturiers. On y comptait 80 boutiques de tisserands
416 Voyage XViU. arbéla Autour du lac
en laine fine et 300 boutiques où l'on vendait des pigeons pour les sacrifices. Cette ville, ajoute le Midrasch Ekka (II, 2), fut détraite par le? Juifs du voisinage, à cause de la profonde corruption de ses habitants ^
Il est possible qu'e/ Medjdel soit identique à la ville de Magdal-EI de la tribu de Nephlali^, quoique le fait soit peu vraisemblable. Mais, comme on l'a vu précédemment, ce lieu est Magadan, appelé Magdala dans un grand nombre de versions syriaques, grecques, araméennes et autres. Il reste incertain si Dalmanutha était le nom d'un quartier de la ville ou celui d'un village voisin ou du district.
Lorsque Jésus se fut rendu à Magdala, les pharisiens vinrent le trouver et lui demandèrent, pour le tenter, un prodige dans le ciel ; mais cette race perverse n'obtint que le signe du pro phète Jonas ^.
El Medjdel est la patrie de Maria Magdalena, Marie de Magdala, une des saintes femmes qui suivaient le Sauveur dans ses courses apostoliques en Judée, pour le servir à l'aide de leurs propres ressources. Cette Marie a été délivrée de sept démons, au rapport de saint Luc^. Elle est aussi, comme on le pense avec raison, la femme pécheresse, dont saint Luc, par un trait de délicatesse, tait le nom, cette pénitente qui pénétra dans la maison du pharisien, probablement à Capharnaâm, pour arroser de ses larmes les pieds du divin Sauveur et les oindre de parfums -^.
S'il faut en croire les rabbins de Tibériade, Marie de Magdala aurait encouru l'indignation publique en ville et sur tout le littoral pour avoir divorcé illégalement et contracté une nouvelle alliance avec un païen. Mariée d'abord à un Juif, Pappus ben Juda, elle l'aurait abandonné pour suivre un otticier d'Hérode Antipas, nommé Panther, en garnison à Magdala ".
Dans le Livre des Dèmonstraiiona attribuô à Pierre de Sébasie (liu du IV* s.), on lit : « L'église de Magdala près de Tibériade atteste que le Messie a chassé sept démons qui se trouvaient en Marie-Madeleine. » Vers 530, Théodose écrit : « De Tibériade à Magdalum, d'où fut Marie- Madeleine, il y a 2 milles. » Wiliibald visita Magdala, patrie de sainte Madeleine au X. de Tibériade. Epiphane de Jérusalem et Daniel le Rui^e parlent de son église « élevée sur l'emplacement présumé de la maison de la Madeleine. » Tous les pèlerins suivants rendent le même témoignage à el Medjdel.
Arbéla. Au N. A'el Medjdel, débouche le Ouâdi el Hamâm, vallée des Pigeons. C'est une gorge sauvage resserrée entre deux murs de rochers presqu'à pic, de 200 à 300 m. de hauteur. A 2 ](m. do son embouchure, la vallée passe près des ruines
1. Neubauer, op. cit., 217. — 2. Jos., XIX, .'58. — 3. Matth., XVI, i-S. Marc, VIII, 11-12. - 4. Luc, VIII, 2. - 5. Luc, VII, 37. — 6. V. U" SMrc, n. n. V., IV, 809.
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de Tibériade. terre de gé.nésareth Voy. XVII I. 417
â'Irbîd, la Beth-Arbel du prophète Osée (X, 4) et TArbéla des ::^
Machabées et de l'historien juif, pour aboutir à Hattin. |
Les murailles gigantesques qui forment les parois de cette gorge sont percées d'innombrables cavernes, qui servent encore d'asile a des milliers de pigeons. La plus remarquable de ces cavernes, Qalâat Ibn Maân, est un immense labyrinthe presqu'inaccessible. Au temps des Machabées, elle servit de refuge aux habitants d'Arbéla fuyant devant Bacchides, général de Démétrius^ Hérode le Grand imagina un ingénieux plan .'"%
d'attaque pour se rendre maître des brigands qui s'étaient retranchés dans cet asile sauvage *. Josèphe y fit exécuter des travaux de fortification pour la rendre absolument inexpugnable 3.
AKhirbet Irbid, une société d'archéologues allemands mit à découvert, en 1903, l'intéressante synagogue construite, d'après le Talmud, par le i
rabbi Nithaï ha Arbell, natif de ce lieu.
Terre de Génésareth.
Avec el Medjdel commence la plaine appelée el Ghoueir^ petit
G/iôr, Ghôr étant le nom donné à la vallée du Jourdain. El
Ghoueir est la célèbre terre de Génésareth.
Les Talmudistes indiquent la ville de Kinnérét au S. de Tibériade. Ceux qui les suivent voient dans Gennésar un nom qui ne dérive pas de Kinnérét, mais plutôt de Gan sâr, Jardin du Prince. Cependant, les Tarkums rendent habituellement le mot Gennésar de la Bible par Kinnérét. C'est pourquoi beaucoup d'interprètes voient dans le mot Gennésar et Génésareth une mauvaise prononciation de Kinnérét et placent cette ville dans le Ghoueiv.
La plaine de Génésareth longe le lac sur une étendue d'environ 6 km. et s'enfonce à peu près 4 km. dans l'intérieur des terres. Cette plaine, arrosée par plusieurs ruisseaux intarissables, ne formait autrefois qu'un immense jardin d'une prodigieuse fertilité. L'historien juif décrit son incomparable beauté en termes enthousiastes. Aujourd'hui, elle est hérisséd de hautes herbes et de broussailles inextricables. L'on ne voit de place en place que de rares endroits cultivés où croissent le cotonnier, le doura, le sésame et les concombres. Les roseaux, les agnus castv>s et les lauriers roses signalent à l'œil les cours d'eau.
Le Ghoueir, quoique en grande partie inculte, reste néanmoins, comme le lac, la terre classique des souvenirs évangéliques. Ce petit coin de terre fut le séjour de choix et de prédilection du Sauveur. Il la parcourut dans tous les sens et en ^vangélisa chaque ville et chaque hameau. Aussi est-elle demeurée un sanctuaire cher en tout temps aux chrétiens de toutes nations.
A 12 min. de la rivière du Ouâdi el Hamâm^ on rencontre un autre cours d'eau, parfois assez profond, qui prend naissance à Viin Médaouârahf fontaine Ronde, située à 30 min. du rivage. La source jaillit en bouillonnant au fond d'un grand bassin
l. I Mach., IX, 2. r- 2. G. J., I, xvi, 2, 4. - 3. Vita, 37.
418 Voyage XVIU. bethsaïda Autour du lac
maçonné de 26 m. de diamètre, entouré d'une ceinture de roseaux et de lauriers roses.
Puis à 4 km. du lac, on aperçoit une colline couronnée d'un Oueli et d'un petit hameau arabe, appelé Àbou Schousché. Dans les ruines voisines, M. de Saulcy découvrit une tour carrée et voûtée en berceau, en beaux blocs de taille soignée. Ce site répondrait, d'après l'explorateur, à l'antique Kinnérét ou Génère th.
On rencontre ensuite le Ouâdi Rabadiyéh^ qui emprunte son nom à une localité en ruines située plus haut et d'où descend un cours d'eau. Une autre vallée, Ouâdi el Amoûd^ des Ck>lonnes, qui s'ouvre à Safed, s'en vient déboucher sur les bords du lac.
Bethsaïda.
Après avoir dépassé le Ouâdi el Amoûd^ on arrive à Ain et Tiiiéhj source du Figuier, située à l'extrémité septentrionale de la plaine. Là s'élève une colline, Tell el Oreiméh, qui s'avance dans le lac en sorte de promontoire et y forme une petite baie. Les eaux d'iïn et Tinéh sont recueillies dans un petit réservoir d'où elles s'écoulent dans un marais qui, à 100 pas de là, s'ouvre une issue dans la mer. Ce marais semble avoir remplacé un petit port pour barques de pécheurs. Les ruines de cette anse s'appellent efieclivement Khirbet el Miniéh^ nom arabe qui est un diminutif de mina^ port. Les restes d'un caravansérail voisin portent aussi le nom de Khan el Miniéh, Khan du petit Port. Puis, les champs de blé sont ionchés d'innombrables tessons de poterie, témoins irrécusables d'un endroit autrefois habité. Parmi les ruines qui ont été exploitées longtemps comme une carrière de matériaux propres à bâtir, M. V. Guérin vit des arasements de murs construits avec des pierres de taille ^ On y remarque aussi les ruines d'une église. « Au mois de mai 1880, écrit le Fr. Liévin de Hamme, j'ai vu abattre une grande partie des ruines de cette belle église qui avait été construite avec de magniliques blocs de pierre. On voit encore aujourd'hui une partie de l'abside de ce monument ^. »
Le Khirbet el Miniéh, la première antique localité qu'on rencontre depuis el Medjdel sur le bord du lac, est, d'après la tradition, la Bethsaïda de l'Evangile, la patrie de Pierre, de son frère André et de Philippe. C'est là aussi que, d'après la même tradition, s'était établi Zébédée avec ses deux fils Jacques et Jean.
. Pendant la traversée de Magdala à Bethsaida, Jésus prémunit ses disciples contre le levain des pharisiens, comme aussi
1. La Galilée, I, 214, — 2. Le Guide ind. de T. S., 1897, III, 139.
de Ttbériade bethsaïda Voyage XVI IL 419
contre le levain d'Hérode. Il leur fit cette dernière recommandation parce que, comme Galiléens, ils étaient sujets d'Hérode Antipas, roi demipalen, et qu'ils habitaient sa tétrarchie qui s'étendait ô l'O. du lac /'F. Marc, Vlll, 10-14, n- 22). Puis, arrivé àBetlisaida, on lui amena un aveugle avec prière de le touclier. « Prenant l'aveugle par la main, Jésus le conduisit hors du village, lui mit de la salive sur les yeux, et lui ayant imposé les mains, lui demanda s'il voyait quelque chose. L'aveugle leva les yeux et dit : Je vois des hommes qui marchent, semblables à des arbres. Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux et il le ût regarder. Alors il fut si bien guéri qu'il voyait distinctement toutes choses. Alors Jésus le renvoya dans sa maison, en lui disant : Va dans ta maison, sans entrer dans le bourg, ni parler (le ceci à personne du bourg. » (V. Marc. VIII, 22-26, n® 28).
Bethsaida fut confondue avec Capharnaûm et Corozain dans les malédictions du Seigneur, à cause de l'incrédulité de ses habitants : « Malheur ù toi, Corozain! Malheur à toi, Bethsaida! Car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous, avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre ^ »
Le mot Bethsaida vient de l'araméen Bet-Saïda, maison de la Péclie ou (les Pêcheurs. D'après le Talmud, Ha Nekeb (Vulg. Néceb), citée avec Adajni parmi les villes de Nophlali ', s*api)elait, a l'époque du second Temple, Saïdatha et l'autre ville Damin. Cette dernière est identifiée aTec le village de Damch au S. de (Joroun Hattîv. Le géographe israélile A. Neubauer se demande si Saïdatha n'était pas la Bethsaida que les Evangiles indiquent dans cette mt^me tribu ?
Boha ed Din, biographe de Saladin, dit que le sultan vint de Damas en 1190 pour aller au secours d'Acre, et s'arrêta sur les rives du lac à Miniya, Petit-Port ^, le Khan Miniéh d'aujourd'hui. Cependant, au commencement du xiir s., il y eut encore en ce lieu un hameau du nom de casai Bethsaïda qui figure parmi les casaux du district de Saphet*. Burchard y trouva encore six familles. Le nom n'est peut-être pas complètement perdu aujourd'hui. Le Oueii près du Khan Miniéh est dédié au Sclieikh Ali es Saïad. I^s explorateurs anglais sont d'avis que le nom de la patrie du Scheikh Ali, Saïad, pourrait bien représenter Saïda ou Betiisaïda de l'Evangile =».
L'Evangile ne parle que d'une Bethsaïda, située-4| Touest du lac.
Flavius Josëphe nous apprend qu'il a existé aussi un village du nom de Bethsaïda dans la basse Gaulanitide, à l'E. de l'embouchure du Jourdain, un psu au N. du lac de Tibériade. Philippe, fils d'Hérode le <jrand, élanl devenu tétrarque de la Gaulanitide l'an 4 av. J.-C. •*, fit de ce hameau l'une des principales vUles de sa tétrarchie et lui donna le nom de Jollade en l'honneur de Julie, fille de l'empereur Auguste, née l'an 39 av. J.-C. et morte l'an 14 de notre ère. Philippe (qu'il ne faut pas confondre avec Hérode Philippe, premier époux d'Hérodiade), y fit construire de son vivant un somptueux mausolée et y mourut après un règne de 38 ans, sans être jamais venu en contact avec le Sauveur ou ses
1. Mallh,. XI, 21. — 2. Jos., XIX, .33. — 3. Vita Salad. — 4. Baluze, ^isc, 1, 228. - 5. S. W. P., I, 369. - 6. Cf. Luc, III, 1.
420 Voyage XV III. bethsaïda Autour du lac
disciples. Juliade resta longtemps une ville opulente et prospère; mais au temps de Jésus Christ et des évaugélistes, elle n'était plus connue sous le nom de Bethsaïda. Josèphe, qui en parle six fois, Pline, Plolémée et d'autres no la désignent jamais que sous le nom de Juliade, sans épithëte. Le nom de Uethsaïda-Juliade est de création toute moderne. Eusèbe et saint Jérôme n'ont pas trouvé Juliade mentionnée dans l'Evangile sous aucune forme ; c'est pourquoi ils n'y font pas la moindre allusion dans VOnomasticon. Ils ne connaissent qu'une Bethsaïda et cellelà en Galilée.
D'après l'Ancien et le Nouveau Testament, la Galilée était tout entière endevà du Jourdain, entre les limites de la tribu de Nephtali et de celle de Zabulon. Elle n'a jamais renfermé la Gaulanitide, ni aucune autre partie de la demi-tribu orientale de Manassé. Josèphe dit clairement : « A l'Orient, la Galilée était limitée par l'Hippène et la Gadaritide, ainsi que par la Gaulanitide et les frontières du royaume d'Agrippa ^ » Ailleurs, il dit que la Basse Galilée s'étendait en largeur « depuis Xalot (Iksàl) jusqu'à Hersa bée (Sept Fontaines)*. » Bersabée, que les Grecs appelaient Heptapégon, était une place forte située sur une des collines qu'on rencontre entre le Khan miniéh et Tell Houm, Capharnaiim -^
Saint Jean (Xll,2i)dit expressément que « Philippe était de Bethsaïda de Galilée. » Pierre aussi était Galiléen. Puis, saint Marc (VI, 45) raconte que Jésus enjoignit à ses disciples « de passer devant lui, à l'autre bord, à Bethsaïda. » Ils obéirent « et ayant passé l'eau, ils vinrent au territoire de Génésareth. » (VI, 53). Le même évangéliste (VIII, 23 et 26) appelle toujours Bethsaïda y(,(ù\xr^, village ou hameau. Du moment que l'Evangile emploie le mot it^Xk;, ville, pour désigner une petite bourgade comme Nazareth, le mot village ne peut pas être appliqué sans ironie à l'une des villes les plus florissantes de la tétrarchie de Philippe. Enfiu, saint Luc(VHI,26) nous apprend que « le pays des Géraséniens, » à l'orient du lac, était « vis-à-vis de la Galilée. »
Eusèbe et saint Jérôme écrivent : « Bethsaïda, patrie d'André, de Pierre et de Philippe, était en Galilée près du lac de Génésareth ^. » Pour eux, Juliade n'était ni une Bethsaïda, ni une ville mentionnée dans le Nouveau Testament ou illustrée par quelque fait évangélique ; ils n'en parient môme pas.
D'après Julien l'Apostat, « Bethsaïda et Bélhanie (de l'Evangile) n'étaient que de pauvres villages ^ » Un antique Commentaire grec sur saint Pierre dit : « Pierre habitait la Galilée, contrée de la Palestine; sa patrie^ était Bethsaïda, un humble petit village ^ » Saint Epiphane ne connaît aussi qu'une seule Bethsaïda évangélique et il la place « à une faible distance de Capharnaùm. » Adamnanus, dans sa relation d'Arculfe, et le vénérable Bède ', racontent que le Jourdain se jette dans la mer de Génésaivth « près de la ville de Julias. » Mais ni l'un ni l'autre ne désijînent cette ville sous un autre nom, ou y attachent quelque souvenir évangélique.
Tradition. Dans les courtes relations des premiers pèlerins, Bethsaïda ne trouve généralement pas de place, soit parce qu'elle est éclipsée par Capharnaùm, où, dès le iv' s., ils trouvèrent la maison de Pierre et d'André transformée en église, soit parce que le chillre de 12 milles au lieu de 2. que le texte grec de l'Onomasticon assigne par erreur pour la distance entre Capharnaùm et Corozaïn, lésa déroutés. Parfois, on a donné au mot ti'arcrser, transf'retare, le sens absolu de passer du bord occidental du lac au bord oriental et vice-versa, comme s'il s'agissait d'un fleuve. Or dans l'Evangile, cette expression signifie simplement, comme cela est manifeste, aller en barque d'un point du rivage a un autre point. Autrefois, comme aujourd'hui encore, on traversait le lac en allant,
1. G. J., III, m, 1. - 2. G. III, m, 1. 3. G. J„ II, xx, 6. — Vita. 37. — 4. 0. S., ii8. - 5. Ad. Christ. V. A. Reland, 654. - 6. A. S. S.. Junii, Ml, 481. — 7. neUocis s., XII.
de Tibériade. bersabée Voyage XVIII. 421
par ex., de Tibériade à Capbarnaûni, ou de Medjdel à Khan Minub, sans se rendre pour cela à la rive orientale. Le lac, avec sa forme d'un oval irrégulier, n'est qu'une suite de baies et d'anses.
Saewuif (1103) arrive du mont Tliabor et indique « Tibériade d'un côté de la mer (à dr.) et Corozaïn et Bethsaïda de l'autre (à g.). » Daniel (1113), après avoir parié de Magdala, dit : « Un peu plus loin, vers la montagne, se trouve Bethsaïda, ville natale de Pierre, d'André et de Philippe. » Tout auprès il montre le village de Zébédée, père de Jean, puis Capharnaûm, au delà ducpiel coule le Jourdain.
Burchard de Mont-Sion décrit le Khirbet Miniéh avec une grande précision et rappelle même l'aqueduc en ruines qui amenait l'eau d'Heptapégon. Bethsaïda se comi)osait alors de six maisons.
Ricold de Monte Croce (1294), le B. Odoric (1320), Marin Sanuto (1321) dans le texte et sur la carte, Guilbert de Launoy (1404), Adrichomius et d'autres visitèrent la patrie de saint Pierre au même lieu que Burchard, c.-à-d., au Khirbet Miniéh.
Bersabée. Immédiatement au-dessus dMin et Tinéh s'élève la colline rocheuse du Tell el Oreiméh (74 m. au-dessus du niveau du lac). En s'avançant dans le lac, elle ferme complètement la plaine du Ghoueir. Pour franchir le promontoire, on suit un chemin large d'un m., taillé dans le roc qui surplombe le lac. C'est l'ancien aqueduc, qui conduisait autrefois los eaux dUm Tahigah jusqu'au Tell Abou Schousché. Les ruines qui couvrent le sommet du Tell el Oreiméh peuvent fort bien appartenir à la forteresse de Bersabée, Sept-Fontaines, nom des sources voisines appelées par les Grecs Hepiapégon.
Josèphe raconte qu'il avait fortifié Bersabée, Arbéla et d'autres places de la Basse-Galilée ^. Puis il écrit que la Basse-Galilée s'étendait en largeur depuis Xalot (Iksâl), à roccldent, jusqu'à Bersabée, à l'orient 2. Théodose (vi* s.) place également Bersabée à 5 milles au nord de Magdala.
Tabigah. On rencontre ensuite une belle maison de campagne entourée de magnifiques jardins. Depuis 1895, elle est, a^vec les vastes terrains des alentours, la propriété du Comité catholique allemand de Palestine, dont le siège est à Cologne. Un prêtre allemand y habite pour diriger l'exploitation du domaine.
De là on descend en quelques min. sur la plage sablonneuse de ïa petite baie d'Ain Tabigah.
Lieu de la première multiplication des pains f.
Sources. De nombreux moulins occupaient autrefois la plage dMm Tabigha; un seul subsiste encore; il est mis en mouvement par un ruisseau dont la source d'eau tiède jaillit à 150 m. de distance au N.-O., au fond d'un bassin maçonné en forme de tour. D'après les relations des anciens pèlerins, il y eut là jadis sept sources, d'où la place et môme le village voisin furent appelés par les Juifs Bersabée, Beer^ sources, sâba, sept. Traduit en grec, ce nom devint Heptapégon, é-riTà sept, Trr.yaî, sources. Les
i. G. J., II, XX, 6. — Vita,.21. — 2. G. J., III, m, 1.
422 Voy. XVllI. i'" MLLT. DES PAINS Antoitr du lac
Arabes laissèrent tomber la première syllabe do ce nom et lie prononcent Tahigah. Des sept sources, il n'en existe plus que cinq ; les deux plus intéressantes se voient au N. de la baie.
AÏn ci lïasel^ la plus septentrionale et la plus élevée, est une source d'eau potable qui montait autrefois dans une tour cylindrique, en arabe tannour, à une hauteur de 7 m. et à 20 m. audessus du niveau du lac, pour se déverser dans un canal. Celuici, construit avec une pente insensible, traversait le vallon sur des arches, contournait les flancs du Tell et Oreiméh par Taqueduc taillé dans le roc et conduisait les eaux jusqu'au centre du Ghmieir. L'autre tannour emprisonne une source plus abondante appelée Ain Ayouhet et Tabigah et plus communément Ain Ali ed Dhaher^ du nom du prince qui fit restaurer ces travaux hydrauliques au xviiv s. La tour est un octogone de 80 m. de pourtour et de 10 m. de profondeur ; sa base est de construction antique, probablement romaine. L'eau de cette source a une température de 32° G. et est d'un goût saumâtre et légèrement sulfureux. Il se pourrait, toutefois, qu'elle fût douce autrefois et que son goût alcalin lui soit venu de sa fusion avec l'une des sources perdues à la suite de quelque tremblement de terre. En tout cas, l'Ain Ayoûh et Tabigah est, d'après Burchard de Mont-Sion, Wilson *, Guérin, Heidet et la plupart des savants (( la Fontaine de Capharnaûm » de Josèphe, dont les eaux servaient à irriguer a la terre de Génésareth '^. » Ici commence, en efict, le territoire de Capharnaûm. « Cette source, dit l'historien juif, est regardée par quelques-uns comme l'une des veines du Nil, parce qu'elle engendre un poisson semblable au korakinos 'coracinus], que l'on trouve dans les marais d'Alexandrie. » Aujourd'hui, le même poisson vit aussi dans VAin Medaouàrah et dans les eaux du lac. Parmi les plantes qui entourent les fontaines de la côte, comme aussi ïAin et Tinéh, on remarque surtout le papyrus.
Multiplication des pains. C'est sur cette intéressante plage qu'eut lieu, d'après la tradition, la première multiplication des pains. (V. Matlh., XIV, 14-34, n» 8, et Marc, VI, 32-54).
D'après les anciens interprètes, Jésus s'embarqua avec ses apôtres à Capharnaûm. Après avoir traversé la mer, il débarqua sur la plage des Sept-Fontaines et se retira à l'écart dans un lieu solitaire couvert d'herbes, sur le territoire de Bethsaîda. La foule le suivit à pied awcc de nombreux malades, pour entendre sa parole et obtenir la guérison des infirmes. A l'approche de la nuit, Notre -Seigneur nourrit miraculeusement 5.000 hommes avec cinq pains d'orge et deux poissons, et l'on