‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 211 sur 251 · II B., VIII · texte numérisé non relu

II B., VIII

Dammésèq de la Bible i ; Aram, pays haut ou pays des Araméens, représente la Syrie et c'est par ce terme que la Vulgate a rendu le mot Aram. Es Scham, pays de gauche, représente également la Syrie, comme VYémen, la droite, signifie l'Arabie Heureuse. Cependant, les Arabes ne nomment habituellement cette ville que par le simple nom de es Scham; car ils se plaisent à donner à la capitale le nom du pays. C'est ainsi que Le Caire, el Qahira, est désigné par Mas7\ l'Egypte, et Bosra, par Eschqi Scham, l'ancienne Gauche ou Syrie.

L'histoire de Damas est aussi ancienne que celle de la Syrie. Son merveilleux site est un de ceux qui semblent avoir été de tout temps destinés à remplacement d'une ville. C'est ce qui exjplique pourquoi les rabbins attribuent la fondation d'Aram Dammésèq a Us, filsd'Aram et petitfils de Sem ».

Quoiçiu'on ne sache rien de précis sur l'origine de celle qu'on appelle à juste titre « la Perie ou l'Œil de l'Orient », Abraham a du la rencontrer sur son chemin de Mésopotamie en Palestine. Le fait qu'Eliézer, son serviteur, était de Damas 3, autorise Thistorien païen, Nicolas de Damas, à dire qu'Abraham s'était arrêté quelque temps près de cette ville *. L'Ecriture sainte, d'ailleurs, nous apprend d'une manière positive que le patriarche poursuivit le roi Chodorlahomor et ses alliés jusqu'au N. de Damas ^

Sur les pylônes de Karnak, elle figure sous le nom de Ttmsqu ou Dimasqu parmi les villes conquises par Touthmës III, et les tablettes de Tell Amarna nous apprennent que xiv à xv s. av. J.-C, Dimasca, v«ssale d'Egypte, fut attaquée par les Hittites *.

David, après avoir vaincu les Philistins et les Moabites^ fit la guerre à Adazer, roi de Soba ; puis il fondit sur Damas dont les habitants volaient au secours de leurs voisins. Il leur tua 22.000 hommes, laissa une garnison dans la place et assujettit toute la Syrie à un tribut ''. Sous le règne de Salomon, Razon, général d'Adarézer, se fit proclamer roi de Damas et ne songea qu'à se venger des Hébreux K Telle était la puissance de ce royaume, que le roi d'Israël et celui de Juda se disputaient l'amilié de Benhadad I*% successeur de Razon.

Vers Tan 901, Benhadad II fut vaincu deux fois par Achab, roi d'Israël, et fait prisonnier à Aphec. Dans le traité de paix, il fut stipulé que les Israélites auraient à Damas un quartier en propre ^. C'est peut-être ce même quartier que les Juifs occupaient aux temps apostoliques et où ils habitent encore aujourd'hui.

Sous le règne de Joram, petit-fils d'Achab, Naaman vint à Samarie demander au prophète Elisée la guérison de sa lèpre. Un jour que le même prophète se trouvait près de Damas, Benhadad II, souffrant d'une grave maladie, lui envoya Hazaël, un de ses ofllciers, pour le consulter sur sa guérison. L'homme de Dieu prophétisa la mort du roi, l'élévation d'Hazaêl au trône et la haine que ce dernier exercerait contre le peuple de Dieu. En effet, peu après, Hazaêl assassina le roi, usurpa le trône et inaugura son règne par la guerre contre Joram, puis contre Jéhu. Celui-ci implora le secours de Salmanassar H. Le roi assyrien accourut s'emparer de Damas et la rendit tributaire. Avec Benhadad III (836), commença la décadence de Damas. I^ roi d'Assyrie, Rammanirar III, dévasta la ville. Puis, lorsque Rasin H menaça Jérusalem, Achaz implora le secours de Téglathphalasar III (733). Le monarque assyrien s'empara de Damas (imirisce, forteresse de Syrie), après un siège de deux ans, tua Rasin et transporta les habitants à Kir, comme Amos et Isaîe l'avaient prédit. Damas s'était à peine relevé, de ce désastre qu'Holopherne, général de Nabuchodonosor (Assurbanipal), vint ravager ses campagnes ^.

Malgré tant de catastrophes, Damas était de nouveau une ville impor-

1. Id. - 2. A. J., VII, V, 2. - 3. Gen., XV, 2. — 4. V. A. J., I. vu, 2. — 5. Gen., XIV, 15. —6. Couder, op. cit.. 16, 20. —7. II R., VIII, 5. 6. — 8. III R., XI, 25. - 9. IV R., XVI, 9. - 10. Jud., II, 27.

tanle au temps de la doniinalion des Perses ^ Tombée au pouvoir de Darius, elle passa à celui d'Alexandre le Grand, puis des Séleucides. Vers l'an 111 av. J. C, elle devint la capitale d'Antiochus de Cyziçue et fut ensuite gouvernée tour à tour par plusieurs rois éphémères qui s'en disputèrent la possession, jusqu'à ce qu'Arétas Phiihéllëne, roi des Arabes, fut invité par la garnison à prendre possession du trône. Ce roi nabathéen fonda une dynastie qui accepta la suzeraineté romaine en 64 av. J.-C. *, et se perpétua jusqu'en 105 ap. J.-C.

C'est dans cette période, l'an 3i de notre ère, qu'eut lieu sur le chemin de Damas la conversion de Saul, muni d'instructions pour la synagogue de la ville. Les Juifs formaient alors une colonie importante et jouissaient d'une grande inOuenee sur l'éthnarque qui gouvernait la ville au nom d'Arétas III Philodème, ou Arétas Aenéas (7 ans av. à 40 ans ap. J.-C.l. C'était le beau-père d'Hérode Antipas. Aussi pouvaient-ils compter sur l'appui de ses troupes. Saint Paul devait lui-même en faire l'expérience au péril de sa vie.

Sous Néron (54-68), les païens de la ville égorgèrent les Juifs par trahison dans le gymnase bâti par Hérode. Josèphe, qui aime à grossir les chiffres, dit que 10.000 Israélites tombèrent victimes de cet horrible complot; il ajoute que les païens eurent soin de cacher le drame à leurs femmes, parce que la plupart étaient gagnées à la religion judaïque ^. Trajan réunit la ville a la province romaine de Syrie, l'an 105. A cette époque (104), la tribu arabe des Ghassanides vint de l'Yémen s'établir dans le Haiiran et ne tarda cas à embrasser le christianisme. Un de ses membres, Marins Julius Philippe, devint empereur romain de l'an 244 à 249 et octroya à Damas le titre de colonie romaine. D'après l'opinion commune au temps d'Eusèbe, cet empereur appartenait à la religion chrétienne.

La bonne semence jetée par saint Paul au sein de la capitale leva à son tour et produisit des fruits. Aussi voyons-nous Magnus, mélropolitain de Damas, assister au concile de Nicée (325) avec sept de ses sutlragants. Après avoir beaucoup souffert des luttes entre Héraclius et Cbosroës, Damas passa sous le joug des musulmans. Saint Epiphane ^ s'était déjà plaint que la Syrie fût le berceau des hérésies des Nazaréens et des Ebionites. A l'arrivée des nouveaux conquérants, les Arabes des frontières s'empressèrent de renier le christianisme pour embrasser rislàm. Ils contribuèrent même à la défaite des armées chrétiennes sur les bords du Yarmouk, comme à la prise de Damas. Abou Obeidah et Khaled, généraux du calife Omar, assurèrent cependant aux chrétiens le libre exercice de leur culte.

Le calife Moaouréh, fondateur de la dynastie des Ommiades, transféra le siège de son gouvernement à Damas (661). Mais après la mort de Mérouan II, son successeur, Abou Abbas, chef des Abbassides, s'empara du trône et choisit Bagdad pour capitale (750). Au milieu des révolutions sanglantes dans lesquelles s'abîmait l'empire des Abbassides, Damas, comme Bagdad, tomba successivement au pouvoir d'Ahmed, le premier

grince toulounide, puis des Akchidites et ensuite des Fatimites d'Egypte n 1074, Azig, Turk Seldjoukide, devint maître de la ville.

Baudouin II (1126) remporta une victoire douteuse sur Togtekin sous les murs de Damas, sans pouvoir se rendre maître de la ville. Sous le calife Moudjir ed Dîn (1148 , Conrad III, empereur d'Allemagne, liouis VII, roi de France et Baudouin III, roi de Jérusalem, échouèrent à leur tour devant Damas, par suite de la trahison des barons de Syrie, dit-on.

Nour ed Dln, sultan d'Alep, se rendit maître de Damas en 1158. Saladin fit échouer, par sa vigilance, une nouvelle tentative des Francs en 1177. Damas était alors le grand centre commercial, industriel et scientifique

1. Strabon, XVI. — 2. A. J., XIV, ii, 3. — 3. A. J., XVIII, v, 1, 3. - 4. Adv. Haer., h. XXIX, 1 et XXX, 2.

de la Syrie. Elle possédait une école de médecine et un observatoire astronomique sur le Djebel Kasioun.

Prise par les Mongols sous la conduite de Houlaqou, petit fils de Dln- ^îs-Kban (12G0), elle tomba peu après au pouvoir des Kotous, prince des Mameluks d'Egypte, d*orîgine tcherhesse. Son successeur, Blbar.-^ Bendoukdar, restaura la citadelle. Plus lard, les Tarlares ravagèrent, la ville, une !'• lois en 1300 sous te chef Gbazzeu-Khan, et une 2* fois en 1401, sous Timour Lenk. Celui-ci, après avoir écrasé l'armée égyptienne, livra la viffe aux flammes et fit passer au fil de fépée toute la population, à Pexceplion de quelques armuriers et potlers-émallleurs qui furent emmenés à Samarkand et à Kborassan. C'est ainsi qae Damas perdit ses célèbres fabriques de lames et de céramique. Aussi Timour Lenk n'est-il connu à Damas que sous le nom d*el Ouahsch, la bêfe féroce. A peine la Tille s'éf ait-elfe relevée de ses ruines, que les Mameluks se la virent enlever par le sultan Sélim I" (1510), qui Tîncorpora à l'empire turc, dont elle fait encore parlie.

Ibrahim Pacha s'empara de Damas en 1832; mais en 1840, son père, Méhémet Ali, fut obligé de la restituer au stilfan de Stamboul.

VuQ des plus tristes pases de l'histoire de Damas est celle des mas sacres des chrétiens en 1860, du 9 au 11 jorllel. Exaltés par fa rébellion des Indiens contre les Anglais, les musulmans attaquèrent le quartier chrf'fien et le réduisirent en cendres. Plus deC.OîX) chrétfens furent froidement égorgés, tandis que d'innombrables jeunes femmes et Jeunes llfle» furent enfermées dans les harems des bourreaux, réduite» au plus ïionfeux des esclavaj^es. In grand nombre de chrétiens purent se sauver en se réfugiant dans les consulats ou dans le palais d'Abd el Kaderqui, avec ses Algériens, brava le fanatisme de ses féroces coreligionnaires, ponr arracher à la mort 1.500 personnes. Pendant ce temps, la gamîson fraternisait avec la populace. I^es massacres se répétèrent dans les montagnes du Liban, ou les Druses donnèrent fibre cours à feor haine séculaire contre les Maronites. L'expédition française en Syrie dédda un grand nombre de Druses à se retirer daas fe Hauran.

Etat aetneL

Damas est le chel-îieo du Vilayel de Syrie et, d'apte» son rang, la 5' ville de Tempire octoman. EUe est fa résidence d'tt» Ouâli ou gouverneur général, et d'un Mouseblr, eon^maïKlaEit d'un corps d'armée turque.

Population. Damas, y compris le faahourg d'es Salabfj^éb, compte une population d'ejSTÎroD 3ÛO.0Ô0 babitaets^ dost 35 000 sont ebrétien». Ceux-ci se répartissent eomme il 9«H : CaUio- Uqne& : Grecs, 12 à to.OOO; — Syriens, t ^00; — Maronites, l.SCW; — Arménien», 700; — LaUns, oÔÔ-; — CbaMéen», lOO. Scbisnatiques : Grecs, I6.Û30; — ArnaénieofS, 400; — Syriens, 190. Les protestants s-'éfèvenf au nombre de 300 et les Israélftes à celai de 1 0.000. Les masalmans eomptent 233.000 âmes,

Eeoles et Etablissements de bienfaisanee t

V Le eouvent de Saint- Paul de& Pères Franciâcaio» de Terre

saioter a-vec église paroissiale lattiie et. éceie poisr le» ^aaç^/û»^

En- 42RÎ3, ïe pap« Gré^ofre IX envoya des Frères Hfinetirs à Datrraf arer une lettre pour le calife de Syrie. (Sbaraglia, Dully franc, l, 93). Dès l'année 1280^ deu& disciples de saini Franeois d'Assise y souflrireiit le ihartyre. Puis en 1368", seize d'entie eux furent jietés. dans tes fers» et mis à mort après cinq mois de soulTrance. fBarlhélénnr de P., Conf, t). Ters

Pï

1557, trois Religieux franciscains de la province Basilicale en Ilalie furent envoyés dans celte ville par le Père Gardien du Mont Sion. Ils furent livrés aux gamins qui les lapidèrent ; après quoi ils eurent la tête tranchée. Au temps de Quaresmius (II, (i61J, leur tombe était encore l'objet de la vénération du peuple chrétien. En 1668, les Franciscains achetèrent une église des Maronites, et 50 ans plus tard, ils en bâtirent une autre avec un couvent Tout fut détruit en 1860, pendant le terrible massacre, dans lequel huit Franciscains, sept Espagnols et un Tyrolien, périrent héroïquement au pied de l'autel. L^s Pères Capucins qui résidaient autrefois à Damas, ont abandonné la ville après la mort tragique du P. Thomas et de son serviteur Ibrahim Amarab, le 5 février 1840.

2» Les Sœurs de S. Vincent de Paul desservent l'hôpilal français et tiennent un orphelinat et une école pour les filles.

3° Les Pères Lazaristes dirigent un grand collège.

4» Les Pères Jésuites occupent une résidence.

5" Les Sœurs Mariamât ou du S.-Rosaire ont une école pour les filles.

G" Les Grecs catholiques possèdent, avec Téglise-cathédrale, un séminaire patriarcal, une école pour les garçons et une autre pour les filles.

'7° Les Grecs non-unis possèdent également une cathédrale et plusieurs écoles. Les autres rites ont tous ouvert une école dépendante de leur église paroissiale.

8*> La mission protestante anglo-syrienne entretient un hôpital privé avec une école. La mission américaine et la mission irlandaise ont installé chacune une petite école.

9° La municipalité de Damas a fait construire un hôpital général du côté de la gare de Béramké, et un hôpital pour les lépreux dans la maison dite de Naaman. Des 240 mosquées et oratoires attenant aux médréséh ou écoles, la plupart sont délabrés ou tombés en ruines ; 70 d'entre eux sont encore fréquentés par les musulmans.

Visite de la Ville.

Nous divisons la visite de la ville en trois excursions qu'on peut faire en voiture. La 1" commencera à la place du Sérail, d'où l'on se rendra à la grande mosquée, ensuite, par la rue Droite, à Saint-Ananie, à la tour Saint-Paul, avec retour à la place du Sérail j>ar le N. de la ville. La 2', à el Salahiyeh au N. La 3*, de la place du Sérail à la gare du Midân au S.

Première Excursion.

A travers les bazars. En face des hôtels Victoria et d*Orient, et près du nouveau Sérail, on rencontre une vaste place sous laquelle passe lè Baradâ. Entre le palais de la municipalité, el Belediyéh, à l'O. et le café-restaurant Dimilri à l'E., coule une belle fontaine à jet d'eau. Tout auprès, on a élevé un monument commémoratif de la construction de la ligne du Hedjaz ; mais il est resté inachevé. Au S. de la place apparaît l'ancien Sérail.

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