III. — DU LAC DE TIBÉRIADE A CAIFFA
en chemin de fer.
Nous indiquons les distances en km. à partir de la station d'es Sémak.
En quittant la gare d'es Sémak, le chemin de fer se dirige vers le S.-S.-O. A dr., on aperçoit les maisons aux toits rouges d'une colonie juive, es Sedjarâh; puis le hameau Cl Oumm Djov/niéh. A 8 km. du lac, la ligne croise pour la dernière fois le Yarmouk, qui va se confondre avec le Jourdain, dont il double en toute saison le volume d'eau.
Deux km. plus loin, on franchit le Jourdain, le fleuve de la Terre sainte (— 238 m.). Le Djisr el Moudjamia, pont des Réunions ou du Marché, qu'on voit en amont, date de l'époque sarracénique. Il se compose d'une grande arche ogivale flanquée
482 Voyage XIX. le Jourdain Du lac de Tih,
de côté et d'autre d'ane arche petite et fort basse. Une chaussée percée de trois arcatures s'élève par-dessus les deux petites arches pour atteindre la hauteur de l'arche centrale. Tout auprès, sur la rive dr., se dresse un ancien caravansérail, encore en assez bon état, avec un bon nombre d'habitations en ruines, appelées Daqaqin^ les Boutiques. C'est là que passait la route commerciale de Bethsan à Gadara et dans le Hauran.
Le Jourdain s'app3He en hébreu hay Yârden, mot dérivé de Yâréd, qui veut dire descendre, Ls fleuve reçut le nom de descendant sans doute à cause de sa psnte extraordinaire qui lui imprime une grande rapidité. Sûnt Jérôme crut qu'il dut son nom à Yeov et Dan. fleuve de Dan. M ils à l'époque d'Abraliam, Laïs ne portait pas encore le nom de Dan. Puis. Yeor n'a pas le sens de fleuve en hébreu. Dans l'écriture
grande, pour le distinguer de son affluent esch Schéî'iât et Menadiréh.
Le Jourdain, qui pour Juifs et cliréliens est le fleuve sacré par excellence, est aussi de tous les cours d'eau du monde le plus singulier et le plus extraordinaire. Il s'échappe des flancs de l'Hermon qui, grâc« à ses neiges quasi perpétuelles, l'alimente abondamment toute l'année. Au N.-O. de celle chaîne de montagnes, la source d^Hesbeya (aSO m.) forme au sorlîr de terre un torrent considérable nommé Nahr el Hasbâni. Au S. de l'Hermon jaillit avec impétuosité une source deux fois plus abondante (145 m.), qui produit le Nahr el^heddani. C'est la source du Tell el Qadi, colline du Juge, l'emplacement de la ville de Dan, dont le nom en hébreu signifie Juge. Enfin 40 min. plus à l'E., sort une autre source, moins abondante, il est vrai, mais plus pittoresque et surtout plus illustre : c'est celle de Banias, l'ancienne Panéas ou Gésarée de Philippe (3:30 m.), qui forme le Nahr Banias. Ces trois cours d'eau se prétîipilent avec fracis à travers des gorges basaltiques et opèrent leur jonction à 45 m. d'altitude seulement, pour donner naissance au Jourdain proprement dit. Quinze min. plus bas, celui-ci traverse le Ifahret el Houièh, l'antique lac de Mérom, qui a 6 km. de long et autant de large, à 2 m. d'attitude. Le fleuve s'échappe de li pour aller se jeter dans le lac de Tibériade, 16 km. plus loin. Cet immense bassin i— 212 m.), qui dans la Bible porte le nom de mer de Génésarelh el de mer de Galilée, a 21 km. de longueur sur 9 km. de largeur et fjrme une superficie de 170 km. carrés, avec une profondeur moyenne de 45 m. (V. Lac de Tibériade, p. 413;.
Le fleuve s>rt du lac de Tibériade à son extrémité S.-O. et passe à travers les piles en basalte de deux anciens ponts, le Djisr es Simak et le Djisr es Sidd, dont les débris amoncelés forment aujourd'hui des gués. Après avoir reçu son principal affluent, le Yarmouk, le Jourdain continue sa course au milieu d'une double chaîne de montagnes, pour aller se perdre dans la mer Morte (— 396 m.). La distance qui sépare ces deux mers est de 104 km. ; mais les méandres que décrit le fleuve sont si nombreux qu'ils triplent la longueur de son cours. Le bassin du Jourdain, depuis sa source jusqu'à son embouchure, est une immense dépression du sjI, unique au monde. Les Arabes donnent à c«tte énorme faille le nom de Ghôr, Crevasse. Ils appellent es Zôr, la plaine au fond de laquelle serpente le Jourdain et qu'il s'est formée par le déplacement successif de son lit, en rongeant les flancs du Ghôr, tantôt à dr., tantôt à g. Cette plaine, dont la largeur varie de 3 à 20 km., est la feriile Hikkar hay Yârden de la Bible. {V. Le Jourdain près de la mer Morte, p. 277).
Après avoir dépassé la gare du Djisr el Moudjamia sur la rive dr. du fleuve (10 km.), la voie ferrée reprend sa direction
à Caiffa. betusan Voyage XIX. 483
S.-S.-O. sur la bergo intérieure du Ghôr et s'achemine le long d'une ancienne roule romaine. Elle franchit, 3 km. plus loin, le Ouâdi el ïïiréh, belle et large vallée qui amène les eaux du Khan et Toudjar, situé au N.-E. du mont Thabor. Vez Zôr se rétrécit jusqu'à n'avoir qu'une largeur do 2. km. i/2.
A travers les deux vallons qu'on rencontre un peu plus loin, on aperçoit à dr., sur le sommet d'une montagne {2'.)1 m.), les belles ruines du Kaukah el Haoua, la Rose des vonts. C'est le Belvoip, château fort que le roi Foulques fit construire en 1140. Saladin s'en empara en 1188. Aujourd'hui ces ruines servent d'habitation à quelques familles de fellahin.
A 20 km. d'es Sémak, on traverse le Ouâdi esch Schech {— 181 niJ, dont le torrent prend naissance à Toumrah près «d'Endor. 3 km. plus loin, on se trouve en face d'un gué, Makkâdet el Abârahj Gué du Passage, qui a beaucoup préoccupé certains palestinologues modernes, à propos de Bethabara où, d'après Origène, baptisait le Précurseur.
Entre le lac de Tibérlade et la mer Morte on renconire 50 gués. Dans le livre des Juges (VII, 24), nous lisons que Gédéon, voulant couper la retraite aux Madianites qui s'enfuirent jusqu'au bord d'Abel MéhAla ^à 16 km. au S. de Belhsan. V. p. 489), fit occuper les gués sur la rive droite du Jourdain « jusqu'à Bethbara. » Cette ville se trouve beaucoup trop au midi pour avoir pu donner son nom au gué en face de Bethsan. En tout cas, on ne saurait y voir, comme on l'a prétendu, Béthanie, nom qu'Origène a rendu par Bethara et Bethabara, où saint Jean a baptisé Notre -Seigneur. Celle-ci se trouvait sur la jnve gauche da Jourdain (Jean I, 18, 28) et dans le désert de Juda (Matthieu, III, 1). Jérusalem et toute la Judée sortit pour être baptisé (Matthieu, III, 5). Cette Béthanie se trouvait, d'après la tradition des premiers siècles, en face de JéHcho. ( V. 275).
La ligne se plie vers TO., laissant au S. une gracieuse plaine large d'environ 15 km. dans laquelle s'élève Beisan, St., 31 km. (— 98 m.). C'est l'antique Bethsan.
Bethsan.
Les alentours de cette cité, arrosés par quatre différents cours d'eau, excitèrent toujours l'admiration des voyageurs par leur luxuriante végétation. Les palmiers y croissaient en grand nombre jusqu'au xm" s., et le Talmud vante spécialement les olives et le lin de sa campagne. Le rabbin Simon ben Lakisch dit : « Si le Paradis se trouve en Palestine, la porte en est Beth Schéan. »
JSlstoire. Bethsan, en hébreu Beth Séa/n, Maison de Repos, et ■en arabe Beïsan, est située sur un pialeau de formation basaltique qui domine de 180 m. le lit du Jourdain, à 5 km. de la rive du fleuve.
Cette ville chananéenne é;;hut en partage à la demi-tribu occidentale de Manassé; mais ses habitants, valeureux et munis de chariots de jçuerre, ne furent point exterminés (Jos., XVJI, 11. 16). Plus tard, cependant, ils payèrent le tribut aux Israélites (Jg., I, 27, 27). Après la désas-
484 Voyage XiX, bethsan Du lac de Jib,
treu8e bataille de Gelboé, les Philistins coupèrent la tète au roi Saiil qui s'était donné la mort, et la déposèrent, avec ses armes, dans le temple d'Astaroth. Quant à son corps, ils le suspendirent, avec ceux de ses trois malheureux fils, à la muraille de Bethsan. Pendant la nuit, les habitants de Jabès-Galaad vinrent furtivement enlever le corps du roi et ceux des trois princes, pour leur donner la sépulture dans leur ville (I R., XXXI. - III R., IV, 12). De Bethsan, on voit fort bien !a gorge profonde du OuMi Yabis, qui renfermait l'antique Jabés«Galaad. Celle-ci était située à 5 ou 6 heures de lu rive gauehe du fleuve.
David se rendit maître de Bethsan et de son territoire, et Salomon eu confia Tadministration k Banaa, fils d'Ahilud i. Mats Bethsan ne devint jamais une ville juive proprement dite.
Sous la domination grecque, elle portait le nom de So^tliopoUs. 0» ignore pour quel motif elle reçut ce nom. L'hypothèse émise par (Jeorees Syncelle (viii* s.) n'est pas plus acceptable que celles proposées par aes écrivains modernes. Depuis l'époque d^olopherne qui campa un mois entre Bethsan et Gahaa, jusqu'à celle des Macbabées, ia Bible garde le silence sur cette ville. On sait seulement au'au m* u. av. J.'C., elle était vassale des Ptolémées d'Egypte ; puis en 218, elle se rendit à Antîochus le Grand. Judas Maehabée, revenant de sa glorieuse expédition an pays de Galaad. en 163 av, J,-C., traversa Scythopolis pour regagner Jérusalem. Il remercia la population païenne de aes bons aejUimeiJl» à l'égard des Juifs qui habitaient dans la ville*-
L'an 109, Epicrate, chargé par Antiochus de Cyzique de continuer la guerre contre Jean Hyrcan, roi de Judée, vendit à ce dernier monarque Scythopolis et toutes les villes voisines occupées par les Syriens. Huit ans après, Cléopâtre y eut une entrevue avec le roi Alexancfre Jannée, dans le but de contracter alliance avec le peuple juif. Pompée s'empara de la place lorsqu'il marcha de Damas à Jérusalem. Sous Gabinius, elle devint une ville autonome de l'empire romain'. Elle surpassa alors Jérusalem par sa population et son commerce. C'est à cette époque qu'elle fut enrichie de la plupart des monuments qui lui ont valu le nom de Ville des temples *, et dont les ruines accusent encore l'antique splendeur.
Au début de la guerre de rébellion contre les Romains (65 ap. J.^C), des bandes d'insurgés juifs assaillirent la ville. Les habitants païens, puissamment secondés par les Juifs, repoussèrent les agresseurs. Après ce succès, ils chassèrent la population juive hors de la ville et la massacrèrent traîtreusement dans un bols voisin au nombre de 13.000 personnes, hommes, femmes et enfants. Un juif nommé Simon, qui avait pris une part active à la défense de la ville, voulut épargner à sa fomille et à lui-même la honte de périr de la main de ses lâches et ingrats coucitoyens. 11 perça de son épée son vieux père, sa mère, sa femme et ses enfants ; puis, debout sur les cadavres des siens, il plongea l'arme dans sa propre poitrine ■'.
Le christianisme pénétra de très bonne heure dans Bethsan. Ëusèbe nous apprend que, pendant l'ère des martyrs sous Dioctétien (303-311), saint Procope, originaire de Jérusalem, était lecteur, exorciste et interprète en langue syriaque dans l'Ej^lise de Scythopolis *. Le saint lévite lut le premier chrétien martyrisé à Césarée, et reçut le lilre de Grand Martyr, Scythopolis était alors le siège métropolitain de la Palestine Seconde. (K. p. 9). Son premier évèque, saint Patrophile. assista au concile tenu enPalestine l'an 318, et plus tard à celui de Nlcée, en 325. En 355., saint Eusèbe de Verceil, ayant refusé pendant le concile de Milan d'accéder à la condamnation de saint Athanase, fut envoyé en exil à Scythopolis par l'empereur Constance II. Il s'y rencontra avec saint Ggudenee, évèque de Novare et avec saint Epiphane. La ville était alors un grand centre de vie monastique.
1. m R. IV, 12. ~ 2. 1 Mach., V, 52. - 3. A. J., XIV, ni, 4 ; - iv, 4. -4. G- J., III, iK, 7. ~ 5. G. J., II, xvin, 3-4. — 6. H. E., VIIMX.
à Caiffa, sgythopolis Voyage XIX. 485
Sous Jnlien TÂposlat, en 361, les païens sévirent cruellement contre les chrétiens et en martyrisèrent un grand nombre. Plus tard, les Saraa- Htains, en révolte contre l'empire (521-531), massacrèrent à leur tour un grand nombre de chrétiens et livrèrent une bonne partie de la ville aux flammes. Une des gloires de Scythopolis est d'avoir donné le jour à saint Basitide et à saint Cyrille, biographe de saint Euthyme et de saint Sabas.
Après l'invasion des Arabes, la ville recouvra, avec une légère modification, son ancien nom, Belean ; mais elle perdit sa prospérité. Les Croisés la virent en pleine décadence et transférèrent le siège de son archevêché à Nazareth. En 1182. la ville repoussa vaillamment une attaque des troupes de Saladin ; mais lorsque l'année suivante celui ci revint à la charge, il la trouva déserte et la livra aux flammes.
Etat actuel.
Belsan, qui ne possédait que 300 habilants il y a 50 ans, en compte environ 3.000 aujourd'hui. Elle est devenue le siège d'un Moudlriyéh dépendant du Kaimmakamlik de Naplouse et est pourvue d'une petite garnison. Tout le territoire de Beisan est domaine du sultan.
Les remparts de i'anclenne ville, dont on peut aisément suivre les traces, avaient un périmètre d'environ une lieue. A l'intérieur, d'autres murs divisaient la place forte en 3 ou 4 quartiers, et, à peu près au centre, s'élevait l'acropole.
Le village moderne occupe le quartier méridional. Au N.-E. du village, s'élève la grande mosquée des Quarante-Guerriers, Djwmiâ el Arhdin Gazaoui^ construite en 1401, à la place d'une ancienne église. En 1888, dans le jardin du Sérail, les ouvriers découvrirent en creusant le sol les restes d'un magnifique édifice, probablement une église, avec 27 colonnes couronnées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc.
A ro. du village, se rencontre l'hippodrome, vaste bassin elliptique de 92 m. de longueur sur 53 de largeur. Les sièges de l'amphithéâtre étaient en marbre blanc; il n'en reste plus que des vestiges, A 300 m. au N. de l'hippodrome, on remarque les ruines d'un beau théâtre de 60 m. de diam. Les gradins ont disparu ; mais les galeries voûtées sur lesquelles ils reposaient, ainsi que neuf vomitoires sont en partie intacts. Le peuple nomme ce théâtre el Akoûd^ les Arches. L'arène est construite de manière à pouvoir servir aux jeux naumachiques ou combats sur l'eau. La source voisine, Ain el Melâby fontaine de la Maison des jeux, permettait d'inondei: le foyer de l'amphithéâtre. C'est là que sous Julien l'Apostat périrent un grand nombre de chrétiens. Dans l'espace compris entre le théâtre et l'acropole, les principales rues étaient bordées de colonnades. On y rencontre aussi une belle voûte romaine appelée Mogharet et Tell^ caverne de la Colline.
L'acropole, Qalâah^ appelée aussi Tell el Hôsn, colline de la
486 Voyage XIX. bethsan Du lac de Tib.
Forteresse, e'ëlËTe sur trais mamelons ilc hauteur dilTérente et entourén d'un mar de 2 m. 30 d'épaisseur. Au N. et â l'E., la citadelle est bordée par le profond ravin du Oiiâiii et Djatout, doDt le ruisseau tait sa Jonction avec celui qui coulo au S, du TtU et suit son couru vers le Jourdain. Un pont de trois urches, Pjisr el Maqloua, traversail le ravin fi VE., tout en falNanl partie de l'eDceiDte de la ville. Du Teli et Ili/sn. on jouit d'une très belle
vue; malhcureuscmenl, les plus belles ruines de Bclean sont recouverlcs par des champs en culture on envahies par les broussailles.
Uu Djisr el Maqtona, un chemin descend vers le N, et abonlilii et Bammâni, bassin de 7 m. de longueur, 6 m. .10 de largeur el 3 m. 70 de profondeur. Autrefois il était voûté et entouré d'un portique. Un aqueduc dérivé du Nahr el Djaloul y ampQall l'eau nécessaire pour les bains. Au S.-E.du Hammam, ia rencontre uu grand nombre An sépulcres taillés dans le roc, X d'autres conslraits on magonnerte avec des voùles sphéi'iues.
à Caiffa. GELBOÉ Voyage XIX. 487
A l'aDgle N.-O. de l'ancienne ville, près de la gare, on a retrouvé les vestiges d'une églisu byzantine dont l'abside avait 8 m. 25 de diam.
Au sortir de la gare de Bethsan, on rencontre à* dr. le Khan el Ahmar^ Caravansérail rouge ( — 146 ra.)- C'est une vaste cour de 82 m. de long sur 72 m. de large entourée d'une galerie voûtée, avec une fontaine au centre. Il ressemble beaucoup à celui de Ramléh, sauf que la tour carrée est remplacée par un grandiose portail. Le chemin de fer monte le long du vallon au fond duquel coule le î^ahr el Djalout.
A g. se dressent les montagnes de Gelboé, devenues célèbres par la mort de Saùl et de Jonathas, et surtout par la malédiction que David prononça contre elles dans sa sublime élégie sur la mort du roi et sur celle de son ami (II R., 1, 21).
Montagnes de Gelboé, qu'il n'y ait sur vous ni rosée ni pluie, Ni champs de prémices !
Car là fut jeté bas le bouclier des héros, . Le bouclier de Saûl comme s'il n'eut pas été oint de l'huile (sainte).
Cette petite chaîne de montagnes, longue d'environ 14 km. de l'E. à ro. et large de 6 à 8 km. du N. au S., est la ramification la plus orientale des montagnes d'Ephralm. De belles sources coulent à ses pieds ; mais les plateaux supérieurs, dépourvus d'eau, sont dénudés. Le nom de Gelboé se survit dans celui de Djelboûn, village situé sur le flanc oriental (324 m.). Au temps d'Eusèbe, Gelboé était encore un gros bourg nommé Gelbus « à 6 milles de Scythopolis sur le mont Gelboé. » (0. S. 72). Cependant, c'est le village de Foqoua, assis sur un sommet de 458 m. d'altitude, qui a donné son nom à la montagne, appeke par les Arabes Djebel Foqoua. La cime voisine, Scheikh Barkân, la plus haute de toutes, mesure 516 m. d'altitude.
Schoutta, St., 39 km. Le village de ce nom, assis à dr. sur un mamelon (— 40 m.), est généralement identiflé avec Beth Schittah, Maison de l'Acacia, mentionnée dans le livre de Josué (VU, 1^2), à propos de la victoire de Gédéon sur les Madianites. Bientôt apparaît à dr. le Djebel Dahiy le petit Hermon des écrivains du iv« s., le mont Noréh de la Bible (V. p. 39i). L'on est arrivé en plein lerritoire de la tribu d'Issachar, la plaine d'£sdrelon si riche en souvenirs bibliques.
Plaine d'Esdrelon. Esdrelon représente la forme grécisée du nom hébreu de Jezraël, la célèbre ville qui occupa la pointe N.-O. des montagnes de Gelboé el qui porte aujourd'hui le nom de Zéraïn. Cette plaine forme un triangle irrégulier dont la base longue de 36 km. s'appuie sur le mont Carmel et les montagnes de Samaric, depuis le pont de Cison près d'el Haratiyéh jusqu'à
488 Voyage XIX, font, de harod Du lac de Tih.
Djénîn. La pointe du triangle est au mont Thabor. Le petit Hermon qui s'ayance dans ce territoire, forme une large vallée avec le mont Thabor au N., et une autre avec le mont Gelboé au S. Cette vaste campagne, qui ligure parfois dans la Bible sous le nom de plaine de Mageddo, s'appelle aujourd'hui Merdj Ibn Amîr, prairie du Fils d'Amlr.
Gison. La plaine d'Esdrelon est traversée d'un bout à l'autre par le Nahr et Mouqatta, fleuve du Massacre. C'est le Gison biblique, en hébreu nahal Qisôn, nom dérivé de la racine qôSt être recourbé ou tortueux. La branche principale du torrent descend des montagnes de la Samarie, près de Djenîn ; l'autre a sa source au pied du Thabor, entre Endor et Jksal, Il reçoit sur son passage le tribut de nombreux torrents d'hiver qui descendent des montagnes environnantes.
La plaine d'Esdrelon, marécageuse en quelques endroits, est d'une remarquable fertilité, comme l'indique, du reste, son nom de Jezrael, qui veut dire Semence de Dieu. Le patriarche Jacob la destinait à son fils Issachar, père d'une race de pasteurs, et il le représente à juste litre a comme un âne robuste, couché dans sonétable, voyant que le repos est doux et la terre excellente. » (Gen., XLIX, 14, 15).
Cette plaine fut aussi en tout temps un champ de bataille. Là se croisent dans toutes les directions les routes qui reliaient autrefois les empires de l'Orient. Par sa position, sa fertilité et sa couronne de montagnes qui constituent d'excellents postes d'observation ou des forteresses naturelles, elle semble avoir été créée tout exprès pour la rencontre des peuples qui devaient s'entrechoquer. Thoutmës III, RamsèsII, Gédéon, Débora, les Philistins au temps de Saûl, Néchao II au temps de Josias, les Grecs, les Romains, les Croisés, jusqu'à Bonaparte y ont remporté de signalées victoires.
Koumiéh, St., 43 km. Ce village occupe le sommet de la colline à dr. (254 m.). Au S., sur les contreforts du mont Gelboé, on voit un groupe de trois villages : ce sont à TE., er Rihaniyéh, sur un haut plateau (402 m,),el Mazar habité par des derviches et but de pèlerinage pour les musulmans, enfin à l'O., NoûriSf une antique localité.
Fontaine de Harod. Au delà de Koumiéh, on aperçoit au pied du Djebel Foqoua une tache de verdure produite par des joncs et des roseaux ( — 42 m.). Là coule la célèbre fontaine de Harod, appelée aujourd'hui Ain Djalout, où Gédéon conduisit son armée pour éprouver ses hommes avant d'attaquer le camp des Madianites. L'eau jaillit avec impétuosité à travers les larges fentes de la roche au fond d'une caverne, et forme aussitôt un vaste réservoir de 20 m. de diam.
Au temps des Croisades, les Francs et les Sarrasins établirent tour à tour leur camp autour de ce beau bassin, dont le fond était autrefois pavé. Guillaume de Tyr (XXII, 26) appelle la fontaine de Gédéon Tttftonia, nom d'une ancienne localité voisine, Khirbet Toubaoûn. Ce nom est resté attaché à une source qui coule à 1 km. 1/2 d'ASn Harod. Boha ed Dîn nomme cette dernière Aïn Djalout, source de Goliath. Ce nom est très ancien ; le Pèlerin de Bordeaux y vit déjà un souvenir de Goliath. Quelle en est l'origine? Le texte hébreu du livre des Juges (VII, 3) et toutes ses versions donnent le nom de Gilâd ou Galaad à la partie septentrionale de la montagne de Gelboé, où Gédéon avait rassemblé ses soldats. Les exégètes modernes sont d'avis, il est vrai, que le copiste a
à Caiffa. jezrael Voyage XIX. 489
rendu par inadvertance le mot Gilbôa par celui de GUâd, mais Juifs et chrétiens croyaient fermement que c'était là le nom de la montagne au pied de laquelle jaillit la célèbre fontaine. De là, sans doute, le nom d'Aïn Galaad, en arabe Aïn bjaloûd. D'un autre côté, les historiens arabes, induits en erreur par le Coran, confondent l'histoire de Gédéon avec celle de Goliath, et placent la victoire de David près de cette source, ce qui est un argument pour l'identification d'Aïn Djalout avec Aïn Harod.
Champ de bataille de Gédèon. Les Madianites et les Amalécites avaient étendu leur camp jusque vers les hauteurs du mont Moréh ou petit Hermon. « lis remplissaient le N. de la vallée comme une multitude de sauterelles avec leurs chameaux innombrables comme les grains de sable sur les bords de la mer. » Les Israélites campaient en face, sur les flancs du mont Gelboé. Le Seigneur ordonna à Gédéon de renvoyer de son armée tous les hommes timides. De 22.000 hommes, il en resta 10.000. Ce fut encore trop. Sur l'ordre de Dieu, Gédéon fit alors descendre ses soldats à la fontaine d'Harod et n'en garda que 300, les seuls qui burent du creux de la main. Avec cette poignée de braves, armé chacun d'une trompette et d'une cruche garnie d'une torche, Gédéon lit irruption pendant la nuit dans le camp ennemi. Les Madianites surpris et atlolés s'entretuèrent les uns les autres et « s'enfuirent jusqu'à Beth ha Schitta vers Tsérédata, jusqu'au bord d'Abel Méhôla vers Tabbath. » (J^., VII, 23, t. héb.) Pour couper la retraite aux fugitifs qui cherchaient a regagner leur pays au delà du Jourdain, le vainqueur fit occuper les gués à l'O. du fleuve « jusqu'à Bethabara. »
Beth ha Schitta est identifié avec Schoutta. Abel Meh61a était encore un village au iv* s., portant le nom de Bethmaula. Eusèbe ajoute qu'il était situé à 10 milles au S. de Bethsan sur la rive droite du fleuve, et que le prophète Elisée naquit en ce lieu (0. S. 34). Tsèrédata est le même lieu que « Sarédatha près de Sochot et de Bethsan » (II Par. 1V„ 17), et « Sarethana au-dessous de Jezraêl » (III R.,IV,12}, où Salomon fit fondre les vases sacrés en bronze. C'est aussi jusqu'à Zarethan que s'accumulèrent les eaux du Jourdain, lorsque les Israélites passèrent le fleuve à pied sec (Jos., III, 16, LXX).
A 2 km. à l'O.-N.-O. d'Ain Djalout, on voit le village de Ze- TÎn qui s'élève dans un site pittoresque sur un des derniers contreforts du Djebel Foqoua (l22 m.). C'est l'ancienne Jezraêl ou Esdraelon de la tribu d'Issachar.
Saûl, marchant contre les Philistins établis à Sunam, réunit ses troupes « près de la fontaine de Jezraêl. » (I R., XXIX, 1). C'est, sans doute, celle qui coule au pied de la colline {i8 m.), à 20 min. du village, au N.-E. Les Arabes l'appellent Aïn Maiyitéhy source Morte, parce que pendant quelque temps elle avait disparu sous les rochers qui s'étaient éboulés. En 1834 on la retrouva en pratiquant des excavations. Elle continue depuis à former un petit ruisseau qui mêle ses eaux, un peu plus loin, ù celles du Nahr Djalout.
Cette ville acquit une certaine célébrité sous le roi Achab et ^a reine Jézabel, qui en firent leur résidence habituelle et l'embellirent d'un grand palais. Jézabel, Phénicienne d'origine, y éleva aussi un temple à Astarté et maintint un grand nombre de prêtres de Baal. C'est à l'E. de la ville que s'étendait la vigne de Naboth, tant convoitée par Achab qui voulut en faire un des jardins de son palais. C'est là que Naboth fut lapidé sur les
490 Voyage XIX. sunam Du lac de Tih.
ordres de Jézabel, pour avoir refusé de se dépouiller de son patrimoine. C'est là aussi que le prophète Elle annonça au roi et à la reine les terribles châtiments de leur crime (III R., XXI). Achab périt sur le champ debataille.Joram, son fil?, blessé à Ramoth, soigna sa plaie à Jezraël, où il reçut la visite d'Ocbozias, roi de Juda. Pendant ce temps, Jéhu fut sacré roi d'Israél par le prophète Elisée et reçut la mission d'exlermioer la famille d' Achab, dont l'impiété avait élé si pernicieuse pour le royaume. Le nouveau roi accourut par la route de Bethsan, rencontra Joram près de la ville et, après lui avoir percé le cœur d'une flèche, il fit jeter le corps dans la vigne de Nçiboth. Ochozias, poursuivi et blessé à son tour, alla mourir à Mageddo. Jéhu entre ensuite en ville, voit Jézabel à une fenêtre du palais et la fait précipiter dans la rue, où elle fut dévorée par les chiens. A Samarie, 70 fils de la famille royale furent égorgés et leurs têtes envoyées à Jéhu qui les fit exposer en deux monceaux à la porte de Jezraël (IV R., IX). Ce fut vers l'an 884 av. J. C.
Avec ce sanglant épisode, la gloire,et la prospérité de Jezraël disparurent pour toujours. La Bible n'en fait plus mention, sinon dans une prophétie messianique d'Osée (II, 22;, où il est fait allusion à la signification de son nom, Semence de Dieu,
Le nom de Jezraël ou Esdrelon ne parait non plus dans rhistoire qu'accidenlellement et défiguré. Le Pèlerin de Bordeaux l'appelle Straaela, nom qui rappelle Esdrelon. Les Francs, qui repoussèrent les troupes de Saladin près de cette ville en 1183, l'appelèrent Pelit-Gérin ; c'est un dérivé de Zérîn, forme arabe de Jezraël. De l'ancienne ville, il ne reste d'autres traces que quelques débris de sarcophages et des pressoirs à vin taillés dans le roc. La construction carrée en forme de tour, qui émerge au milieu des masures, semble être d'origine arabe et sert d'habitation au Scheikh.
On arrive à la ligne de fatte (80 m.) qui sépare le bassin du Jourdain de celui de la Méditerranée, et, à 7 km. de Koumiéb, on passe devant Soûlam assis sur le sommet d'une colline, à dr. (135 m.).
Sunam. Soûlam est l'antique ville d'Issachar Sunam ou Sulam, patrie d'Abisag, la jeune Israélite qui, grâce à sa beauté, devint la compagne de David dans sa vieillesse (III R., I, 4). Lors de ses voyages entre Abelméhôla et le mont Carmel, le prophète Elisée reçut souvent l'hospitalité à Sunam^ dans la maison d'une famille riche, qui lui avait préparé une chambre bien meublée. Le mari était déjà avancé en âge et la femme sans enfant. Pour récompenser leur générosité, Elisée leur prophétisa que l'année à peine écoulée, il leur naîtrait un fils. L'enfant vint au monde et grandit. Un jour qu'il était allé vers son père au milieu des moissonneurs, il fut frappé d'un coup de soleil et, transporté à la maison, il mourut sur les genoux de sa mère. Celle-ci déposa le corps de l'enfant sur le lit du
à Caiffa. EL FOULÉH Voyage XII. 491
prophète et se rendit en toute hâte au mont Carmel pour raconter son malheur au serviteur de Dieu. Elisée revint avec elle à Sunam et rappela l'enfant à la vie (IV R., IV). Plus lard, le prophète annonça à cette femme devenue veuve, que Dieu allait châtier le peuple par une famine de sept ans, et lui conseilla de partir avec son fils, pour passer ce temps à l'étranger (IV R., VIII).
L'épouse du Cantique des Cantiques, l'image de la beauté future de l'Eglise, est appelée la Sulamite. Salomon, en vantant ses charmes, avait peut-être en vue Abisag, qui tout en étant la compagne de David dans sa vieillesse, était restée vierge.
On rencontre ensuite à dr. el Fouléh, et 2 km. plus loin à g.,
el Afouléh^ deux villages situés sur des mamelons artificiels.
La liste de Thoutmés III porte deux fois de suite le nom d^Aphla parmi les villes de cette plaine, immédiatement après Anechéru. Celle-ci répond à la ville d'Anaharelh que le livre de Josué (XIX, 19 range dans le groupe de Sounam, Chiseloth, Iksal, et En Ganniin, Djénîn. C'est le village moderne d'en Naoûrah entre Endor et el Fouléh. Il est donc très vraisemblable que les deux Aphla des pylônes de Karnak représentent l'une el Fouléh, l'autre el Âfouléh.
El Fouléh fut fortifiée par les Croisés et reçut le nom de Castrum Fabac, traduction littérale du mot el Fouléh qui veut dire la Fève. La forteresse a été confiée à la garde des Templiers. Son emplacement est occupé par les maisons du village. Au S.-E. du village, on a retrouvé les vestiges d'une église.
Pendant que Bonaparte assiégeait Saint- Jean d'Acre, Abdallah, pacha de Damas, marcha au secours de la ville avec 40.000 combattants, dont un grand nombre étaient à cheval. Le général Kléber el le général Junot, envoyés contre l'ennemi, furent repousses entre Cana el Loubiéh. Les Arabes envahirent alors la plaine d'Esdrelon et dressèrent leur camp autour d'«'l Fouléh. A cette nouvelle, Kléber partit de Nazareth le 16 avril 17U9 et, avec moins de 3.000 hommes, il attaqua l'armée ennemie forte de 25 à 30.000 soldats. Rapidement enveloppé par des nuées de cavaliers, il forma ses troupes en trois carrés qui restèrent inébranlables. Mais après neuf heures de lutte héroïque, les munitions étaient presqu'épuisées ; les soldats, à jeun depuis la veille, étaient dévorés par la soif sous un soleil brûlant. Cette lutte inégale semblait désespérée, lorsque du haut de la montagne septentrionale retentit un coup de canon. Bonaparte arrivait avec un renfort de 1.500 hommes. Les soldats français, électrisés par la présence de leur chef, exécutèrent alors une charge furieuse et, grâce à l'habile tactique de leurs généraux, la cavalerie turque fut refoulée sur les fondrières des sources du Cison, mise en complète déroute et poursuivie jusque sur les rives du Jourdain. Ce glorieux fait d'armes est connu dans l'histoire sous le nom de bataille du Thabor.
El Afouléh, St , 53 km. Le village est situé à g.
El Afouléh est la gare pour les voyageurs qui se rendent à Nazareth ou viennent de cette ville. Une route carrossable de Nazareth à la station (10 km.) et une autre de là station à Djénîn (16 km.), puis à Naplouse et Jérusalem, sont en voie d'exécution.
La vaste plaine qui se déroule devant soi offre un coup d'oeil charmant, surtout par sa ceinture de montagnes dont les for-
492 Voyage XIX. plaine d'esdrelon Du lac de Tib.
mes sont aussi gracieuses que variées. Depuis quelque temps, la voie ferrée s'achemine au pied des contreforts du Djebel Dahi, le petit Hermon dont la cime est couronnée d'une mosquée blanche. ( V. p. 394). Puis, apparaît la montagne saintey le Thabor, comme un dôme gigantesque. On ne le perd plus de vue jusqu'à l'extrémité de la plaine. Au N.,à travers la gorge du mont du Précipice, on aperçoit la glorieuse ville de Nazareth, assise comme une reine au milieu des montagnes de Zabulon, à plus de 250 m. au-dessus de la plaine. La longue file de hautes collines qui bordent le Merdj au N. est parsemée de villages et de bouquets d'arbres. A TO. se dessine la gracieuse silhouette du mont Garmel et au S. celle des montagnes d'Ëphraim. Au milieu de ce cadre, s'étendent k perte de vue des champs de blé sillonnés par le cours sinueux du Cison et de ses nombreux petits affluents. Les espaces marécageux ou restés en jachère sont recouverts de hautes herbes et de fleurs, parmi lesquelles le chardon géant, dont la fleur bleue violacée ressemble à celle de l'artichaut, voisine avec les innombrables ombelles blanches de la carotte sauvage.
Le chemin de fer suit jusqu'à l'extrémité de la plaine la rive droite du Nahr el Moqatta, passe par la halte de Tarbanéh, 59 km., et laisse ensuite à dr. les hameaux de Ouarankani et de Tell el Torâhj colline du Taureau. A 8 km. au S. de la ligne, on a retrouvé les ruines de Mageddo et un peu plus loin celles de Taanach. {V. Voyage XIII, De Djenln à Caiffa p. 344).
Tell esch Schemmam, colline du Melon, St., 68 km. Le village est situé à g. Environ 5 km. plus loin, on rencontre à g. le Tell el Kassis, colline des Prêtres (94 m.), et sur la crôte du Carmel on distingue la chapelle d'el Mouhraka, le Sacrifice d'Elie. (7. Le mont Carmel, p. 354). A dr. apparaît au haut d'une colline l'intéressant petit village de Scheikh Abreik. (V, p. 362!). Au km. 77, le chemin de for franchit le Cison sur un beau pont en pierre de cinq arches, en face de celui que traverse la route de Nazareth. Un peu plus loin, la voie croise cette route et court parallèlement avec elle, le long du Carmel, jusqu'à Caifia. On ne rencontre plus ensuite que la station du Ouâdi Schomariyéh, 80km. (F. Voy. XIV, De Caiffa à Nazareth, p. 361-362).
Caiffa, Tête de ligne, 90 km. La station s'élève près du port, au S.-^E. de la ville, du côté de Saint- Jean d'Acre. {V. Caiffa. p. 347).
à Caifjfa. Voyage XX, 493
VOYAGE XX De Caiffa h Jaffa, par la route carrossable.
De Cailla à Jafla il y a une roule carrossable, mais en mauvais état. Le voyage est pénible et monotone. Cependant, on l'entreprend volontiers lorsque, par suite de la mauvaise mer, on ne peut pas s'embarquer à Calfla, ou que l'on risque de ne pouvoir débarquer à Jafla.
A cheval, il faut 8 jours ; — en voiture, 1 jour 1/2. Pour la nuit, on trouve un gîte à Zammarîn (5 h. 1/2), dans une auberge Israélite, ou à Kalansaouéh (11 h.).
Après avoir dépassé la pointe du mont Garmel à Tell es Sémak^ 5 km. (F. p. 348 350), on rencontre, 3 km. plus loin, une colonie wurtembergeoise, Neuhardthof, fondée en 189H, et les ruines de Kefr es Sàmir au pied du mont Garmel. A 4 km., à dr., on remarque un puits, Bir el Keniséhy et un peu plus loin Tell el Keniséh avec les vestiges d'une église, et à g. le village et Tiréh, le Typus de Guillaume de Tyr, Après une marche d'une heure, on arrive près du Bir el Ebdaouiyéhy puits des Bédouines.
Athllt.
Deux km. plus loin, on rencontre à dr., sur le banc rocheux qui s'étend le long de la plage, le Khirbet Destréh^ nom qui dérive de l'ancien mot français destroit, défilé. La route se retourne à angle droit vers l'O. et traverse le Ouâdi Destrék, passe taillée à travers la colline rocheuse. L'entrée du défilé était défendue par une porte flanquée de deux bastions, dont on voit encore les vestiges. Ce passage, appelé par les historiens latins Districtum, Via Stricta et Peti^a Incisa, mène à la forteresse d*AthUl, construite sur un rocher qui s'avance dans la naer. C'est le Castrum Pepegrinopum, Château des Pèlerins, bâti en 1218 par les Templiers pour la protection des chrétiens.
De haute antiquité ce promontoire porlait une ville ou un château ^ort, comme le prouvent les gros murs et les nombreuses monnaies qui, d'après Jacques de Vitry. y furent trouvées par les Templiers ; ces monnaies n'étaient ni grecques, ni romaines, ni arabes. Eusèbe indique un ftigdal à 9 milles (d'après saint Jérôme à 5 milles) au N. de Dora (Tantoûrâh), el le Pèlerin de Bordeaux mentionne une mutât io l'ertha ^ 8 milles au S. du cap Garmel.
Au xu' s., le défilé servait d'embuscade aux brigands pour attaquer les pèlerins qui allaient à Jérusalem ou en revenaient. C'est là aus3i que Baudouin P' lut assailli et grièvement blessé en 1103, lorsque, après avoir levé le siège de Saint- Jean d'Acre, il s'en retourna à Jérusalem. ^ Castrum Pergerinorum servit également aux Templiers comme maison centrale de leur ordre.
494 Voyage XX. athlÎt f>e Caiffa
I ELa lorlerejse t'iail à tvine achevée, que le sultan Melrk «I Mouadhem tint l'assiéger, mais sans succès. Elle lui l« dernier hnulevarri que les Croisés oecupèrenl en Palesline. Les Templiers se m o in tinrent tntore quelques semaines dans leur chOli-au. oprfs que S3lnl-J«an Mil Uinihientre les msins deâ musulmans (IS)1). Mais, iinalemenl, il lut pris et démantelé par le sultan Melek el Ascliraf.
A 200 m. en avant du cbâleaa, une 1" eDcelntn partait de la baie supérieure et allait canvcir â peu près la moitié du port intérieur. De ce mur long de 6W m., on volt encore, a l'aDjilc méridional. Ips vpHIses d'une tour, el A'andouA-, le Foesé. Un lossé rempli d'eau le protégeait dans toute sa longueur.
L'a 2* rempart s'Alendait d'une baie â l'autre et était également détendu par un lûrgr fossé el doux ou
trois p;rosses tours carrées. Enlin venait le cblteau proprement dit, dont il reste d'Imposants débris cl de grandes voûtes souterrai-
Plan Iles ruines d'AthlJt. nés. De l'éRliSli
1. l'ort geptenlrîonal. — ï, l'vit mfriilîonaL hexagonale on voit encore quel qucs pans de mur cnelavéa dans des n construit dans le^ ruines appartient ai de Paris.
D'AtbIK. te chemin reprend la direction du S. et laisse i dr., fi 5 min. du cbAteau, les ruines d'el Randouk, tour perchée sar un rocher. A g., on aperçoit le village d'Ain Haud ; 4 km. plus loin Djéba, puis i£ km. , Snrfand, où te rivage assez fertile oSn: quelques bouquels d(^ palmiers. A i km. do U. on passe au pied d'une montagne dont le sommet porto lo village de Kefr Làm . el les ruines d'une forteresse, el (jasr, Hanquée de tours rondes du temps des Croisés. C'est le Capemaûm dont parle Vlolsaai en 1191 (lUn. Hichardi, TV, lïl. et lo Kefr Tancoum el Méw que BenJamiD de Tudéla |1163) Indique A 23 km. de CalOa. Méon semble Aire lonom de la forteresse do KcFrLAm. SaUdin le lit détruire avant le passage do Richard Coeur de Lion. Derrière Kefr I.âm, apparaissent 4 'm Chacal et Sonâmir. Continuant la route à une dislanco de 2 km. l/ï, on arrive
à Jaffa. DOR Voyage XX, 495
en face d'el Bordj^ la Tour, qu'on aperçoit de fort loin et qui marque la place de la ville de Dor ou Dora. La tour ébrécbée mesure 12 m. de longueur sur 7 de largeur et s'élève encore à 13 m. de hauteur sur un petit promontoire. Elle formait Textrémllé septentrionale de renceinle de la ville, dont les débris jonchent le sol tout à Tentour. Au S., vient le port semi-circulaire, puis le gros village de Tantourâhy dont le nom rappelle encore la Naphetdora de la Bible.
 l'arrivée des Hébreux, le roi de Dor entra dans la cocilition de Jabin, roi d'Asor, el fut battu par Josué à Mérom, avec les autres princes allié3 (Jos., XI. 1). La ville échut en parla;s:e à la demi-tribu de Manassé qui, ne réussissant pas à s'en emparer et à en exterminer les habitants, se contenta d'exiger d'elle un tribut annuel. Les Philistins, grâce à leur flotte, s'en rendirent maîtres. xMais à l'époque des Juges, les Sidoniens allèrent occuper la ville, attirés en ce lieu par les coquilles de pourpre qui abondaient sur le rivage. En revanche, le roi d'Ascalon vint détruire la flotte sidonienne, s'empara de Sidon et la ruina de fond en comble (Justin, XVIII. 3). Les victoires de David sur les Philistins Tv^unirent Dor au royaume d'Israël. Salomon fit administrer le riche district de Napheldor par son gendre Benabinadab (III R, IV, 11). L'an 217 av. J.-C, Antiochus le Grand, en guerre contre Ptolémée Philopator, l'assiégea sans succès. Plus tard, Antiochus VII y cerna l'usurpateur Tryphon qui réussit à s'enfuir par mer. Ele était devenue la propriété des Juifs sous Alexandre Jannèe (103) ; mais Pompée lui accorda son autonomie en 64. A l'époque de Pline, elle avait perdu toute importance, et saint Jérôme dit que Domaphet éldiil déserte. Elle devint néanmoins le siège d'un év^ché au v* s.
Foucher de Chartres l'appelle Pirgul, nom qui semble venir du mot ^recpurgos, tour, en arabe bordj. La forteresse le Merle, que Vinisauf place entre « la maison du Détroit et la rivière des Crocodiles », paraît bien être Tantourâh.
De Tantourâh, la route se dirige au S.-E., vers les montagnes, et traverse bientôt un nouveau défilé taillé de mains d'hommes. Ce travail est très ancien ; car les flancs sont occupés par plusieurs sépulcres à kokims. On y voit aussi quelques excavations qui semblent avoir servi d'habitation aux gardiens du passage.
On traverse ensuite une campagne fertile et, à 3 km. de Tantourâh, on passe près du hameau ù'el Foureidis, le Paradis. Après d'immenses champs de blé, viennent des coteaux couverts de vignes et cultivés d'après les meilleures méthodes des vignerons européens. La route monte sur les flancs d'une haute colline (170 m ), couronnée par un beau village Israélite, Zammarîn (4 km.\ où l'on trouve un modeste hôtel pour passer la nuit.
Les colons sont la plupart des Juifs de Roumanie émigrés en 1882. Le baron de Rothschild les réunit sur cette colline à laquelle il donna le nom de Sichrôn Jacob, en mémoire de son père. La petite ville est traversée par des rues droites et larges, et les maisons sont construites avec autant de régularité que d'économie. On y remarque surtout de vastes bâtiments pour la fabrication du vin. La colonie est une des plus prospères de la Palestine.
Crocodilopolis. Arrivé de nouveau au bas de la colline
496 Voyage XX. crocodilopolis De Caiffa
(6 km.), on pencontre le village de Miâmâs, qui possède un théâtre romain, encore très reconnalssable, bien qu'il ait été transformé en forteresse, puis en khan arabe. Tout auprès s'élève aussi une tour de 12 m. de hauteur sur 7 m. de cété. À TE., coule une source très abondante, entourée de digues qui forment un grand bassin et qui servaient anciennement à élever Teau pour l'envoyer à Gésarée au moyen d'un aqueduc. Miâmâs est l'ancienne ville de Crocodilopolis dont parle Strabon. Au temps do Pline, elle n'existait déjà plus.
Crocodilon. A Miâmâs, on traverse sur un pont le Nahr ez Zerqa, le fleuve Bleu, un des plus beaux cours d'eau de la Palestine. Les tamaris, les roseaux, le papyrus syrien et d'autres plantes aquatiques couvrent partout ses rivages. Le climat de ce pays marécageux a quelqu'analogie avec le Delta du Nil. Strabon et Pline appellent cette rivière Crocodilon flumen, à cause des crocodiles, en arabe timsah^ dont, à toute époque, on a constaté la présence dans ses eaux. En 1877, des colons allemands de Gaifla y tuèrent une femelle. Le crocodile du Nahr ez Zerqa est une espèce différente de celle du Nil.
Au-delà du pont, la route se bifurque ; une branche se dirige au S.-O. et mène à Qaisahyéh^ Césarée, en 1 h. 1/2. Sur le trajet, on rencontre deux aqueducs à niveaux différents, établis sur des arcs presqu'entièrement enfoncés dans ie sable ou la vase des marais. L'un amenait les eaux de Miâmâs, l'autre celles de Soubbarin située dans les montagnes à l'E.
Césarée.
Histoire. A l'origine, Gésarée n'était qu'une petite ville païenne appelée Tour de Straton. L'an 25 av. J.C., Hérode le Grand transforma sa petite anse en un port de mer et, dans l'espace de douze ans, il y bâtit une ville splendide à laquelle il donna le nom de Gésarée, en l'honneur de Gésar-Auguste. Au double point de vue civil et militaire, Césarée éclipsa Jérusalem et devint le siège ordinaire des procurateurs romains. Elle joua un rôle important dans l'histoire primitive du christianisme. Saint Philippe le Diacre l'évangélisa (Act., VIII, 40). Saint Pierre vint y baptiser le centurion Gorneille et sa famille, prémices de la gentililé. En 44, Hérode Agrippa y est frappé de la main du Seigneur, pendant que le peuple l'acclamait Dieu. Saint Paul vint plusieurs fois à Césarée. Arraché à la fureur des Juifs par le tribun à Jérusalem, l'Apôtre fut envoyé sous escorte à Gésarée, où il fut retenu pendant deux ans avant d'être dirigé sur Rome, au tribunal de César. De l'an 57 à l'an 67, les rixes entre les habitants grecs et syriens d'un côté et les Juifs de l'autre amenèrent plusieurs fois l'intervention des Romains. Eniin, le massacre de 20.000 Juifs par les Grecs alluma dans toute la Palestine le feu de la révolte, qui devait amener la ruine de la nation Juive. A Césarée, Vespasien fut proclamé empereur par les légions (69). En retour, la ville reçut du nouvel empereur le titre de Colonia prima Flavia.
Césarée devint de bonne heure un évéché, et en 195 on y tint un concile dans lequel il fut décrété que Pâques serait célébrée un dimanche. Saint Pamphile y subit le martyre avec plusieurs autres chrétiens.
Voyage XX. 497
W, Baudouin s'em-
Sira de la place gui erlQt.danslasulle,
acharnées entre Croisés el Sarrasins.
Salnl Louis y demeura douze Diols.
de l'an 1S51 i l'an
ruines sont hablMes par quelques Ib-
Césarée d'Hérode est
sable. Celle balle par sainl Louis est en partie dehout ; elle est beaucoup plus
N. au S. et 300 de
Plan dïS ruines de Césarée. l'E. à l'O. Au S., on
remarque la cathé-
Eur les ruiaea du temple d'Auguste, Œuvre d'Hérude. Vers le N., on relrauïB les Testines d'une éRlisa plus pelite.
OtMiâmâg, la route descend â el Mesâdi (li km.) et traverse le Ouâdi Qoudeirah qui vient de la plaine de Dolbaio. C'est Ici que, selon toute vraisemblance, passait la frontière de la tribu de Manassé et de celle d'Ephralm. Dans la Bible elle est indiquée 1 l'O. par le nahal Qana, rivière de Roseaux (Jus., XVI, 8). Au xir s., Boha cd Dtn appelle 1» rivière voisine de Cèsarée, au S., Nahr el Qatsab, rivière des Roseamt (Fie de Saladin, an 1191!. Vinlsaul l'^ippelle la rivière Morte. Aujourd'bui elle porte le nom de Nakr el Hefdjîr. Des fourrés de roseaux de diverses espèces couvrent encore ses rives.
Vient ensuite Djélamén |6 km.). A 3 km. plus à l'E. apparaît ie village de Djilt, peut-èlre Gitta, patrie de Simon le Magicien. Qaqoùn (4 km.l est un gros village moderne qui s'est lormë autour d'un cbfitcau fort. Dans sou élal de délabrement,
498 Voyage XX. antipatris De Caiffa
celui-ci mesure V6 m. de hauteur sur 20 m. de côté. Le 15 mars
1799, Bonaparte dispersa près de cet endroit les troupes turques
qui voulaient l'arrêter dans sa marche sur Saint-Jean d'Acre.
Marin Sanuto appelle ce lieu Kaknn el Ànatha. Barchard de Mont- Sion (1285) ridentific avec Micliinétiia, ville limitrophe de Manassé et d'Ephraïm (Jos,, XVI, 6; — XVII, 7), et attribue la construction du fort aux Sarrasins. A l'O., coule le Nahr el Valéq, rivière de la Coupure. Elle a été creusée artificiellement à travers une colline rocheuse, pour permettre aux eaux marécageuses de la plaine de s'écouler dans la mer. Vinisauf l'appelle la Rochetailiée et raconte que Richard Coeur "de Lion remporta une victoire sur Saladiu, au midi du cours d'eau.
Qalansaouéh ^8 km. i est un gros village, siège d'un Kaimmakamlik. On peut y trouver un gtte pour la nuit. Au centre du village se dresse une tour carrée en ruines, de 12 m. de côté et d'autant do hauteur. A l'E. de la tour s'élève un grand bâtiment de môme structure, mesurant 22 m. sur 16 ; quelques pans de mur ont conservé une hauteur de 5 à 6 m. Cette forteresse 03t d'origine sarracénique et remonte au xii' ou au xiii» s.
De Qalansaouéh on aperçoit à l'E. le village de Fërôn, appelé Farona par Marin Sanuto. C'est peut-être la ville de Pharathon on Pirathon d'Ephraïm, mentionnée dans la Bible (Jg., XII, 15. — I Mach., IX, 50,.
Et Tiréh 7 km.\ petit village sur un mamelon (83 m.). La voie de Caitïa rejoint bientôt la nouvelle route de Naplouse à JaiTa. A g. do la jonction, se présente (Jalqouliéhy Galgoulis (100 m.).
Kef7' Saba 5 km. , village de I.OOD habitants, est sans contredit Caphar Saba de Josèphe et des Talmuds ; mais ce n'est pas Antipatris.
Antipatris.
Antipatris est la ville fondée par Hérode, qui lui donna ce nom en mémoire de son père Antipater. Saint Paul, arraché des mains des Juifs qui voulaient le mettre à mort, fut conduit sous escorte de Jérusalem îi Antipatris, el le lendemain à Césarée (Act., XXIII, 31). Au iv* s., on y érigea un évéché. En 74t, les musulmans massacrèrent la population chrétienne et détruisirent la ville, si bien qu'au xii* s, on n'en connaissait plus l'emplacement. Josèphe (A. J., XIII, xv, 1) dit qu'Antipatris était autrefois appelée Kefar Saba; mais dans un autre passage (A. J., XVI, V, 2), il raconte qu'Hérode bâtit la ville « dans la plaine de Chapharsaba, près de la montagne, dans un lieu tellement abondant en eau, que le roi entoura la ville d'un ruisseau ». Les Talmuds continuent à distinguer Chaphar Saba d'Antipatris (Neubauer, 86-88). Antipatris est communément identifié avec Oalâat Rds el Aïn, localité antique el importante située à 9 km. au S. de Kefr Saba. Là se trouve une des sources les plus abondantes de la Palestine ; elle forme le Nahr el Aoûdjch. Sur un tertre artificiel s'élèvent les ruines d'un château fort d'environ 80 m. de côté et flanqué d'une tour à chaque angle. C'est une construction musulmane du xii* au xiii' s. Le Pèlerin de Bordeaux marque entre Antipatris et Lydda un intervalle de 10 milles; or, on compte en effet 17 km. de Râs el Aïn à Lydda. Eusèbe place Antipatris à 6 milles au S. de Galgoulis ; or, à 9 km. au N.-N.-E. de Rûs el Ainae
à Jafja. APOLLONIA Voyage IX. 499
dresse le village de Qalqoulièh. Pour des raisons qui ne sont guère acceptables, M. V. Guérin identifie Antipalris avec Medjdel Yaba, également à 10 milles au N. de Lydda et à 6 milles au S. d'un village appelé Djildjouliéh.
On rencontre ensuite Bir Adas (3 km.)., puis Ferrikhiyéh (10 km.), avec un moulin et un pont sur lequel on traverse le Nahr el Aoûdjéh^ rivière des Méandres, qui naît à Râs el Ain. C'est une rivière biblique désignée sous le nom de Ne hay Yarqon, Eaux jaunâtres de Raqqôn dans le texte hébreu, et Neiarcon dans la Vulgate iV. l'excursion suivante).
A 4 km. plus loin, on arrive au Nahr el Bâridéhy rivière Froide, et de là (2 km.) à Sarôna^ colonie wurtembergeoise. Encore un km. et l'on franchit le chemin de fer, puis on arrive à Jaffa iâ km.).
De Jaffa à Ârsouf, Apollonia.
Cette promenade (16 km.) peut se faire à cheval ou en barque.
A 4 km. au N. de Jaffa, s'élève sur le bord de la mer le Ouéli du Scheikh Àbd en Nébi^ à l'Ë. duquel on voit le hameau de Soummeïl. A 1 km. 1/2 de là, on arrive à l'embouchure du !iahr el Aoùdjéh, rivière des Méandres, et 3 km. plus au N,, un monticule de 40 m. de hauteur porte le nom de Tell er Raq- 9^t. On y a constaté l'existence de citernes et de ruines recouvertes par le sable.
Arécon» Tell er Raqqeii a été identifié par M. Conder avec la
ville biblique de Raqqôn, l'Arécon de la Vulgate, qui formait
la hmite septentrionale de la tribu de Dan.
Dans le texte hébreu on lit « me hay yarqôn ve harraqôn, les eaux jaunâtres de Raqqôn et Raqqôn. » Saint Jérôme prit le cours d'eau pour une ville et écrit : « Meiarcon et Arécon, avec le territoire vis-à-vis de Joppé. » (Jos., XIX, 46. — V. S. \V. P., II, 251).
A 3 km. 1/2 plus loin, apparaît le village d'e/ Haram Aly Ibn Aleïm (33 m.). La mosquée fut construite, disent les habitants, par Bibars Bendoukdar en l'honneur d'un certain Aly qui avait bravement défendu la ville d'Arsoûf.
Apollonia. A 10 min. d'el Haram, on rencontre les ruines
d'Arsoûf, l'ancienne Apollonia.
Josèphe, Pline et Ptolémée mentionnent Apollonia entre Césarée et Joppé, et les Tables de Peutinger (an 395), marquent son emplacement à 22 km. au S. de Césarée. D'après l'historien juif, cette ville appartenait originairement aux Phéniciens. Elle reçut le nom d'Apollonia, paraît-il, d'Apollonius, fils de Trasé, gouverneur de la Cœlésyrie sous Séleucus Anlipator. Au temps d'Alexandre Jannée, elle appartenait au territoire des Juifs (A. J., XIII, xv, 4). Les Romains la trouvèrent en ruines et la rebâtirent l'an 57 de notre ère. A l'arrivée des Croisés, elle portait le nom d'Arsur et d'Azuffium. Baudouin I" s'en empara en 1102. Owupée parSaladin en 1191, elle lui fut enlevée par Richard Cœur de Lion après
500 Voyage 111. De Jaffa
sa victoire de la Rocbetaillée. Saint Louis la fortifia en 1251. Finalement, Bibars l'emporta en 1265, massacra sa population et rasa ses murs.
On y voit encore quelques débris de l'enceinte et du ctiàteau fort qui s'éleva près d'un petit port tout artiQciel. Les deux môles étaient munis d'une tour à leur extrémité.
VOYAGE XXI De Jaffa à Gaza,
De Jafla à Gaza par la route carrossable, en mauvais état, 73 kin., —en voiture, 9 à 10 h, — Prix de la voilure pour aller et retour en '2 jours, 50 à 60 frs.
A Esdoûd, à peu près à mi-chemin entre Jafîa et Gaza, on trouve un bon petit hôtel tenu par un Allemand. A Gaza, on peut loger, soit à la mission catholique chez Dom Gatt, palestinologue de renom, soit chez les prêtres de la paroisse grecque schismatique.
Au sortir de JaSa, on suit la route de Jérusalem jusqu'à Yazour, 4 km. 1/2 (F. p. 29 et 46). De là, le chemin se dirige vers le S., et, k une distance de 2 km., il rejoint la ligne télégraphique qui longe les dunes. Grâce à l'Incurie de l'administration turque, le sable envahit de plus en plus la fertile campagne de la Sépbéla. Bientôt on arrive à la florissante colonie Israélite, Richon le Zion^ qui a su transformer cette contrée en un vaste jardin. La vigne surtout réussit à merveille. Le chemin sablonneux traverse une colline et descend dans le fond marécageux du Ouâdi Àyoûn Dô, vallée des sources de Lumière, et passe près d'un khan, Biar el Abboûd^ assis au milieu d'un verger. On laisse à g. le petit village d'e/ Qoubeibéh et l'on arrive au Djisr el Roubîn, beau pont qu'on vient de bâtir dans le voisinage d'un autre en ruines. Le Ouâdi JTakhânât, vallée des Meuniers, que le pont traverse, est la prolongation Avi Ouâdi es Sarâr, la vallée de Sorec de la Bible. La rivière qui coule au fond du ravin est formée par les nombreuses sources du voisinage et porte le nom de Nahr Roubin, rivière de Ruben. Au xu« s., les Francs l'appelèrent Sokreh\ nom qui rappelle celui de Sorec.
Le Nahr Roubin se jette dans la mer à 8 km. au N.-O. du pont. A 20 min. au S.-E. de l'embouchure, s*élève une ancienne mosquée dédiée au prophète Ruben. Moudjir ed Dln, historien arabe du xv* s.,