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DE JAFFA A GAZA

ChemmA- de fer Chemsms

C^ I I , ^ii^^^^^^^fc

à Gaza. jebnael Voyage XII, 501

dit déjà de ce monument : « A l'O. de Ramléh, près de la mer, on voit un masdjad dans lequel est enterré, dit-on, notre seigneur Roubil, fils de Jacob. C'est un lieu révéré et un but de pèlerinage. Chaque année on y tient un maousem qui réunit les habitants de Ramléh, de Gaza et d'autres villes. Ils passent là plusieurs jours et font de grandes dépenses. Notre seigneur et maître Scheikh Schéhàb ed Din ibn Arsiân a construit la mosquée (au xirr* s.) ^ » Durant le mois lunaire de septembre à octobre, une foule immense de musulmans se rassemblent encore chaque année autour du tombeau fictif du fils aine de Jacob, pour passer des semaines entières en divertissements de toutes sortes.

Jebnaôl. — Jamnia.

 3 h. 1/2 de JafTa, à 1 km. du pont, on rencontre Tébnah, gros bourg situé sur une colline au milieu de jardins et de bouquets d'arbres. Les maisons ne sont la plupart que des masures en pisé. Elles sont dominées par deux mosquées. La 1'% appelée el Kéniséhy l'Eglise, occupe effectivement la place d'une ancienne église chrétienne ; son minaret date de l'an 1337. La 2«, située au pied de la colline vers le S., est dédiée à Abou Eoureiréh et fut fondée en 1273 par Bibars Bendoukdar. Au N.-O., on montre le tombeau du Scheikh Wâheb et celui de sa sœur Scheika Sâdéh,

Histoire. Yébnah est la ville chananéenne d'Iebnaël. Attribuée d'abord aux enfants de Juda *, elle fut cédée plus tard à ceux de Dan ^ ; mais de bonne heure elle se trouvait au pouvoir des Philistins. Vers l'an 800 av. J.-C, Osias, roi de Juda, s'en rendit maître et la démantela *. Dans le livre de Judith elle figure sous le nom de Jemnaa, avec Azot et Ascalon, parmi les villes qui tremblaient à l'approche d'Holopherne. Depuis ce temps-là, elle porte le nom de Jamnia. Pline parle de deux Jamnia, l'une intérieure, l'autre maritime *. Celte dernière s'élevait près de l'anse appelée aujourd'hui Minet el Roubîn, port de Ruben.

Judas Machabée ayant appris que les habitants de Jamnia méditaient quelqu'acte de cruauté envers les Juifs qui demeuraient dans son enceinte, se rendit de nuit du port de Jafla dans celui de Jamnia et brûla tous les vaisseaux qu'il contenait (164 av. J.-C). Vingt ans plus tard, Simon, frère de Judas, s'empara de la place ^. En 63, Pompée l'enleva aux Juifs et la réunit à la province de Syrie '. Mais l'empereur Auguste en fit don à Hérode le Grand *.

A cette époque-là, Jamnia atteignit l'apogée de sa gloire et de sa prospérité. La foule des Israélites qui vinrent s'établir dans la ville et sur son territoire était tellement considérable que, selon Strabon*, le canton de Jamnia pouvait mettre sur pied une armée de 40.000 hommes. De plus, Jamnia vit fleurir dans son sein une célèbre école rabbinique et peu d'années avant la ruine de Jérusalem, le grand Sanhédrin y transféra son siège et s'y maintint jusqu'à ce que Barcochébas eut levé l'étendard de la révolte contre la puissance de Rome (132 aj). J.-C).

Au temps d'Eusèbe, Jamnia possédait une chrétienté assez importante pour être le siège d'un évêché. Son 1" évêque s'appelait Macrinus ; le 2*, Pierre, assista au concile de Nicée (325) ^«. Avec l'invasion des Arabes, Jamnia déchut rapidement, et, au xii' s., les Croisés n'y trouvèrent plus

1. Jérus, et Hébron, 211. ~ 2. Jos., XV, 11, — 3. A. J., V, i, 22. — 4. II Par., XX. — 5. H. N., V, 14. — 6. A. J., III, xr, 6. — 7. G. J., I, vni, 4. — 8. A. J., XVII, viii, 1. — 9, G. L, XVIII, n, 2. — 10. 0. S., 108. — Le Quien, III, 588.

502 Voy. XXI. VALLÉE DE térébinthe De Jaffa

qu'un hameau. Ils le nommërent Ibelirif nom qui semble bien provenir de lebnaël ; mais les historiens latins la confondirent avec la ville de Gelh. Foulques, 4* roi de Jérusalem, y bâtit un château fort, pour l'opposer comme une di^ue aux sorties et aux déprédations des Ascaionites vers le N. Ibelin forma I3 fief des seigneurs de Balian.

En sortant de Yébnah, on aperçoit à g. un groupe de villages, Akir, l'ancienne Accaron (F. p. 38), puis au S.-E., el Moghar situé sur une colline rocheuse percée de plusieurs grottes. L'une d'elles renferme cinq bancs funéraires. Les explorateurs anglais sont inclinés k y voir la ville de Nakkeda ou Nacéda, appelée Moqor dans la version syriaque, où Josué découvrit et mit à mort les cinq rois alliés contre Israël ^ Pour d'autres savants, Macéda doit être cherchée plutôt dans les montagnes que dans la plaine. Qathra, village voisin d'e^ Moghai\ répond à la ville de Géderoth ou Gédéra ^. Plus loin, mais plus près de la route, on voit le hameau d'el Beschit.

A 7 km. de Yébnah, on rencontre à dr. un khan en ruines du nom de Haud Soukereir, et 5 km. plus loin on arrive au pont d'Esdoûd^ qui traverse le Nahr Soukereir, rivière qui se jette à la mer à 5 km. au N.-O. du pont. Près do son embouchure, un mamelon rocheux est couronné par le Oueli Nébi YounèSy sanctuaire du prophète Jonas. Le Ouâdi el Medjmâh^ vallée de l'Assemblée, est la prolongation du Oiiâdi es Sani, qui est la vallée du Térébinthe où David tua Goliath 3.

Avant d'arriver au Djisr Esdoûd, on aperçoit à 3 km. de la route, vers l'E., le village de ïiavka, où l'on vénère 1 ) tombeau d'un santon nommé Nébi el Barak, le prophète Eclair. Eusèbe indique un village du nom de Barakai près d'Azut ; il ajoute que c'était la ville de Barach du livre de Josué (XIX. 45) *. il a tort, en premier lieu, de diviser la ville de Bané- Barach de la Bible en deux localités distinctes. En secjnd lieu, Bané- Barach est une ville de la tribu de Dan et non de Juda. Bané-Barach répond fort bien à Ibn-Ibrak, village situé à l'E. de Julla (V. p. 29).

A 4 km. plus loin, également à l'E., apparaît un village nommé Yasour. Eusèbe indique une localité du nom d'Asor « sur la frontière d'Ascalon à l'E. ^ ». M. V. Guérin suppose que l'écrivain voulait dire Azot au lieu d'Ascalon, et propose d'identifier cet Yasour avec Hatsor-Hadattab, l'Asor Nova du livre de Josué (XV, 25) *. Ici encore nous faisons remarquer que i'Asor (Jos., XV, 23) etl'Asor-Nova (Jos., XV, 25) apparliennent au groupe des villes situées au midi de Juda.

On traverse ensuite une belle avenue de gigantesques nopals, ou cactu«, qui servent de haies infranchissables à de fertiles jardins et, à 3 km. du pont, on entre dans le gros village d*Esdoûd.

Azot.

Esdoûd compte 4 à 5.000 habitants. Ses maisons en pisé s'étendent sur le flanc oriental d'un mamelon ^43 m.), à 5 km.

1. Jos., X,. 16 29. - 2. Jos., XV, 36, -- 3. I R., XVII, 2. - 4. 0. S., 54. — 5. 0. S., 20. - 6. La Judée, II, 67.

à Gaza. AZOT Voyage XXI. 503

delà mer. Dans la mosquée Stdi Àmer^ une antique colonne de marbre blanc soutient les voûtes de l'édifice. Au S. de la mosquée, on remarque les ruines d'un beau caravansérail, et autour du village sont disséminés quelques tronçons de colonnes. Voilà A peu près tout ce qui reste delà célèbre cité qu'Hérodote appelait encore " la grande ville de Syrie. » Les dunes ont envahi les champs du côté de l'O. et le sable couvre partout les ruines de l'antique Azot. Au S., prés de l'hôtel de M. Schmidt, un moulin à vapeur rompt la monotonie du paysage. La machine, comme celles que les colons allemands ont élablics à Medidcl et à Gaza, est chauflée exclusivement avec de la paille.

Histoire. Azot, en hébreu Aschdôd, la Force, est une des villes de la Séphéla attribuées aux descendants de Juda ^ Les Hébreux, oependanl, ne réussirent pas à en chasser les géants de la race des Enacini qui roecupaient à leur arrivée *. A l'époque des Juges, elle fil partie de la Pentapole des Philistins. Ceux-ci, après avoir remporté une brillante victoire sur les Israé'iles, s'emparèrent de l'arche d'alliance qui S3 trouvait dans le camp et la transportèrent à Azot dans le temple de Dagon. Le lendemain, ils aperçurent leur idole étendue à terre devant l'arche sainte. Remise sur ^ied, elle fui trouvée brisée le jour suivant. En même temps, un mal épidémique frappait les habitants, tandis que des troupes de rats ravageaient la campajine. L'arche fut alors transférée à Gelh, puis à Accaron ; mais partout Si présence causales mêmes calamités. Les gens d'Azot olTrircnt alors un fé/ior d'cr à Jahvé, le Dieu d'Israël ; les quatre autres villes en firent autant, et l'arche sacrée fut renvoyée avec les oOrandes aux Israélites =*. Trois siècles plus lard, Azarias, roi de Juda, (811 7(iO; enleva aux Philistins Azot et Jamnia el en renversa les murailles *. D'après les inscriptions cunéiformes, Sargon, roi des Assyriens, marchant à la conquête de l'Egypte, s'empara d'Azot et la peupla de colons amenés de l'Orient ^. Sous le règne d'Assourhanipal (668-625), Psammétique, pharaon d'Egypte, vint assiéger Azot. Selon Hérodote, es fut le siège le plus long dont l'histoire fasse mention. L(s Egyptiens ne purent s'en rendre maîtres qu'après 29 ans d'eflorts, vers l'an 306 «.

Quand les Perses se furent rendus maîtres de l'Egypte, Azot se trouvait soumise à la même domination que le reste de la Palestine. Cette communauté de gouvernement favorisa les mariages des Juifs avec les filles païennes d'.Azot, dont le plaint Néhémie^. Le gouverneur de Jérusalem nous apprend à cette occasion que les habitants d'Azot parlaient une langue dillérente de celle des Juifs. Par la conquête do Gaza, Alexandre le Grand devint maître de toutes les villes maritimes de la plaine. Après sa mort, Azot fut tour à tour au pouvoir soit des Lagides, soit des Séleucides, qui se disputaient avec acharnement la clef de l'Egypte et de la Syrie.

En 163, Judas Machabée pénétra dans la ville, alors au pouvoir des Syriens, et y détruisit les autels des faux dieux •♦. Quelques années plus tard il43), Jonathas et Simon y poursuivirent en vainqueurs le général syrien Apollonius et livrèrent la ville, avec le temple de Dagon, aux flammes-'. Sous Alexandre Jannte, elle appartenait aux Juifs ^"; mais Pompée la réunit à la province de Syrie en 63 ^<. Gabinius la releva de ses ruines et la repeupla 8 ans après ". Auguste la rendit à Hérode le Grand qui la légua par testament à sa sœur Salomé ^*.

1. Jos., XV, 46. - 2. Jos., XI, 22. - 3. I R., V et VI. - 4. II Par.. XXVI, 6. - 5. V. I). U. V., I, 1307. - 6. II, 157. - 7. Néh., XIII, 23, 24 - 8. I Mach., V, 68. — 9. I Mach., X, 81. — 10. A. J., XIII, xv, 4. - 11. A. J., XIV, IV, 1. — 12. A. J., XIV, V, 3. - 13. A. J., XVII, vin, 1

504 Voyage XXI. saphir De Jaffa

L'an 38 de notre ère, Pesprit de Dieu transporta le diacre Philippe dans celte ville, après qu'il eût baptisé l'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie. Le diacre évangélisii ensuite « toutes les villes, depuis Azot jusqu'à Césarée ^ » Au iv* s., Azot était le siège d'un évèché. Son premier évêque» Silvanus, assista au concile de Nicée en 325, et son dernier, Lazare, prit part an synode de Jérusalem en 536 ^. Au dire d'Eusèbe, Azot était restée une ville importante ; mais après l'invasion des Arabes, elle déchut si rapidement que les Croisés n'y trouvèrent plus qu'un misérable village ^.

Port d'Azot. D'après un document du vr s. \ il y avait aussi une Azot Maritime, Azotus Paralias, avec un évôcbé distinct de celui de la ville proprement dite appelée Azotus Hippum. En effet, à l'O. d'Esdotldy s'ouvre une rade appelée par les Arabes Mmet el Qalâah, port du ChAteau. Tout autour apparaissent, à travers le sable, des vestiges de constructions. On y remarque notamment un château fort rectangulaire de5i m. de long sur 34 de large, flanqué d'une tour ronde à chaque angle,, ce qui dénote une construction franque. En 1H8, les Croisés campèrent trois mois'près d'Azot et attendirent en vain l'armée égyptienne. Il est vraisemblable que le port d'Azot a été fortifié par Foulques d'Anjou en H48, avec Ibelin et Gaza. Les voiliers fréquentent encore cette rade en été, pour charger des céréales, principalement de Torge.

La montagne d'Azot, où Judas Machabée trouva la mort, est située au N. de Jérusalem (F. p. 321).

Au S.-O. de la bourgade, s'étend un lac marécageux d'environ 400 m. de pourtour. A une petite heure de la route vers l'E., on aperçoit le village de Batâni el Garbiék, l'Occidental, et de Vatâni el Scharqiéh, l'Oriental. Puis à 4 km. d'Esdoûd, on rencontre à dr. du chemin un arbre sacré, Sidret el Haririyéh, l'Accacia dos ouvriers en soie, et à 3/4 de lieue vers l'E., apparaît le village de Beit Darâ», qui, comme tous les précédents, est entouré de vergers et renferme quek[ues vestiges d'antiquités.

Saphir. Un peu plus loin vient un groupe de trois villages

qui portent tous le nom de Souâfir avec l'adjonction de er

Garhiéh, l'occidental, es Scherqiyèh, l'oriental et es Schéma-

liyéti, le septentrional. Le premier possède un grand nombre

do tronçons de colonnes en marbre, et le dernier des citernes

de caractère antique. C'est l'emplacement de la ville de Saphir

de la Bible, le casai Zéophir des Croisés.

Eusèbe et saint Jérôme disent que de leur temps Saphir, la Belle- Ville^ mentionnée par le prophète Michée (I, 11), était un village situé entre Eleuthéropolis et Ascalon '•^. En 1110, le roi Baudouin donna en fief à l'évoque de Bethléem « le casai Zéophir du territoire d'Ascalon*. »

3 km. plus loin, on rencontre, à dr., une petite construction

1. Act., VIII, 40. —2. Le Quîen, 111, 660. — 3. Jacques de Vitry, XLf. — 4. Not. Ant. et Hier, palriar. — 5. 0. S., 156. — 6. Guil. de Tyr,*XI, xii.

à Gaza. migdalgad Voyage XII, 505

qu'on garnit iournellement d'eau potable pour les passants.

Elle est appelée Miska, abreuvoir^ el Souleiman Agha. En cet

endroit, une roule se détache de celle de Gaza et se dirige au

S.-O. à Medjdel^ d'où l'on arrive à Ascalon.

Les voyageurs qui ne veulent pas visiter les ruines d'Ascalon, continuent la route vers Gaza, le long des poteaux télégraphiques.

A 3 km. du Miska, on passe près d'un gros village d'environ 2.000 habitants, qui possède une mosquée construite avec des matériaux antiques. Hamâmeh, Colombe, qui est le nom de ce village, rappelle l'oiseau sacré des Ascalonites. D'après la légende, Sémiramis, une des principales divinités d'Ascalon, fut nourrie dans son enfance par des colombes. On continue la route bordée de haies immenses qui servent de clôtures à des jardins bien cultivés. A dr., on aperçoit un moulin à vapeur et, à 3 Itm. de Hamâméh, on arrive à Medjdel.

Migdalgad. Medjdel est une ville de plus de 8.000 habitants. Elle est environnée de jardins qui se distinguent par leur luxuriante végétation, par leurs grands sycomores et leurs sveltes palmiers. La mosquée, dont le minaret octogonal ne manque pas d'élégance, est construite avec des colonnes en marbre, sur le modèle de la grande mosquée de Gaza. La ville est pourvue d'un bazar bien approvisionné et compte plusieurs métiers pour le tissage du coton. Elle répond à la ville biblique de Nîgdal-Gad ou Magdalgad, Tour de Gad ou de la Fortune, nom d'une divinité chananéenne.

Magdalgad est classée dans le 2* groupe des villes de la Séphéla attribuée a Juda, avec Hadassa ^. Les explorateurs anglais proposent d'identifier cette dernière ville avec Ebais ou Eddîs, village situé à 11 km. à TE. de Meâjdel^, Eusèbe et saint Jérôme disent que Migdalgad s'appelait Magdal à leur époque 3.

A Medjdel, on descend de voiture, pour parcourir à dos d'âne les 4 km. qui séparent la ville des ruines d'Ascalon. En 35 min, on arrive, par des chemins sablonneux, à el Djorâh, village de 700 habitants situé près de la mer. Djorâh semble être la ville de Yagour dont parle le Talmud quand il dit : « Dès l'origine les environs d'Ascalon furent déclarés impurs depuis la grande tombe jusqu'à Yagour, Gouba et Tarin \ » D'el Djorâh, on descend vers le S. aux ruines d'Ascalon.

Ascalon.

Ascalon, en arabe Asqûlon ou Asqoulân, a été détruite en dernier lieu par Bibars en 1270. Elle n'a plus été rebâtie depuis, et aujourd'hui, on n'y rencontre pas une habitation.

1. Jos., XV, 37. — 2. S. W. P., It, 409. — 3. 0. S„ 130.— 4. Neubauer, op, cit., 69.

506 Voyage XXL asgalon De Jaffa

Histoire. Ascalon, en hébreu Asqelon, passe pour une des plus anciennes villes du monde. D'après Hérodote, elle possédait le premier temçle consiruit en l'honneur de DercetS TAtergatis des Grecs, déesse au visage de femme et au corps de poisson. C'est là que, d'après la mythologie, elle donna le jour à Sémiramis, l'Aphrodite Uranie, qui portait aussi le titre de reine du ciel*. A l'époque d'Origène^ et d'Eusèbe, on y montrait des puits célèbres qui remontaient, disait-on, jusqu'au temps d'Abraham. Puis, d'après Justin ^, la ruine de Sidon aurait été l'œuvre d'un roi d'Ascalon, un an avant la guerre de Troie, au xii* s. av. J.-C. (V. p. 495 et 534).

Il est probable que, lors de leurs expéditions vers le N., Thoutmès I" et Thoutmès III se sont rendus maîtres d'Ascalon. Elle est représentée sur les murs du temple deKarnak assiégée parles troupes de RamsèsII, l'an 9 de son règne ^. Puis, d'après les lableltes de Tel Amarna, son roi, Yadaya Dagontacala, était vassal du pharaon Aménhotep ».

Les Hébreux, à leur arrivée, n'ont pas pu soumettre cette ville « aux hautes murailles ». Après la mort de Josué seulement, elle tomba sous la domination des enfants de Juda '^. Ce ne fut, toutefois, que pour une courte durée ; car à l'époque des Juges, nous la voyons au pouvoir des Philistins. C'est là (juc se rendit Samson pour tuer trente hommes, et donner leurs dépouilles aux Philistins de Thamnata, qui avaient appris le secret de sa force grâce à la perfidie de sa jeune femme *. La suprématie reconquise par Israël sur le territoire d'Ascalon sous le règne d'Azarias (811-760 fut également transitoire.

En 701, elle fut prise par Sennachérib et passa plus tard sous la domination des Perses, puis sous celle d'Alexandre le Grand. Après la mort de ce dernier, elle eut pour maîtres d'abord les Ptolémées d'Egypte*, puis les Séleucides de Syrie. Du temps des Machabées, elle ouvrit ses portes à Jonathas, vainqueur d'Apollonius (147) ^^ et réussit ensuite, grâce aux divisions des Séleucides, à se constituer en ville libre sous le protectorat de Rome (104) ^\

Hérode le Grand naquit à Ascalon. Bien que la ville ne lui appartint pas, il l'embellit par des thermes, des fontaines et d'autres somptueuses constructions. Lorsqu'éclata la rébellion de la Palestine contre les Romains (65', les Juifs d'Ascalon mirent le feu à la ville; mais, par représailles, 2.500 d'entre eux furent égorgés.

Le christianisme eut de la peine à pénétrer dans cette ville si profondément attachée au paganisme, et lorsque Julien l'Apostat chercha à relever le culte des faux dieux, la haine des Ascalonites contre les chrétiens éclata avec une férocité barbare^*. Cependant, dès le iv* s., Ascalon eut un évêché. Son premier évèque s'appelait Longinus, et son deuxième, Sabinus, assista au concile de Nicée. La prospérité d'Ascalon dura longtemps et les premiers historiens arabes purent encore l'appeler « la Fiancée de la Syrie ». Mais à partir du vu* s., le christianisme y fut étouffé.

Godefroy de Bouillon ne put se rendre maître d'Ascalon, malgré la brillante victoire qu'il avait remportée sous ses murs le 12 août 1099. Ce ne fut que 54 ans plus lard que Baudouin s'empara de la place, après un siège de cinq mois. En 1177, Baudouin IV infligea une sanglante défaite aux Mameluks qui, conduits par Saladin, voulurefit assiéger la ville. Après la bataille de Hattin, elle tomba au pouvoir de Saladin (1187 . Celui-ci démantela la place à l'approche de Richard Cœur de Lion (1191). Mais l'année suivante, les troupes anglaises se mirent à relever les murailles. Cependant, à la suite de la trêve de trois ans et demi conclue entre les Croisés et les Sarrasins, les travaux encore inachevés furent

1. 1, cv. — 2. Cf. Jér., VU, 8. — 3. C. Cels. III. — 4. XIII, 3. — V, D. D. F., I, 1063. — 5. Lepsius Denkm., III, pl. 145.— 6. Couder, T. T. A. T. — 7. Jg., I, 18. — 8. Jg.. XIV, 14. — 9. A. J., XII, iv, 5. - 10. 1 Macb-, X, 86 ; - XI, 60. - 11. Pline, V, 14. — 12. Chron. pasch., a. 361.

à Gaza. asgalon Voyage XXL 507

abandonnés. En 1270, Bibars Bendoukdar détruisit la ville de fond en comble.

Visite des ruines. Strabon fit déjà la remarque que la ville d'Ascaton était de médiocre grandeur, mais dans une position très forte. En effet, les liaules falaises de la mer forment un haut plateau dont la crête est couronnée par les remparts. Ceuxci représentent un demi cercle dont la corde s'étend le lonj^ du rivage sur un espace de l.âOOm. Les murailles flanquées de nombreuses tours, rondes et carrées, étaient percées de quatre perles. L'ensemble de ces ruines a un aspect imposant, au N. surtout.

En entrant dans l'enceinte, on est frappé d'un spectacle inattendu. Loin d'y trouver un amas confus de décombres, comme on se l'imagine naturellement, on y*rencontre presque partout des jardins d'une végétation luxuriante, arrosés par l'eau tirée d'une centaine de puits et citernes. Chaque puits a sa margelle et son auge construits avec des débris de marbre.

On y remarque les vestiges de trois églises, d'un théâtre et d'autres édifices importants. A côté de l'église qui occupait le centre de la ville, un trou de 10 m. do diam. porte le nom de Bir Ibrahim et Haurâni^ puits d'Abraham le Hauranien. Une autre église située dans la partie orientale de la cité avait remplacé un temple païen et avait elle-même été transformée en mosquée, comme l'ont démontré les fouilles pratiquées par Lady Stanhope en 1834. La 3" église, dans l'angle N.-O., a conservé quatre piliers, flanqué chacun d'une colonne de marbre sur deux de ses faces. Au N.-O. de ces ruines s'élève un oratoire musulman dédié à Elle, el Khôdr^ le Verdoyant. Tout auprès, on remarque un ancien aqueduc.

Le port s'ouvrait vers le S. de la ville et était formé de deux môles bâtis avec de nombreuses colonnes en granit gris. Il était protégé par de puissants bastions, dont on voit encore des pans de mur considérables.

Le vin d'Ascalon est vanté par Alexandre de Tralles. Ses cyprès (le kopher des Hébreux et le henné des Arabes) sont mis par Dioscoride et par Pline sur 16 même rang que ceux de Canope. Enlin l'ognon d'Ascalon {allium ascalonium) a été introduit en Italie sous le nom de scalogno^ en France sous celui d'échalote et en Allemagne sous celui de schalotten. La vigne, le henné et l'échalote croissent encore aujourd'hui dans les jardins d'Ascalon à l'état sauvage.

D'Ascalon on retourne à el Medjdely d'où, par un chemin carrossable se dirigeant vers le S.-E., on rejoint la route de Gaza. La plaine se montre de plus en plus fertile. A dr. et c g. de la voie, on découvre un grand nombre de villages qui ne sont le plus souvent qu'un assemblage de huttes entourées d(

508 Voyage XII, gaza De Jaffa

formidables barrières de cactas. Ils portent, pour la plupart,, des caractères d'antiquité ; mais on ignore leur histoire. A l'O.,. on aperçoit Nalia, Barbarâh, Herbiéh et Deir Esnetd, et à TE., Edjêh, Beit Djerdjéh, Simsim et Toûmrah ou Beit-Dimréh.

A 17 km. d'e/ Medjdel, on passe entre les villages de Beit Hanoûn^ à TE., et de Beit Lahia, à l'O. Ce dernier est la Béthélia que Sozomène appelle a village des Gazéens. » C'est là que vécurent ses aïeux et qu'ils embrassèrent la foi chrétienne. Cet endroit, ajoute l'historien, possédait un temple célèbre par sa beauté et son antiquité (V, 15). A partir de là, on traverse une véritable forêt plusieurs fois séculaire de sycomores, de caroubiers, d'oliviers, auxquels se mêleront plus loin les palmiers et diverses espèces d'arbres fruitiers. Cette splendid& avenue se prolonge jusqu'à Gaza, sur une longueur de 7 km.

Gaza*

Gaza occupe une colline de 30 m. de hauteur située au milieu d'une vallée ou d'une dépression large de 5 km. de l'E. à TO., et de 10 du N. au S. La ville est assise au milieu de jardins et de bosquets d'une merveilleuse beauté, à une distance de 3 km. 1/2 de la mer.

Histoire. Gaza, en hébreu 'Azzâh, la Forte, en arabe Ghazzéh, est l'une des plus anciennes cités mentionnées par la Bible. La Genèse en parle au sujet des limites du pays de Chanaan et nous apprend qu'elle était occupée par les Héyéens^

Thoutmès III fit de Gaza sa base d'opération contre la Syrie et, avant l'arrivée des Hébreux, Yatibiri, roi d'j4<jafi, Gaza, était vassal du pharaon ^. Les Raphaïm et les Enacim expulsés des montagnes par Josué se réfugièrent dans Gaza. Josué étendit ses conquêtes Jusqu'à cette ville, mais sans pouvoir s'en emparer ; la tribu de Juda la possédait de droit, mais non de fait '^. Les Philistins réussirent bientôt a en faire l'une de leurs cinq satrapies, d'où ils molestaient sans cesse les Israélites. Après 40 ans d'oppression, Samson se leva comme le vengeur de son peuple et devint la terreur des Philistins. Gaza fut le théâtre de son dernier triomphe et de sa mort glorieuse ^. Salomon ^ et plus tard Ezéchias® ont réussi à établir leur prépondérance sur cette ville, mais sans pouvoir la maintenir longtemps.

Le pharaon, qui monta à Gézer*^, et Sésac ou Scheschonq, qui gagna

Jérusalem •*, passèrent l'un et l'autre par Gaza. Mais l'an 735, Téglath-

phalasar, roi de Ninive, s'en empara et la rendit tributaire de l'Assyrie.

Elle se révolta bientôt contre ses nouveaux maîtres. Un de ses rois,

Hanon (720), appela à son secours le pharaon Chabak et alluma cette

lutte gigantesque entre l'Asie et l'Egypte dont Gaza resta le centre.

Sargon vint châtier les rebelles. Gaza continua à rester soumise à Sen-

achérib, à Asarrhadon et à Assourbanipal. Mais après la chute de

împire des Sargonides, Néchao II s'en empara de vive force •. Puis, le

haraon ayant été défait à Carchemis par Nabuchodonosor en 605, Gaza

1. Gen., X, 19. — Deut., II, 23. — 2. Couder, T. T. A. T., 199. — 3. Jos., I, 22. - 4. Jg., XVI. — 5. III R., IV, 24. - f>. IV R., XVIII, 8. - 7. II R., IX, 16. - 8. III R., XIV, 25. — 9. Jér., XLVIÏ, 1.

a Gaza, gaza Voyage XXI. 509

'dut reconnaître la suprématie de Babylone. Après la chute de la Babylonie, Cambyse s'avança à la conquête de l'Egypte, Gaza seule osa lui résister et ne fut réduite à se soumettre aux Perses qu'après un siège très long (529) ^ Elle s'opposa également à Alexandre le Grand, Tainqueur de E^rius III à Issus, lorsqu'il marcha contre l'Egypte, et sut se défendre dans ses murs pendant deux mois contre les habiles et formidables attaques du puissant guerrier. Mais quand celui-ci l'eut réduite, il fit massacrer impitoyablement tous les hommes, et emmener les femmes et les enfants en esclavage (322)*. De nouveaux colons remplirent l'enceinte de Gaza qui cessa d'être ville philistine pour devenir cité hellénique.

Après la mort d'Alexandre, le territoire de Gaza devint pendant deux siècles un véritable champ de bataille pour les armées égyptiennes, syriennes et juives. Deux fois 305 et 306) Antigone enleva la ville à Ptolémée. Celui-ci la reprit deux fois, toujours les armes à la main ; elle resta près d'un siècle sous la domination égyptienne^. Les Syriens la dévastèrent de nouveau en 198. En 145 Jonathas Machabée vint incendier ses faubourgs et força les habitants à demander la paix *. Les Juifs, cependant, furent de nouveau maltraités à Gaza. C'est pourquoi Alexandre Jannée s'en empara après un siège d'un an. Il fit passer les habitants au fil de l'épée et ruina la place de fond en comble (96) ^.

Pompée et Gabiuius la relevèrent ^ et lui permirent de reprendre son ancienne prospérité sous la domination romaine*^. Auguste la rendit à Hérode, qui nomma préfet de Gaza et de l'Idumée son beau-frère, Costabar, de la famille des prêtres du dieu Coze".

Gaza était un centre de paganisme hellénique et, par conséquent, peu disposée à embrasser le christianisme. Malgré cela, une communauté chrétienne s'y forma de bonne heure. Philémon, auquel saint Paul adressa une de ses épltres, passe pour en avoir été le premier chef ou évèque. Un autre évèque, saint Silvanus, souffrit le martyre en 310 d'après Eusèbe ^ ; Asclépias de Gaza assista au concile de Nicée. Les miracles de saint Hilarion de Thabatha (bourg situé à 5 milles au S. de la ville^ le zèle de saint Porphyre, 3* ou 4* évèque, et surtout !es édits impériaux en extirpèrent le paganisme au commencement du v* s. Les sanctuaires des faux dieux furent détruits, et le célèbre temple circulaire du dieu Marnas remplacé par une basilique en forme de croix. Vers la fin du VI* s., Antonin de Plaisance y trouva « une ville splendide possédant cinq belles églises et habitée par des gens pleins de {)révenancé pour les étrangers. » Mais l'an 634, elle tomba entre les mains d'Abou Bekr, général du calife Omar, et au xii* s., les Croisés la trouvèrent à peu près déserte.

En 1149, Baudouin III y construisit une forteresse, afin de réprimer les incursions des Ascaionites, et la confia aux chevaliers du Temple. Après la bataille de Hatttn, Gaza se soumit au vainqueur.

En 1244, l'armée chrétienne et l'armée sarrasine, alors unies dans une cause commune, essuyèrent une sanglante défaite de la part des Kharismiens dans le vallon de Gaza. Enfin, l'an 1516, les Turcs y écrasèrent les Mameluks. Cette victoire ouvrit l'Egypte à Sélim III, surnommé el Mest, l'Ivrogne. Aly Bey occupa Gaza en 1771 et Bonaparte en 1799.

Les chroniques franciscaines du xiv* s. rapportent qu'un Religieux franciscain, Jean de Naples, étant allé de Jérusalem à Gaza prêcher la foi chrétienne en 1370, on lui fit endurer un cruel martyre ^". Puis, en 1555, deux pèlerins français furent arrêtés à Gaza et, sur leur refus de renoncer à la religion du Christ, ils furent mis à mort. Leurs corps, recueillis par les chrétiens, furent ensevelis dans l'église grecque ^^

1. Polype, XVI. — 2. Arrien, II, xxxvi. — Quinte Curce, IV, xxxiii. — 3. Diodore de Sic, XIX, 94. — 4. I Mach., XI, 61. — 5. I Mach., XIII 43-48. - 6. A. J., XIV, iv, 4 ; — v, 3. - 7. A. J., XIV, iv, 4. — 8. A. J. XV, VII, 9. — 9. H. E., VIII, VIII. — 10. Barthélémy de Pise, Conf., I. - 11. Quaresmius, II, 697.

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