VOYAGE XXIV
De Caiffa à Saint-Jean d'Acre, Tyr, Sidon
et Beyrouth,
On peut se rendre de Caiffa à Saint-.fean d'Acre en barque (1 h. 1/2), n la mer est calme. Mais la route de terre (16 km.) est beaucoup plus agréable.
De CalQa à Saint-Jean d'Acre, on peut profiter des voitures publiques dont le service estv régulier (1/4 de medjidié ou 1 fr. 10 par personne pour aller et autant pour revenir). Il est cependant bien plus commode de prendre une voiture parliculière, (aller et retour 8 à 10 frs).
De Saida à Beyrouth, il est égalenient possible de voyager en voiture.
522 Voyage XXIV, bélus De Caiffa
Mais le cbemin entre Saint-Jean d'Acre et Saida devra se faire à cheval, (2 jours).
Deux fois par semaine un petit l>ateau à vapeur fait le service de Beyrouth, Saïda, Tyr (Soûr), Acre (Akka) et Caifla ; mais on ne doit s'en servir que lorsque la mer est bien calme. Les l>ateaax égyptiens et ceux d'autres compagnies se rendent parfois soit de Gaina, soit de Beyrouth à Saïda ; mais te service n'eât pas régulier.
Au sortir de Caiffa, on longe tout le temps le ri¥age de la baie. Après avoir franchi le chemin de fer, puis le Nahr el Mantnéh, ruisseau d'eau croupissante comme l'indique son nom Puanty on laisse à dr. une belle plantation de palmiers, d'orangers et d'autres arbres fruitiers. Au delà de ces vergers, le Nafir el Moqatta, le Glson, large de 18 à 20 m., roule majestueusement ses eaux, courant parallèlement à la mer sur une distance de 500 m. avant de s'y jeter. [V, p. 362 et 488).
A 3 km. de la ville, on franchit le Cison à son embouchure, en passant par la mer, et l'on se dirige au N.-N.-E. le long des dunes. Après un parcours de 10 km., on arrive en vue des premiers vergers de Saint-Jean d'Acre, et 1 km. plus loin, on passe à gué l'embouchure du iVa/ir Namein,
Sîhor Labanath. Bélus. Le Nahr Namein est très probablement le Sihor Labanath, fleuve Blanc, de la Bible, et certainement le Bélus ou Pagida des anciens historiens. Sur le bord de cette rivière les Phéniciens firent la découverte du verre transparent.
La rivière n'a qu'un parcours de 10 km. et s'échappe d'un marais, Basset el Hardâneh, situé au S.-S.-E., où jaillissent des sources d'une grande ationdanoe. Pline l'appelle Palus Cendetia. La frontière de la tribu d'Aser « touchait, vers l'occident, au Carmel et à Sihor Labanath m. (Jos„ XIX, 26).
Sur le bord du fleuve Balaeus, à deux stades de Ptolémaîs, 8*é!evait, au dire de Josëphe, le monument de Memnon, général d'Artaxerxès II. (K. p. 523). Là, raconte t-il, fut inventé le verre. Strabon rapporte cette découverte en ce même lieu. Pline dit que bien des siècles avant lui, un vaisseau chargé de nitre a))ordait en cet endroit. Pour cuire leur repas, les marchands placèrent la marmite sur (quelques morceaux de nitre, posés sur le sable en guise de pierres. Le mire, se fondant avec le sable sous l'action du feu, produisit un liquide transparent. Ce fut l'origine du verre. {H. N., XXXVI, 26). Bélus vient du nom de Bel ou Baal. divinité phénicienne. Pagida semble être la même rivière que la Figah du Talmud (Neubauer, 32). Il est possible aussi que Namem dérive de Memnon. Il ne reste plus de trace du mausolée qui, d'après Josèphe, avait 50 m. de côté ; mais Godefroy de Vinisauf le mentionne encore en 1191. C'est surtout dans le sable du Nahr Namein qu'on trouve encore le murex bvandaris et le murex trunculus, coquillages épineux dont on extrayait la fameuse pourpre de Tyr.
On continue à suivre le bord de la rade vers le N.-O., laissant à dr. le Tell Fokhar ou Tell el Frandji, colline des Francs, distant de 800 m. de l'ancienne ville et de 1.500 m. de la ville actuelle. Là s'élevait le Toron, fort des Croisés. Bonaparte y établit aussi sa batterie en 1799.
à Beyrouth. saint-jean d'acre Voy, XXIV. 523
Encore 2 km. et l'on est eo face de Tunique porte que la ville de Saint-Jean d'Acre possède aujourd'hui dans son enceinte extérieure.
Saint' Jean d'Acre.
Cette ville est mentionnée pour la première fois dans les tablettes de Tell A marna sous le nom d'Acca. Un de ses rois, vassal de l'Egypte, s'appelait Surata, et un autre Zitatna (Op. cit. n" 17 et 32). Dans l'Ecriture sainte, elle est citée en premier lieu par le livre des Juges (1, 31), comme ville de la tribu d'Aser, sous le nom d'Accha, en grec Ace. A l'époque des Ptolémées, elle reçut le nom de Ptolémals. Les Arabes l'appellent Akka.
Histoire. Les Israélites, ne possédant pas de flotte, n'étaient pas en étal de s'emparer d'Accho. Elle lut prise par Sennachérib (704-681), et confiée ensuite au roi de Tyr par Assarhaddon (A. J., IX, xiv, 1). Après avoir appartenu aux Assyriens, elle passa sous la domination des Perses. Artaxerxès II (405-359) en fit sa base d'opération contre l'Egypte. A la mort d'Alexandre le Grand, elle devint la propriété de Ptolémée Soter, qui l'appela Ptolémaïs. Antiochus le Grand y pénétra par trahison en 218. En 163, Simon Macbabée poursuivit les Syriens du centre de la Galilée jusque sous les murs de Ptolémaïs, mais sans pouvoir prendre la ville ^ Onze ans plus tard, Alexandre Bala s'en rendit maître, grâce toujours à la trahison *. Démétrlus Nicator la céda au grand- prêtre Jonathas ^ ; mais lorsque le pontife voulut en prendre possession, il fut tué traîtreusement par Tryphon *. Assiégée par Alexandre Jannée, elle fut secourue par Ptolémée Lathyre roi de Chypre et fils de Cléopâtre, re ne d'Egypte s. Celle-ci s'en empara par les armes et la rendit aux Syriens*. Après avoir été quelque temps au pouvoir des Parthes, elle passa sous la domination des Romains et devint une colonie romaine avec le titre de Claudia César Ptolemais. Hérode le Grand y construisit un gyninase*^.
Saint Paul, venant de l'Asie Mineure, débarqua à Tyr, puis à Ptolémaïs. Après avoir passé un jour dans cette ville avec les disciples du Christ, il poursuivit sa route par terre jusqu'à Jérusalem*. Le christianisme fleurit rapidement à Ptolémaïs. Déjà en 198, un évèque de cette ville, Clarus, assistait au concile tenu à Césarée et un autre, Aenéas, apposa sa signature aux actes du concile de Nicée, en 325.
Elle avait repris son ancien nom sous la forme actuelle Akka, quand en 638 elle tomba au pouvoir des mahométans.
En 1099, l'armée des Croisés s'arrêta deux jours sur les bords de Bélus, mais sans attaquer la ville. Quatre ans plus tard, Baudouin I*' assiégeait la place depuis cinq mois, lorsque l'arrivée d'une Hotte musulmane le força à se retirer. Il revint à la charge en 1104 et, grâce à la flotte génoise, il emporta la forteresse au bout de vingt jours. Saint-Jean d'Acre devint un des principaux boulevards de la domination chrétienne en Palestine et l'entrepôt commercial entre l'Europe et l'Asie. Un archevêché latin y fut aussitôt créé.
En 1187, après la funeste bataille de Hattîn, elle se rendit à Saladin sans résistance. Mais deux ans plus tard, le roi Guy de Lusignan réunit 9.000 hommes el, secondé par la flotte des Pisans, il investit la place. Saladin avançait avec une armée formidable, lorsqu'une nouvelle flotte amena au roi latin un renfort de 12.000 guerriers de la Frise et du Dane-
1. I Mach., V, 21, 22. — 2. A. J., XIII, n, 1 : — XIV, i, 2. — 3. I Mach. X, 39, — 4. A. J., XIII, VI, 2. — 5. A. J., XIII, xn, 4. — 6. A. J., XIV XIV, 4. — 7. G. J., I, XXI, i. — 8. Act., XXI, 7.
524 Voyage XXIY. akka De Caiffa
e noilo lut suivie de prés par une irolslème qui porlail ue
à Beyrouth. saint-jean d'acre Voy. XXIV, 525
Sidney Smith fournit à Djezzar Pacha, non seulement des ingénieurs et des canonniers, mais encore l'arllllerie de siè^e qui fut expédiée d'Alexandrie par mer à l'armée française, et que la flotte anglaise réussit à capturer. Le 20 mai suivant, après plusieurs assauts infructueux, entre lesquels il avait détruit l'armée turque accourue de Damas, Bonaparte leva le siège et retourna en Egypte.
Le 27 novembre 1831, Ibrahim Pacha vint attaquer la ville à son tour et l'emporta d'assaut après un siège de 6 mois, grâce aux talents d'un ingénieur napolitain que son père Méhémet Aly lui avait envoyé. Mais au commencement de l'automne 1840, elle fut bombardée par la flotte alliée de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Turquie. Le 3 novembre, l'explosion de la poudrière, qui entraîna la mort de 2.000 soldats égyptiens, décida Ibrahim Pacha à se retirer en Egypte. Trois ans plus tard, le gouvernement turc restaura les remparts, les tours et les bastions. Aujourd'hui la forteresse est dans un triste état de délabrement.
Etat actuel. Akka est le siège d'un Moutesarrlf et la résidence d'un évoque Melchite. Elle compte une population d'envion 12.000 habitants, dont 170 Latins, 500 Grecs unis, 1.000 Grecs non*unis, quelques Maronites, quelques centaines de Juifs et un petit nombre de protestants. Les autres sont musulmans.
La ville avait autrefois deux ports, l'un intérieur, l'autre extérieur. L'intérieur était délimité par un môle défendu par plusieurs tours, dont les assises inférieures sont encore visibles dans l'eau. .11 est ensablé et n'a plus qu'un mètre et demi de profondeur. Le port extérieur sert aujourd'hui de rade aux vaisseaux marchands. Du côté de la terre, l'enceinte, aujourd'hui beaucoup plus restreinte qu'elle ne l'était au moyen âge, a un double rempart flanqué de tours et de bastions, tous en mauvais état. Au N. se trouve la citadelle. Tout auprès s'élève l'hôpital militaire dont les assises inférieures datent des Croisades et appartenaient, croit-on, au château des chevaliers de Saint- Jean. Puis vient le Sérail et la mosquée de Djezzar Pacha, le principal monument de la ville. Elle a été construite avec des colonnes et d'autres matériaux enlevés aux ruines de Tyr, de Gésarée et de Kaifa el Atica. A dr. de la porte d'entrée, on voit une gracieuse fontaine ; une autre moins belle se rencontre dans l'intérieur de la cour. Le portail de la mosquée est orné de deux superbes colonnettes torses. D'autres belles colonnes antiques soutiennent les galeries intérieures. A dr. du bâtiment, on montre sous un Oueli à double coupole le tombeau de Djezzar Pacha et celui du mameluk Souleiman.
Le khan le plus remarquable est celui de Djezzar Pacha, près du port. On y entre en passant sous une belle tour moderne à horloge torque. Au centre, un bassin de marbre sert d'abreuvoir. Le khan occupe, croit-on, l'ancien couvent des Pères Dominicains ; mais les colonnes de granit et de vert antique qui soutiennent les portiques proviennent d'édifices grécoromains. Un autre khan appelé Schouardi passe pour occuper ranciei) monastère des Clarisses.
526 Voyage Xll V. achsaph De Caiffa
Lorsqu'en 1291 les Sarrasins pénétrèrent en ville, les Sœurs de Sainte- Glaire prirent toutes la magnanime résolution de se trancha le nez avec un rasoir, pour sauver leur virginité. En eflet, à la vue de leurs visages mutilés et ensanglantés, les musulmans les massaerèrent toutes jusqu'à la dernière. Ce fut aussi le sort des mo|nes, des prêtres et de tous les autres chrétiens qui ne réussirent pas a s'embarquer et à se sauver par mer.
Les Pères Franciscains possèdent un couvent dans le khan
des Frandjiy l'ancien quartier des marchands européens. Ils y
tiennent une école pour les garçons et un hospice où, au besoin,
les pèlerins peuvent recevoir l'hospitalité. L'église paroissiale
latine qu'ils desservent se trouve à une certaine distance de là.
En 1219, saint François d'Assise débarqua à Saint- Jean d'Acre et y fonda la première maison de son ordre en Palestine (Jacques de Vitry). Jusqu'en 1291, elle forma la maison principale de la Province de Terre sainte (Rubriquis, ïtin., 393. — Salimbene, Chron., 5-6). Sous le règne de l'émir Fakber ed Dln, en 1620, les Franciscains rentrèrent à Akka ; mais après la mort de l'émir, ils en furent expulsés. Ils y retournèrent en 1729 et construisirent l'habitation qu'ils occupent aujourd'hui.
Los Dames de Nazareth y ont fondé dès 1861 une école et un pensionnat pour filles. La Church Mission y tient aussi une école et un hôpital.
Bftbîstes. Saint-Jean d'Acre est la résidence du Scheikh Abbas, un Persan qui se croit une incarnation vivante de la divinité. La secte des Bâbistes dont il est le chef, compte environ 200 membres dans cette ville. Il est permis aux voyageurs de visiter leur magnifique jardin à l'E. de Saint-Jean d'Acre.
La secte des Bâbistes, fondée en Perse par un illuminé, pratique une religion qui est un mélange de christianisme «t de mahométisme. Ses chefs ont été proscrits de la Perse et exilés à Akka, où ils restent sous la surveillance de la police turque.
De Saint-Jean d'Acre à, Tyr.
En sortant de Saint- Jean d'Acre, on suit le premier chemin à g. et l'on se dirige vers le N-, le long de l'aqueduc. Arrivé à une distance de 2 km., on voit à dr. les villages d^elMensckiyéh, et Mekr, Djoudeidéh, Àbîl S^nânei Kefr Yasîf.
Achsaph. Kefr Yasîf (83 m.), à 6 km. 1/2 de la route, est un village de 700 habitants, tous Grecs schismatiques. Il est généralement identifié avec Achsaph, ville frontière de la tribu d'Aser. Son roi est du nombre de ceux qui furent battus par Josué*.
Haleath. A4 km., à l'E. de Kefr Yasîf, Yerka, un gros village de Druses s'élève au sommet d'une haute colline (324 m.). MM. Schwarz, V. Guérin et d'autras TidentiGent avec Haleath, en hébreu Helqat, ville de la tribu d'Aser, assignée aux lévites de la famille de Gerson. Dans la liste parallèle des cités lévitiques*, elle est appelée lacac, et dans la Vulgate, Hucac.