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VOYAGE XXV

De Beyrouth au Nahr el Kelb, à Djounêh, Djéheil et aux cèdres du Liban.

Entre Beyrouth et Djounéh circule un tramway à vapeur toutes les trois heures, dans les deux directions, (1 h. 25). — Prix des places : De Beyrouth au Nahr el Kelb, r* classe, 1 Ir 95; — II* cl., 1 fr. 20. — De Beyrouth à Djounéh-Maâmiltein, I' cl., 2 fr. 55; — II' cl., 1 fr. 55. Chaque train a aussi des wagons de III* cl. En prenant un billet d'aller el retour, on obtient une réduction de 30 %•

De Beyrouth au Nahr el Kelb, Djounéh et Djébeïl, la route est carrossable. La beauté du paysage et les monuments archéologiques qu'on rencontre près du fleuve du Chien donnent un charme particulier à cette excursion faite en voiture. — Prix de la voilure de Beyrouth au Nahr el Kelb, aller et retour, 8 à 10 frs. ; — jusqu'à Djounéh, 12 à 15 frs. ; — de Djounéh à Djébeïl, 9 à 10 frs. De Djébeïl à Tripoli et aux cèdres, l'excursion se fait à cheval.

De Beyrouth, le chemin de Tripoli, Derb en Nahr, suit les côtes sinueuses de la mer, presque parallèlement à la ligne du

au Liban, nahr el kelb Voyage XIV. 539

chemin de fer. Elle contourne la montagne de Saint-Dimitri à dr., et laisse à g. l'usine à gaz, les bâtiments de la quarantaine et la chapelle des Maronites, où la légende localise la lutte de saint Georges avec le dragon. Après avoir dépassé la gare centrale et croisé la ligne de Beyrouth à Damas, elle traverse le Nahr Beroût qui débouche d'une riante vallée. C'est la rivière de Nageras mentionnée par Pline. Sur ses deux rives s'élevait la Béryte des Phéniciens et des Grecs. Cette rivière forme la frontière entre le Vilayet de Beyrouth et le Liva du Liban ; les soldats, qui montent la garde sur la rive droite, sont chrétiens et appartiennent à la milice libanaise. Le pont Jeté sur le torrent a été restauré par Fakher ed Din.

On s'achemine ensuite entre de nombreuses villas entourées de verdoyants jardins et de grandes plantations de mûriers, tandis que les flancs de la montagne sont parsemés d'un grand nombre de villages et de hameaux. A g., on aperçoit la gare û*ed Dora (4 km.), puis on franchit le ruisseau à'el Adaouiyéh. Au bout de 10 min., on traverse le village û'ed Djédeidéh ; 5 min. plus loin, on passe la rivière d'el Mot, et une demi-heure après, celle d'Antéliâs Le gros village û'Antéliâs^ qui semble tirer son nom de Saint-Elie, titulaire de l'église paroissiale, occupe la rive dr. du cours d'eau. A 25 min. de l'endroit, vers l'E., jaillit la principale source du Nahr Antéliâs. Tout auprès, s'ouvre une grotte de 60 m. de longueur et de 6 à 9 m. de hauteur, où l'on a recueilli un grand nombre d'ustensiles en silex.

Tout en jouissant d'une vue superbe sur le Liban» on arrive en 30 min. aux maisons éparpillées de Dëbâiyëh. Là, fonctionne l'usine pour la iiltration des eaux amenées par un aqueduc du Nahr el Kelb et envoyées ensuite à Beyrouth.

Près d'un khan, la route traverse la voie ferrée et contourne le promontoire rocheux qui s'avance jusqu'à la mer et qui est couronné par le pittoresque couvent maronite, Mar Yousef el Bordj. Au bout de 20 min., elle croise de nouveau la ligne et atteint le pont du Nahr el Kelb.

Nahr el Kelb.

Le Nahr el Kelb, fleuve du Chien, répond au Lycos, Loup, nom sous lequel les Grecs désignaient ce cours d'eau. Il prend sa source au mont Sannin < 2.608 m.) (F, p. 480), et se rend à la mer par une gorge profonde et étroite tapissée de verdure. Ce défilé a joué un réle important dans toutes les expéditions militaires de la Syrie, depuis le xiv" s. av. J.-C. jusqu'à noire époque. Au-dessus de la route actuelle, une voie a été taillée dans le roc et pavée de dalles sous le règne de l'empereur Marc- Àurèle (161-180 ap. J.-C). Un peu plus haut, on observe les

540 Voyage XXV. djoùnÉh De Beyrouth

traces d'une voie beaucoup plus ancienne. Elle est marquée par une série de stèles égyptiennes et assyriennes creusées dans la paroi du rocher en forme de cadres, à une profondeur de 11 à 15 ctm. ; ils mesurent 1 m. 50 à 2 m. 30 de hauteur sur 0 m. 70 à 1 m. 30 de largeur. Les premières stèles se rapportent, croit-OD, aux expéditions de Ramsès II, le Sésostris d'Hé< rodote, (du xiv" au xiii'' s. av. J.-C), et les secondes à celles de Salmanasar 11 (859 825) et d'Assarhaddon (670 av. J.-G.}. Sur l'un de ces derniers cadres, le promontoire porte le nom de Ba-Ii'Pàs. D'autres inscriptions remontent à l'époque romaine^ et une à l'expédition française de 1860 à 1861. On remarque aussi, dans le voisinage, des iuscriptions arabes.

C'est du pont qu'on voit le mieux l'ensemble de ces sculptures, aujourd'hui lort dégradées. On remarque d'abord un cadre entouré de corniches et de moulures ; mais le panneau est vide. Puis vient une épitaphe française gravée en 1861 sur la table d'une inscription égyptienne dédiée à Ptah, dieu de Memphis. A 5 m. de celle-ci, vers le S., une stèle de 2 m. de hauteur porte quelques lettres cunéiformes et représente un roi assyrien, le bras levé en signe de prière. Les cadres assyriens sont tous arrondis au sommet, tandis que les égyptiens ont la forme carrée. Une figure assyrienne, dont il ne reste plus que la tête, apparaît dans un tableau distant du précédent de 2 m. à peine, toujours vers le midi.

En amont, frappent le regard d'abord une figure assyrienne, puis une inscription latine et enfin une inscription grecque. Un peu plus haut, on voit de nouveau un personnage assyrien, et, à côté, une table égyptienne. Celle-ci représente un pharaon sacrifiant à Ra, dieu du soleil ; c'est probablement Ramsès II. Puis, 30 pas plus loin, se présente une inscription cunéiforme avec le bas-relief d'un roi en assez bon état. A la même distance, mais beaucoup plus haut, une belle moulure encadre un tableau représentant un pharaon en adoration devant Ammon, le dieu Ihébain. Tout auprès, figure Assarhaddon offrant un sacrifice, avec une inscription assyrienne assez bien conservée.

De l'autre côté de la rivière, entre le pont neuf et l'ancien pont, on découvrit en 1882 une nouvelle inscription cunéiforme, mais très détériorée. Enfin, une inscription arabe mentionne la conquête de la Syrie par le sultan Sélim I" (1512-1520), et une autre rappelle que l'émir Beschir construisit en 1828 le pont, aujourd'hui délabré, qu'on remarque à cent pas en amont de celui qu'on traverse.

Sur la rive g., au Ishan du Nahr el Kelb, et sur la rive dr.^ sont installés des cafés-restaurants arabes. Le chemin de corniche continue à s'avancer le long de la voie ferrée, tantôt à dr., tantôt à g. de la ligne.

A 15 min. de la rivière, une route monte par le Ouâdi Antoûra au village de Sonq Masbah, puis à Antoui'â (3 km. 1/2), où les Lazaristes dirijsenl un florissant collège installé dans un beau i)àtiment construit par les Jésuites vers la lin du xvii* s.

On laisse à dr. le village de Souq Méqail et celui de Gha^ dir. Sarbâ, station méridionale de Djounéh, s'étage au pied de la montagne.

Djounéh.

La rade s'arrondit en majestueux amphithéâtre, entouré de montagnes à pentes abruptes couvertes de hameaux, de cou-

au Liban. djébeil Voyage XXV. 541

vents et de villas. Djounéh, à 16 km. de Beyrouth, compte environ 8.000 liabitants. Ses maisons s'étendent le long de la baie qui forme le port du Liban ; toutefois, les voiliers seuls sont autorisés par la Sublime-Porle à y faire escale. Elle est le siège d'un Kaimmakam et possède un bureau de poste et de télégraphe international.

De Djounéh, une route carrossable monte en zigzags les flancs de la m on taçne opposée ; elle laisse à dr. Deir Bkerki, résidence du patriarche maronite, le village de Déraoûn, et à g. ceux d'el Aima et de Chananîr, Près de ce dernier, s'élève le grand couvent maronite 6*Aïn Ouarka. On passe ensuite par le petit village de Ghousta et l'on rencontre sur la crête (450 m.) le hameau de Harissa. A g. de la roule, on remarque la maison de campagne du Délégué apostolique de Beyrouth, et, à une faible distance de là, le petit couvent des Pères Franciscains, avec une école pour les garçons.

Au N.-E. de la rade (3 km.), on arrive à Maàmiltein^ station terminus du tramway à vapeur.

Une nouvelle route se détache de la voie principale pour monter en serpentant au gros village de Ghazîr, où les Pères Jésuites tiennent un collège et les Pères Capucins un petit couvent. A 20 min. de là, apparaît Mar Antânious, couvent arménien.

On franchit le Nahr Maâmiltein sur un pont d'une seule arche d'origine romaine, et l'on monte sur le sommet d'un promontoire (30 min.), d'où l'on descend au village de Berdja assis sur le bord d'une petite baie (15 min.). Après avoir dépassé le hameau d'el Baouar (15 min.\ on atteint le Nahr Ibrahim (8 min.).

Adonis. Nahr Ibrahim^ profondément encaissé dans une gorge sauvage, est la rivière d'Adonis des anciens. Sa principale source sort d'une grotte profonde et forme plusieurs cascades près d'Afqa, l'ancienne ville d'Apbeca, célèbre par son temple dédié à Vénus. L'empereur Constantin le fit détruire. C'est là que la mythologie a localisé la fable de Vénus et d'Adonis. Une substance minérale communique à l'eau une teinte rougeâtre, dans laquelle les païens voyaient le sang d'Adonis déchiré par un sanglier.

Du pont du torrent jusqu'à Djébeil, il reste encore à parcourir 9 km., toujours le long de la mer. On rencontre plusieurs khans ; à dr., au sommet d'une colline, on aperçoit Deir Mar DjirdjiSy couvent de Saint-Georges, puis le village de Hâlât, le hameau de Fédâr et de nombreuses grottes sépulcrales.

Gôbal.

Djébeil est l'antique ville phénicienne de Gébal. Les Grecs changèrent son nom en celui de Byblos et les Croisés l'appelèrent Giblet. Djébeil est aujourd'hui un village sans importance; sa population, moitié chrétienne, moitié musulmane, atteint à peine un millier d'âmes. Depuis un demi-siècle, cependant, Djebeil a attiré l'attention du monde savant par ses antiquités, surtout par ses nécropoles.

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De Beyrouth

Histoire. Le livre de Josué (XIII, 5) mentionne la ville des Crébalites. Le Iir livre des Rois (Y, 18) rapporte que pendant la construction du Temple de Salomon les Gibllens « taillaient et préparaient le bois et les pierres. » Le prophète Ezéchiel (XXVII, 9) nous apprend que les habitants de Gébal étaient d'habiles constructeurs de vaisseaux.

Sanchoniaton, écrivain phénicien cité par Philon de Byblos, raconte que le roi des dieux, El, céda Byblos à son épouse Baaitis (l'Astarté phénicienne). Celle-ci avait un amant, Elioun, qui fat tué par El, d'après une version, ou à la chasse par un sanglier, d'après une autre. Baaitis est ristar, et Elioun est le Tammous de la mythologie babylonienne. Les Grecs en ont fait Vénus et Adonis. Le culte de ce dernier naquit à Byblos. C'est là surtout qu'on célébrait les lèles des lamentations sur sa mort, avec des rites qui dégénéraient en infâmes orgies.

Gébal avait exercé longtemps une réelle suprématie sur les côtes phéniciennes ; mais elle fut éclipsée d'abord par Sidon, puis par Tyr, et passa ensuite par les mêmes vicissitudes que ses deux rivales. D'après Appien, elle fut prise par Alexandre le Grand, puis par Pompée. A l'époque du christianisme, elle devint le siège d'un évêché. En 1109, Hugues de Lambriac, secondé par la flotte génoise, enleva la ville aux Sarrasins. Reprise par Saladin en 1188, elle retourna au pouvoir des Francs en 1192. Mais en 1266, Bibars Bendoukdar réussit à s'en rendre maître et la démantela.

Eglise de Saint'<lean. Au centre de la ville, on rencontre l'ancienne cathédrale de Saint-Jean, qui sert d'église paroissiale

aux Maronites. C'est une construction remarquable du XII' s. Son plan, ses chapiteaux et sa décoration offrent des parlicularités qu'on ne trouve pas dans les monuments de la même époque.

A l'extérieur, contre le mur septentrional, est adossée une gracieuse chapelle baptismale. La coupole hémisphérique sans tambour repose sur quatre arcades ogivales, dont chacune est ornée d'une manière différente.

Citadelle. A l'angle S.-E.

de la ville, se dresse une citadelle longue de 50 m. et large de 45, entourée d'un fossé. Son enceinte est flanquée d'une tour à chaque angle et au centre s'élève un gros donjon. On y remarque beaucoup de gros blocs de pierre taillés en bossage. Ce château a été bâti par les Croisés avec de vieux matériaux et sur des substructions fort anciennes. L'enceinte de la ville, longue de 320 m. et large de 250, est également l'œuvre des Francs. Il n'en reste plus que les assises inférieures, sur lesquelles on a bâti des maisons. Partout on rencontre des tronçons de colonnes en granit.

Plan de l'église de S'-Jean.

au Liban. CÈDRES DU LIBAN Voyage XXV. 543

des débris de chapiteaux et d'autres sculptures en marbre, qui dénotent l'opulence de l'ancienne cité.

Nécropoles. Aux environs de Djébell on a découvert plusieurs vastes nécropoles, avec des sépulcres de formes diverses ; mais les caveaux évidés dans le roc ont une grande analogie avec les anciens tombeaux juifs qu'on voit à Jérusalem. Partout l'on a mis au jour des sarcophages, des cippes dont l'un est décoré d'un globe ailé, motif babylonien, des inscriptions phéniciennes dont Tune porte le mot Yehavmélek qui a tant intéressé le monde savant, des antiquités égyptiennes, grecques, romaines, etc.

Les dunes de sable, qui s'étendent le long de la mer vers le S., recouvrent une vraie catacombe à deux étages de tombeaux, dont la rangée supérieure est souvent en partie creusée dans le roc, en partie complétée par la maçonnerie. De la falaise, la nécropole s'étend à 15 min. à l'E. de la route jusqu'au village de Kassouba. Là, un ancien caveau, dans lequel on descend par un escalier, a été transformé en église, Saïdet Mar Nouhra, dès les premiers siècles de notre ère. Derrière le village, on rencontre les fondements d'un temple spacieux, probablement dédié à Adonis. A une lieue à la ronde, on coudoie des sépulcres, ainsi que de nombreuses chapelles maronites construites avec les débris d'édifices antiques.

Aux cèdres du Liban.

Les cèdres, appelés arz en hébreu comme en arabe, offrent aux touristes la plus grande attraction dans la région du Liban, déjà si remarquable parla grandeur et la beauté incomparable de ses sites.

Les points culminants de cette majestueuse chaîne de montagnes sont le Djebel Makmal (3.052 m.) et le Dahr et Qodib (3.063 m.), qui se dressent entre Tripoli et Baalbek. Le Djebel el ÀrZj montagne des Cèdres (2.348 m.), s'élève en face du Djebel el Qodib et c'est entre les deux, à une altitude de 1.925 m., qu'on rencontre le plus beau bouquet de cèdres. C'est un groupe d'environ 400 arbres, dont les plus vieux occupent le centre. Leur masse permet de croire qu'ils sont contemporains des temps bibliques. Quatre d'entre eux ont plus de 13 m. de circonférence, et l'un en a 14,50 à hauteur d'appui. Sous leurs vastes branches, les Maronites ont élevé une chapelle, vrai but de pèlerinage.

Plusieurs chemins conduisent au Djebel elArz; mais quelle que soit la route que l'on suive, on admirera des paysages pittoresques, des points de vue ravissants, des beautés sauvages, comme aussi des ruines historiques et des chapelles qui ont remplacé d'anciens temples païens. Un

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bon guide est indispensable. Aussi nous contentons-nous d'indiquer les principaux chemins qu'on suit généralement.

1" De Beyrouth aux cèdres par Reifoûn, 28 h. (On peut aussi atteindre Reifoûn de Djounéh).

Reifoûn 6 h. — Aqoûra 10 h. 30. — Hasroûn 7 h. — Bcharrèh 3 h. — Les cèdres 1 h. 30.

2° De l'embouchure de la vallée du Nahî' Ibrahim, route fatigante, mais pittoresque, 21 h.

Michenèh 3 h. — Billaas 1 h. 50. — Kartaba 1 h. 30. — Temple de Ghairéh 1 h. 45. — Aqoûra 1 h. 25. — Les cèdres 11 h. 30.

3" De Djébeïl aux cèdres 13 h. 30.

Eddéh 35 min, — Toula 2 h. — Douma 3 h. 45. — Tamourln 1 h. — Bcharrèh 4 h. 40. — Les cèdres 1 h. 30.

4° De Tripoli aux cèdres pour le Otiâdi el Qadischa, vallée des Saints, 10 h. 1/2.

5° De Baalbek aux cèdres par le col du Liban, 8 h. 30.

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