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VOYAGE XXVI

De Rayak à Baalbek,

A Rayak, un chemin de fer se détache de la ligne de Beyrouth à Dam^as et se dirige vers le N. à Baalbek (27 km.), Homs, Hama et Alep. Le train entre en gare à Rayak vers 11 h. du matin, avant l'arrivée du train de Damas et de celui de Beyrouth, et il part pour Baalbek et Alep, après le passage de ces deux trains, vers 1 h. du soir {V. p. 441). De Rayak à Baalbek. 1 h. 7 min. — Prix des places, I" classe, 2 frs 10 ; — II* classe, 1 fr. 55.

La ligne traverse la Béqaa, la Cœlésyrie, plaine fertile, mais monotone, complètement dépourvue d'arbres. En été, elle ressemble à un désert. Le regard se repose à dr., sur la chaîne de l'Antiliban, Djebel esch Scherki, et à g., sur le Djebel Sanmn (2.608 m.) et le Djebel Moûnteirah (2.807 m.), les cimes orientales de la chaîne du Liban. A Toeil, elles n'offrent pas une telle hauteur, parce que la plaine est elle-même à 1.000 m. d'altitude.

Au km. 4, on aperçoit à dr. le village de Sérîn, et 3 km. plus loin, au sommet d'une montagne, Nébi Schîit (F. p. 441). Puis on rencontre du même o6ié le village de Rmâdi, Taréya Hourtaliyéh. Au km. 18, on remarque à g. Talliyéh et à dr. Béreitân. Ce dernier endroit répond à la ville de Bérothai, où David, vainqueur du roi Hadadézer, prit une grande quantité d'airain (II R., VIII, 8). On franchit ensuite un petit vallon à l'entrée duquel on aperçoit le village de Tayîbéh et, 5 km. plus loin, on voit celui de Medjdeloûn^ à g., et celui de Dov/ris à dr. Près de ce dernier s'élève un oratoire musulman iormé de huit colonnes antiques en granit. On laisse enfin le village d'Haousch Barâda à g., et l'on arrive à la station de Baalbek.

Baalbek.

Baaibek (1.170 m.) est située à 15 min. de la gare, vers le N.-E. A mi-chemin, on rencontre le Grand Neio Hôtel, puis à l'entrée de la bourgade, l'Hôtel Victoria et au centre, VHôtel de Palmyre. Les directeurs de ces trois hétels sont des Grecs du pays. Un Européen vient d'ouvrir VHôtel Allemand, Le prix de la pension est de 8 à 12 fr. par jour, les vins non compris. On fera bien de s'entendre d'avance avec les maîtres d'hétel pour fixer les prix.

Histoire. Baalbek est certainement une ville très ancienne ; mais on ignore son origine, ainsi qoe son histoire avant l'ère chrétienne. L^ écrivains arabes en attribuent la fondation à Salomoo, le conslructeur de la ville de Palmyre ; mais elle figure déjà dans les inscriptions égyptiennes et assyriennes sous le nom de Baatbiqi, qui dérive, peut-être, de Baal Biqa, Baal de la Vallée. Les Grecs, iden II liant Baal avec Hélios, diea du soleil, l'appelèrent Hèllopolis. Les monnaie3 frappées au i*' s. de notre ère la représentent comme une colonie romaine. Sous Antonin le Weux (138-161) et Caracalla (211-217), on éle\-a, dans une antique enceinte sacrée, un temple grandiose aux trois divinités d'Héliopolis, Jupiter, Mercure et Véaus» et, tout auprès, un autre plus petit en l'honneur de Bacchuâ.

Sons l'empereur Théodose (371-395), une basilique chrétienne fut construite dans la vaste cour qui précède le grand temple. Après la conquête de Damas. Abou Obéida s'empara d'Héliopolis qui venait de reprendre son ancien nom de Baalbek, et les Arabes s'empressèrent de transformer l'ancienne acropole en citadelle. L'émir Zenghi s'empara de la ville en 1139 ; mais Saladln la reprit en 1173. Sous la conduite d'Houlagou, les Mongols saccagèrent Baalbek en 1260, et sons celle de Tamour Lenk, en 1400, ils la détruisirent de fond en comble. Ses belles ruines ont été secouées par plusieurs tremblements de terre, notamment en 1759.

Etat actueL Baalbek n'est plus qu'use bourgade de 5.â(X) habitants, dont environ 1.500 sont musulmans et autant Métoué- Us (F. p. 14). Les autres sont catholiques et se répartissent entre Marcmit«s et Grecs Melchites. La ville est administrée par un Katmmaitam et possède une petite garnison, un bureau de poste et un bureau de télégraphe tures. Elle est aussi le siège d'un évéque Grec oui. Les Sœars de Saint- Joseph j tiennent une école de filles ; une autre a été ouverte par les protestants anglais.

Le iMMirg est adossé contre un des contreforts de rAntitibaD. Les rues sont tortueuses et malpropres ; mais, on y trouve de nombreux jardins arrosés par an ruisseau qui serpente «itre les maisons ; il prend naissance au Râs el Ain, à âO min. des habiftatioos, vers VE., et actionne un grand nombre de mouUns. De l'enceinte qui entourait la ville sur une périphérie de 3 iim., on remarque encore quelquies pans de mur flanqués de tours, surtout au S.-O. de l'endroit, fiaa&ek doit toute sa célébtrité aux ruines gigantesques de son acropole.

Acropole.

Mur d'enceinte. L'acropole est sitaée à l'O., dans la plaine. Son enceinte, longue d'environ 300 m. et large de 180, renferme un grand temple devant lequel s'étendent deux vastes cours, Tune rectangulaire et l'autre hexagonale, entourées de galeries et d'exèdres. A l'entrée de ce dernier parvis s'élèvent de larges propylées, auxquelles on montait par un escalier monumental de 7 m. de hauteur et d'environ 50 m. de largeur. Au S. du grand temple, le même enclos en contient un second appelé petit temple, malgré ses proportions gigantesques.

Tous ces édiQces reposent sur une plateforme artificielle formée par des substructions voûté.es. La terrasse, qui supporte les propylées et les cours, a 7 m. 50 de hauteur au-dessus du niveau de la plaine et celle qui soutient le grand temple en a 13 m. 50.

L'enceinte n'est pas de structure homogène. Les Arabes ont converti l'acropole en forteresse et l'ont entourée d'un fossé aujourd'hui transformé en jardin. Mais on reconnaît aisément leur œuvre, non seulement par son architecture militaire, mais surtout par sa construction en blocs rapportés et irrégulièrement agencés. L'enceinte et les substructions au S., à l'E. et au N.-E. dénotent l'appareil et l'art romains. Mais au N.-O., on volt des murailles cyclopéennes formées de blocs d'une grandeur colossale, restes d'une enceinte sacrée ou téménos^ qui avait au moins 93 m. de longueur sur 73 de largeur. La base, haute de 7 m., se compose de pierres qui ont en moyenne 9 m. de longueur, 4 de hauteur et 3 d'épaisseur. Puis vient une assise dont il ne reste plus que trois blocs gigantelsques du côté occidental. L'un mesure 19 m. 5â, le 2* 19 m. 45 et le 3« 19 m. 21 ; les trois ont plus de 4 m. de hanteur et 3 m. d'épaisseur; chacun constitue une masse de 240 mètres cubes. Sur leur surface, on remarque des trous carrés destinés à l'insertion des instruments qui ont servi à manier ces masses. On ne connaît pas de plus grosses pierres de construction et l'on ignore à quelle race il faut attribuer ce travail. Plusieurs archéologues y voient l'œuvre des Phéniciens. C'est à ces trois pierres que le grand temple dut le nom de Trîlithon, sous lequel il est souvent désigné par les historiens romains.

Intérieur de l'acropole. Les ruines contenues dans l'enceinte

ne sont pas moins dignes d'admiration.

Autrefois on pénétrait dans l'acropole à Tangle S. -E., en passant par un couloir sombre qui appartient aux substructions de la cour rectangulaire ou de Tautel. On sortait du souterrain entre le petit et le grand temple. Depuis 1900, des ingénieurs allemands ont exploré les ruines sous la direction du professeur Puchstein, grâce surtout à la munificence de l'empereur d'Allemagne. En 1905, ils ont construit un escaliw de

25 marches de 3 m. de largeur sur les ruines de l'escalier monumental, large d'environ 50 m., qui conduisait aux propylées. On arrive à la nouvelle entrée en traversant un beau verger. On paie un medjidié, 4 frs SO, d^entrée par personne.

Propylées. L'escalier aboutit aux propylées, vestibule de 50 m. de lODgfueur sur 12 de largeur. Sur le bord de cette terrasse, on observe encore les bases de 12 colonnes. Trois d*entr& elles portent des inscriptions latines en mémoire d* Antonio le Pieux et de Caracalla. Des deux côtés du vestibule s'élevaient deux tours carrées. Le soubassement de celle du N. subsiste encore ; les Arabes Tout surmontée d'une construction crénelée. A l'extérieur, la tour est ornée de pilastres à chapiteaux corinthiens, et À l'intérieur, une chambre longue de 11 m. 60 et large de 9 m. €0 est somptueusement décorée de colonnes corinthiennes, entre lesquelles sont creusées d'élégantes niches destinées à recevoir des statues.

Avant'GOur. Des propylées, trois portes, dont celle du milieu était gigantesque, donnaient accès dans une cour de forme hexagonale d'un cercle inscrit de 60 m. de diam. Tout autour régnait un portique de 30 colonnes, pavé de mosaïques. Au N. et au S., s'ouvraient des exèdres, e*est-à-d., deux salles rectangulaires précédées chacune de 4 colonnes en granit rouge, et une pièce irrégulière dans T^icognure. Les Arabes ont transformé la plupart de ces pièces en ouvrage de fortification et les fenêtres en meurtrières. Le Jupiter Héliopolitanus, qu'on remarque vers ro., provient d'un petit temple situé à l'E. de Baalbek.

Cour de TauteL Par un grandiose portail à triple baie, dont la septentrionale seule est conservée, on pénétrait de la cour hexagonale dans la cour rectangulaire appelée la cour de Tautel. Elle mesure 135 m. de l'E. à l'O. et 113 m. du N. au S., et était entourée d'un portique de 84 colonnes. Un fût de granit rose d'Egypte, de 7 m de longueur, gît encore s\ir le sol, au milieu de chapiteaux corinthiens et de fragments d'entablement.

Cette cour était également bordée d'exèdres richement décorés, où les adorateurs allaient s'abriter contre le soleil ou la pluie. Au N. et au S., trois exèdres rectangulaires alternent avec deux semi-circulaires. Ces derniers ont leurs parcMs divisées par six pilastres corinthiens. Dans la partie inférieure, les intervalles sont garnis d'une niche. Au-dessus de chaque niche se trouve un édicule à fronton triangulaire. La niche et l'édicule étaient jadis ornés d'une statue. L'ornementation des exèdres rectangulaires est moins somptueuse. On n'y voit pas de pilastres et les niches sont remplacées par une rangée d'édicules carrés. A l'entrée des pièces semi-circulaires se dressaient deux colonnes ; les autres en avaient quatre ou six. Quelques-unes de

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