IV. — Religions
Trois religions se partagent la population de la Palestine : l'islamisme, le christianisme et le judaïsme ; mais toutes trois sont subdivisées en plusieurs communautés séparées les unes des autres.
L'islamisme. La religion musulmane est la religion d'Etat. Cependant, malgré l'esprit fanatique de ses adeptes, toutes les autres religions jouissent de la plus grande tolérance et s'exercent en toute lit>erté. Les différentes confessions sont même représentées dans le conseil administratif des Vilayets et des municipalités.
Le sultan de Gonstantinople, qui en qualité de calife se considère comme le successeur de Mahomet, porte le litre de chef suprême du pouvoir spirituel. La vraie puissance religieuse est exercée de fait par le corps des ulémas qui se divisent en cadis, juges et docteurs, et en irnâms. Ces derniers sont préposés au service de la mosquée et aux fonctions religieuses. A la classe des imams appartiennent aussi les sheikhs qui sont chargés de la prédication, les khatibs qui ont à faire Je vendredi la prière oflicielle, et les mouezziii, qui doivent annoncer cinq fois par jour, du haut du minaret, l'heure de la prière.
Les derviches sont des musulmans qui mènent la vie monastique. Us se livrent à des exercices violents qui rappellent les anciennes corporations religieuses du culte de Baal. Les uns exécutent, en pirouettant, des danses vertigineuses ; ce sont les derviches tourneurs. D'autres hurlent en chœur certaines paroles cabalistiques ou la profession de foi musulmane, en balançant violemment le haut du corps ; ce sont les derviches hurleurs ou aboyeurs. D'autres enûn enfoncent des clous ou des dards eiiilés dans leurs chairs et paraissent insensibles à la douleur.
Les santons sont une sorte d'ermites mendiants que le peuple vénère comme des saints, k l'égal des fous.
Les bédouins sont très ignorants en matière de religion : ils professent nominalement l'islamisme ; mais ils n'ont ni prêtres, ni mosquée, ni culte régulier ; ils s'en tiennent à la religion de Mahomet interprétée par le droit coutumier.
Les Druses professent l'islamisme ; mais ils admettent que Dieu s'est incarné dix fois, la dernière fois dans la personne du 3' calife fatimite, Ual^em Bir Amr Illah, du x^ au xi"" s. Dans une dernière incarnation, il réunira tous les peuples en un seul. Les ministres du Dieu suprême s'incarnent à leur tour plus ou moins fréquemment dans la personne des prophètes.
Les Druses habitent principalement le Hauran et le S. du Liban, au nombre de 200.000 âmes. On connaît leur haine contre les chrétiens, surtout contre les Maronites.
Les Métouélis appartiennent, comme les Persans, à la secte des Chiites, qui assignent à Ali, gendre de Mahomet, un rang égal sinon supérieur au prophète lui-môme. Ils témoignent encore plus de mépris pour les chrétiens et se montrent plus intolérants envers eux que les Druses. On les appelle aussi Ansariéhs ou Nocaïris^ de Nasr qui fonda la secte au ix« s On en compte 130.000 qui habitent le pays oriental du Liban, entre Damas, Antioche et Adana.
Une autre secte, celle des Ismaïliens ou des Bathanéens, qui pendant les Croisades s'étaient rendus célèbres par leurs assassinats, compte environ 10.000 membres, tous répartis en Syrie.
Judaïsme. Très unis de race, les Juifs sont divisés en sectes multiples sur des minuties de rite ou de tradition. Ceux qui sont d'origine espagnole, portugaise, marocaine ou algérienne, forment la secte des Séphardim. Ils ont un grand-rabbin qui défend leurs intérêts auprès des autorités turques, soit au divan local, soit à la Sublime Porte. Ceux du N. de l'Europe forment la secte des Asehkenazim. Ces derniers sont subdivisés en Peruschim^ Pharisiens et Chasidim, Ils possèdent tous leurs synagogues respectives.
Christianisme. La religion chrétienne est encore largement représentée en Syrie, et spécialement en Palestine, par le catholicisme romain et par les sectes qui se sont séparées de l'Eglise au cours des siècles. Commençons par ces derniers.
Originairement l'Eglise syrienne était l'Eglise de la Palestine ; mais dès le iv~ s., des chrétiens de différentes races et de différentes langues vinrent s'établir dans la Terre sainte. Les rites nouveaux supplantèrent en quelque sorte le rite syriaque, surtout après que la plupart des Syriens eurent rejeté le concile de Chalcédoine pour former une secte, celle des Syriens- Jacobites, sous l'instigation de Jacob Barâda, évéque d'Edesse (t 587). Le nombre des Syriens-Jacobites s'élève encore au chiffre de 50.000 dans les trois Vilayets. Ils sont représentés à Jérusalem par un évoque, quelques moines et un petit nombre d'ouailles.
L'Eglise grecque était divisée en trois grandes fractions dès le v« s., savoir, l'Eglise grecque monopfay^ite ou eutychôcnne, l'Eglise grecque nestorienno et l'Eglise grecque restée attachée au siège de Rome et qui pour cela prit, à juste titre, le nom d'orthodoxe. Elle est restée de beaucoup la plus puissante des trois. Les Grecs orthodoxes, roûm ourtoudouks, poussés par un sentiment de rivalité, se déclarèrent autonomes au \nv s.
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et finirent par rompre avec le Saint-Siège, sous Photius (867). Toutefois, à Byzance, le schisme ne fut consommé que deux siècles plus tard, sous le patriarche Michel Cérulaire (1054). Les Grecs ont conserva, en somme, la môme foi et les mêmes sacremenls que l'Eglise latine. Le seul point rejeté par eux est l'autorité suprême du successeur de saint Pierre, le Pape; car, au fond, la question du Filioque ne repose que sur un malentendu. Jusqu'au xvi* s les Grecs non- unis de la Palestine vivaient en bons termes avec les Latins ; mais depuis lors, ils leur ont voué une animosité que rien ne justifie.
L'ensemble de l'Eglise grecque comprend quatre patriarcats : CoDstantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le patriarche de Constantinople porte le titre de chef civil de la communauté grecque ; pour le reste, ces patriarcats sont indépendants les uns des autres. Les affaires religieuses de haute importance sont traitées par un synode de douze métropolitains et un conseil national composé de douze membres laïques. Les deux assemblées, avec les notables de la nation, font l'élection du patriarche, qui reçoit ensuite du sultan le bërat ou brevet d'investiture. Le synode nomme et dépose patriarches et évoques. La simonie est largement tolérée sur toute l'échelle hiérarchique. Les moines seuls peuvent arriver à la dignité épiscopale, et les hauts dignitaires sont à peu près tous choisis parmi les religieux de nationalité ou d'origine grecque.
En Palestine et en Syrie, l'Eglise grecque non-unie compte environ 309.000 sujets. Lq patriarche de Jérusalem a sous sa juridiction 16 archevêchés et évèchés ou éparchies.
Depuis quelques années, l'Eglise grecque a trouvé un puissant protecteur dans l'empereur de Russie. La Société russe de Palestine, patronnée par les personnages les plus influents de l'Empire, a déj^ fondé dans le pays plus de cent écoles et autres établissements. Chaque année elle envoie 10.000 à 15.000 pèlerins visiter la Terre sainte; elle a également fondé plusieurs colonies moscovites très prospères.
En voyant la Russie favoriser et soutenir par tous les moyens en son pouvoir le clergé arabe de rite grec au détriment de l'élément hellène, certains soupçonnent que l'Eglise russe tend, non pas à supplanter, mais à absorber l'Eglise grecque.
L'Eglise arménienne a pris racine sur le sol de la Palestine dès le V s. D'abord opposés au concile de Ghalcédoine, les Arméniens se sont réconciliés avec l'Eglise de Rome au xn* s., pour retomber de nouveau dans le monophysitisme qui confond les deux natures en Jésus-Christ. L'Arménie est le centre principal de cette communauté. Parmi les Arabes de Syrie, elle compte 30.000 âmes, la plupart dans les Vliayets de Damas et
d'AIep. Les Arméniens sont représentés à Jérusalem par un palriarche.
Les Coptes non-unis et les Abyssins partagent à peu près les mêmes croyances que les Arméniens, et sont représentés à Jérusalem par un évèque et quelques chrétiens venus de TAbyssinie et de l'Egypte.
Les Protestants allemands, anglais et américains, appartenant à diverses sectes, font une propagande active auprès des chrétiens et des Juifs. Par leurs nombreuses œuvres de bienfaisance, écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux, etc., ils exercent d'une manière admirable la charité chrétienne, contribuent à la civilisation des indigènes et propagent l'influence de leur nation respective ; mais, en somme, ils ne font que peu de conquêtes sérieuses au protestantisme. L'indifférence en matière de religion fait seule d'efirayants progrès.
Le Catholicisme. Au milieu de ces sectes nombreuses et variées, l'Eglise catholique est représentée avec honneur, non seulement par les Latins, mais aussi par les Grecs, les Arméniens, les Syriens et les Maronites restés unis à Rome, et formant en Palestine et en Syrie un corps d'un demi-million de fidèles. Leur supériorité intellectuelle et morale est généralement reconnue de tout le monde.
Les Maronites, au nombre de 320.000, habitent principalement le Liban, où ils sont gouvernés par un pacha chrétien. Le patriarcat maronite contient 10 diocèses; le clergé suit la liturgie syriaque. Les Maronites forment la grande majorité de la population de Beyrouth et se rencontrent, en petit nombre, dans la plupart des villes de la Palestine.
Les Grecs unis ou Melchites, moins nombreux (145.000), vivent en Syrie et n'habitent la Palestine qu'en petit nombre. Leur patriarche, qui porte le titre de patriarche d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, réside à Damas. A Jérusalem, demeure un évèque Melchite.
Les Syriens unis, au nombre de 45.000, habitent presque tous la Syrie.
Les Arméniens unis comptent dans les trois Vilayets 23.000 membres. Les Chaldéens unis sont à peu près aussi nombre.ux. Ils habitent le Vilayet d'AIep.
Toutes ces communautés ont conservé certains points de l'ancienne discipline. Les prêtres, par ex., ne peuvent pas se marier ; mais des gens qui ont déjà contracté le mariage peuvent recevoir les ordres sacrés, pour entrer dans le clergé séculier.
Les Latins. Vers la On du iv^ s. déjà, saint Jérôme et Rufin, sainte Paule et sainte Mélanie fondèrent plusieurs monastères autour de Jérusalem, habités par un grand nombre de Latins.