‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 71 sur 251 · GulH. de Tyr, XV · texte numérisé non relu

GulH. de Tyr, XV

1 14 5* Visite. JÉRUSALEM Mont Sion.

lement au Deir ez Zeitoûniéh, couvent des Oliviers, où habitent des Sœurs arméniennes delà Congrégation des Saints- Anges. Leur chapelle, construite au xii' s., peut-être sur les ruines d'une plus ancienne, marque l'emplacement traditionnel du palais du grand-prôtre Anne, devant qui comparut en premier lieu le divin Sauveur, après avoir été arrêté au jardin de Gethsémani. « Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne, parce qu'il était le beau-père de Calphe, le pontife de cette année-là. u (Jean, XIII, 13.)

Anne, élevé au souverain pontificat l'année 9 de notre ère, fut déposé après un règne de 9 ans par le procurateur Gratus. Mais élant riche, astucieux et intrigant, nous dit Josèphe, il réussit à avoir comme successeurs ses propres fils, et,-4 ans après, son gendn; qui resfa en charge pendant 19 ans. Anne était demeuré l'âme du Sanhédrin; c'est pourquoi le divin prisonnier lui fut présenté en tout premier lieu.

Epiphane de Jérusalem ou THagiopolite, écrivain du ix' au xi* s., place la maison d'Anne au mont Sion. En 1294 Ricold visita sur cette colline « la maison d'Anne, beau-père de Caîphe. » Pipin (1320) et le baron d'Anglureen parlent de même. Georges Pfinzing (14.36) et Rochechouart (1461) trouvèrent « la chapelle des Anges, élevée à l'emplacement de la maison d'Anne », en possession des Arméniens. Quaresmius dit avoir lu « dans un 1res ancien manuscrit que cette église a élé bâfie en l'honneur des saints Anges », qui, selon l'expression des Pères de l'Eglise, se voilèrent la face quand leur Dieu fut souffleté par le valet du grand-prêtre. C'était alors l'opinion courante que cet outrage fui infligé au Christ dans la maison d'Anne.

La petite église est précédée d'un vestibule ou narthex, où se voit le puits des ablutions, qui dans l'Eglise latine a été remplacé par le bénitier. Par un joli portail du mv s., on entre dans II) sanctuaire dont les voûtes reposent sur des piliers carrés. A g., un tout petit oratoire est spécialement consacre au souvenir delà comparution de Jésus devant Anne.

Revenu dans la cour, près d'une cloche arménienne, on peut voir à dr. quelques oliviers qui depuis le xiV" s. passent pour les rejetons de l'arbre auquel, dit-on, on avait attaché le Sauveur. Ces arbres ont donné au couvent son nom de ez Zeitoûniéti.

En sortant de la cour du couvent, on aperçoit, au fond d'un long passage resserré entre deux murs, une porte qui s'ouvre en face de la porte de David, laquelle elle-même conduit au Saint-Cénacle. Le portier ou l'une des bonnes femmes l'ouvre volontiers aux pèlerins, sur promesse d'un petit pourboire; autrement, il faudra retourner à l'église Saint- Jacques, reprendre la rue à g. et longer les remparts, pour arriver par un grand détour à la porte de la ville.

Porte de David, Bâb en Nébi Daoûd.

Cette porte, appelée par les indigènes Bâb en Nébi Daoûd^ porte du Prophète David, et Bâb Sahioun, porte de Sion,

Col. de la Vierge, Jérusalem s* Visite. 115

s'ouvre dans une' des tours de l'enceinte construite par Soliman II, l'an 9n de l'hégire (1540-1541), d'après une inscription qu'on y lit. Les matériaux, spécialement ceux des assises inférieures, proviennent de Tancienne muraille.

On a employé derrière un des battants de la porte, une pierre couverte d'une inscription latine. C'est une dédicace a Jupiter Sérapis, faite par un détachement de la III* légion cyrénaïque casernée dans la Ville haute, à l'occasion des victoires de Trajan, l'an 116.

Endroit où le cortège funèbre de la Très Sainte Vierge fut arrêté par les Juifs f .

De la porte de David, on s'avance droit devant soi à une distance de 40 pas et l'on remarque à dr., contre une muraille, un tronçon de colonne plantée dans le sol. Elle rappelle le miracle qui eut lieu pendant les funérailles de la bienheureuse Vierge Marie, lorsque les Juifs tentèrent d'outrager sa dépouille mortelle.

Cette tradition est très ancienne. Elle est rapportée par le livre apocryphe de Saint Jean sur la Dormition de Marie, écrit du in* au i\* s. Lorsque les apôtres transportèrent an tombeau de Gethsémani le corps vénérable de la mère de Dieu, les Juifs arrêtèrent le convoi et se précipitèrent avec rage sur la dépouille mortelle de celle qui avait donné le jour à Jésus. Le. malheureux, qni porta le premier la main sur le brancard, eut le bras paralysé et tous furent à l'instant frappés de cécité. Saisis de frayeur, ils reconnurent dans ce châtiment la main du Seigneur et se repentirent de leur crime. Alors, à la prière du prince des Apôtres, Dieu les guérit, et ils se déclarèrent tous disciples de Jésus- Christ.

La profonde vénération que les chrétiens professaient pour la Mère de Dieu les détermina de bonne heure à consacrer par on monument le théâtre de cet événement extraordinaire. Au commencement du v s., le Pèlerin arménien écrit déjà : a Derrière la ville, à l'endroit où les Juifs arrêtèrent le convoi funèbre de la Sainte Vierge et voulurent empêcher qu'on ne Tensevellt, ^e voit une coupole appuyée sur quatre colonnes de marbre, marquées de croix en bronze. » Cet édicule fut sans doute renversé par les Perses. Mais en 723, saint Willibald trouva encore a une grande colonne surmontée d'une croix marquant le lieu où les Juifs voulurent enlever le corps de sainte Marie. » Remarquons, cependant, que ces deux pèlerins indiquent le petit monument non loin du tombeau de la Sainte Vierge, à l'E. du Temple. Notre colonne, située sur le chemin qui allait de la maison de la Sainte Vierge au jardin de Gethsémaoi, ne fait que rappeler le glorieux événement.

Delà, on continue son chemin en appuyant à d^., et 20 pas plus loin, on passe devant la nouvelle église de la Dormition de la Vierge. Encore 40 pas et l'on est arrivé devant l'entrée de la mosquée de David qui renferme le Saint-Cénacle.

116 3« Visite, JÉRUSALEM MoiitSion.

Cénacle.

Aux deux grands événements accomplis au Cénacle, dernière Cène et descente du Saint-Esprit, se rattachent un grand nombre d'autres souvenirs sacrés que nous nous contenterons de rappeler.

Pierre et Jean préparent le repas liturgique dans la salle supérieure de la maison d*un riche disciple du Christ. Le soir venu, Jésus lave les pieds de ses apôtres pour les préparer aux mystères qui les attendent. Puis, après avoir mangé pour la dernière fois l'agneau pascal, l'Agneau de Dieu, avant de s'immoler pour nous, institue la sainte Eucharistie et le sacerdoce. Il prédit ensuite la trahison de Judas et le triple reniement de Pierre. Après sa mort, le Cénacle sert de refuge aux disciples déconcertés. Là, le soir de la résurrection, Notre-Seigneur leur apparaît les portes closes. Huit ]ours après, il s'y manifeste de nouveau et convainc Thomas de son incrédulité. C'est encore au Cénacle que se retirent les apétres et les disciples au nombre de 120, après l'ascension du Maître et qu'ils procèdent à rélectlon d'un nouvel apôtre, saint Mathias. Là s'accomplit ensuite le grand miracle de la Pentecôte. Pierre, rempli du Saint-Esprit, quitte la salle et, telle était la puissance de sa parole, qu'il persuade 3,000 Juifs de la mission messianique du glorieux Ressuscité. Le Cénacle, le premier lieu de réunion des chrétiens, devient chef et mère de toutes les Eglises. A son ombre enfin, la Vierge immaculée passe les dernières années de sa vie mortelle et rend sa belle âme entre les mains de son divin Fils.

Histoire du Saint-Génaole. Ni l'Evangile, ni la tradition ne nous ont transmis le nom du généreux propriétaire du Cénacle. Mais voyant les apôtres et les disciples s'y rendre habituellement depuis la mort du Christ, on ne peut guère douter qu'il ne fût du nombre de ceux qui, selon saint Luc, avaient mis aux pieds des apôtres toute leur fortune, pour être distribuée à chacun selon ses besoins (Act. lY, 34r-35).

Saint Epiphane (307-403 raconte qu'à l'arrivée d'Adrien dans la Ville sainte, l'an 135, « les chrétiens possédaient encore la i^etite église construite au lieu du cénacle (c'est-à-dire au premier élagei, dans lequel les apôtres s'étaient réunis après l'ascension du Sauveur. Elle s'élevait, c(mtinue-t-il, dans le quartier de Sion qui fut épargné lors de la destruction de la villes » Vers 350, saint Cyrille de Jérusalem parle aussi do c( l'église supérieure des Apôtres, où le Saint-Esprit est descendu sur eux*. »

Au cours du iv* s., une grande basilique fut élevée sur les flancs du sanctuaire primitif, dont voici la description d'après le Pèlerin arménien du siècle suivant : « L'église de Sainle-Sion, à une stade de la Résurre<!tion, est longue de 100 coudées et large de 70 ; elle compte 80 colonnes reliées entre elles par des arceaux. Il n'y a imis de division supérieure ; mais seulement un plafond en bois, auquel est suspendue la couronne d'épines qui fut placée sur la tète du Rédempteur. A la droite de l'église, se trouve la salle des mystères, avec une coupole en bois où est repré-

Page 1