‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 80 sur 251 · Warren, The reeov. of. Jerus · texte numérisé non relu

Warren, The reeov. of. Jerus

S'^-Àfme. JÉRUSALEM 5" Visite. 151

geait les «laladea. Les pèl^nine ne la priTent pour la pisciae de l'£vaflgile, que lorsque les autres réserv&ifs situés plas au N. eareot disparu sous les décombres.

Cette piscine, parallèle au mur dVnoeiiite du Haraei, a 100 m- de longueur, 38 de largeur et 20 de profondeur. Elle est construite en bonne maçonnerie à travers un vallon qui vient de la porte d'Hérode et dt bouche dans le torrent de Cédron. A l'angle S.-O. s'ouvre le fossé large de 20 m. dont nous ven^DS de parler. Il est divisé eu deux, dans le sens de la longueur, par un gros mur de refend, puis recouvert d*une double voûte ^^n Berceau, sur laquelle s'élèvent dejs maisons. La piscine est, de l'aveu de tout le monde, antérieure à notre ère. Il est regrettable qu'on la remblai jusqu'au iMrd, avec les djécombres iDroveiiaut des louiiles et des démoJiOofis, i)Qur en faire un ehamp de rapport.

Sainte-Anne >^.

Eb face dm Birket Israll, à g., s'élève le vaste établissement des Pères Blanee, avec le petit et le gr&mâ Séminaire grec fondé par le cardinal Lavigerle.

Au milieu de la cour se trouve f'antlque église, qui occupe l'emplaceoient de la maison paternelle de la Vierge Marie. Cétalt ufie modeste demeure en partie construite, en partie taillée da«s le roc. GeUe dernière forme la crypte de l'église, et c'est \k qu*4m TéUi^ole lieu de la naisaaiiee de Marie-Immaculée.

Vers Ta» ^30^ le diacre Tliéodose dit : « De la maisoia de Pilate jusqu'à la piseina Probatique II y a environ tOO pas. Là, le Seigneur guérit le Paralytique ; on y voit encore son grabat. l*i^ de la piscine Probatique, «ti les malades se lavaient et guérissaient, est bâtie l'église de la bSenbenreuse Vierge. » La IraditLoo enseigsoiait alors depuis longtemps <{ue Marie était née à Jérusalem. Antonin de Plaisance <570), Sopbronius, patriarche de Jérusalem |637), saint Jean Damascène (730), saint André de Crète, l'auteur du vommemovaÂorium et Bernard le moine Franc, précuent que l^giise 4e Marie près de la Probatique avait été élevée à l'eadroit tradiliennel de la Nativité de la Vierge. A l'arrivée des Gr<^és, le monastère qui s'élevait autour du sanctuaire n'était plus occupé que par 3 ou 4 pauvres Religieuses. Elles furent rejointes en 1104 par Ard^. femaïc de Baviiduis l", et en 1130 par Judith ou Yvette, (ille de Bau- (louia II. Le moiLajB.tèf e dx)té de reveaiis royaux, devint une riche aljbaje.

Un ouvrage latin, faussement altrihué à saiat Jérôme, fait naître la sainte Vierge à Nazareth. Les Latin» suivirent de bonne foi le P«euâk)- Jérôme, et. ne voyant <ians l^église de Jérusalem qu'un ««avenir de la maison paternelle de Marie, ils la dédièrent définitivement à sainte Anne, après l'avoir reconstruite de toute pièce.

En 1192, Saladin convertît le monastère en ecnle de théologie, devenue célèbre dafls la suite souts le nom de Sûlahiyéli. L'école fut abandonnée au XV* 8. el la mosquée auxvrii*, dans un triste état de détabrenienl. En 1842,, Tayar, pacha de Jérusalem, essaya de restaurer le monument et fit construire contre Pangle S.-O. de la façade, un minaret qui resta iaachevé.

A la suite de la guerre de Crimée (1856J, les ruines de l'église Sainte- Anne et celles du monastère furent cédées à la France par le sultan Abdul Medjid. I-e gouvernement français fit restaurer le monument par M; liauss, qui eut le talent de le remettre dans l'état où l'avaienJ laissé les archiiectee du xii' s. L'église fut rendue au culte en 1878 el confiée à la garde des Pères Blancs.

Pendant tes 7 siècles de prx)faiiatlon, les Pères Franciscaios ont usé d« lous les moyens pour'oMeaîr de lempB e» temps ac<!è* à la crypte de l£

152 S' Visite. JÉRiiSALGM Vallée de Josaphat.

Naticilii de Mnric, ann de pouvoir y prier avec <purs pèfcrina. Ils ne purent y pénrlrer qu'en s'y lalssanl glisser à travers ur.e irclîte ienèlre qu'où y vM entore. Au xv* s., lis obtinrenl un ilrnian qui tes auEnrIsall (le célébrer la sainte niesEe dans la v^néi-gblc grotte, te qui se faisait e Marie et 4

Visite de l'église Sainte-Anne.

n'ont coaservË de IraDsition, mesure ItT m. de long sur 19 m. 50 de large hors d'œuvre ; lo plan aHecLe la forme d'un trapèze. A l'Intérieur, elle est dtvieée en 3 nefs, terminée chacune par une abside.

Au-dovanl des absides passe un transept, à l'intersection duquel G'iilËvo une coupole sans tambour. Sous la vieille coupole a'616ve un magnifique au tel neuf surmonta d'un baldaquin qui repose sur 4 colonnes de granit.

Derriâre l'aatel, une statue de marbre blanc représente Eainte Anne avec la Vierge enfant.

Crypte de la Nativité de la Sainte Vierge. Vers lo milieu de la nef méridionale, s'ouvre un escalier (IJ par lequel on descend 16 marches pour arriver a un palier (2), d'où l'on passe par la baie

^ a— d'une 1" porte; de lii on

descend par 4 autres mur-

'■''^tS.ïewîlSw"''''" ''^''^- ^" ■""" lesquelles on

' " arrivcKunei'porle(3;adr,,

on remarque l'ouverture en

forme de glacis, par laquelle les PÉres de Terre sainte et les

pèlerins entraient autrefois dans ce saint Lieu. On descend

S autres marches et l'on se trouve dans une (grotte irrégulJËre

d'environ 7 m. de'longoeur de TE. a l'O-, et 9 m. SO de largeur

du N. au S. Les constructions qu'on vient de traverser, comme

Cl lies qui se trouvent au N. des deux piliers (6 cl 7), sont toutes

d'origine byzantine, sauf les restaurations.

Piscine Probalique. Jérusalem 5* Visite. 153

Le fond N.-E. de la grotte est occupé par un bel autel (4), à c6té duquel on voit une petite abside creusée dans le vif. Au fond S.-E., une baie étroite est pratiquée dans le flanc d'une citerne circulaire taillée dans le roc (5). Telle est l'auguste grotte où d'innombrables générations ont vénéré l'humble demeure de saint Joachim et de sainte Anne et le berceau de la Vierge Immaculée.

A propos du tombeau de sainte Anne. En 1113, DaiTiel rhégoiimèDe russe dit que la grotte de rAnnonciation de la sainte Vierge à Nazareth renfermait le sépulcre de saint Joseph. Avant lui, personne n'en avait parlé, et après lui, personne ne le menlionne plus, excepté Théodoric (1172). Daniel annonça aussi que dans la grotte de la Nativité de la sainte Vierge à Jérusalem se trouvaient les tombeaux de sainte Anne et de saint Joachim. Aucun écrivain des siècles précédents n'a connu ce fait, et pendant un siècle et demi personne n'a renouvelé l'assertion du pèlerin russe, sauf le même Tbéodoric. Ce pèlerin allemand n'y indique, du reste, que le tombeau de sainte Anne et n'admet pas que Marie soit D«e à Jérusalem ; il place sa nativité à Nazareth.

Depuis la seconde moitié du xiii* s. jusqu'au xix*, environ 16 pèlerins parlent, dans leurs relations, du tombeau de la mère de la sainte Vierge dans la crypte de l'église Sainte-Anne. Mais les autres, et ils sont au nombre de plus de 200, n'y font aucune allusion. Au contraire, ceux qui ont vécu dans le pays et ont étudié les Lieux saints, comme Quaresmius, par exemple, comoattent cette affirmation et démontrent qu'elle est en opposition avec la tradition locale aussi bien qu'avec la loi moraïque qui défendait d'enterrer les morts dans les maisons, ou dans les lieux habités. Le cardinal Lavigerie a soutenu cette même thèse ^ et d'autres ont mis en lumière que s'il y avait là une sépulture juive, il ne pouvait y avoir le lieu de la nativité de Marie*. De l'an 1888 à 1891 on fouilla le rocher près des fondements du piller N.-O. de la coupole et l'on trouva un espace vide comblé de débris. On en fit une chambrelle sépulcrale au moyen de 4 murs en pierres de tail.e, et dans le mur oriental on construisit deux arcosolia, devant représenter, l'un le tomb.au de saint Joachim, l'autre celui de sainte Anne. Il est regrettable qu'on n'ait pas laissé cette petite grotte dans l'élat où on l'avait trouvée.

Dans la cour, au N.-O. de l'église, M. Mauss a reconstitué une antique colonne corinthienne de 6 m. 50 de hauteur, retrouvée dans le voisinage. Elle a élé appropriée au culte chrétien à l'époque byzantine, comme le démontre la croix assez gauchement sculptée sur les 4 faces du piédestal.

La base de la colonne est taillée dans le même morceau de pierro que le piédestal. C'est le caractère particulier des plcdestaux judaïques trouvés dans l'enclos de la Flagellation et dans les anciennes synagogues de la Galilée, spécialement à Capharnaûm, (Tell Ho'*ÀmJ.

Piscine de Bethesda.

En 1871, M. Mauss découvrit à oO m. au N.-O. de l'église Sainte-Anne l'abside d'une petite église du xn*" s. Celle-ci s'élevait sur une crypte, qui elle-même est bâtie au-dessus d'une

1. Sainte-Anne de Jér. et Sainte- Anne d'Away, 45-46. — 2. P. La- «range, R. B., 4903, 467. — Pour plus de détails V. notre ouvrrg3 ^^MeitUms de topogv. pal., 93-154.

154 5* Visite. JÉRUSALEM Vallée 4e JosapkaL

piscine de 16 m. de longueur, 6 en largeur et 16 m. en profondeur an-dessous du niveau du sol de l'église Sainte-Anne. Un premier escalier conduit dans la crypte, un deuxième au fond , de la piscine. Il y a là un vaste réservoir qui s'étend vers le N. Ce grand bassin a été divisé en deux par un gros mnr, pour les besoins de la construction de l'église qui s'élève sur la partie méridionale.

A rc, «les Pères Blancs ont découvert un autre réservoir très grand et de même profondeur que le précédent. An pied de la paroi méridionale, s'ouvre un canal creusé dans le roc muni d*un très curieux appareil pour régler l'écoulement des eaux, qui étaient envoyées dans le Birket Israll.

Cest, sans doute, dans le voisinage de ces réservoirs d'ean que se trouvait la piscine Bethesda ; mais rien ne permet encore de localiser le bassin dans lequel étaient plongés les malades, aussitôt que l'ange avait agité l'eau. On ne peut pas davantage se faire une Idée de la disposition des 5 portiques où s'étendaient les infirmes, avant qu'on n'en ait retrouvé quelque vestige positif. De l'église de !a Proba tique construite vers la fin du iv*" s., on n'a pas non plus retrouvé les traces. Les Pères Blancs viennent d'acquérir la propriété qui s'étend au N. de la cour et des réservoirs. Les fouilles qu'ils entreprendront Jetteront certainement de la lumière sur Tètat de la piscine Probatique de l'Evangile.

Le mot Bethesda vient probablement de Belbzétha ou Bézétha, qui veut dire ville ou quartier neuf. La version syriaque et les versions arahes, suppléant au texte original, disent que cette piseine se trouvait M près de la porte Probatique ou ûes Brebis >. Cèlle-ci, d'après Néhémie (III, 1, 32), était située vers l'angle N.-E. de l'enceinte saerée. Le Pèle*-in de Bordeaux indique la pisfine dans l'intérieur de la ville. D'après Pierre de Sébaste <c. 381) a au lien des Brebis où Jésus guérit le paralytique malade depuis 3H ans » on eonslruisit une église. Vers l'an 45&, il es! dit que Pierre l'ibérien, après avoir quitté l'église de Pilate, se rendit « à l'église du Paralytique, » puis il descendit à Oethsémani. Théodose (c. 530) la montxe, conomenous l'aToas vu, à iOG pas romains de la maison de Pilato et prés de l'église de la Vierge Maiie. l^ Pèlerin de Plaisance (570) en {parlait avec plus de détails ; mais le copiste de sa relation confondit la piscine Probatique avec la piscine Natatoire ou de Siloé, et des detix il ne fit qu'une seule.

Porte Saint-Etienne.

La porte orientale, la seule qui s'ouvre aujourd'hui sur la vallée de Gédron, est appelée par les pèlerins, à partir du lav* s., porte Saint- Etienne, nom que les ehroniqueurs d« xn' et xiir s. avaient donné à la porte de Naplouse ou Bâb el Amoû4. Les Européens continuent à la désigner par ce nom ; mais les indigènes l'appellent Bâh Siiti Marîam, portn de Dame-Marie. Elle répond à l'antique porte des Troupeaux

Vallée de Cédron. Jérusalem 5« Visite. 155

ou des Brebis; mais dans sa construction actuelle, elle ne remonte qu'au xvi« s.

Après avoir franchi la iM)rte, on laisse à g. une piscine qui porte le nom de Birket Hammam Sitti Mariam, bassin des Bains de Dame Marie. Elle n'a aucun intérêt historique. A dr., à une dislance de 30 pas, s'élève dans le rempart une sorte de grosse tour de construction salomonienne, dont les bloos ont de 5 à 7 m. de longueur et 1 m. de hauteur. Le mur qui croise ici le vallon, s'enfonce à 36 m. sous le sol. Cette tour formait l'angle de l'ancienne enceinte sacrée.

A 140 m. de la porte Saint-Etienne, on arrive sur la roule de Jérusalem à Jéricho, dans la vallée de Cédron ou de Josapbat.

Vallée de Cédron f.

La vallée de Cédron prend naissance près du Tombeau des Juges, à environ 2 km. au N.-O. de la ville. Elle passe près du tombeau des Rois, puis au pied du mont Scopus, d'où elle se dirige à angle droit vers le S. et sépare Jérusalem du mont des Oliviers. Elle est très probablement la vallée de Savé ou la vallée du Roi, dans laquelle Melchisédech rencontra Abraham revenant victorieux sur Chodorlabomor, et offrit au Seigneur du pain et du vin. La gorge profonde (en hébreu nahal^ qui, comme le mot ouâdi en arabe, signifie à la fois vallée et torrent), reçut du m* au iv* s. le nom de Josaphat, et la croyance populaire y localise la scène du jugement dernier.

U prophète Joël dit que le Seigneur rassemblera les peuples dans la vallée de Josaphat pour juger tous leurs méfaits contre Israël ^ D'après la tradition rabbinique, cette vallée n'existe pas ' ; la dénomination Josaphat est symbolique ; ce mot veut dire Jahvé juge. Néanmoins, les juifs, les chrétiens et les musulmans y voient la vallée «le Cédron où, à la fin des jours, Dieu jugera tous les hommes. Les paroles adressées par les anges aux disciples après l'ascension de N.-S., •levaient contribuer beaucoup à accréditer la croyance qui fait de cette vallée le théâtre du jugement dernier, a Hommes de Galilée... Ce Jésus <lQidu milieu de vous s'est élevé dans le ciel, viendra de la même manière <ine vous l'y avez vu monter *. » Au temps de Théodose, les Grecs appelaient cette vallée Pyrinos, vallée du Feu. Aujourd'hui encore, au delà du Btr Ayoûô, elle s'appelle Ouâdi en Nâr, vallée du Feu. P^lle passe près des gorges de Mar Saba, puis aboutit à la mer Morte, à environ 15 km. au S.-O. de l'embouchure du Jourdain. Au N. du liir Ayoi'ib, elle <*st appelée par les Arabes Ouâdi Silouân, de la fontaine de Siloé, ou Ouâdi Situ Mariam.

On suit la route carrossable jusqu'à ce qu'elle tourne à g. pour traverser le pont. A dr. on remarque quelques marches d'un ancien escalier taillé dans le roc, qui descendait de la ville.

A C2t endroit débouche le vallon qui prend naissance près de la porte d'Hérode, et au fond duquel furent conslruits les grands réservoirs d'eau qu'on vient de visiter. Près de la porte Saint-Etienne, le rocher se ren-

1. Joël, m, 2, 12. — 2. V, Neubauer, op. cit., 51. — 3. Act., 1, 11.

156 5« Visite. JÉRUSALEM Vallée de Josaphat,

contre à 7 m. au-dessous du sol. Il s'abaisse rapidement vers le gros mur salomonien contre lequel s*appuie le Birket Israîl, et atteint 36 m. en profondeur, pour se relever vers la porte Dorée qui apparaît à ^. Dans cette dépression, les Juifs avaient taillé un escalier qui descendait dans la vallée de Cédron et remontait de l'autre côté au mont des Oliviers. Au-dessus du Jardin de Gethsémani, dans la propriété des Russes, un grand nombre de degrés très larges et bien taillés furent mis à découvert. Le Pèlerin arménien du v* s. compta 250 marches en pierre depuis la ville jusqu'au tombeau de la sainte Vierge, et 800 de là au lieu de l'Ascension. Au ix* s., l'auteur du Commemoratorium en compta 193 des remparts jusqu'au fond de la vallée, et 537, de la vallée jusqu'au mont des Oliviers. Pétronius, évêque de Bologne (c. 420) et Sophronius, patriarche de Jérusalem, en parlent également. Ces deux escaliers ne laissent pas subsister de doute qu'au temps de Jésus-Christ on franchissait le torrent de Cédron au même point qu'aujourd'hui.

Lieu de la lapidation de saint Etienne f- Saint Etienne avait été amené au Conseil, où il fut jugé digne de mort. De là les Juifs l'entraînèrent hors de la ville et le lapidèrent^. Les chrétiens orientaux et occidentaux vénèrent le lieu de la lapidation du protomartyr au bas de l'ancien escalier qui, du voisinage du Temple, descendait dans la vallée- de Josaphat. Cependant, depuis i860, plusieurs savants de renom sont d'avis qu'avant le xii« s., ou au moins avant le ix' s., on montrait le lieu de la lapidation du saint Diacre hors de la porte de Damas, à l'endroit où Timpératrice Ëudocie fit élever une vaste basilique et un monastère d'hommes en l'honneur de saint Etienne K Elle y fut ensevelie on 460, avant que Iq^ monument ne fût achevé.

Ëudocie fit construire un grand nombre d'églises en l'honneur de saint Ëiienne, son patron de prédileclion. A Jérusalem, elle fit ériger sous son vocable une jjremière église, dont on fit la dédicace le 15 mai 438 ', sous le règne du patriarche Juvénal. L'année suivante, le 26 décembre 439, sainte Mélanie la Jeune descendit du mont des Oliviers pour assister aux offices dans le martyvium de Saint-Etienne *. Cette église est mentionnée dans plusieurs documents contemporains comme existant avant le concile de Chalcédoine, en 451 •', ou du vivant du patriarche Juvénal ^. Ënfln^ d'après de nouveaux documents publiés par le P. S. Vailhé '', la première église de Saint-Etienne se trouvait à l'orient de la ville, c'està-dire, dans la vallée de Josaphat.

En 455, Eiîdocie, qui venait de persécuter l'Eglise de Jérusalem, se convertit et fit construire une nouvelle basili(|ue en l'honneur du Protomartyr auN.-O. de la ville, près de la porte de Damas. En 560, avant qu'elle ne fût achevée, on en fit la consécration et on y déposa les reliques du saint Diacre, conservées jusqu'alors au mont Sion ". Vers l'an 808, l'auteur du Commemoi'atornim mentionne les deux églises. « Dans la vallée de Josaphat. dit-il,... à Saint-Etienne, (résident) III (prêtres). » Ailleurs il dit : « A Saint-Etienne, cù il fut déposé, clercs II, lépreux XV. » L'n ancien pèlerin, que Gamurrini croit, à tort ou à raison, Mre sainte Sylvie, indique le lieu du martyre de saint Etienne, « en face de Gethsémani •>. »

1. Act., VI, 8-15; — VII, 55-59. — 2. V. P. Lagrange, S. Etierme. — 3. Raab, Peter dev Itérer, 33. — 4. Vita S. Melan. jun. — 5. V. P. Vailhé, Echos d'Or., VIII, 83-84. — 6. Basile de Séleucie, Orat., XLII, In laud. S. Steph. — 7. Op. cit. — 8. Cvr. de S. y(h., Vita Euthymii, § 99. ^ 9. Pétri Diac, L. S. ...

Oethsémani. Jérusalem 5« Visite. 157

Théodose et Anlonin de Plaisance, énumérant les sanctuaires de la Tallée de Josaphat, parlent du lieu où le Diacre fut mis à mort, mais ils Pindiquent à la basilique qui s'élève au N.-O. de la ville. Le texte est-il correct, ou le copiste a-t-il fusionné en une seule les deux églises? Eudocie a-t-elle remplacé la première église par une basilique plus vaste et surtout plus splendide? Il reste encore à élucider plusieurs points, pour que la question puisse être tranchée détinitivemenl. {V. VI* Visite, p. 181, la basilique de Saint-Etienne.)

A 60 m. de lescalier, on franchit b pont jeté en travers du torrent de Cédron et Ton arrive au Gethsémani.

Gethsémani,

Saint Marc désigne Gethsémani sous le nom de champ ou domaine^ X^ptov; saint Matthieu l'appelle villa et saint Jean xTjTOç qui signifîe jardin ou bosquet. Il faut donc se représenter on jardin à l'oriental, un verger clos de murs en pierre sèche ou de haies vives. La verdure et son ombre en faisaient un lieu de villégiature, où l'on venait s'abriter contre les rayons du soleil. Le nom de Gethsémani, Galh-Schemâne, pressoir d'huile, indique suifisamment que cette terre était plantée principalement d'oliviers. « Jésus y était venu souvent avec ses disciples, » dit saint Jean ^ En voyant le divin Sauveur se rendre fréquemment et librement en ce lieu pour y prier et passer la nuit avec les siens, il est permis de supposer que c'était un bien familial. C Hte conjecture est confirmée par le fait que Marie y reçut la sépulture. Quant à la position de Gethsémani, saint Jean dit qu'il était « au delà du torrent de Cédron^. » Eusèbc et saint Jérôme l'indiquent a à la base de la montagne des Oliviers 3. » Le Pèlerin de Bordeaux rencontra « la pierre où Judas Iscariote trahit le Christ, » à g. du chemin qui conduit au mont des Oliviers. A dr. du même chemin, une église marquait déjà au iv' s. l'endroit où Jésus endura son agonie.

Localisation de l'agonie et de l'arrestation de Jésus. Après avoir mangé la dernière PAque, Jésus se rendit avec onze de ses apôtres dans sa retraite habituelle. L'heure était avancée et la nuit froide. Arrivé à la grotte, il leur dit : « Restez ici pendant que je vais prier là-bas. » 11 leur permit de se livrer au sommeil. Cependant, Pierre, Jacques et Jean, qui avaient été témoins de sa transfiguration, devaient l'être aussi de son agonie. Les prenant avec lui, Jésus fait quelques pas à travers les arbres jusqu'à un rocher où il s'arrêta comme ccrasé sous le poids d'un indicible accablement, a Mon âme est triste jusqu'à la mort, leur dit il. Tenez- vous ici et veille? avec moi. n Lui-même s'arrêta sous un arbro et se mit en

i Jean, XXVIII, 2. - 2 Jean, XXVIII, 1. - 3. 0. S., 74.

158 5' Visite. JÉRUSALEM Vallée de Josaphal.

prière. Maia toul d'un coup 11 s'arracha i leur voisinage, suivant l'oipresslon de saint Luc {XXII, 41), et alla prier plus loin, it la distance d'un Jet de pierre. Les trois disciples suivirent du regard leur divin Maître, dont la face pleine d'angoisse était éclairée, dit saint Cjrille de Jérusalem, par la lune à son apogée. Ils entendirent sa supplication : ii S'il est possible, que ce calice s'éloigne do moi. a Mais après quelques instants de vigilance, lis cédèrent a la fatigue dont ils étalent accablés et au froid qui les saisit, et dormirent de ce sommeil pénible oii l'on entend et où l'on voit k demi. Jésus, qui sous le poids de l'altliction cherchait du soulagement auprès de ses amis, les trouva endormis, u Simon, tu dors, dit-Il avec tristesse. Vous . n'avez donc pu veiller une heure avec mol. n Et sans attendre de réponse, il s'éloigna de quelques pas, et au Jardin de Gelb' aémanl on entend bientèt cette nouvelle prière : « Mon Père, s'il n'est pas possible que ce calice passe, sans que }e le boive, qu'il soit fait aelon votre volonté, n l'en après, Jésob sentit le besoin de revoir une seconde fois ses disciples, et une seconde fols il dut leur faire ce doux reproche : u Pourqaol dormeivons? u 11 s'éloigna d'eux une :iF fois. Son agonie commençait. Une sueur rangiamte tombait à grosses guuttea de son Iront livide. Cette (ois, son Père lui onvoja un ange pour le soutenir et lui donner la force du dernier combat. Le Sauveur vida U coupe jusqu'à la lie. L'épreuve était terminée ; la [orée lai revint arec la paix. Il n'avait plus beeoln de l'atsfsluice de ses disciples. i< Dormei, leur dit-il, avec un vts^e rasséréné, et reposez-vous maintenant. » Ils allèrent tous rejoindre les huit autres dans leur abri. Puis, après un laps de temps que .l'Evangile D'indiqué pas, Jèsns les réveilla ton* : k Asset I l'heure est venue où le Fils de l'iiommc doit être livré aux mains des pécheurs. Levez vous et allons! Cetok qui doit me livrer est tout prés. i>

Ed ce moment. Judas, suivi d'une tourbe armée de bâtons et

munie de lanternes et de ilambeaun, entrait dani le verger de

UethsénMni ; it connaissait bien l'abri ou il surprendrait son

Maître. Mais en cas que, dans l'<rfiscuiltè de la groUe, le Christ

ne lAt pas aisément reconnaissatrle, il avait dit aux agCBts du

Sanhédrin: u Celui que j' cm brasserai, c'esl lu). Prenez bien vos

mesures pour qu'il ae vous édiappe pas. » Jésus sortit de

la retraite le premier. Se trouvant â l'improviste en lace du

''hrlst, le traître lut canstemé et balbutia : « Maître. Matire 1 1>

at ea le trahissant pur le baiser de pai^t. An nftme moment,

. oDie disciples se tenaient derrière leur Maître, prêts ï le

[endre. et ceiu qui avaient des arM«s lui demasMreat :

? » (1 No dols-je pas boire le calice proposé par

c rëpondil-ii, et il se livra à se» enneinis.

Tombewu de Marie. JÉRUSALEM 5« Visite. 159

Tombeau de la Sainte Vierge.

A dû m. au delà da pont à malo g., an escalier de 15 marches descend dans une cour d'environ 15 m. de c6té. C'est le parvis de l'église de l'Assomption de Marie. L'église proprement dite est souterraine. Le monument carré qu'on a devant soi est un porche construit au xii« s. ; il précède l'escalier par lequel on arrive au glorieux Tombeau qui reçut la dépouille mortelle de la Vierge, et d'où celle-ci ressuscita le 3« jour pour monter au ciel.

Histoire. Dès le ni* et le iv* s., les évangiles apocryphes, qui, bien que dénués de toute inspiration divine, reflètent les croyances communes de leurs temps, rapportent que la Mère de Dieu fut ensevelie au Jardin de Gethsémani, et que le 3* jour son corps avait été enlevé au ciel. Le Livre de saint Jean sur la Dormition de Marie écrit au m* ou aa IV* s., un autre ouvrage, De transitti B. M. V., du iv* s., ainsi que leurs nombreuses versions, la Lettre de Denys l'Egyptien, également du IV* s., en parlent avec force détails. Avant le concile de Chalcédoine (431), peut-être même avant celui d'Ephèse (431) qui donna une extension si rapide au culte de Marie, les chrétiens avaient élevé sur le tombeau vide de la Mère de Jésus un beau monument sacré. Le Pèlerin arménien écrit au commencement du v* s. : « Derrière la ville, à l'endroit où les JuiJs arrêtèrent le cercueil de la sainte Vierge et ne voulurent pas permettre de Tensevelir, se trouve une coupole sur quatre colonnes de marbre couvertes de croix en bronze. De la, 250 marches de pierre condnisent en bas au tombeau de la Vierge, dans la vallée de Gethsémani ; depuis 800 marches mènent au sommet du mont des Oliviers, d'où le Christ monta (au ciel). » Le Dveriarius de Jérusalem, ouvrage composé avant que sainte Mélanie la Jeune (417-439) ne construisît une chapelle an Golgotha, dit en décrivant la vallée de Cédron : « IJl se voit la l>asi- •iqoe de Sainte-Marie, qui renferme son sépulcre. Là Judas trahit Nolre- ^iîîneur Jésus-Christ. »

Dans cette même église, saint Jean Damascène (+ 7o4) prêcha son 2' sermon sur la mort de Marie en présence d'un grand nombre d'évêques, «le prêtres et de moines, et cite un extrait du livre III, chapitre XL, de iHistoire Euthymienne, œuvre du v* s., due, d'après quelques critiques, à Cyrille de Scylhopolls : Lorsque Juvénal, archevêque de Jérusalem, fiassa à Gonslantinople à roccasion du concile de Chalctkloine (451), l'eml'ereur Marcien et Pulchérie, son épouse, lui dirent : « Nous avons appris 1«'à Jérusalem se trouve la première et la plus illustre église de Marie, Mère de Dieu, toujours vierge, au lieu appelé 'Gethsémani, où son corps, «tuia porté la Vie, fut déposé dans un sépulcre. Nous désirons qu'on nous envoie ces reliques pDur la protection de la ville impériale. » Juvénft' leur raconta alors que, selon « une antique et très véridique tradition, » les apôtres entendaient autour du tombeau de suaves mélodies •"Xécutées par des chœurs angéliques, pendant les trois jours qui suivirent la sépulture. Puis plus rien. Lorsqu'on ouvrit le tombeau pour satisfaire le véhément désir d'un apôtre qui n'avait pu assister à la mort '1 aux funérailles de la Vierge, vn le trouva vide. Les apôtres comprirent alors (jue Celui qui s'est complu à naître de Marie, tout en conservant sa virginité inviolable, s'est plu aussi à préserver son corps de la corruption <*' à l'admettre au ciel avant le jour de la résurrection générale. — A cette nouvelle, l'empereur et l'impératrice prièrent l'archevêque de Jérusalem de leur envoyer le cercueil de la Vierge avec le linceul funéraire qu'il renfermait encore. — L'un et l'autre furent ensuite dé|iosés dans la basiliqae de Sainte Marie-aux-Blaquernes à Constantinople, où, d'après des

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documenls hislorique^;, ils furent vénérés dès lors dans la chapelle du Cercueil de la Vierge. {V. notre ouvrage : Le Tombeau de la sainte Vierge.) Théodose (530), Ànlonin (570), Modeste et Sophronius, patriarches de Jérusalem, font fous mention de l'église et du sépulcre de Marie dans la vallée de Josaphat. Etant sous terre, elle ne semble pas avoir souflert beaucoup pendant l'invasion des Perses (614) ; car Arculfe (670) et Willibald la trouvèrent intacte. Elle fut ruinée, toutefois, au temps de Hakeni (1010). Les Croisés la restaurèrent vers l'an 1130 et y construisirent un monastère pour les moines Bénédictins de Cluny. Mais après leur départ (1187), le monastère fut rasé par les Sarrasins. Le sanctuaire seul fut respecté, mais resta abandonné. En 1363, les Franciscains obtinrent du sultan d'Egypte par l'entremise de Jeanne, reine de Naples et de Sicile, un firman qui les mit en possession de l'église. Au xvii* s., les Grecs non-unis excitèrent les musulmans contre les'Franciscains et réussirent aies faire expulser de l'égliàe de l'Assomption, pour prendre leur place. Un firman. obtenu en 1C66 par de la Haye, ambassadeur de France à Gonstantinople. les réintégra dans leur possession. Expulsés une seconde fois par Tautorité locale en 1740, les Franc'scains obtinrent de nouveau justice auprès du sultan. I^s Grecs usurpèrent leur place une 3* fois en 1757. Cette même année, de Vergennes, ambassadeur de France, obtint un nouveau firman de la Sublime Porte, mais sans réussir à le faire valoir. Depuis ce temps, les Grecs jouissent de la possession du vénérable sanctuaire, qu'ils partagent aujourd'hui ave* les Arméniens et les schismatiques d'autres rites.

Etat actuel de l'église de F Assomption »^. Le porcbe (G), aujourd'hui enfoncé en terre d'un mètre et demi, est un carré de 8 m. de côté. La façade principale, regardant le midi, est percée d'une grande porte ornée de deux archivoltes très espacées l'une de l'autre et terminées en ogive obtuse. Leurs nombreuses moulures retombent sur un tailloir commun, qui repose sur 4 colonnetles de marbre blanc à chapiteaux foliés, engagées dans les angles rentrants des jambages. De la corniche qui couronnait l'édifico, il ne reste qu'une série de modillons. La porte du xii'^ s. fut rélrécie par un mur percé d'une entrée assez basse.

Escalier. Du seuil de la porte, un escalier de 48 marches conduit au fond de l'église. On descend d'abord par il marches sur l'ancien sol du porche (C), le niveau de l'entrée au xii* s.

Chapelle de Saint-Joachin et de Sainte-Anne f. Dix marches plus bas, on rencontre, à dr., une chapelle dédiée aux parents de la Sainte Vierge. C'est là que, d'après Guillaume de Tyr (XVllI, 32), reposent les cendres de Mélissende, fille de Baudouin II et femme de Foulques d'Anjou, roi de Jérusalem ; elle mourut en 1161. Au-dessus de la chapelle, s'ouvrait autrefois une fenêtre. Trois autres fenêtres éclairaient jadis ce passage, qui ne reçoit plus de lumière que par la porte.

Chapelle de Saint-Joseph. Quelques marches plus bas, on voit à g. une chapelle dédiée au chaste époux de Marie. Ici se trouvait l'entrée de l'église avant les croisades. D'après Robert d'Elgin (VitaS. Canuti), Botilde, femme d'Erik-le-Bon, roi des Scandinaves, fut ensevelie en ce lieu, l'an 1103. C'est également

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L'église est sans sculpture ; mais ses parois ont été recouvertes de peintures ; car autrefois elle était assez i)ien éclairée par plusieurs fenêtres ménagées près des voûtes ; aujourd'hui elle ne l'est que par des lampes. Au milieu du bras oriental, complètement taillé dans le roc, s'élève le glorieux tombeau de la Sainte Vierge. Le niveau de l'édifice est à 12 m. au-dessus du lit rocheux de la vallée dans son état primitif.

A l'origine, le lit du torrent de Cédron se trouyait à environ 20 ni. audess3us de son niveau actuel, et de 10 m, plus près de la ville. Le sépulcre s'ouvrait donj naturellement sur le flanc occidental de la montagne. La vallée devait s'exhausser rapidement, par suite des niasses de terre char riées du haut de la montagne, apr*^s que les Romains eurent déboisé le mont des Oliviers et fouillé son sol pour creuser leurs tranchées et établir le fameux mur de circonvallation, pendant le siî'ge de Jérusalem, en 70.

Pour honorer le tombeau de la sainte Vierge, les chrétiens le séparèrent de la masse ro:'heuse dans laquelle il avait été creusé, de manière à l'isoler de toutes parts au milieu d'un large espace vide, à l'instar du glorieux tombeau du divin Sauveur. Si le sépulcre consliluait un tombeau de famille, comme il est très vraisemblable, les pèlerins du xv* s. ont raison d'y localiser la sépulture de saint Joachini et de sainte Anne. Mais dans ce cas, les couches funibres des ancêtres de la Vierge furent sacrifiées au plan de l'église, comme l'ont été la plupart de celles des ancêtres de Joseph d'Arimathie. Aussi n'en est-il jamais question dans les relations des pèlerin? antérieurs au xv* s. C'est du reste à l'époque de la construc t.ion de l'église de l'Assomption, au iv* ou v* s., que remonte la translation des reliques de saint Joachim et de celles de sainte Anne (A. S. S. Mari, m, 77 80. - Julii VI, 252-258).

Tombeau de la Sainte Vierge. Le vénérable tombeau, qui a conservé la forme qui lui fut imprimée au v<^ s., est un petit édicule à base à peu près carrée, surmontée d'une coupole à peine visil^le. La façade, en partie masquée par un autel arménien, est percée à dr. d'une petite porte très basse, qui donne accès dans le sépulcre. Celui-ci ne peut contenir que 4 ou 5 personnes. Une sorte de banquette d'un m. de hauteur au-dessus du sol, occupe la partie orientale de la chambrettc ; il est entièrement recouvert de marbre blanc. C'est là que fut déposé le corps virginal de Marie. Les parois intérieures, comme les parois extérieures, sont complètement dérobées au regard par des tapisseries. Cependant, près du sol, on remarque aisémeot le rocher naturel.

Après une courte et fervente prière, on sort de ce glorieux sépulcre par une porte latérale pratiquée au N., ii main g. En face de cette porte se trouve la chapelle des Syriens, et à dr., derrière le Tombeau, l'autel grec. Au S.-E. l'édicule est relié à la paroi méridionale de l'église par un mur. Là on remarque un mihrâb^ on les musulmans font parfois leur prière.

Moudjir ed Dîn, historien arabe du xv* s., rapporte la légende suivante : « Kl Moucharraf (l'un des premiers biographes de Mahomet), raconte dans son Sanad que quand le prophète aperçut Jérusalem, lors de s m voyage nocturne, deux lumières resplendissaient avec éclata droite et à gauche du Mesdjed (le Temple). — (^>u'est-ce que ces deux

Gr. de Gethsémani. Jérusalem 5« Visite. 163

iiiinières? demanda-t-il à Gabriel. — L'ange lui répondit: Celle qui est à droite est le raihràb de ton frère David, et celle qui brille à gauche se Irouve siu" le tombeau de la sœur Marie. »

En retournant à rcscalier, on remarque vers i'abside occidentale une citerne de bonne eau, derrière laquelle se dresse l'autel des Abyssins. Au fond du bras septentrional, un escalier de 18 marches conduit à un souterrain voûté, sans intérêt.

Revenu sur le parvis de l'église, on voit à g. une impasse au bout de laquelle s'ouvre une porte, d'où un escalier de 9 marches descend dans la Grotte de Gethsémani.

Grotte de Gethsémani ►^.

Au mont des Oliviers, on vénérait deux grottes qui servaient d'asile au divin Maître et qui étaient témoins de sa prière et de ses célestes enseignements. L'une était située au sommet de la montagne, non loin du lieu de l'Ascension ; mais dans un site aujourd'hui inconnu. L'autre au pied de la montagne, dans lé Jardin de Gethsémani, tout près du tombeau de la Vierge, mais à un niveau plus élevé d'environ 7 m.

C'est dans cette dernière que le Sauveur se retirait habituellement pour prier avec ses disciples, partager avec eux sa frugale réfection et se reposer la nuit des fatigues du jour. C'est dans la Grotte de Gethsémani qu'après la dernière Cène il reconduisit ses apôtres, et lorsque par la prière il eut triomphé de l'agonie qui avait accablé son âme, il revint au milieu d'eux, pour être livré entre les mains de ses ennemis, trahi. par un des siens.

Une très ancienne relation de pèlerin reproduite par Pierre Diacre (1037) dit : « Au delà du torrent de Cédron, se Irouve une grotte... où la v'Iérie après la Cène, les Juifs arrêtèrent Jésus ; ce lieu est au fond de la vallée de Josaphat. Non loin de là est l'endroit où le Seigneur pria, lorsque sa sueur devint comme des gouttes de sang. » Le Pèlerin de Bordeaux indique aussi la pierre de la trahison de Judas à g. , lorsque de la ville on arrive au pied du mont des Oliviers.

La Grotte de Gethsémani o'était pas devenue moins célèbre par la Cène et le lavement des pieds qui y eurent lieu la veille de l'entrée triomphale de Notre Seigneur à Jérusalem. Tbéodose (530) la décrit en ces termes : « Là (dans la vallée de Josaphat), se trouve la basilique de Sainte-Marie Mère de Dieu, avec son sépulcre. Là il y a aussi le lieu où le Seigneur soupa avec ses disciples. Là il leur lava les pieds. On y voit quatre bancs (lits de table), où Notre Seigneur s'étendait au milieu de ses apôtres ; chaque banc peut contenir trois personnes. C'est là qu& Judas trahit le Sauveur. Il se rencontre des personnes qui, en arrivant en ce lieu, se plaisent à prendre, par dévotion, de la nourriture, autre que de la viande ; elles

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allument des nambMux, parce qae m 1I«u esl dans un« grotte... De 1â on gravil le mont des Oliviers, » Eutycbiua, patriarche

de CoDStantiuople. mort en 583. dit dana un de ses sermons que l'Eglise c6t<^bTiiit trots Cènes i|Ui ont eu lieu vers le temps ds la Passion el qnl sont différentes les unes des autres, quant an temps et quant au Heu : Le premier repaa, accompagné du lavement des pied s, la veille de l'entrée triomphale de Jésus â Jérusalem ; le deuxliïme, accompagné de l'oactlon des pieds du Sauveur H Bëlhanle, te lundi de la Semaine sainte ; le troisième à Jérusalem, le Jeudi saint ; c'est la dernière Cène pendant laquelle lut instituée ta sainte Eucharistie, h Le premier, dit le patriarche, eut lieu à Gethsémaai, avec ta purlficalton, le four du sabbat, le premier )our, c'est-.'i-dire, lorsque le dimanche était déjji cMnmencé : c'est pourquoi nous célébrons alors la vigile <. "

Antunln OoPlalsaïK-nic iiii-iili<miiequ<';t tahles dans ta grollp. > oii J.*aiis (n) tmhi, ■ Mais Amilfr y Ironva f-nrore les 4, Epiphann l'Hai[i(i(Ki]ilr m parle aussi : H loin rapprllenl le ivlèbrp Tepas, D'après le> Actes de saint Jean. nil\tra {te les jniiwliaurs de l'an JSO à 17(1. le disi-tple bi.'ii-alnié si' rélnRla. njir^s la mort du Christ, dnns une Kmlle du mont dps Oliviers, ap|>aTeniin™i dans wllp de Gfillis^rniini. I.i 1p. Sniiveor rcssiiSL'itù lut apiiarul t'I l'Iiillla aux plus tubllmes myslfreH'.

Etat actuel. Cette Grotle oii tout invlle â la prière et an recueillement, cette retraite si souvent sanctifiée par la présence du Maître et de ses disciples, a été de tout temps, comme on volt, un sanctuaire de prédilection pour les Hdëles. Elle est 1 l'unique monument qui ait conservii preaqu' intacte sa physiono- | mie primitive, celle qu'elle eut au temps de Jésua-Chrlsl. Les peintures qui ornaient autrefois ses parois Inégales soDt presqu 'effacées, et les mosaïques qui couvraient son sol n'ont 1 laissé que peu de traces. Partout le roc apparaît fi peu près avec les mêmes contours et le même aspect que dans la ctièbre nilt du JendI saint. 1

cmps de Notre -Seigneur, son entrée se lalsalt an S., en I t Jardin de GetbsémaBl. La roule s'Ëtant exltauseée depuis isleurs mètres, on a pratiqué, A une <^)oque Inoonnae, B actuelle. Au temps de Tliéodose, jle était encore i e. Depuis, elle reçoit le jour par une ouverture ronde née dans le plafond rocheux, qui est soutenu par liera en maçonnerie. La Grotte, de forme irrégulière, vale dans son ensemble, a 17 m. de Img, 9 m. de large et ] de haut. Elle reolerme 4 autels. Ce sanctuaire apparixclusivement aux Pères Franciscains depuis i39i, unnée '. Gérard Chauvel d'Aquitaine en litracqulsilion- I

i.PormilioB. ». r. u. d.

Gr, de Gethsémanù Jérusalem s* Visit$. 165

Gomment le souvenir de TAgonie s'attacha à la Grotte de Gethsémani. Depuis le iv* &. jusqu'au xiv*, Teudroit où Jésus endura son agonie a été montré invariablement à dr. du chemin qui va au mont des Oliviers. Saint Jérôme et sainte Sylvie nous apprennent que déjà de leur temps on y avait élevé une église. Dans eetle é|?lise on véttérait spécialement la pierr« sur laquelle le Seigneur se tenait é genoux, quand il répétait Témouvante supplication : « Mon Père, que ce calice s*éloigne de moi... » Lorsque l'édifice sacré fut renversé par les Perses, en 614, la vénérable pierre de l'Agonie fut transportée dans un sanctuaire voisin. Voici ce que raconte le moine Ecossais Adamnanus eu 670: a Ceux qui entrent dans l'église in/'éri^ure et ronde de Sainte- Marie, aperçoivent à dr., fixée dans la çaroi, la pierre du champ de Getbsémani, sur laquelle le Seigneur priait à genoux une heure avant (l'être livré par Judas entre les mains des impies. On y voit l'empreinte des deux genoux qui s'v enfoncèrent comme dans la cire molle. C'est ce que nous rapporte notre frère Arculfe. » Remarquons que l'église de Sainte Marie ne fut Jamais double ; sa partie inférieure était encore moins de forme ronde. Dès l'origine, elle avait la forme d'une croix dont la plus grande partie est taillée dans le roe. Arculfe aura parlé de deux sanctuaires situés l'un près de l'autre : de l'église du tombeau de la Vierge et de la grotte ronde de Getbsémani, qu'Adamnanus aura pris pour la crypte. Il est donc vraisemblable que depuis le vu' s., la pierre de l'Agonie se vénérait dans la grotte de Getbsémani.

Nous arrivons à un fait plus positif : Jean de Wurzbourg écrit on 1165: « Le lieu où Jésus pria (durant l'agonie) est entouré d'une nouvelle église sous le vocable de Saint-Sauveur ; du pavé surgissent trois pierres frustes, comme de petits rochers. Le Seigneur, dit-on, s'y tint à genoux à trois reprises... Dans la grotte (où il fut trahi par Judas), on montre une pierre avec cinq trous qui sont les empreintes des doigts de la main du Seigneur. »

De plus sur la voôte rocheuse, sous laquelle cette pierre était déposée, on peignit une inscription en quatre lignes, qu'on ht encore fort bien, au N. du maître-autel, et qui, d'après M. de Vogué, remonte certainement ao XII* s. Elle dit :

HIC REX (san)CTVS SVDAVIT SANGVLNEM SEPE MORABATUR DV C...

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