in Zach., XIV
190 6" Visite. JÉRUSALEM Mont des Oliviers.
C'est là que Jésus, au terme de sa mission divine, bénit une dernière fois ses disciples et leur fit cette suprême recommandation : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fiis et du Saint-Esprit, et leur apprenant à garder tout ce que je vous ai recommandé. Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. » {V. Luc, XXIV, o0-53, n» 58, et Act., I, 9-53, n« 87).
Sous la porte d'entrée de l'enceinte, M. Schick a découvert une grotte qui est sans doute celle qu'Eusèbe indique près du sanctuaire de l'Ascension, moins grande cependant que celle de l'Eléona.
Chaque année, le jour de la fête de l'Ascension, les Franciscains célèbrent solennellement les offices divins sur la sainte montagne. Ils s'y rendent dès la veille, chantent les premières Vêpres et Matines, et passent le reste de la nuit sous la tente. Dans la chapelle, qui reçoit pour la circonstance un revêtement nouveau, ils dressent deux autels portatifs, où les prêtres ne discontinuent pas de célébrer la sainte messe depuis minuit jusqu'à midi. Les Grecs el les Arméniens noli-unis tiennent leur autel dans la cour.
Minaret. A l'entrée de la cour s'élève un minaret d'une base carrée de 3 m. 30 de côté ; elle est en maçonnerie pleine à une hauteur de 6 m. Cette partie de la construction semble remonter aux Croisés et avoir servi de base à un clocher. Pour y monter, on entre, au S., dans le divan du derviche, l'Imâm de la mosquée ; c'est le vestibule d'un oratoire musulman, reste de l'ancien couvent des moines blancs. A g. on rencontre un escalier qui mène au minaret muni à l'intérieur d'un escalier en colimaçon.
Panorama. Du haut du minaret on jouit d'un coup d'œil saisissant. Le regard embrasse à la fois la ville entière de Jérusalem entourée de la vallée de Josaphat et de celle de la Géhenne, les montagnes de la Judée et d'Ephraîm, et s'étend au-delà de la mer Morte et du Jourdain, évoquant partout les plus grands souvenirs de l'histoire du peuple d'Israël. L'Hôrodium, ou mont des Francs, qui se dresse au S. semblable à un cratère éteint, et la surface miroitante de la mer Morte au S , attirent spécialement le regard.
Etablissement russe. On se rend dans l'établissement russe situé à l'E. du sanctuaire de l'Ascension, en traversant un petit bois de sapins. La construction de l'hospice, de Téglise, du clocher et d'autres bâtiments, fut entreprise en 1870 et terminée en 1887. A 50 m. à l'E. de l'église, on peut voir, dans une construction rectangulaire, une splendide mosaïque d'une exécution artistique, qui représente un agneau, un cédrat, un canard, une oie, des poissons, des grappes de raisin, etc. La bande qui l'encadre contient une inscription arménienne avec ces mots : « C'est le tombeau de la bienheureuse Susanne,
S^*'Pélagie. JÉRUSALEM 6" Yisiie. 191
mère d'ArtavaD, 18 septembre. » Cette épitaphe, comme le fait remarquer M. Glermont-Ganneau ^ a été incrustée au v ou vp s. dans une mosaïque plus ancienne. Celle-ci ne porte aucun emblème funèbre, ni aucun signe qui démontre une, origine chrétienne'^. Sous la mosaïque existe un caveau sépulcral à 6 loges grossièrement creusées dans le roc. La salle contient quelques sculptures antiques trouvées dans le sol du plateau. Vers l'orient, on voit un bypogée chrétien de 18 tombes.
La lisière du bois de sapins offre un beau coup d'oeil sur la vallée du Jourdain; mais du haut du clocher, le panorama est beaucoup plus étendu.
Lieu de l'Apparition de Fange Gabriel à Narie f* Au S.-O. du monticule Viri Galilœi, à Tendroit où la route qui monte de Gethsémani se replie vers le S., existait une chapelle souvent mentionnée par les pèlerins, et dont on fit disparaître les dernières traces en 1882. Une tradition fort répandue par les livres apocryphes du iv et du \' s. rapporte que Marie, allant un jour prier au mont des Oliviers, reçut la visite de l'archange Gabriel. Celui-ci lui annonça qu'au bout de trois jours, elle serait réunie à son divin Fils, et lui remit une palme comme signe de son entrée triomphale au ciel.
En 1902, on découvrit au mont des Oliviers une inscription grecque où il est dit : « A été enterré le jour de la Pentecôte, le juste Josépios, prêtre du sanctuaire nouvellement fondé de l'Ange apparu. » M. Clermont-Ganneau, qui fait remonter cette inscription au vin* ou au ix* s., est d'avis que Josépios était attaché au sanctuaire de l'Apparition de l'Ange à Marte ^.
Grotte de Sainte-Pélagle f* A l'angle S.-E. de l'habitation de rimâm de la mosquée de l'Ascension, s'ouvre un souterrain. D'an vestibule obscur, on descend par un escalier de 15 marches, dans une grotte où l'on ne rencontre qu'un sarcophage fort simple. Cette grotte parait avoir été originairement un sépulcre hébreu. Au dire des Juifs, c'est le tombeau de la prophétesse Hulda, qui vécut au temps du roi Josias (611-610) ^
Marguerite, la célèbre comédienne d'Antioche, ramenée de sa vie déréglée par saint Nonne, évéque d'Edesse, vint à Jérusalem sous le nom do Pélagie, pour expier ses désordres par les larmes et les plus austères morliûcations. Elle mourut en 457, après trois ans de pénitence. Théodose (530), Antonin de Plaisance (570), Daniel (1113) et d'autres pèlerins rapportent que sainte Pélagie avait passé les dernières années de sa vie et reçu la sépulture dans cette môme grotte, qui ne tarda pas à devenir un sanctuaire. Les musulmans en ont fait une mosquée, où
iArch. res., I, 321-331. — 2. V. La Patrie de S. JeanB., p. 200-203 - 3. Hec. d'arch. or., V, 164-169. - 4. IV R., XXII, 14-20.
192 6« Visite, JÉRUSALEM Mo7it des Oliviers,
ils vénèrent le tombean d'une dame Rabba, Qabr Sidna Rabba^ nom qui cache celui de Hulda ou celui de Pélagie.
Eglise du Pater >^, De la Grotte de Sainte- Pélagie on aperçoit à cpielques pas, vers le S., le Carmel du Pater avec Téglise du Pater.
D'après la tradition, Jésus enseigna une seconde fois l'oraison dominicale à ses disciples au mont des Oliviers, dans les circonslanees relatées par saint Luc (XI, 1-13, V. n* 40). Avant l'arrivée des Croisés en Palestine, une église connue sous le nom de Pater noster marouait cet emplacement au S. du sanctuaire de l'Ascension ; elle remontait nécessairement au-delà du vu* s. Swein, évêque de Vibor^, et son frère Ëskill, neveux de la reine Bothilde, trouvèrent cette église dans un état de délabrement et la firent reconstruire à leurs frais. Peu après, l'an 1152, l'un et l'autre y reçurent la sépulture.
En 1869, la princesse de la Tour d'Auvergne acheta le vaste terrain situé au S. du sanctuaire de l'Ascension et y construisit une nouvelle église du Pater, avec un monastère qui, en 1876, fut occupé jjar des religieuses Carmélites de France Les fouilles ont mis au jour plusieurs sépulcres juifs et chrétiens, avec une abside située dans l'angle S. -6. du préau. C'est là, dit le Fr. Liévin, que la tradition indiquait le lien du Pater,
Pour visiter l'église du Pater^ on traverse un cloître formé de 4 galeries en arcades ogivales, de 28 travées à jour. Le mur de fond est orné de 35 grands cadres, contenant chacun dans une langue différente le Pa^er peintsur émail. Au centre de la galerie méridionale s'ouvre une chambre mortuaire qui renferme un mausolée en marbre blanc, représentant la fondatrice de rétablissement décédée et exposée sur un lit de parade. Napoléon III eut l'idée de faire exécuter ce monument funèbre du vivant de sa cousine, la princesse d'Auvergne, et de lui en faire cadeau. Celle-ci est morte en 1891 ; mais son corps n'a pas encore été transporté dans le cloître du Pater. Une urne, déposée dans une niche au-dessus du mausolée, renferme le cœur du père de la princesse.
L'église du Pater s'ouvre à l'E. du cloître.
Crypte du Credo. En traversant la grande cour située à ro. du clottre, on rencontre à g., près de la porte de sortie, une ancienne citerne transformée depuis peu en oratoire sous le nom de Crypte du Credo.
C'est une ancienne piscine en partie taillée dans le roc dans la dîrec tion du N. au S. Elle a 17 m. 80 de longueur sur 3 m. 80 de largeur et communique encore par un canal avec une grande citerne qu'on voit en dehors de l'enclos. Originairement à ciel ouvert, elle a été plus tard recouverte de larges dalles appuyées sur une série de petits arceaux qui reposent sur des piliers arrondis, en maçonnerie. Le sol est taillé en cuvette et toutes les parois ont été enduites de ciment.
Saewulf (1102), le premier pèlerin qui parle du lieu où les apôtres auraient composé le Ci'edo avant de se disperser dans le monde, l'indique au Saint-Cénacle. C'est là qu'Adrichomius le montrait encore en lo84. Anselme de Cracovie (1508) était d'avis que ce fut au mont des Oliviers, à 40 pas du lieu -de l'Ascension et à 40 pas de l'endroit où Jésus prédit
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194 C* Vintf. JÉRUSALEM 3îont des Oliviers.
phètes. C'est ua caveau en forme de labyrinthe taillé dans le roc, du IV* au v* s., pour servir de sépulture à des chrétiens étrangers. D'une galerie droite partent deux galeries circulaires et concentriques. La plus extérieure présente 28 niches à cercueil ; il y en a 8 autres dans^deux chambres qui s'y rattachent. Le plan du monument nous dispense d'en faire une description plus détaillée.
M. Clermonf-Ganneau étudia soigneusement les grafiles en langue grecque tracées dans le plâtre qui recouvre la paroi extérieure des tombes. Elles renferment toutes des noms de chrétiens originaires de la Ralanée, du Hauran, de Palmyre, etc. Il en conclut que c'est un polyan- (iriov ou sépulcre commun, construit par deâ chrétiens Iransjordaniens, probablement des ébioniles, résidant à Jérusalem au iv* et au v* s. V
Il est possible que ce labyrinthe ait emprunté son nom à un monument voisin, érigé à quelque prophète par les Pharisiens *. Depuis 189.'), ce tombeau est la propriété des Russes.
Sanctuaire de Bethphagé ►î^.
Du Tombeau des Prophètes, on revient à l'angle N.-O. du monastère des Carmélites et on tourne à dr., vers l'E., pour suivre le chemin qui n'est que la continuation de celui qui monte du Dominus flevit. Avant d'arriver à l'extrémité du jardin des Carmélites, on remarque à main g. un enclos portant les armes de Terre sainte. La propriété, que les Franciscains ont acquise depuis peu, s'étend jusqu'au mur de ceinture du sanctuaire de l'Ascension. Ce terrain renferme, en conséquence, une bonne portion de l'emplacement des portiques du monument primitif, et même une partie de sa cour centrale.
De là on tourne à dr., pour descendre par un chemin qui domine une profonde vallée. Sur les pentes à g., on a découvert un grand nombre de mosaïques, des inscriptions funèbres chrétiennes en langue grecque, et les vestiges de deux églises. A 7 min. du jardin des Carmélites, on rencontre la chapelle de Bethphagé.
Sanctuaire de Bethphagé. Ce sanctuaire représente un double souvenir évangélique. Au iv' s. déjà, il s'élevait à cet endroit une église où les chrétiens de Jérusalem, accompagnés de l'évêque, célébraient la mémoire de l'émouvant entretien que Marthe et Marie eurent avec le divin Mailre, lorsque celui-ci vint de Jéricho pour se rendre à Béthanie, quatre jours après la mort do Lazare. C'est là que se trouve la pierre du colloque. (V. S. Jean, XI, 1 14, n» 67).
Là aussi les chrétiens de Jérusalem montraient, non l'empi»-