II R., V, 20. - I Pj^r., XIV, il. — 2. Is., XXVIII
208 Voyage III. tantolr De Jérusalem
fat quelque temps Tadministrateur, avant de se retirer dans une grotte à l'E. de Bethléem, vers l'an 460 ^.
Le Puits du Repos est aussi appelé Puits des Mages ou de PEtoile, parce que dans les anciens temps il servit également à rappeler le souvenir du fait merveilleux raconté par saint Matthieu (H, 9-iO;. « Après avoir entendu le roi (Hérode), ils partirent et voici que l'étoile vue en Orient marchait devant eux, jusqu'à ce que, arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêla. Voyant l'étoile, ils se réjouirent grandement. »
Couvent de Saint-Elie. Cinq minutes plus loin, on arrive
au couvent de Saint-Elie, situé à égale distance entre Jérusalem
et Bethléem, sur un haut plateau d'où l'on aperçoit les deux
villes.
L'empereur HéracHus, croit-on, fonda ce couvent. D'après Jean Phocas, il fut restauré en 1160 par l'empereur Manuei Comnène. Les Grecs l'ont ré|>aré en 1678 et au siècle dernier. A dr. de la route, ceux-ci montrent le rocher sur lequel le prophète Elie, fuyant la vengeance de Jézabel, aurait pris son repos, lorsque l'ange du Seigneur le réveilla et lui présenta du pain et de l'eau pour lui permettre de continuer sa route jusqu'au mont Horeb *. Mais d'un côté, Phocas ne sut rien de cette tradition ; d'un autre côté, Quaresniius (1620) fait la juste remarque que, d'après l'Kcrilure sainte, celte apparition eut lieu « à une journée au sud de Bersabée de Juda, dans le désert. »
Sur la colline que l'on contourne à dr. (800 m.), existent d'anciens sépulcres juifs. Quaresmius y vit les restes d'une église dédiée au prophète Habacuc ; mais il avoue que, sur le lieu de ^'enlèvement miraculeux du prophète par l'ange '^ les opinions sont partagées. La tradition qui fixe cet événement en ce lieu est assez récente.
A partir du couvent de Saint-Elie, s'offrent devant le voyageur Bethléem au S. et le mont des Francs au S.-E.
Tantoûr. A 13 min., on passe à dr. devant Tanloûr, hauteur
couronnée d'un bel hôpital avec chapelle, fondé au siècle dernier
par les chevaliers de Malte. Depuis 1893, cet établissement est
dirigé par les Frères de Saint-Jean de Dieu, qui y donnent
gratuitement consultations et remèdes.
Champ des Pois chiclies. En face de Tantoûr, à main g., un vaste champ couvert d'innombrables petits cailloux, a toujours frappé l'imagïnation des Arabes, et a servi de thème à l'un des récits moraux dont l'Orient est si fécond. Un jour un homme y semait des i>ois chiches, dit une pieuse légende, lorsque Jésus^ passant par là, lui demanda: k Que sèmes lu là, mon ami? — Des pierres, fut la réponse. — ; Eh bien! tu récolteras des pierres. » En etîet, iorsf|ue le semeur vint faire la récolte, il ne trouva que des pois pétriiiés. Depuis lors, le Champ des pois chiches rappelle aux passants le châtiment qui attend le mensonge. Maunrtrell raconte en 1697 que les pois se sont Iransfornaés en pierres, parce qu'un jour le propriétaire refusa d'en donner une poignée a ja sainte Vier«e, qui avait faim. Ici le Champ des pois chiches sQvl a*» reproche. ijerpétuel à la dureté de cœur.
1. Mignc. /'. €., CXIX, 476. — 2. Hï R., XIX, —3. Dan., XIV, 32^.
à Bethléem. tombeau.de raghbl Voyage III. 209
Tombeau de I^achel.
Encore quelques pas, et l'on rencontre à dr., 6ur lo bord du cbeouB, le Qoubbet-Rahîl, ààme de Rachol, le sépulcre de la gracieuse épouse de Jacob, depuis 3800 ans objet de la vénération des IsraéLUes, comme des cfaréliens et des musulmans.
Jacob quitta Bélhel avec toute sa famille, pour se rendre à Hébron. a Et Ils partirent de Betb-El, dit le texte original de la Genèse, et il y avait encore un kibrath de chemin fk parcourir) pour arriver à Ëphraia ^ »
Kibrath est une mesure itinéraire Inconnue. On Jit ailleurs, qu'Eli«é(' congédia Naaman le léprenx, général du roi de Syrie, sans rien accepter de lai. Alors Giéci, servitiear du prophète, convoitant en secnst les riches présents que son maître avait refusés, attendit que le j^néral fut arrivé «à une distance d'un kibrath », pour courir après lui et lui extorquer par astnce deux talents d'arpent *. Ici le kibrath, comme on le voit, ne peut guère dépasser an ou deux km.
Arrivée là, Rachel donna le four à Benjamin, mais succomba anx douleurs de l'enfantement. « Rachel mourut donc, et elle fat ensevelie snr le chemin qui conduit à Ephrata, qui est Bethléem. Et Jacob dressa un monument sur son sépulcre : c'est le monument de la sépulture de Rachel que l'on voit encore anjourd'hui ^. n Avant de mourir, Jacob rappela à Joseph que sa mère décéda « lorsqu'il n'y avait plus qu'un kibrath de chemin pour arriver à Ephrala, qui s'appelle aussi Bethléem ^. » Ephrala, le nom primitif, signifie « pleine de fruits » ; Bethléem, « la maison de pain, » n'en est que le synonyme ; Tun et l'autre Indiquent la grande fertilité du pays.
Le prophète Michée, annonçant la venue du Messie, unît les deux noms de celte localité, Belhléem-Ephrala, afin de donner plus de solennité à son discours ^.
Pour exprimer l'épouFantahle calamité qui allait frapper les enfante de la tribu de Juda et de celle de Benjamin au temp6 de NalMdiodoiioiorf le prophète Jérémie évoque le fiou venir de Bachel par ces vers d'un lyrisme EalBissant :
« Des cric MMntent, Des tamentations, d«s larmes amères ;
Rachel pleure ses enfants ; Elle refuse d'être consolée sur ses étants.
Car iifi œ «ool plus ^ »
Saint Maithien reproduit ces mém^es paroles, en faisant le récit du massacre des Innocents ^, et la relation «i intime qu'il établit entre les ^ifants de 0el.hiéem et Rachel ne peut
i. 4îe«^ XXXV, 16. — J8. IV 8L, V, i%. — 3. Gen., XXXV, 4«-»J, - 4- M, XLVlIi, 7.-5. Mieh., V, i, L 1j. — «. Jér., XXXI, 15. — 7. Mal. il,i8.
210 Voij. IIL TOMBEAU DE RACHEL De Jérmaleni
provenir que du voisinage de la sépulture de l'épouse bienaimée de Jacob.
Flavius Josèphe dit que Rachel fut ensevelie « dans la campagne d'Epbrata. » Les Talmudistes sont d'accord pour placer sa sépulture près de Bethléem. Origène, Eusèbe et saint Jérôme parlent du tombeau de Rachel dans lo voisinage de Bethléem. Le Pèlerin de Bordeaux (333) signale le « monument » élevé sur ce sépulcre, à 4 milles au S. de Jérusalem, et à 2 milles au N. du sanctuaire de Bethléem. Théodose (530) y vit « un monument en pierre. » Arculfe (670) nous apprend qu'il avait la forme d'une pyramide. Puis Théodoric, l'israélile Benjamin de Tudéla et Edrisi, géographe arabe, tous trois du xu'^ s., ajoutent que la pyramide était formée de 12 pierres représentant les 12 fils de Jacob ou les 12 tribus d'Israël. Les Croisés, comme nous l'apprennent ces mêmes voyageurs, élevèrent pardessus ce monument un édicule carré do 7 m. de côté, formé de 4 piliers reliés entre eux par des arceaux en ogive, de 3 m. d'ouverture, et hauts de (5 m. ; le tout était couronné par une coupole. Du xv au XVI' s., les 12 pierres disparurent et le mausolée fut restauré plusieurs fois. En 1560, Mohammed, pacha de Jérusalem, fit murer les 4 arceaux et imprima ainsi au petit édifice la physionomie d'un vulgaire otieli musulman. A la place de la pyramide, on éleva un cénotaphe en maçonnerie. Finalement, en 1841, Monlefîore, le millionnaire anglais, obtint pour les Israélites la clef du Qouhhel-Rahîl et y adjoignit un pauvre vestibule carré avec un mihrâb, qui sert depuis de lieu de prières aux musulmans.
De nos jours, certains savants révoquent en doute l'aulhenticité du tombeau de Rachel, et soutiennent qu'il faut le chercher au N. de Jérusalem, entre er Râm, Rama, et Tell el Foûl, Gabaa. Voici pourquoi : Saûl, à la rechercha des ànesses de son père, quitta Gabaa et passa par les montagnes d'Ephraïin, les terres de Salisa, de Jémini et de Suph. De là il se rendit aupr.s de Samuel dans une ville que l'auteur sacré ne nomme pas. Le lendemain, Samuel congédia le jeune homme et lui dit : « Aujour d'hui, (fuand tu le seras éloigné de moi, tu trouveras deux hommes près du sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin, à Beth-Tseltsakh... Et lorsque tu seras parli de là, et que tu auras passé plus avant et que tu seras parvenu au chêne du Thabor, là te rencontreront trois hommes montant vers I)ieii à Réthel ;.-.. ils te donneront deux pains... Ensuite, tu arriveras à la calline de Dieu où est une station de Philistins. Et lorsque tu seras entré dans la ville (Gabaa), tu rencontreras une troupe de pro phètes descendant du haut lieu. » (I R., X, 2-5).
Saûl, disent nos critiques, rencontra Samuel à Ramah, la ville natale du prophète, et de là il se rendit chez lui à Gabaa, plus tard Gabaath- Saûl. C'est entre ces deux localités qu'il rencontra le tombeau de Rachel.
Le texte sacré, comme tout le monde le reconnaît, manque de clarté et de précision. Nous ne ferons que les remarques suivantes : 1* Samuel, prophète el Juge d'Israël, pouvait avoir plusieurs domiciles, et rien n'in-
à Bethléem. TOMBEAU DE R\CHEh Voyage m. 211
(tique qu'à l'arrivée de Saûl il se soU trouvé à Ramah de Benjamin. 2* De er Râm à Tell et Foûl il y a à peine i km. A en juger par le texte, le voyage que Samuel fit faire à Saûl ejt certainement beaucoup plu 5 lona;. 3' Samuel venait de traiter le jeune homme en fulur roi et de lui servir un somptueux repas. Si celui-ci n'avait eu à fiire qu'un voyage d'une heure, il eût été inutile de lui prédire qu'on lui donnerait deux pains en roule. 4° Il est impossible qu'entre Ramah de Benjamin et Gabaa, Saûl ail pu rencontrer une station de Philistins, qui venaient d'être défaits jjar Israël. 5° Jamais il n'y eut entre ces deux villes une localité appelée Ephrata, encore moins Bethléem. 6* 1^ livre de Ruth (IV, 11), le psaume CXXXI, 6, eî Michée donnent le no n d'Ephrata, comme la Genèse, à la ville de Bethléem, dont les habitants sont souvent appelés Ephrathéens dsLïis la Bible. Le texte relatif au voyage de Saûl, dira-t-on, nous est parvenu dans un état altéré. Dans ce cas, il ne peut pas être opposé aux textes de la Genèse, du livre de Ruth et du prophète Michée. Quant à Jérémie, le texte ori'^inal ne permet pas de supposer qu'il indique le tombeau de Rachel dans la tribu de Benjamin.
Au delà du tombeau de Racbel, la roule se divise en trois branches ; Tune continue tout droit vers Hébron ; l'autre tourne àdr. et conduit à Beit Djâlah, un des villages les plus importants de la contrée, et localité toute chrétienne. D'après le recensement de 1905, on y compte 4.590 habitants savoir : 560 Latins, 3.852 Grecs non-unis et 176 Protestants. Les Sœurs de Saint-Joseph y tiennent une école pour les filles et les Russes y ont ouvert une école normale également pour les jeunes filles. Le bel établissement avec chapelle qu'on aperçoit au S. a été bâti par le patriarcat latin- et sert de maison de campagne pour le Séminaire de Jérusalem. Les vastes plantations de vignes et d'oliviers qui environnent le village, lui donnent un air de prospérité et de vie.
Beit-Diâlah semble répondre à la ville chananéenne de Gallem de
Jnda, qu'il ne faut pas confondre avec Gallim de Benjamin. Les Septante
(Jo3., XV, 59) la mentionnent entre Carem (Aïn-Karem) et Bether
(Biuir). Gilôh (Jos., XV, 51), avec laquelle on a proposé de l'identifier, est
/ndiquée près d'Hébron.
La route à g. contourne le fertile vallon, au-dessus duquel s'étago Bethléem, en arabe Beit Lahni.