‹ Nouveau guide de Terre SainteChapitre 98 sur 251 · BETHLÉEM · texte numérisé non relu

BETHLÉEM

« Si l'aspect général de Jérusalem, écrit M. Victor Guérin, et les souvenirs que cette ville rappelle éveillent dans l'âme une grave et solennelle émotion, pleine de grandeur, mais en même temps pleine de tristesse, le pèlerin éprouve des sentiments différents à la vue de Bethléem. Je ne sais quelle sereine et douce galtô plane au-dessus de cette gracieuse bourgade, qui, au lieu d'avoir, comme la. Cité sainte, à pleurer sur la mort et sur le tombeau d'un Dieu, renferme et montre encore avec une religieuse allégresse le lieu de sa naissance et l'emplacement de son berceau. C'est en effet la patrie de Celui après lequel le

212 Voyage III. Bethléem

monde antique avait soupiré si longtemps, et qui devait enfanter le monde moderne à une vie nouvelle. De là, l'éternelle auréole de joie qui, aux yeux du chrétien, semble ceindre le front de cette petite ville, et je plaindrais sincèrement ceux qui, en foulant pour la première fois le sol de Bethléem, ne ressentiraient pas, au fond du cœur, un de ces contentements ineffables qui font tressaillir Tâme tout entière, parce qu'ils ne viennent pas de la terre, mais du ciel *. »

Histoire. Bethléem, Maison de pain, portait priinitiveraent le nom d^Ephrata, Pleine de fruits. Beit-Lahmio) en syriaque, Tancienne langue du pays, veut dire également Maison de pain, mais en arabe, ce nom signifie plutôt Maison de la viande ou de la chair.

La première mention de cette bourgade se rencontre dans la Genèse h propos de la mort de Rachel. Dans le texte complet du livre de Josué (XV, 60) conservé par les Septante, Bethléem trouve sa place entre Théco {Téqoua) et Phagor {Ifeit Faqhorir). Ailleurs elle est appelée lîethléem de Juda * et Bethléem-Ephrata ^, pour la distinguer d'une autre Bethléem située dans la tribu de Zabulon en Galilée et qui donna le jour à Abésan, Juge (l'Israël.

Bethléem est la patrie du lévite Jonathan, d'Eliméloch et de Noémi. dont la belle-fille, Ruth la Moabite, devenue veuve, épousa le riche bethléémite Booz. De ce mariage naquit Obed, père d'isaî ou Jessé, père lui-même de David, dont devait naître un jour, d'après les prophéties, l'Emmanuel, le Sauveur du monde. Lorsque Saiil eut été rejeté de Dieu, Samuel vint à Bethléem, rassembla les anciens de la ville pour un sacrifice, et, sur l'ordre du Seigneur, il sacra roi d'Israël David, le plus Jeune des flls de Jessé. Quelques années plus lard, les Philistins firent irruption dans le pays des Israélites et vinrent camper à Socho {Schouêkéh) et à Azeca (peut-être Tell Zacharia). Saûl marcha audevant d'eux dans la vallée de Tèrèbinthe (Ouâdi es Sent). Trois des frères de David servaient dans l'armée du roi. Jessé envoya un jour David dans le camp des Hébreux et lui dit : « Porle h tes frères cette mesure de grains rôtis et ces dix pains, et donne ces dix formes de fromage à leur capitaine. Apporte-moi ensuite de leurs nouvelles. » C'est a cette occasion que le jeune pâtre tua d'un coup de fronde Goliath, le géant philistin.

A la mort de Saûl, David fut reconyu roi par la tribu de Juda, puis^ par tout Israël, lorsgu'Isboseth, le dernier fils de Saûl, eut cessé de vivre.

Bethléem est aussi la patrie de Joab, d'Abisaï et d'Asaêl, tous trois fils de Sarvia, sœur de David. Joab eut la gloire de monter le premier à l'assaut de la forteresse des Jébuséens et devint général en chef de l'armée du roi. Abisaï, l'inséparable compagnon de David, lui sauva un jour la vie en tuant le géant philistin Jesbibénot, qui avait à sa lance un fer du poids déplus de huit livres. Asaël, le plus léger coureur parmi les vaillants, laissa la vie dans un de ses exploits près de Gabaon. Ses compagnons d'armes ramenèrent son corps à Bethléem pour lui donner la sépulture dans le tombeau de ses ancêtres. Parmi les braves de Bethléem, l'Ecriture sainte nomme encore Eléhanan, fils de Dodo et officier supérieur de l'armée, ainsi qu'Elchanan. fils de Jaîr, l'Adéodat de la Vulgate, qui tua à (iob un géant philistin, frère de Goliath.

Pendant que David se trouvait au delà du Jourdain, lors de la rébellion d'Absalon, Berzellaî, petit roi de Galaad, lui avait rendu de nombreux services. Pour lui témoigner sa reconnaissance, David emmena son flls Chamaam avec Ini à Jérusalem, le combla de bienfaits et lui

1. La Judée, I, 120. — i. Jg., XVH, 7. — I R., XVII, 12. - Matlh., H, 5. — 3. aileh., V, 2.

HISTOIRE Voyage III. 213

doima, comme il est permis de le çenser, une partie des terres de sa xille natale. Avant de mourir, le roi le recommanda spécialement à la bienveillance de Salomon. Cbamaam, pour abriter ses nombreux troupeaux et aussi pour faire du bien au pays, fit construire près de Bettiléem un vaste caravansérail qui reçut son nom. Il devait aussi servir de station ordinaire aux caravanes allant en Egypte. Le prophète Jérémie raconte, en effet, que les Juifs, déterminés à s'enfuir sur les l>ords du Nil après le meurtre de Godolias, c s'assemblèrent dans le Khan de Cbamaam près de Bethléem. » Il est probable que, 600 ans plus tard, Marie et Joseph se présentèrent à cette même hôtellerie. Comme il n'y eut pas de [)lace pour eux, ils se réfugièrent « dans l'étable », dans les grottes destinées aux animaux.

Joseph, fils d'Héli, bien que domicilié à Nazareth, appartient à Bethléem comme « fils de David » et « descendant du roi-prophète ». D'après les livres apocryphes, Malhan de Bethléem avait trois filles, dont deux se marièrent dans leur ville natale, savoir : Marie de qui est née Marie-Salomé, et Soba qui donna le jour à Elisabeth, mère du Précurseur. La troisième, Anna, épousa Joachim de Sepphoris en Galilée et, pendant son séjour à Jérusalem, elle engendra Marie, la Vierge immaculée. L'édit de César Auguste, ^ui ordonnait le recensement dans toutes les provinces soumises à l'empire romain, amena Marie et Joseph dans leur ville d'origine. C'est alors que s'accomplit la prophétie de Michée qui avait dit^ 7âO ans auparavant : « Et toi BethléemËphrata, tu es l'une des plus petites parmi les nombreuses villes de Juda ; mais de toi sortira Celui qui doit régner sur Israël ; son origine est dès le commencement, dès les jours de l'éternité. » Par la naissance du divin Sauveur, Bethléem acquit une renommée immortelle et devint une ville à jamais célèbre.

L'historien ecclésiastique Anastase nous apprend qu'un des premiers Vicaires de Jésus-Christ sur la terre était, comme saint Joseph, d'origine bethléémite. Saint Evariste, pape de l'an 100 à 109 et martyr sous Trajan, était né à Antioche d'un Juif nommé Juda, originaire de Bethléem. L'empereur Adrien profana la ville en y introduisant le culte des faux dieux. Mais sainte lîélène et Constantin en firent un des plus illustres sanctuaires du christianisme. Bethléem devint dès lors aussi un des ;;rands centres de la vie monastique. Saint Jérôme s'y fixa en 384 et pendant 36 ans il se livra à la fois aux œuvres de la plus austère pénitence pour sa propre sanctification, et aux travaux de la plus vaste érudition, pour le bien des âmes et l'édification de l'Eglise. Sainte Paule, sa fille sainte Eustochium, Fabiola et beaucoup d'autres matrones romaines des plus illustres familles patriciennes vinrent également s'ensevelir dans la retraite près du berceau du Christ.

Pendant la révolte des Samaritains (521-530), Bethléem, mal défendue par ses murs délabrés, fut saccagée par les rebelles. En 531, Justinien l'entoura d'une nouvelle enceinte pour la mettre à l'abri des coups de main des pillards. Les Perses l'épargnèrent en 614 et les Arabes en 636. Lorsqu'en 1099, l'année chrétienne fut arrivée à Empiaûs, à trois heures de marche de Jérusalem, les Bethléémites invitèrent Godefroy de Bouillon à prendre possession de leur ville. Tancrède quitta Emmaûs pendant la nuit à la tète de cent chevaliers d'élite et, au lever du jour, sa bannière flottait sur la basilique. Deux ans après, la nuit de Noël, Baudouin 1" y fut couronné roi. Malgré ses glorieux souvenirs et sa splendide basilique, Bethléem n'avait cependant jamais été élevée jusqu'alors à la dignité de siège épiscopal. Le pape Pascal II, sur la demande du roi, l'érigea en évéché latin l'an 1110. Ascétin ou Anseliu en fut le premier évêque (1110-1128) et Anselme (1128-1143) le deuxième.

Retombée au pouvoir des musulmans en 1187, Jérusalem, avec Bethléem «t les autres villes du pays, se retrouva sous la domination chrétienne de l'an 1228 à l'an 1244, en vertu de deux trêves conclues, l'une, de 10 ans, entre Frédéric U, empereur d'Allemagne, et Melek el Kamel, sultan 5'%pte, l'autre, entre les chevaliers de Saint-Jean d'Acre el le sultaï «e Damas. Mais les Kharismiens, vainqueurs des Croisés et du sultan d(

214 Voyage III. Bethléem

Damas, expulsèrent les chrétiens de Jérusalem, mettant tout à feu el à sang. C'est après leur départ que les Franciscains s'établirent à Bethléena à l'ombre du sanctuaire.

Au début du xiv* s,, les Grecs non-unis y créèrent à leur tour un siège épiscopal pour leur rite. Les Arméniens non-unis ne songèrent à y ériger un évêché qu'en 1661. Au xv* siècle, Bethléem était encore entourée d'une enceinte et protégée pardeux tours, l'une au sommet, à l'ouest, l'autre dans le voisinage de la basilique. En 1489, par ordre du sultan, les forts ont été rasés, les murs démolis et les fossés comblés. Au siècle suivant, Bethléem n'était plus qu'un humble village, présentant partout, disent les pMerins de l'époque, l'image de la ruine et de la désolation. En 1834, les musulmans de Beîhléem s'étant révoltés contre Ibrahim Pacha, celui-ci, pour les châtier, dévasta leur quartier.

Etat actuel.

Bethléem est situé à 777 m. d'altitude sur deux collines qui descendent, par une suite de terrasses couvertes de vignes et d'oliviers, jusqu'aux profondes vallées qui les entourent de tous côtés, excepté au N.-O. La colline occidentale, la plus élevée, portait la ville biblique. Ses rues sont étroites, tortueuses et sombres. La colline orientale, moins haute mais plus large, porte sur son plateau supérieur la basilique de la Nativité, entourée de trois couvents, latin, grec, et arménien.

La population de Bethléem augmente rapidement, depuis oO ans surtout. D'après le recensement de l'année 1905, on y compte 10.080 habitants, sujets ottomans, savoir: 5.020 Latins, 3.781 Grecs non-unis, 788 Mahomélans, 175 Arméniens non-unis, 132 Protestants, 93 Grecs catholiques, 12 Copies et 79 étrangers. Dans ces chifTies ne figurent pas les Européens.

Les habitants de Bethléem sont en général actifs et industrieux. Indépendamment de l'agriculture et de l'élevage des troupeaux, ils se livrent à la fabrication «l'objets de piélé, chapelets, croix, médaillons, etc., en bois, en nacre et en calcaire bitumineux, dit pierre de la mer Morte. La belle prestance des Bethléémiles est proverbiale et leur antique costume, original et pittoresque, n'est pas une des moindres curiosités qu'offre la bourgade.

Poste et télégraphe. La ville possède un bureau de poste et un bureau de télégraphe turc près de la place de la basilique, où se trouve également une petite caserne.

Ecoles et établissements de bienfaisance. Au nord de la basilique de la Nativité, les Pères Franciscains possèdent un couvent avec l'église paroissiale latine. Us y tiennent aussi un Hospice ou Casa-Nova, où les pèlerins reçoivent, comme partout ailleurs, une hospitalité large el gratuite. La même enceinte renferme une école pour les garçons et une pharmacie pour les pauvres.

L'école paroissiale pour les filles est dirigée par les Sœurs

216 Voyage III. Bethléem

(le Saint-Josoph, qui possèdent à l'O. de la vîHe un autre établissement avec orphelinat et salle d'asile.

Les Sœups de Saint-Vincent de Paul tiennent on hôpital, un orphelinat et une crèche |5).

Les Pères Salésiens, dont rétablissement est marqué par un beffroi, ont une école primaire, une écolo professionnelle et un orphelinat (3).

Les Frères des Ecoles chrétiennes occupent la cime de la colline occidentale oh ils ont leur noviciat {6}.

Enfin les Religieuses Carmélites sont établies au midi, sur une colline séparée de la ville par un profond ravin. Elle ont pour chapelains les Pères du i-acré-Cœur de Bétbarram, qui habitent dans le voisinage (4).

Les Grecs non-unis tiennent une école pour les garçons et une autre pour les filles.

Les Arméniens non-unis n'ont qu'une école pour les garçons.

L'église avec la flèche aigu^ qu'on voit à l'O. de la ville a été construite par la société protestante de Berlin, avec une école pour garçons et filles (7).

La mission protestante anglaise a aussi ouvert une école pour les filles.

Finalement, un minaret indique remplacement d'une mosquée et d'une école musulmane.

Basilique de la Nativité.

Histoire. Les étables des anciens khans de la Palestine ne sont souvenl que des grotfes naturelles ou artificielles pourvues de mangeoires, elles aussi creusées dans le vif du roclier. Tel était le berceau de l'Enfant Jésus. Saint Justin, élevé en l^alesline et mort martyr en 165, dit en etiet : « N'ayant pu trouver dans celte bourgade d'endroit pour se loger, Joseph chercha un asile dans une cavei'ne voisine de Bethléem ^ » Celte grotte a été de bonne heure environnée de la vénération des tidèles, comme le pi'ouve la profanation d*Adrlen. Cet empereur, raconte saint Jérôme, essaya d'effacer le souvenir de la naissance du Christ, en le souillant par le culte des faux dieux, comme il le filt pour le Calvaire et le saint Sépulcre. « Noire Bethléem (la Crèche), écrit le grand docteur, le lieu le plus auguste de l'univers, était ombragée par un bois consacré à Tammous, c'est-à dire à Adonis, et dans la Crèche, qui avait entendu les vagissements du Christ enfant, l'on pleurait le favori de Vénus *. » Cependant, l'idole et le bocage d'Adonis disparurent bientôt faute d'adorateurs, et ce Lieu saint continua à demeurer l'objet de la vénération des disciples du Christ. Ori^ène (185-252) put déjà jeter hautement ce déli aux adversaires du christianisme et leur dire ; « Si quelqu'un désire s'assurer, en dehors de la prophétie de Michée et de l'histoire du Christ écrite par ses disciples, que Jésus est né à Bethléem, qu'il sache que conformément au récit de l'Evangile, on montre à Bethléem la grotte où il vit le jour. Tout le monde le sait dans le pays, et les païens euxnêmes redisent à qui veut l'entendre que dans la dite caveime est né un :ertain Jésus, que les chrétiens adorent et admirent *. » Eusèbe conslale

1. Dial. c. Tvyph., 70. — 2. Ep. LVIU, adPaulmum. — 3. C. Cels., I, 5L

LA BASILIQUE Voyage III. 217

la persistance de cette tradition S et rap^rte que sainte Hélène « transforma la grotte en magnitiqne sa actuaire^ »« Quelque temps après, ajoate-t-il, l'empereur lui-même, surpassant la magniticeDce de sa mère, orna le même endroit d'une manière vraiment royale ^ » Socrate, saint Jérôme, Sozomène et tant d'autres écrivains ecclésiastiques n'attestent pas moins lormellement l'authenticité de ia grotte sacrée.

La basilique de Bethléem eut à soutfrir pendant la révolte des Samaritains (521-528) ; mais elle lut restaurée par les soins de l'empereur Jnslinien en 531 ^. Nous dirons plus loin quelles modifications ont été introduites dans son plan.

D'après une lettre synodale du concile de Jérusalem de l'an 836, la (açade de la basilique était décorée d'une mosaïque représentant VAdorutUm des Mages. Les Perses (614), reconnaissant leur costume national dans celui porté par les trois Bois, n'osèrent toucher au glorieux monu- Qieat &. En 637, le calife Omar, maître de Jérusalem et de la Palestine, alla faire sa prière dans la grotte de Bethléem. Mais afin que les chrétiens restassent en possession de ce saint Lieu, il défendit à ses coi*elisionnaires d'y aller prier plus de trois à la fois ^. De tous les califes, Hakem seul (1010) voulut porter une main sacrilège sur ce sanctuaire ; mais une puissance mystérieuse l'empêcha d'accomplir son loi attentat '^. L'ii^oumène russe, Daniel, au début du royaume latin, et le géographe arabt; el Edrisi, en 1154, admirèrent les mosaïques et les peintures de la basilique. Néanmoins, de l'an 1163 à l'an 1173, elle reçut une nouvelle décoration d'une splendeur inexprimable et surtout d'une haute signification, comme on le verra plus loin.

La basilique était alors desservie par des chanoines réguliers de Saint- Augustin. Mais après la chute du royaume latin (1187), ils se retirèrent toas, et il ne resta plus aucun prêtre au service du sanctuaire. Hubert WaUer, évoque de Salisbury, profitant de la trêve conclue en 1192 entre le roi d'Angleterre et Saladin, obtint que deux prêtres, avec leurs diacres t't un petit clergé catholique indigène, fussent attachés à chacun des sanctuaires de Bethléem, de Jérusalem et de Nazareth. Ce ne fut cas pour longtemps ; car en 1217 Thétmar trouva ces sanctuaires privés de lampes, de culte et de tout hommage extérieur. Par la trêve conclue en 1228 entre Frédéric II, empereur d'Allemagne, et Melek el Kamel, sultan d'Egypte et grand admirateur de saint François d'Assise, Jérusalem fut rendue aux chrétiens et les églises rouvertes au culte. Survinrent les hordes des Kharismiens 15 ans après ; ils exterminèrent ou chassèrent It'S chrétiens et dévastèrent les monuments religieux. Leur séjour en l'alestine ne fut heureusement qu'éphémère. « Depuis ce temps, jusqu'à nos jours, écrit M. Melchior de Vogué, malgré les guerres, malgré les invasions, les persécutions, les rivalités agressives des dillérentes sectes, la place a toujours été occupée, les saints oflices toujours célébrés sur la crèche de Jésus-Christ comme au temps de Baudouin el d'Amaury ; c'est nne des gloires de l'ordre de saint François ». » L'an 1309, Modhatler Bokn ed Dîn, sultan d'Egypte, renouvelle les privilèges accordés aux frères de la Corde à Bethléem par ses prédécesseurs, et un autre firnian du xv* s. ratifie ceux qui leur furent octroyés par Zaher Bibars Bendoakdar (1260-1277), Mansour Kalaoûn (1279-12^0) et le sultan Naser Mohammed ^.

Vers le milieu du xv* s., Philippe le Bon, duc de Bourgogne, obtint du i«pe Nicolas V une bulle qui l'autorisa à renouveler la toiture de la basilique pour sauver sa décoration intérieure d'une destruction imminente. Edouard IV, roi d'Angleterre, fournit le plomb nécessaire pour couvrir la nouvelle charpente, et les Franciscains dirigèrent les travaux.

i. Dem. evcmg.. Vil, 5. — 2. Vita CmisL, III, 43. — 3. Laud. Const., IX. 7 4. Eutch Alex., Ann. — 5. Cl.-Ganneau, Rec. d'arch. or., Il, 139. — ^- Eutycb. Aleic,, Ann. — 7. Othmar (1165). — 8. Op. cit. — 9. V. ces docu- ^^nh: Golubovich, Série cronol. d. Stip. di T. S.

218 Voyage III. BETHLÉEM

En 1537, Soliman II, courroucé de voir sa floUe di^ruile par André Doria, duc de Gênes, s'en prit aux Franciscains de Jérusalem et de Bettiléem et les fit enfermer dans la tour de David, d'où ils furent conduits à Damas. Après trois ans de prison, ils recouvrèrent leur liberté, grâce à l'intervention de François I", roi de France.

Jusqu'en 1564, les Frères Mineurs étaient en paisible possession de la basilique, pleins de respect pour les droits de chacun. Mais s'ouvre alors une ère de mésintelligence et de rivalité qui constitue la page la plus surprenante de l'histoire du vénérable sanctuaire. Les Grecs hétérodoxes émirent pour la première fois des prétentions sur la basilique de la Nativité; mais ils furent éconduits. Ils revinrent à la charge jusqu'à six fois, surtout à l'avènement de chaque nouveau sultan : ce fut toujours en vain. En 1620, l'ambassadeur de France obtint de la Sublime Porte un nouveau firman, ratifiant les droits exclusifs de l'Eglise catholique sur la basilique de Bethléem. Puis, en 1630, le tribunal ottoman, après avoir examiné les documents que les Grecs faisaient valoir pour justifier leurs prétentions, les déclara tous apocryphes. Trois ans pins tard, à l'instigation de la sultane Validé, grecque d'origine, son fils A murât IV signa l'ordre d'expulsion des Franciscains de toutes leurs églises de Jérusalem et de Bethléem. Cependant, sur les instances des ambassadeurs de France, d'Autriche et de Venise, ce décret fut révoqué en 1635. Toutefois, deux ans plus tard, le sultan accorda aux Grecs un firman qui leur livra tout le sanctuaire. Ce jeu se renouvela six fois. Finalement, en 1757 les Grecs, ameutant un millier des leurs, saccagèrent le temple et l'occupèrent de vive force. M. de Vergennes, ambassadeur du roi de France, obtint du sultan Osman II un nouveau firman en faveur des Latins ; mais il ne put le faire exécuter. Les Grecs restèrent maîtres de la basilique, et les Latins ne conservèrent que certains droits (Dieu sait au prix de quels sacrifices), sur la Grotte de la Nativité. En 1810, les Arméniens, qui voyaient de bon œil les empiétements des Grecs, enlevèrent à ceux-ci le bras gauche du transept et y placèrent un autel.

Pendant la guerre entre l'empire ottoman et la République de Venise (1645-1669)j les lames de plomb de la toiture disparurent toutes; les eaux de pluie s'infiltraient partout, ruinant la charpente et les mosaïques. Lh guerre terminée par l'expulsion des Vénitiens de l'île de Crète, les (irecs furent autorisés à renouveler la toiture de la basilique à leurs frais. Cet e restauration fut achevée en 1672; mais les peintures et les mosaïques étaient déjà trop dégradées pour pouvoir être sauvées.

Description de la Basilique.

Ce beau monument est entouré par les hautes murailles de trois couvents, qui le dérobent aux regards. Il était jadis précédé d'un atrium (a), place de 42 m. de long sur 30 m. de largo entourée de galeries dont on volt encore les vestiges. Au centre de l'atrium s'ouvraient trois citernes destinées aux ablutions. De l'atrium on entrait dans le vestibule ou narthex par trois grandes portes, dont les deux latérales sont aujourd'hui masquées par des constructions. Celle du milieu seule est visible, bien que cachée en partie par un énorme contrefort. Par crainte des assauts en temps d'hostilité (pour empêcher aussi qu'on n'introduise des chevaux dans la basilique), la porte centrale fut murée et on n'y laissa qu'une ouverture basse et étroite qui conduit au narthex (b), aujourd'hui nu, obscur et divise en trois compartiments.

"^^^ LA DASILIQVE Voyage III. 219

Du narthox, une 6r\i\r porli- donne hccës dans l'InléricuF de la

basilique ,'c). Lea vantaus de la porte fur<^nt i'X(H;ul(''g en \2il

par Haytoûn rot d'Arménie, comme en li^moignenl doux tnscrlp-

llgns, arabe et arméiUeniin, sculptées Rur la partie su]iérii^ure.

Lorsqu'on trnncblt cette porte, on cmbniser d'un coup d'uell la

Page 1