I. Légation
des États-Unis.
Paris, le 21 novembre 1870.
My dear Count,
I find that it is becoming difficult to get forage for ray horses; and I hâve thought it might be in your way, in a sort of military manner, to aide my coachman to get some oats from the governmeat supply.
I hâve directed him to call on you, and begging pardon for troubling you in such a subject.
I bcg that you will believe me, etc.
Washburnk.
Count d'Hérisson.
intérêts personnels de M. Washburne furent encore enjeu; et si, pendant le siège, ce ministre s'adressait volontiers au gouvernement français, il ne fut pas long, dans cette circonstance, à faire intervenir le gouvernement allemand. Quelques hommes isolés, ne connaissant pas le double rôle joué par M. Washburne auprès de la Commune, voulurent pénétrer un jour dans sa maison particulière. On agissait de la sorte chez un grand nombre de propriétaires ; mais ici la chose devenait grave ; tout ce qui appartenait à M. Washburne était sacré. On aurait pu mettre la main sur des papiers qu'il n'aurait pas été opportun de faire lire à la France.
Voici en quels termes M. Maxime du Camp relate cette affaire :
« Le samedi 20 mai, M. Washburne, ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique, était à la légation, rue de Ghaillot, occupé à écrire au général Fabrice, en faveur d'Alsaciens qui réclamaient la protection de l'Allemagne, lorsqu'il apprit, par une servante, que sa demeure particulière, située avenue de l'Impératrice, était menacée par des fédérés qui voulaient l'envahir, s'y installer, et qui déclaraient qu'ils ne reconnaissaient à personne un caractère diplomatique.
« M. Washburne fit immédiatement prévenir Paschal Grousset, qui prit toute précaution pour protéger la maison du représentant des États-Unis. Mais celui-ci, continuant sa lettre au général Fabrice, la termina par ces mots : c Ici, l'état des choses devient
« pire de jour en jour. Pendant que je vous écris, ma « servante vient de m'apprendre que la garde natio- « nale s'est présentée pour envahir ma maison, au « mépris de mon caractère diplomatique qu'elle mé- « connaît. Toutes les maisons du voisinage ont été « pillées. »
« M. AVashburne, on ne doit pas l'oublier, avait, pendant la guerre et pendant la Commune, accepté de sauvegarder la vie et les intérêts des Allemands restés à Paris. Le général Fabrice, ému de la nouvelle qu'il recevait et croyant que la résidence de M. Washburne avait été violée par les soldats de l'insurrection, expédia sans délai une dépêche télégraphique à M. de Bismarck, qui était à Francfort. La réponse du chancelier ne se fit pas attendre, et le général Fabrice adressa la lettre suivante à Paschal Grousset :
Soisy, le 21 mai 1871.
« Le gouvernement allemand a été informé hier, 20 mai, que certains gardes nationaux ont envahi la maison du ministre des États-Unis d'Amérique, en déclarant qu'ils ne se souciaient pas de son caractère diplomatique. Cet acte, qui témoigne d'un mépris complet pour les principes du droit des gens, soulève une question internationale. Le droit de demander satisfaction de cet outrage appartient également à tous les gouvernements; mais, pour le gouvernement allemand, ce droit devient un devoir, attendu que le ministre des Étals- Unis, pendant les deux sièges de
Paris, a eu la bonté de se charger de la protection des intérêts allemands dans cette ville. En conséquence, le soussigné somme les chefs du Pouvoir dans Paris de remettre immédiatement aux autorités militaires allemandes les gardes nationaux qui se sont rendus coupables de la violation de la résidence de M. Washburne. Dans le cas où la satisfaction ne serait pas donnée dans les vingt-quatre heures parla remise des coupables entre les mains des avant-postes de Saint- Denis, le gouvernement se réserve le droit de prendre immédiatement d'autres mesures.
« Fabrice. »
Que l'Allemagne se soit empressée d'intervenir, c'était élémentaire ; ce n 'étaient pas tant les intérêts de M. Washburne que les siens propres qu'elle défendait dans cette circonstance. Mais je me demande comment M. Maxime du Camp a pu connaître le contenu de la lettre qu'écrivait, le '20 mai, le ministre des États- Unis au général prussien ? S'il le tient de M. Washburne lui-même, toutes les réserves sont permises.
Cette lettre avait en effet pour objet de réclamer, en faveur d'Alsaciens la protection de l'Allemagne. Voilà des Alsaciens bien pressés de perdre leur nationalité française, et ce qui se passe aujourd'hui en Alsace prouve que ceux-là étaient animés de sentiments exceptionnels. Je pense, au contraire, que cette lettre , — ainsi que celles qu'adressait journellement M. Washburne au général Fabrice, — devait avoir un
— i90 NOUVEAU JOURNAL D UN OFFICIER D ORDONNANCE.
tout autre objet; et qu'il y était fort peu question des quatre ou six Alsaciens qui pouvaient être à Paris.
Après avoir fait suivre Tépître du général de la réponse de Paschal Grousset, M. Maxime du Camp termine son chapitre par les lignes suivantes :
« La France était déjà dans Paris lorsque cette lettre fut écrite, le général Fabrice dut s'en contenter; car, à moins de donner la main aux troupes françaises, il n'avait plus d'action possible sur la Commune. Celle-ci a prétendu que le gouvernement de Versailles n'était parvenu à la vaincre qu'en recherchant et en obtenant la connivence de l'Allemagne.
« Les hommes sages, et qui n'ont pu comprendre l'insurrection du 18 mars, ont accusé l'Allemagne de l'avoir fomentée. De part et d'autre on s'est trompé. L'Allemagne est restée neutre; mais attentive et décidée à agir, si le délai fixé par elle à M. Thiers pour la reprise de Paris était dépassé. Grâce au ciel, on rentra en temps opportun ! »
Quel était donc ce délai fixé par l'Allemagne à M. Thiers? Pendant combien de temps lui était-il permis déjouer au soldat? Il a fait massacrer trentecinq mille hommes, bombarder Paris d'une façon autrement terrible et désastreuse que ne l'avaient fait les Prussiens; il a laissé brûler les maisons, les monuments, les merveilles artistiques; il a laissé fusiller des otages. A quel moment l'Allemagne devait-elle donc lui dire que c'était assez?
Non, les hommes sages dont parle M. Maxime du Camp ne se sont pas trompés : l'Allemagne a fomenté
l'insurrection: elle en a profité; elle aurait voulu en profiter davantage.
La récente publication, tout inattendue, des Mémoires de Fijédéric lil, auxquels M. de Bismarck a répondu d'une façon si piteuse, a prouvé, après dix-huit ans, que ce sont ces bons Allemands qui ont voulu la guerre, et qu'ils nous ont amenés à la leur déclarer bêtement. Bismarck a avoué que, si depuis longtemps on préparait la guerre en Allemagne, depuis longtemps aussi il soudoyait des agents à Paris, qui devaient entraîner la France à agir comme elle l'a fait.
Si l'on avait écrit, non pas il y a dix-huit ans, mais l'année dernière, que tous nos désastres, nos malheurs, notre ruine, sont l'œuvre de l'Allemagne, qui les avait froidement préparés de longue main, nous faisant jouer le rôle, aussi niais que funèbre, de moutons courant à la boucherie, qui l'aurait cru?
Celui-là n'est pas patriote qui ne tremble pas d'indignation au souvenir des hésitations trop justifiées de Napoléon III; hésitations que faisait cesser l'impératrice Eugénie en obligeant le maréchal Le Bœuf à déclarer la guerre : « Ma guerre! » disait-elle.
De même, on n'a pas cherché sérieusement jusqu'à ce jour le rôle que la Prusse a joué dans la Commune ; l'avenir fera connaître ses agissements, révélera ses duplicités, et je crois d'un bon Français de crier bien haut ce que je pense à cet égard.
L'Allemagne a-t-elle eu tort d'agir de la sorte? En aucune façon. Chaque nation doit tirer à elle la cou-
verture. Tant pis, je le répète, pour les imbéciles qui se laissent découvrir!
Quant au rôle joué par M. Washburne, je m'étonnerais, — si quelque chose pouvait m'étonner en politique, — que les États-Unis le lui aient permis. Mais j'ai vu de mes yeux, car j'étais en Amérique lors de la déclaration de la guerre, l'attitude des Yankees : on aurait cru que l'Allemagne s'apprêtait à combattre, non pas la nation qui avait brisé leurs chaînes, mais celle qui les avait forgées.
Qualifier la conduite de M. Washburne, je laisse ce soin aux honnêtes gens, et j'arrive à Gluseret, dont il était le protecteur.
Il ne faut pas oublier qu'un mandat d'amener avait été lancé contre Gluseret au moment des journées de juin 1869. Celui-ci reçut le commissaire de police, qui venait l'arrêter dans sa maison de Suresnes, un revolver d'une main et un acte de naturalisation de citoyen américain de l'autre.
Washburne eut la hardiesse de le réclamer, de répondre de sa personne. Il lui fit quitter momentanément la France.
Une lettre saisie lors du procès de l'Internationale, en 1870, démontre clairement que Gluseret ne se rendit en Amérique que pour y préparer les désordres de la Gommune.
Appartenant à une bonne et très honnête famille, dont tous les membres sont encore aujourd'hui fort respectables, Gluseret, après avoir été officier, après avoir contribué à réprimer énergiquement l'insur-
reclion de 1848, avoir été décoré, avoir combattu vaillamment en Crimée, donna sa démission et devint régisseur de propriétés.
Plus tard, il devient officier italien, citoyen et général américain, enfin ministre de la guerre sous la Commune. Un détail curieux: Lorsque Cluseret arriva au camp américain, il était porteur d'une lettre d'introduction du capitaine Morin auprès du Comte de Paris qui le présenta au général Mac-Clean et fut par conséquent son introducteur dans les armées américaines.
Cluseret, qui cherchait à se rendre célèbre par tous les moyens possibles, était bien un des agents que devait choisir M. de Bismarck, désigné et probablement recommandé par M. Washburne.
Un gouvernement plus équilibré que ne l'était le nôtre, en 1872, aurait pu demander au ministre américain un compte sévère des responsabilités qu'il n'avait pas craint d'assumer.
Les patriotes de la Commune se défièrent de Cluseret; ils le traitèrent d'espion en connivence, non pas avec M. Thiers, comme on l'a dit, mais avec la Prusse. La question allemande fut laissée de côté avec soin. On l'enferma à Mazas; mais, je l'ai déjà dit, quand les troupes de Versailles entrèrent à Paris, M. Washburne lui avait ouvert les portes de la prison. C'était le moins qu'il pût faire.
Dans une lettre datée de New- York le il février 1870, Cluseret, parlant de la chute de l'Empire, écrivait à Yarlin :
« Ce jour-là nous devons être prêts, physiquement et moralement; ce jour-là, nous ou le néant. Jusquelà je resterai tranquille probablement; mais ce jour-là, je vous l'affirme et je ne dis jamais oui pour non, Paris sera à nous, ou Paris n'existej^a plus. »
Aussi, dès la chute de l'Empire, le nouveau citoyen des États-Unis était-il à Paris, Il va trouver Trochu et lui dit :
— - Général, me voici de retour ; m'avez-vous conservé un grand commandement?
— Non, général. J'en avais neuf et ils sont tous distribués.
— C'est bien, dit aussitôt Cluseret en se levant : je m'adresserai au peuple.
Il s'adressa au peuple, en effet, et d'une façon si fâcheuse que le préfet de police voulut l'arrêter. Ici Washburne intervient encore pour le soustraire de nouveau à la justice française, et je cite à ce sujet la déposition du préfet de police, du comte de Kératry, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur le  Septembre et le gouvernement de la Défense nationale, séance du 15 juillet 1871 :
« M. le COMTE DE Kératry. — Si, dès les premiers jours d'octobre, on avait arrêté en même temps que M. Sapia, Flourens et Blanqui, si on les avait jugés et fait fusiller, comme la loi et le salut commun l'ordonnaient, pareille mesure eût fait reculer pour longtemps les émeutiers.
« Ainsi l'un des principaux chefs, le général Cluseret, sur le compte duquel je donnerai tout à l'heure quel-
ques détails h la commission, M. Gluseret a compris cela, et il s'est empressé de quitter Paris à travers les lignes prussiennes dès qu'il a cru possible un acte de vigueur, et, chose curieuse, il n'a point été inquiété par l'ennemi dont la vigilance arrêtait tous nos courriers les plus hardis
« M. DE Kératry. — ... Je reviens un instant à M. Gluseret. M. Gluseret a un frère qui a été nommé percepteur sous l'Empire et qui a, je crois, conservé sa charge malgré l'hostilité apparente du générai contre l'Empire. M. Gluseret, venu à Paris après la guerre du Mexique, a contribué à la rédaction du Coinnner français avec M. Vermorel, lequel écrivain recevait oOO francs par mois de M. Rouher.
« Un membre. — Êtes-vous sûr de ce fait? H a été contesté.
« M. DE Kératry. — La copie exacte de ses dossiers judiciaires et politiques vous en donnera la conviction comme à moi. Il y a eu bien des agents occultes que l'Empire a entretenus et qui ne sont pas encore démasqués.
« M. Gluseret avait donc travaillé à côté de M. Vermorel.
« Après le 4 Septembre, il entre dans Paris et vient se mêler à la politique avec Félix Pyat, Blanqui, Delescluze. M. Gluseret reçoit de l'or de l'étranger; il a été saisi une lettre de lui où il demande en Belgique qu'on lui envoie, sous le couvert d'une légation, non pas du papier, mais de l'or. La distribution de ce
même or étranger se fait et se retrouve à l'époque, dans le quartier de Montrouge.
« En présence des agissements de M. Gluseret, promu rapidement à un grade dans la garde nationale, je dus aller trouver M. Washburne, ministre des États-Unis, et lui demander si M. Gluseret était oui ou non Américain. Il me répondit, et me le confirma par écrit, que M. Gluseret était bien naturalisé Américain. Je ne cachai pas au ministre américain mon intention formelle de faire juger militairement le général étranger, dès la première tentative armée de sa part. Dans la nuit qui suivit ma demande, au moment où l'investissement était le plus complet, M. Gluseret s'enfuit à travers les lignes prussiennes. Au point de vue de l'ordre, mon but était atteint; M. Gluseret s'était éclipsé. Toujours est-il que les lignes ennemies lui furent heureuses.
« Il s'en alla à Lyon. Là, l'Internationale, composée d'éléments allemands et français (l'attitude de ces derniers a dû éveiller votre attention), le nomma immédiatement chef de l'insurrection. Il est vaincu ; il gagne Marseille ; la même Internationale le nomme encore chef de l'insurrection à Marseille.
a II est certain que le rôle de Gluseret, dan^ ces événements, restera toujours très équivoque. Gomment se fait-il, lorsque rien ne sort de Paris, pas une lettre, lorsque nous avons vu tenter en vain le passage des lignes par des marins aussi adroits que dévoués, comment se fait-il que M. Gluseret traverse sans encombre le réseau d'investissement?
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«En terminant, Messieurs, je dois vous rappeler que, pendant ma gestion de préfet de police, j'ai pu faire copier les dossiers des hommes que je pressentais devoir jouer un rôle dans les mouvements insurrectionnels ; vous y trouverez des éléments précieux et instructifs; ils sont depuis huit jours dans les mains du ministre de l'Inlérieurl »
Le comte de Kératry ajoute :
« M. LE COMTE DE Kératrv. — Jc ne sais rien d'autre.
« J'ajoute que, pressentant les tentatives de la Commune sur la Préfecture de Police, j'avais fait, par prévision de destruction, prendre copie sommaire des dossiers de plusieurs de ses chefs ou membres qui ont été arrêtés dans les événements derniers; je les ai envoyés à M. le Ministre de l'Intérieur pour en saisir la justice.
« J'ai mis une note particulière sur le dossier de Blanqui. Il serait désirable qu'une enquête eût lieu pour savoir qui a remis l'argent que Blanqui a distribué dans l'affaire des pompiers de la Villette, oii il avait déjà pour but de s'emparer de la Préfecture de Police et de l'Hôtel de Yille avec le concours de Delescluze. Je n'ai pas eu le temps de faire cette enquête.
« Il serait très désirable de savoir si l'argent n'a pas été fourni par des agents impérialistes ou prussiens, dans le but de réconforter le régime impérial dans la capitale, par crainte des excès révolutionnaires.
« M. LE COMTE Daru. — Daus l'affaire Eudes?
a M. LE COMTE DE KÉRATRY. — Oui, daus l'affaire Eudes.
Il y a eu des dupes généreuses, mais il y a eu aussi des complices et des fonds distribués. Il faut savoir qui a remis les fonds à Blanqui^
< M. LE COMTE DE Kératry. — Depuis le 4 Septembre, j'avais entrée tous les soirs au Conseil du Gouvernenaent et j'y assistais en silence; je répondais aux demandes que les ministres m'adressaient et je donnais les éclaircissements nécessaires sur la situation journalière.
« Au conseil du soir, je déclarai au gouvernement que Félix Pyat, Blanqui, Delescluze travaillaient très activement à la Commune, qui n'était qu'un mot d'ordre ; que le but réel était le renversement de la Défense. Je connaissais les moindres agissements des meneurs par des agents sûrs et très expérimentés qui avaient été jadis au service de Tlntérieur sous M. Forcade la Roquette, chargés qu'ils étaient de soutenir les candidatures socialistes contre des candidatures républicaines; ils connaissaient parfaitement toutes les individualités des clubs et leurs affinités ! Certains agitateurs avaient été eux-mêmes des agents secrets de l'ancienne police. Je déclarai que la situation était très grave, etc. »
Voici maintenant la déposition de M. Rouher.
M. Rouher, interrogé près d'un an après, le 6 juin 1872, est absolument explicite en ce qui concerne la nationalisation américaine de M. Cluseret :
« M. Rouher. — Je ne crois pas qu'il soit nécessaire