NOUVEAU
Cannage i>es fleura.
C’était dans une belle matinée du mois de mai; la terre , rajeunie par le printemps , était ornée de sa plus éclatante parure ; l’Aurore avait répandu ses trésors en perles liquides sur la surface de toutes les plantes, elles brillaient de mille reflets différens; la douce haleine du zépliir soupirait à travers le feuillage , et l’air embaumé exhalait les parfums les plus suaves. Frappée du spectacle enchanteur que la nature déployait à mes yeux, je me plaisais à parcourir les bosquets ombragés sous lesquels mille oiseaux répétaient leurs concerts mélodieux ; j’errais sur le bord des ruisseaux, dont l’onde murmurante invitait à la méditation et au repos ; je contemplais avec ravissement les tableaux qui s’offraient de toutes parts à ma vue. Je m’assis au bord d’une fontaine plus limpide
que le cristal ) ses eaux entretenaient la fraîcheur d’un tapis de gazon émaillé de fleurs naissantes. En ce moment, le sommeil vint me surprendre, mais l’image des objets que je venais de voir se retraçait tout entière à mon imagination. Il me sembla que, des extrémités de l’Orient , s’avançait un nuage rayonnant d’or, de pourpre et d’azur 5 il renfermait un char magnifique, paré de guirlandes et soutenu sur les ailes des génies qui président au printemps. L’air s’échauffait au souffle de leur douce haleine : c’est Flore, Flore elle-même , qui vient visiter son empire. A sa présence , toute la nature s’anime d’un feu nouveau, le sentiment et la vie se répandent partout. La Déesse fait voler son char, et la terre se couvre de tribus nouvelles : partout les fleurs naissent et se multiplient ; et celles qui croissent au printemps , et celles qui enrichissent l’été, et celles qui consolent l’automne des approches de l’hiver, toutes se réunissent pour admirer leur brillante souveraine 5 et , semblables à des êtres vivans doués de la pensée et de la parole , elles célèbrent les merveilles de la nature , et chantent avec enthousiasme les bienfaits de la Déesse et le bonheur dont sa présence vient les combler.
« Voyez , disait la Rose , si la ciel ne s’embellit pas
exprès pour me montrer et plus fraîche et plus tendre aux yeux de mon amant ! c’est pour moi que Flore a quitté le séjour des Dieux. Je te rends grâces , ô bienfaisante Divinité ! tu m’as parée de tes plus riches présens : ma tête s’élève au-dessus de toutes les filles de l’Aurore* tu veux que je règne sur elles comme tu présides au printemps lui-même ; tu veux que je sois l’emblème de la jeunesse, de la beauté. Les zéphirs qui voltigent autour de ton char se détachent de ton magnifique cortège pour m’offrir leurs hommages. La Rose est l’objet de tous les vœux, l’image du plaisir et du bonheur, et la nature est soumise à mes lois. Ne craignez donc pas, ornes jeunes compagnes, d’abaisser vos tiges fleuries devant la reine que Flore vous a donnée. »
« Heureuse souveraine , lui dit avec grâce la modeste Jacinthe , mon sort est moins brillant que le vôtre, le ciel ne m’a confié que l’emblème de la bienveillance 5 mais si mon empire a moins d’éclat, souvent il a plus de douceurs. La bienveillance répand autour d’elle le bonheur dont elle jouit. Sans doute vous avez droit de régner sur nous : quelle fleur oserait se comparer à vous ? la nature a paré votre front du plus riche diadème , votre haleine respire le plus suave des parfums,
les génies de l’air se disputent la faveur de les recueillir; toutes les tribus fleuries s’empressent de reconnaître votre puissance ; mais la puissance n’a de prix qu’autant qu’elle est fondée sur la bonté : c’est la bonté qui règne sur les cœurs. N’armez point votre sceptre de ces dards que la nature vous a donnés pour vous défendre et non pour attaquer. Le plus bel apanage d’une souveraine est l’amour de ses sujets ; ne dédaignez pas la bienveillance, car cette couronne qui ceint votre front, c’est de la bienveillance de Flore que vous la tenez. »
ci Laissez, aimable Jacinthe, s’écrie alors le Myrte, laissez la Rose s’enorgueillir de sa jeunesse et de sa beauté. Ces charmes fugitifs que sont-ils sans l’amour? C’est moi qui préside au plus doux sentiment; je captive à la fois le sage et le héros , je vois à mes pieds les plus puissans mortels; mon règne s’étend d’un bout de l’univers à l’autre : le sauvage dans ses forêts , le monarque sur son trône, le pauvre dans sa chaumière, l’oiseau qui gazouille dans les bosquets , le papillon qui voltige sur les fleurs , l’insecte qui rampe sur la terre, le poisson qui nage sous les eaux, le lion qui rugit dans les déserts, tout cède à mon pouvoir, tout se range sous mes lois; et si Flore a donné le sceptre à la Rose, plus puissant que cette divinité , je règne sur
elle-même, et mon empire ne finira qu’avec la nature ! «
En ce moment , la touchante Sensitive s’inclina doucement sur sa tige , et ces paroles s’exhalèrent de son sein comme de tendres soupirs :
« Redoutez, charmantes compagnes , redoutez les triomphes de l’Amour. Vénus et les Grâces aiment à se reposer sous le Myrte, mais le plaisir et la volupté ne sont pas toujours le bonheur. Ce n’est que dans les cœurs sensibles qu’il se plaît à habiter j c’est la douce influence du sentiment qui donne du prix à l’amour, c’est à moi que la Rose doit sa tendresse, la Jacinthe sa douceur, le Myrte ses conquêtes. Mais je fuis la main qui me cherche, et quand le désir empressé essaie de me cueillir, je me retire au fond des cœurs comme dans un sanctuaire impénétrable. Ménagez, recherchez la tendre Sensitive , car il n’est rien dans la nature qui puisse remplacer la fleur du sentiment.
Tandis que la Sensitive fait entendre ces accens mélancoliques , un jeune zéphir se détache du cortège de Flore , et parcourant d’un vol rapide la surface de la terre, il fait naître de son souffle amoureux l’aimable et délicate Jonquille , cet emblème fugitif du désir , qu’un jour souvent voit éclore, et que le lendemain
voit mourir. Inspirée par le génie aérien , elle s’écrie vivement :
« C’est à moi , languissante Sensitive , à moi seule qu’est due la couronne que vous réclamez : le désir précède l’amour , le désir imprime le mouvement dans les cœurs. Ce sein qui palpite , c’est le désir qui le soulève ; ce feu qui brille dans les yeux des amans , c’est le désir qui l’allume ) c’est le désir qui conduisit Jupiter sur le mont Ida; il est le ministre, le prêtre du grand hyménée de la nature ; sans lui , tous les êtres restent muets et inanimés, et vous-même, touchante Sensitive , vous languiriez éternellement sur votre tige flétrie, si le désir n’animait quelquefois votre feuillage. Le désir parcourt toute la terre, et la pompe du printemps n’est que le grand désir de l’univers. »
Elle dit , et aussitôt l’odorante Tubéreuse , emblème de la volupté, agite ses corolles embaumées des plus suaves parfums. Toutes les plantes semblent enivrées de bonheur.
« Viens , s’écrie-t-elle , agréable Jonquille , viens , que ton haleine se mêle à la mienne , que nos tiges s’enlacent amoureusement , et que nos destinées soient à jamais unies : le désir et la volupté , voilà les souverains de la nature. Je dompte les plus fiers courages ;
j’amollis le tigre et la panthère, les Dieux eux-mêmes boivent avec volupté le nectar et l’ambrosie ; et lorsque Diane descend de son char pour voler dans les bras d’Endymion , c’est le désir et la volupté qui la guident dans l’ombre des forêts. Ces gazons émaillés de fleurs, ces prairies abreuvées par Fonde pure des fontaines, ces grottes tapissées de mousse , sont des asiles offerts par la nature à la douce Tubéreuse. »
Comme elle disait ces mots , la brillante Tulipe éleva sa tête ornée des plus riches couleurs. Cette fleur est née dans les belles contrées de ITllyrie; Protée lui donna le jour : comme lui, elle se plaît à se parer de mille ornemens divers , qui retracent encore à tous les yeux sa céleste origine , et rappellent son goût pour la variété. Fière de cet emblème ,
« Voyez-vous , leur dit-elle, ces nuances éclatantes dont le Dieu du jour aime à peindre mon front? elles vous annoncent que le plaisir et le bonheur résident dans la variété. C’est la variété qui fait le charme du ciel et de la terre. Sous combien de formes variées Jupiter n’aime-t-il pas à se déguiser pour plaire aux aimables mortelles qu’il daigne honorer de son amour! Tantôt, sous le plumage argenté du cygne, il se plaît à combler d’hommages la sensible Lédaj tantôt, monarque
glorieux des troupeaux, il se mêle parmi les génisses qui paissent les fleurs de la prairie, et vainqueur de la belle Europe, il fend avec elle les flots azurés, et s’enorgueillit de son noble fardeau ; tantôt il trompe la vigilance des gardes de Danaë , et descend en flots d’or dans la tour qui recèle la jeune et charmante princesse. C’est la variété qui fait le charme et l’ornement des saisons; et lorsque le printemps, couronné de fleurs, s’avance au milieu des campagnes, serait-il accueilli avec autant d’empressement , s’il ne marchait à la suite du triste hiver? La variété est la fille chérie de la nature : c’est la variété qui donne le mouvement et la vie à tous les êtres ; sans elle , l’existence n’est qu’un présent triste et monotone ; c’est la variété qui ranime le sentiment, c'est la variété qui nourrit et enflamme l’imagination : variez vos plaisirs, vos jouissances , vos goûts , vos amours , et vous serez heureuses. »
En ce moment , la triste et solitaire Pivoine se rapproche de ses sœurs ; sa tête est inclinée vers la terre , elle ose à peine élever la voix.
«Eh quoi! dit-elle en soupirant, ce langage profane devrait-il retentir dans les chastes domaines de Flore? Ah ! craignez , aimables et innocentes compagnes , craignez de vous laisser séduire par les perfides conseils de
la Jonquille, de la Tulipe, et surtout de la Tubéreuse. Le désir et la volupté , quand ils ne sont point contenus par la sagesse et la vertu, sont les plus redoutables ennemis de la nature. Craignez leurs trompeuses amorces. Tes parfums, brillante Tubéreuse, charment ceux qui les respirent, mais ils plongent souvent les sens dans une funeste ivresse, et peuvent donner la mort. Voyez comme je vis pensive, solitaire, isolée : c’est la volupté qui m’a tout enlevé. Que mon exemple vous apprenne combien il est dangereux de me cueillir. Fuyez-moi donc, fuyez le malheureux symbole de la honte j je cherche moi-même les retraites les plus obscures , je cherche à me dérober aux vœux indiscrets ; mais l’imprudence me découvre souvent , et pleure ensuite sa triste conquête , que rien ne saurait plus lui ravir. Trop heureuse encore quand elle ne moissonne pas avec moi les fruits amers de la fleur consacrée au remords ! »
« Que j’applaudis à vos sages leçons , bienveillante Pivoine! dit alors le noir Aconit (1) 5 oui, mon triste feuillage croît presque toujours auprès du vôtre, et mes
(1) L’aconit est une plante véne'neuse , que l’on cultive dans les jardins pour la beauté de ses fleurs.
sucs vénéneux remplacent trop souvent l’encens et îe nectar de la séduisante Tubéreuse; mais si l’on peut soutenir la honte, qui pourra supporter le remords? J’anéantis le bonheur, je flétris les plus brillantes promesses de l’avenir, je corromps tout ce qui m’environne, et l’air, chargé de mes vapeurs mortelles, porte au loin une funeste contagion. Le zéphir s’éloigne des bords malheureux qui me voient naître ; il n’est plus de jour pur et de ciel sans nuage pour l’infortuné qui m’a moissonné. L’aspect de la nature, bien loin d’adoucir ses peines, les rend plus cuisantes encore : son œil farouche fuit la lumière du jour , il s’enfonce dans la profondeur des forêts ; ses pas égarés cherchent en vain le repos ; mais , odieux à lui-même , c’est inutilement qu’il veut fuir , le remords le poursuit sans relâche : c’est le vautour attaché au cœur de Prométhéè. »
Tandis que ces deux sombres fleurs se livrent à ces pénibles et douloureuses réflexions, la tristesse commence à se répandre sur l’empire de Flore : la Déesse semble sourire avec moins de grâce à ses aimables filles ; l’air, immobile et silencieux , ne caresse plus leurs tiges délicates ; l’Aurore verse comme à regrets ses humides diamans dans leurs tendres calices. Le ciel parait moins pur et les bosquets moins frais.
Cachée sous un berceau de Lilas , la prudente Scabieuse, emblème du mystère, s’afflige de ce changement; elle gémit, et se hâte de rendre à ses douces compagnes la confiance et la sécurité.
« Reprenez , leur dit-elle , vos brillantes couleurs : la honte et le remords pourraient-ils vous atteindre, quand Flore elle-même vous couvre de son égide? Méritez ses faveurs, rendez-vous dignes de sa présence, et vous conserverez toujours votre fraîcheur et votre pureté. Si jamais la honte et le remords sont parvenus j usque dans cet aimable empire, qu’ils en soient désormais bannis; couvrons des voiles du mystère les fautes de nos compagnes : les voiles du mystère rendent la lumière des cieux plus douce. La sagesse s’enveloppe dans ses ombres , et la terre en a fait un Dieu. «
Elle dit, et le Lilas, confident de ses pensées y étend ses rameaux chargés de fleurs sur celles de ses timides sœurs qui semblent redouter les regards de la Déesse. Quelques unes reçoivent avec reconnaissance son ombrage hospitalier; d’autres, plus confiantes ou moins modestes , se dérobent à ses soins empressés , et se plaisent à étaler à tous les regards les charmes dont elles sont douées.
Emblème de l’esprit , l’élégant Jasmin s’indigne sur-
tout d’une obscurité qui l’offense : il dégage son front avec grâce et légèreté , et l’élevant au-dessus de tout ce qui l’environne ,
« Charmantes fleurs, dit-il, je reconnais mes inspirations dans vos aimables entretiens 5 quand vous usez si libéralement de mes faveurs , méconnaîtriez-vous celui de qui vous les tenez? Semblable à la lumière des cieux, l’esprit échauffe , anime, éclaire tout ; plus subtil que la flamme même , son influence se répand sur tous les êtres animés. Si mes couleurs sont moins éclatantes que celles de la Rose , si mes parfums sont moins suaves que ceux de la Tubéreuse, qui pourrait me disputer la palme de l’élégance et de la délicatesse? Je donne du prix à la beauté, et j’y supplée souvent 5 la Rose ellemême , ce symbole séduisant , n’est quelquefois qu’un tribut qu’011 offre à l’esprit ) et dans les luttes brillantes du Parnasse , c’est la Rose qui devient le prix du vainqueur. Le temps qui, de son souffle meurtrier, flétrit en lin moment tout ce que la nature a de plus frais, dont l’aile vous dérobe vos plus brillans appas, vos plus séduisantes couleurs , le temps est sans pouvoir sur le symbole de l’esprit et bravant ses offenses , je m’élance vers l’immortalité. »
« Rrillant Jasmin , dit alors la modeste Pensée, je ne
prétends point troubler vos triomphes , mon sort a moins d’éclat que le vôtre ; je n’élève point ma tête dans les airs avec autant de confiance et de légèreté 9 je chéris le sol qui m’a vue naître, je m’attache à lui et je vis de ses bienfaits. Plus près du sein qui me nourrit, je jouis avec plus d’abondance de ses dons généreux. Mais quand vous réclamez la reconnaissance de vos compagnes , oubliez-vous celle que vous devez à la Pensée? sans elle que serait l’esprit? un feu volage et fugitif, qui, brillant un instant, s’éteindrait aussitôt, semblable à ces légers météores qui sillonnent les nues et vont se perdre dans une profonde obscurité. C’est sur la pensée que reposent le talent, le goût et l’intelligence.
Telle que la sève active et féconde qui se promène dans les veines de toutes les plantes , les subtiles émanations de la Pensée montent , s’élèvent au sommet de vos tiges frêles et délicates , les animent, les soutiennent jusque dans les régions du génie. »
« Que je ris de vos vaines prétentions ! s’écrie en ce moment d’un ton solennel le riche Bouton d’Or. Voyez l’éclat qui m’environne, les hommages qu’on s’empresse de me rendre 5 partout où la richesse présente son front couronné d’or, tout s’abaisse et fléchit devant elle : la richesse sert à parer les temples des Dieux et les palais
des Rois. Le riche est le monarque de l’univers : il possède tout, beauté, grâce , esprit , talens , vertus. Le ciseau du sculpteur, la palette du peintre, la plume de l’homme de génie , sont consacrés à son éloge et à sa gloire.
« Que l’esprit affecte , s’il lui plaît , une vaine indépendance , jamais il ne porte de plus belles fleurs que dans le jardin du riche 5 que dis-je? c’est pour rivaliser avec moi , pour acquérir les avantages dont la fortune m’a comblé qu’il se consume en efforts , qu’il s’épuise en combinaisons nobles, gracieuses, éclatantes ; c’est pour moi , pour mon plaisir seul , que Flore a fait naître toutes les fleurs. Le Myrte, la Jacinthe, la Jonquille, la Tubéreuse, ne sont que les ministres empressés de ma cour.
« Les jeux et les ris aiment à voltiger sous les lambris dorés ; Chloris , Vertumne , Pomone , se disputent l’avantage de parer les banquets du riche de leurs plus beaux présens ; et c’est sur sa paupière , c’est sur la molle épaisseur de ses coussins , que Morphée se plaît à effeuiller ses plus doux pavots.
« Que d’autres se perdent dans les sublimes combinaisons de la pensée, dans les pénibles calculs de la science : heureux épicurien, le Bouton d’Or, arrondi
sur sa tige , trouve toutes ses jouissances en lui-même ; et quand il peut tout acheter , doit-il se fatiguer à cultiver? »
Ainsi parle l’orgueilleux Bouton d’Or ; et la foule des plantes vulgaires applaudit à son discours : mais le noble Laurier, la glorieuse Couronne impériale , le Lis éclatant , ne peuvent l’entendre sans être indignés ; ils élèvent autour de lui leur front majestueux : et le Laurier, agitant sa tête d’un air fier , lui adresse ces paroles i
« Penses-tu donc, superbe et vain ministre de Plutus, l’emporter sur les favoris de Mars , de Minerve et d’Apollon? L’or est la conquête du courage et du génie. Quand l’opulence repose mollement sur ses somptueux édredons , est-ce à toi qu’elle est redevable de sa douce sécurité ? si les enseignes guerrières n’ombrageaient le palais du riche , que deviendraient cette fortune et ce luxe dont il est si fier ? Ah ! lorsque les trompettes de Bellone menacent le domaine de Flore , n’est-ce pas sous les rameaux du Laurier , que le Bouton d’Or vient chercher un asile? Le Laurier défie la foudre, gagne des batailles , et orne également le front d’Homère et d’Alexandre; le Laurier est la récompense du guerrier et du simple troubadour. Symbole de la gloire, jem’épanouis
au sommet du Parnasse; c’est Apollon lui-même qui me cultive de ses majns divines.
« C’est toi que je suis destiné à parer , superbe Couronne impériale, toi le plus bel ornement de ces lieux, toi l’objet le plus cher des faveurs de l’Olympe , toi , dont l’avenir est écrit en lettres d’or au temple de l’immortalité : jouis de tes précieux destins, brille à jamais sur le front du rival des Dieux, c’est là que ta fleur éclatante ne doit jamais se faner ni mourir. »
Il dit , et les deux belles plantes rapprochant leurs têtes majestueuses , se penchent et semblent s’unir plus étroitement ; le Laurier étend ses palmes victorieuses sur l’éclatante Couronne impériale, les mêle, les unit à son feuillage , et forme un magnifique diadème. Le Lis applaudit à ce noble hymen du génie et de la gloire.
« Mon front , dit-il , est moins élevé , et mon sort moins brillant que le vôtre, glorieux Laurier, superbe Couronne impériale ; mais si j’ai perdu dans ces climats l’empire dont j’y jouissais autrefois, je les chéris toujours et j’aime à m’y reproduire; mon symbole y est maintenant remplacé par un autre , mais je suis heureux en contemplant son bonheur. Avec quel empressement je m’unis à vous pour ouvrir mon calice à la jeune abeille, et lui prodiguer les sucs odorans qu’elle chérit !
Pourrais-je regretter mes destins passés, quand je revis en elle? Symbole de la puissance, vis, aimable abeille, viens souvent visiter les filles du printemps , heureuses d’assurer ton existence... Que dis-je? tu ne peux plus mourir, un héros t’a donné l’immortalité. »
Tels étaient les aimables combats auxquels se livraient les hôtes fleuris de ces lieux enchantés j Flore semblait prendre plaisir à leurs innocentes disputes et les animait d’un gracieux sourire ; mille fleurs paraissaient vouloir se mêler à ces agréables débats, mais le respect , la timidité et la crainte les enchaînaient encore. Enfin le Lierre osa le premier rompre le silence.
k Que d’autres , dit-il , aspirent à la gloire , recherchent les avantages de l’esprit et delà beauté, moi je vous offre des sources de bonheur moins éclatantes, mais plus sûres : le cœur se fait un ciel en lui-même , c’est du cœur qu’émanent nos plus doux et nos plus vrais plaisirs. Quelle félicité goûterions-nous si nous étions condamnés à une vie solitaire et isolée? L’amour ne forme que des chaînes légères et faciles à dissoudre ; les triomphes de l’esprit , les trophées de la gloire flattent , séduisent , enivrent l'imagination ; ils nous ravissent dans un brillant délire , mais le sentiment leur est
étranger. Xa beauté se fane comme la fleur qui lui sert d’emblème ; la volupté énerve et amollit les âmes ; le désir les égare , la pensée les agite , la honte les flétrit , le remords les accable; l’amitié seule les soutient et les rend capables des plus nobles pensées. L’amitié a son symbole dans les cieux comme elle l’a sur la terre, et le nom des deux fils de Léda brillera dans les siècles à venir comme leur constellation brille au milieu des feux de la nuit.
« Dans le bonheur , dans le malheur, l’amitié est toujours présente: seule, elle ne fuit point l’infortune. Le Lierre ne connaît point la différence des saisons ; dans les rigueurs de l’hiver comme dans les ardeurs de l’été, il conserve toujours la fraîcheur de son feuillage ; le Myrte lui-même a besoin de mon secours; et quand l’amour éteint son flambeau , c’est dans le sein de l’amitié qu’il se repose. Voulez-vous être heureux? laissez croître et fleurir le Lierre près de vous. »
En ce moment, l’élégante et légère Fontinale, l’une des plus fraîches et des plus joliesmousses, se rapproche du Lierre qu’elle n’abandonne jamais : c’est l’image la plus aimable de la douce fidélité.
« Charmante amitié , dit-elle , en s’adressant au Lierre, que j’aime ton langage! que je chéris tes habi-
tudes et tes bienfaits ! Je me plais à vivre auprès de toi; et quand nous sommes unis, est-il un bonheur plus parfait? Amitié, fidélité, dons rares et célestes, puissiezvous croître et multiplier dans ces lieux ! puissent l’amour de la richesse, la soif de la gloire , les poisons de l’envie ne jamais altérer votre union ! »
Emues de ces tendres sentimens, toutes les fleurs cherchent à se réunir ; celles mêmes dont les caractères semblent le plus opposés, touchées des doux avantages, de l’amitié, aspirent au bonheur de les partager: toutes leurs têtes se penchent en signe de bienveillance , de tendresse et d’affection.
Mais l’ambitieuse et fière Grenade, symbole de l’orgueil , et le Narcisse , emblème célèbre de l’amour-propre , ne purent voir ces hommages sans éprouver un sentiment de dépit , de colère et d’envie.
a Ëhquoiî s’écria la plus brillante de ces deuxfleurs, les plantes les plus obscures , les familles les plus vulgaires et les plus humbles , seront-elles donc l’objet des éloges les plus outrés , tandis que la plus éclatante des fleurs, celle que la nature a élevée sur une tige superbe et entourée d’une armée de dards et de lances comme d’une garde d’honneur ; celle dont les couleurs rivalisent avec l’astre du jour , avec le feu , premier des élé-
mens , verrait sa cour déserte et sans hommages î La Tulipe , l’Amaranthe, l’Anémone, la Renoncule , les plus riches et les plus nobles de nies sœurs , oseraientelles méconnaître elles-mêmes ma supériorité? Le Narcisse, qui m’accompagne sans cesse; le Narcisse, le plus fidèle de mes écuyers ; le Narcisse , que les Dieux ont daigné faire fleurir sur ces rives, que le Parnasse a reçu avec transport dans ses hrillansjardins , le Narcisse partagerait-il aussi l’oubli et la révolte de cette foule dédaignée qui aspire aux honneurs et à la puissance? Rentrez dans vos humbles réduits et dérobez vos têtes présomptueuses à mon juste ressentiment. »
C’était ainsi que l’arrogante Grenade se livrait aux accès de l’orgueil et de la vanité. Le bruit de ses plaintes excita le languissant Pavot; jusqu’alors sa tête penchée avait continué de goûter les douceurs du sommei. Le Pavot est la seule des fleurs qui redoute les feux de l’aurore et l’œil du jour : semblable à ces oiseaux qui préfèrent les ombres du crépuscule et les voiles de la nuit à l’éclat de la lumière. Il soulève sa tête appesantie, et d’une voix faible et mourante ,
« Pourquoi, belle et fière Grenade, troublez-vous la paix de ces heureures contrées ? hélas ! simon penchant pour la douce indolence , ne me faisait préférer ces
charmes aux illusions de la puissance et aux tourmens de l’ambition , ne pourrais-je pas prétendre aussi à la couronne de cet empire? Dans le cours de vos douleurs, au milieu des peines qui troublent l’existence , à qui s’adresse-t-on, si ce n’est au Pavot? Jupiter n’a-t-il pas voulu qu’un dieu fût chargé de me répandre sur la terre? L’infortune a élevé partout des autels à Morphée; c’est dans ses bras que vous renouvelez vos forces, que vous réparez les fatigues du jour.
«Mais ce ne sont pas les plus brillantes, les plus riches d’entre vous qui jouissent le plus de mes faveurs : le Myrte me fuit , la Pivoine me cherche, l’Aconit m’appelle en vain ; je délasse la Rose ; l’indocile Tubéreuse finit aussi par me céder ; le Jasmin a besoin de reposer sa tige légère et subtile sous mon feuillage bienfaisant: vous cédez toutes à mes lois. Mais craignez de me perdre 5 jouissez des biens que je dispense, abandonnezvous à mes charmes, et ne redoutez que la faux de l’inévitable sœur dont on m’a fait le frère ; nous ne sommes pas de la même famille: d’un seul coup elle ravit la lumière , tandis que tous les jours , doucement j’y ramène. » Il dit : sa voix s’éteint , sa tête fatiguée s’incline, tombe , et le Pavot s’endort.
C’était ainsi que tour à tour , la beauté , l’amour, la
bienveillance , la richesse, la gloire , sous les emblèmes qui leur sont consacrés , se disputaient l’honneur de régner sur l’empire de Flore ; mais tandis qu’elles se livraient à ces frivoles débats , porté sur son char de feu , l’astre du jour avait précipité ses brûlans coursiers jusqu’au sommet des cieux. Du haut de ce point sublime , il dardait sur la terre ses rayons les plus ardens : l’air en était embrasé ; un silence profond régnait sur toute la nature , les oiseaux avaient interrompu leurs concerts. On n’entendait plus au loin retentir la douce musette des bergers ; les troupeaux cherchaient les frais ombrages des bois ] les plantes elles-mêmes laissaient tomber leurs têtes languissantes, la terre desséchée ne leur fournissait plus les douces rosées qui leur donnent la vie.
Zéphyre et Flore sont eux-mêmes réduits à chercher un asile : ils quittent à regret leurs tribus chéries. Déjà ils sont descendus de leur charj déjà ils s’avancent vers une grotte voisine, séjour du silence et de la fraîcheur. Là sont réunis les trésors les plus précieux de leur empire : l’Asphodèle , l’Hyacinthe , le Smilax , la jeune Pervenche à l’œil d’azur, s’étendent sous leurs pieds, et forment un tapis nuancé des plus riches broderies. A son entrée, s’élèvent mille arbustes odorans
dont les parfums délicieux égalent ceux de la céleste ambrosie. Ici c’est l’arbre précieux né dans les célèbres jardins des Hespérides , dont les somptueux rameaux étalent tour à tour le luxe de leurs fleurs d’argent et de leurs fruits d’or. Là est celui qui se glorifie de réunir tout à la fois les charmes de la Rose et l’honneur du Laurier : il porte l’un et l’autre nom ; s’il est moins cher à la Victoire, il est plus cher à la beauté. Près d’eux s’élève encore celui dont le front élégant se pare de grappes et de festons de pourpre. Comme la reine des fleurs il est armé de dards , et comme elle il répand l’odeur la plus suave. Tous ces magnifiques enfans du printemps , réunissent , marient, entrelacent leurs bras verdoyans et fleuris , les courbent en berceaux , et en forment comme un dôme impénétrable aux rayons du du Soleil.
C’est là , sous ce frais et délicieux ombrage, que les deux jeunes Divinités viennent chercher un asile contre les feux du midi. Cette grotte est la retraite chérie de Flore. Elle aime à venir y goûter les douceurs du repos , à oublier près de Zéphyre le faste importun de l’Olympe. En ce moment ils étaient mollement assis sur un lit de mousse et de verdure.
Témoins de leur bonheur , les impétueux fils d’Eole
frémissent de fureur et d’envie ; ils s’agitent dans leurs sombres demeures. Borée surtout, le farouche Borée , implacable ennemi de Zéphyre, ne saurait contenir son dépit et sa rage : il tonne dans son antre, il en brise les barrières, il s’élance dans les airs en mugissant, et laisse partout des traces de ses affreux transports. L’horizon se couvre de nuages noirs et menaçans; les tempêtes, déchaînées dans les airs, se livrent d’horribles combats; les champs sont jonchés de débris. Bien n’est respecté par l’orage : ni la beauté , ni la jeunesse , ni la fraîcheur , ne sauraient le désarmer ; il abat , il détruit , et la foudre, se mêlant aux éclats de son courroux, éclaire le désordre général.
Les plus belles plantes, celles qui naguère se disputaient les palmes de la prééminence et de la gloire, sont les premières moissonnées : elles restent étendues sur la terre, privées de leurs fraîches couleurs et de leurs plus riches ornemens. îci est la Rose au teint maintenant pâle et flétri ; là est le Myrte dépouillé de son feuillage et de ses esprits embaumés; plus loin la languissante Tubéreuse ne laisse plus entendre que de douloureux soupirs; un murmure plaintif, un cri de tristesse et d’accablement retentit dans tous les rangs; les bosquets d'alentour le répètent, et l’empire de Flore
paraît anéanti pour jamais. Cependant quelques fleurs ont survécu au naufrage général. Le Souci, emblème du chagrin, élève encore avec vigueur sa tête jaunissante, et semble régner au milieu de ces ruines 5 il s’applaudit même du désastre de ses sœurs.
« Voilà donc, leur dit-il, ces hautes prétentions au rang suprême ! Vous vouliez toutes régner , et maintenant vous êtes forcées de reconnaître que le monarque de la nature est le sombre Souci. Vaincues , renversées , vous exhalez vos douleurs en impuissans gémissemens • il fallait, si vous eussiez eu quelque sagesse, prévoir les coups du sort. Vantez la beauté, le plaisir, la gloire, la richesse 5 vantez leur règne d’un moment : mais souvenez-vous que lorsqu’elles ont jeté un éclat fugitif, le chagrin les attend , et se tient prêt à monter sur leur trône. »
La tendre et caressante Primevère , cette image séduisante de l’espérance , ne put entendre ces cruels reproches sans en être émue.
« Pourquoi , inexorable Souci , s’écria-t-elle , pourquoi vous faire un barbare plaisir de porter la désolation dans le sein de vos sœurs ? est-ce quand elles sont s
malheureuses qu’il faut attaquer la beauté, la jeunesse, la puissance ou la grandeur? Sans doute l’inconstante
Fortune porte alternativement sur son char et lès biens et les maux : tout ce qui vit dans le nature est sujet à ses caprices , et souvent un seul moment suffit pour obscurcir les plus beaux jours ; mais quand tout semble perdu, mon heureux attribut survit encore : au sein des plus redoutables orages , dans la nuit la plus obscure , la flamme qui m’anime brille et ne s’éteint jamais. Quel astre est plus propice à l’infortune que la douce espérance? Flore m’a choisie pour être la messagère du printemps, elle a voulu que mes premiers feuillages parussent à la suite de l’hiver, pour apprendre à tout ce qui respire, que les rigueurs de la nature ne sont point éternelles. Et quand l’imprudente Pandore laissa échapper de sa fatale boîte tous les maux sur la terre , la bonté des Dieux me fit naître pour consoler les humains. Osez donc relever vos tiges chancelantes : pourriez-vous désespérer de l’avenir, quand la belle souveraine de ces lieux veille encore sur vos jours? »
Elle dit , et déjà Flore et Zépliyre sont remontés sur leur char. Déjà les aquilons fougueux ont disparu à leur aspect, et sont rentrés dans leurs cavernes profondes : le calme renaît en un instant. Les deux aimables Divinités contemplent le désordre de leur empire , elles appellent leurs tristes enfans ; Zéphyre les ranime
du battement de son aile caressante , et la Déesse leur adresse ces paroles :
« Objets chéris de ma plus tendre sollicitude , vous que je me plais à embellir des faveurs les plus précieuses, vous que la première et la plus agréable des saisons a choisies pour sa plus belle parure , aimables fleurs que je vois en ce moment pâles, tristes, abattues, et qui vous glorifiiez, il n’y a qu’un instant, de votre jeunesse et de votre fraîcheur , vous voyez combien sont fragiles les dons de la nature ! Un seul orage suffit pour les détruire. La beauté , l’esprit , le génie , la puissance , la richesse, séduisent tous les yeux, enflamment tous les cœurs : mais seuls ils ne peuvent assurer le bonheur. L’arbre le plus élevé est le plus sujet aux coups de la foudre 5 la tempête respecte , au contraire, la plante obscure et modeste. Voyez, au milieu de cette cruelle dévastation, comme les symboles de toutes les illusions sont en ce moment dissipés , renversés sur la terre. Quelles sont les fleurs heureuses qui ont échappé aux fureurs des aquilons ? celles qui sans orgueil , sans ambition, sans rivalité, ont su garderie silence, tandis que vous aspiriez toutes aux honneurs suprêmes. L’impétueux Borée n’a fané ni la couronne de la simpe Marguerite, image de l’innocence, ni les couleurs de
l’humble Violette, emblème de la modestie, ni le diadème impérissable de l’Immortelle , symbole de la vertu. Il a respecté encore la palme toujours verte de la gloire et du génie , et la fleur héroïque qui s’y est attachée. Que ce malheur d’un moment devienne pour vous une heureuse leçon : n’oubliez pas que les orages des passions abattent et flétrissent sans retour, et que si les rayons bienfaisans du soleil ont souvent l’heureux privilège de réparer les désordres de la nature , il n’est point d’astre qui puisse rendre i’innoncence au cœur qui l’a perdue. »
Elle dit , et tous les génies de l’air s'empressent de lui tresser une couronne d’immortelle. Parée de cet emblème céleste, la Déesse prend son vol et rentre dans l’Olympe.
En ce moment Morphée avait cessé d’effeuiller ses Pavots sur mes paupières : je m’éveille , et reprenant ma route à travers les bosquets odorans et les prairies émaillées de fleurs , j’évite de fouler sous mes pas celles qui sont l’objet des soins les plus chers de la Déesse.
Rentrée dans mon modeste asile , je cherche a continuer mon rêve en lisant les vers que plusieurs auteurs ont faits sur les fleurs.
'ode.
DYLLE.
Toi que l’amante de Céphale A fait éclore de ses pleurs,
Et qui, dans l’empire des fleurs , Règnes sans avoir de rivale ;
Toi , près de qui la volupté Captive le zéphir volage ,
Jeune Rose, reçois l’hommage Que l’amour doit à la beauté.
Quelle fraîcheur céleste et pure Embellit ton brillant réveil ,
Lorsque ton calice vermeil S’ouvre , et sourit à la nature !
Hier encor, tendre bouton , Semblable à la vierge craintive Qu’observe une mère attentive ,
Tu n’osais rompre ta prison :
Aujourd’hui, telle qu’une reine, Belle d’orgueil et de couleurs Tu parais... le peuple des fleurs A reconnu sa souveraine.
Ton parfum est celui des Dieux ;
Les pleurs de la Myrrhe et du Baume , L’Ambre et l’odorant Cinnamome N’ont rien d’aussi délicieux.
Les Grâces couronnent leurs têtes De tes boutons à peine éclos ,
Lorsque de Gnide ou de Paphos Leur présence embellit les fêtes.
Vénus te mêle à ses cheveux, L’Amour t’accepte pour offrande $ D’Hébé tu formes la guirlande ,
Quand elle offre la coupe aux Dieux.
Souvent , des maîtres de la lyre La Rose anime les concerts ,
Et semble parfumer les vers Que sa douce odeur leur inspire.
Vainement la froide raison Rejette la métempsycose :
Je crois respirer, dans la Rose , L’ame du tendre Anacréon.
Quoi ! si long-temps a-t-on pu croire Qu’au sang du chasseur Adonis Elle doit ce frais coloris Qui fait nos plaisirs et sa gloire !
Laissons là ce récit suspect De l’antiquité mensongère :
Sa naissance était un mystère ,
Vénus m’a mis dans le secret.
Le jeune fils de la Déesse Folâtrait avec elle un jour...
O belles ! redoutez l’Amour,
Même quand sa main vous caresse!
De ses traits le perfide enfant Effleure le sein de sa mère :
Le sang divin rougit la terre Et la Rose brille à l’instant.
De son calice ouvert à peine Venus admire la fraîcheur ;
Et son baiser dote la fleur Du parfum de sa douce haleine.
Mais pour laisser à l’avenir Les traces de son origine ,
Elle voulut, par une épine,
En consacrer le souvenir.
Hélas ! sa beauté passagère
Naît et meurt presqu’au même instant :
Ainsi s’éteint rapidement
Tout ce qui brille sur la terre !
Tendre fleur, va , pardonne aux Dieux Qui voulurent borner ton être :
La Rose immortelle, peut-être,
Eût cessé de plaire à nos yeux !
De l’homme telle est l’inconstance :
Il aime, il oublie en un jour ;
Et souvent on voit son amour Durer moins que ton existence.
Si quelquefois tes faibles traits Ont fait murmurer l’imprudence , Le charme heureux de la défense Ajoute encore à tes attraits.
De la beauté sois la parure.
Seule elle a droit de te cueillir ,
Et toi seule peux embellir Le chef-d’œuvre de la nature.
Relève de ton incarnat Le trône où l’Amour se repose :
Rose , sur le sein d’une Rose Ya briller d’un nouvel éclat.
Si dans les bras de mon amie La mort un jour glaçait mon cœur , Et , sous la forme d’une fleur ,
Si je revenais à la vie ,
Fidèle à mon premier destin ,
Pour elle encor je voudrais être ;
Et Rose on me verrait renaître Pour vivre et mourir sur son sein.
Constant Dubos.
ode nai/demte.
Vous dont la gloire est d’être belle , D’un sexe aimable jeune fleur , Prenez la Rose pour modèle:
Son éclat naît de la pudeur.
Cet ornement de la nature Se eache sous un arbrisseau,
Et pour garder sa beauté pure , Arme d’épines son berceau.
Riche des présens de l’Aurore , Tant qu’elle fuit le Dieu du jour , Moins on la voit, plus on l’honore :
La sagesse enflamme l’amour.
L’oiseau qui voit naître la Rose La chante au lever du soleil ;
L’abeille vole et se repose Au sein de son bouton vermeil.
Mais , si dès qu’elle vient d’éclore ,
La main furtive de l’Amour L’enlève aux caresses de Flore ,
Sa beauté ne vivra qu’un jour.
Ah ! puissent l’amant qui l’admire ,
L’oiseau qui la chante au matin ,
Le ruisseau , l’abeille et Zéphire ,
La retrouver le lendemain.
De Leyre.
é>foae de âi (dkod-e.